‹ Histoire des sciences mathématiques et physiquesChapitre 31 sur 32 · CASSINI ( JEAN-DOMINIQUE · texte numérisé non relu

CASSINI ( JEAN-DOMINIQUE

(Né à Perinaldo, comté de Nice, en i6'j5, mort à Paris en 1712.)

Son éducation, faite chez les jésuites de Gênes, fut très soignée, particulièrement sous le rapport littéraire ; mais l'Astronomie, à laquelle il se trouva accidentellement initié par quelques lectures faites en dehors des leçons de ses maîtres, produisit sur lui une telle impression qu'il s'y adonna tout entier.

Sa vie n'est en quelque sorte composée que d'événements heureux. Dès sa sortie du collège, les protecteurs lui arrivent en foule; il n'y a pas jusqu'aux religieuses qui ne s'en mêlent. Le sénateur de Bologne, marquis Malvasia, qui faisait construire un observatoire dans cette ville, l'appelle auprès de lui : il était un peu astrologue, Cassini a le bonheur de le ramener à des études plus sérieuses, et il s'en fait un ami dont l'influence lui vaut, à vingt-cinq ans, l'honneur d'être choisi par le Sénat pour succéder à Cavalier! dans la chaire d'Astronomie ( i65o). Bientôt après (i655), il obtient l'autorisation de faire disposer à l'église de Saint-Pétrone un immense gnomon. Ces appareils commençaient à être abandonnés en France ; mais la grandeur de celui-ci frappa les esprits et servit à la réputation de son auteur. Il est vrai que les observationsqu'il put faireà l'aide de son gigantesque instrument permirent de constater avec plus d'exactitude qu'on ne l'avait encore fait la loi du mouvement du Soleil, et à confirmer un point fondamental de la théorie de Kepler, savoir le

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ralentissement du mouvement^ durant le plus grand cloignement du Soleil, et l'accélération durant la période inverse. II employa cet appareil pour vérifier l'obliquité de l'écliptique, qu'on supposait généralement de 23" 3o' et qu'il fixe, pour Tannée 1660, à 23''28'42", et pour construire une bonne table des réfractions. Il jugeait alors la parallaxe du Soleil presque insensible ; elle est en effet beaucoup plus petite que ne l