‹ Histoire des sciences mathématiques et physiquesChapitre 22 sur 32 · PICARD (JEAN · texte numérisé non relu

PICARD (JEAN

( Né à la Flèche en 1620, mort à Paris en 1682. )

Prêtre et prieur de Rilié, en Anjou. Il se trouvait déjà, en 1645, en relations scientifiques avec Gassendi, qu'il remplaça, en i655, dans la chaire d'Astronomie du Collège de France. Il fil partie, avec Carcavi, Huyghens, Roberval, Frenicle, Auzout et Buot du premier noyau de l'Académie des Sciences, que Colbert fonda en 1666. Probe, modeste et soucieux avant tout des intérêts de la Science, il fit venir en France et recommanda à Colbert Rœmer, qui lui resta attaché Jusqu'à sa mort, et Cassini, dont l'humeur glorieuse et jalouse s'exerça contre lui en toute occasion, soit pour rabaisser le mérite de ses travaux, soit pour empêcher que k gouvernement ne lui fournît les moyens de faire les recherches dont son intelligente activité lui suggérait les projets.

Le premier titre de Picard à l'estime et à la reconnaissance des astronomes, dit Delambre, est l'application qu'il fit des lunettes à la mesure des angles et le plan qu'il forma, en conséquence, d'un nouveau système d'observations, pour déterminer les lieux apparents de tous les astres, par leurs passages au méridien, à l'aide des horloges nouvellement imaginées par Huyghens. Ce mérite

De Cavalieri à Huyghens.

et celui d'une vie entièrement employée à des travaux utiles ne peuvent être sentis et appréciés que par les astronomes.

L'entreprise qui a le plus contribué à établir la réputation de Picard est sa mesure de la Terre, où il fut aidé par Lahire, mais qui fut exécutée selon ses méthodes, avec des instruments dont il était l'inventeur, et beaucoup plus parfaits que ceux qu'on employait avant lui; il a assez approché du but pour que Newton, qui attendait les résultats de cette grande opération avant d'oser publier sa découverte de la loi de la gravitation universelle, y put trouver une pleine confirmation de sa théorie.

Fernel, Snellius et Riccioli avaient successivement donné au degré du méridien les longueurs de 56746 toises, 55o2i toises et 62900 toises; Picard trouva 57060 toises, résuhat trop faible, mais de 14 toises seulement. L'arc de méridien qu'il mesura s'étendait de Sourdon, près d'Amiens, à Malvoisine, au Sud de Paris. Il prit pour base la distance de Villejuif à Juvisy (5663 toises) et relia les extrémités de l'arc par 26 triangles.

La toise dont se servit Picard était celle du Chàtelet ; cette désignation ne nous la ferait pas connaître aujourd'hui; mais il est remarquable que Picard prit soin de Iburnir les moyens de la retrouver en la comparant à la longueur du pendule simple qui bat la seconde à Paris. « De peur, dit-il, qu'il n'arrive à cette toise ce qui est arrivé à toutes les anciennes mesures dont il ne reste que le nom, nous l'attacherons à un original, lequel, étant tiré de la nature même, doit être invariable et universel. .) C'est, comme on voit, l'idée qui a été mise en pratique d'une autre manière dans l'établissement du système métrique.

Picard prit, dans la mesure de la base qu'il avait choisie, des précautions énormes dont on n'avait jamais eu l'idée; le quart

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de cercle dont il se servit portait deux lunettes, Tune fixe, l'autre mobile, et munies de réticules; il avait 38 pouces de rayon et lui donnait les quarts de minute. Picard déterminait l'erreur de coUimation par le renversement, méthode qui était neuve alors. Le secteur qu'il employait pour retrouver la méridienne^ de distance en distance, avait lo pieds de rayon et était également muni de lunettes; enfin, le temps sidéral lui était donné par deux horloges à pendule dont l'accord devait garantir l'exactitude. On voit que Tère des bonnes observations va naître. Picard ne connaissait ni l'aberration ni la nutation, qui ne furent découvertes que soixante ans plus tard; on est étonné, en conséquence, qu'il soit arrivé à une valeur si approchée du degré.

Il est intéressant de noter que les opérations exécutées à cette époque par Picard et Lahire, Cassini et d'autres astronomes, dans toute l'étendue de la France, accusèrent, sur les évaluations admises des distances à Paris des principales villes, des erreurs énormes, qui allaient jusqu'à 3o lieues pour Brest et 1 5 pour les villes voisines de la frontière d'Espagne.

Les observations de Tycho-Brahé formaient encore, du temps de Picard, le fonds dans lequel puisaient tous les astronomes ; mais, pour en faire usage, il fallait connaître exactement la position de son observatoire d'Uranibourg. Picard se décida à faire le voyage. Il partit en juillet 1671. Outre ce qu'il était allé chercher. Picard rapporta une copie des registres de Tycho, faite sur l'original, et des observations qui, comparées à celles de l'astronome danois, mirent sur la voie de la découverte de l'aberration, en signalant de petits déplacements inexplicables de l'étoile polaire.

L'introduction par Picard de l'usage, qui nous paraît aujour-

De Cavalieri à Huygheiis.

d'hui si naturel, de munir de lunettes les cercles servant à mesurer les angles, est cependant assez méritoire, car on apercevait si peu, à priori, le moyen de fixer la ligne de visée, qu'Hévélius, malgré les explications de Picard, ne put pas être convaincu, et rejeta péremptoirement l'idée de se servir des lunettes autrement que pour aider la vue, au moyen du grossissement des objets.

Les beaux travaux de Picard ne furent pas appréciés comme ils eussent dû Tétre de Colbert et de Louis XIV, qui lui préférèrent Cassini pour la direction de l'observatoire qu'on venait d'ériger à si grands frais, mais qui manquait d'instruments. Picard demanda en vain, pendant quatorze ans, qu'on y établît un mural pour faire, comme il l'avait tant recommandé, toutes les observations dans le méridien. Mais Cassini ne prisait pas encore cette méthode, et le mural ne fut dressé qu'après la mort de Picard.

Picard est l'un des hommes qui, sous tous les rapports, font le plus d'honneur à la France.

MARIOTTE (edME).

(Né près de Dijon vers l!320. mort en I()84.)

Il était prieur de Saint-Martin-sous-Beaune, et fut l'un des premiers membres de l'Académie des Sciences.

Il est en quelque sorte l'instaurateur de la Physique expérimentale en France. Assez versé dans la Géom.étrie pour s'en aider utilement, et assez philosophe pour ne pas se jeter dans les systèmes, il ne tenta que des expériences qui pussent aboutir

Neuvième Période.

à des conclusions certaines et sut les disposer de manière à les rendre convaincantes.

C'est à lui qu'est due l'idée de l'appareil employé encore aujourd'hui dans tous les cours de physique pour vérifier les lois du choc des corps élastiques. La disposition de cet appareil n'est assurément pas un trait de génie, mais la simplicité des moyens et la sûreté avec laquelle le but est atteint sont assez remarquables.

Tout le monde connaît la loi qu'il a découverte des variations de volume d'une même masse de gaz en raison inverse de la pression. Depuis qu'on a pu hquéfier les gaz, cette loi, que Mariotte pouvait regarder comme rigoureusement exacte, n'a plus été considérée que comme représentant à peu près les faits entre certaines limites. Toutefois MM. Dulong et Arago l'ont vérifiée, pour l'air, Jusqu'à une pression de 24'"", à la température ordinaire.

L'ouvrage dans lequel Mariotte avait décrit son expérience est intitulé : De la nature de ïair. Il renfermait aussi diverses remarques sur les variations barométriques, dont la théorie n'était pas encore bien comprise de tous les physiciens.

Mariotte s'occupa beaucoup de toutes les questions qui se rattachent à l'Hydrostatique et à l'Hydrodynamique, et il a laissé sur ce sujet un Traité du mouvement des eaux et des autres corps guides que Lahire a publié en 1686. Mariotte s'attachait à y établir solidement la vérité des principes posés par Galilée et Pascal, et à vérifier la loi de Torricelli sur l'écoulement d'un liquide par un orifice percé en mince paroi.

La théorie des curieux phénomènes qu'on produit si simplement à l'aide du flacon de Mariotte suffirait à elle seule pour

De Cavalieri à Huyghens.

assurer au moins la perpétuité du souvenir de cet ouvrage, ou l'on trouve encore celte remarque, alors toute nouvelle, que l'eau ordinaire contient toujours un peu d'air en dissolution.

Le recueil des œuvres de Mariotte a été publié à Leyde en 1717 et à la Haye en 1740.

Son éloge a été fait par Condorcet.

LE FÈVRE (nICOLAS).

(Né pris de Sedan vers 1620, mort à Londres en 1674.

Il fut élevé à l'Académie protestante de Sedan, vint à Paris occuper un petit empbi, comme chimiste au Jardin du Roi, fui appelé à Londres par Charles II pour diriger le laboratoire de chimie de Saint-James et lit partie de la Société royale de Londres, dés sa fondation.

'( Nicolas Le Fèvre, dit M. Dumas, peut servir de type pour les chimistes de son époque et avec d'autant plus de raison qu'il lui a été donné de fonder l'enseignement de la Chimie dans les deux royaumes les plus importants de l'Europe civilisée. »

Le Fèvre a pris pour guides Glauber et Van Helmont, qu'il regardait « comme les deux phares qu'il faut suivre dans l'étude de la Chimie. «

Il a signalé le premier la loi des dissolutions saturées, étudieles propriétés d'un grand nombre de médicaments et découvert l'acétate de mercure.

Son principal ouvrjge est la Chimie théorique et pratique, imprimée à Paris en 1660.

M. Marie. — Histoire des Sciences, W.

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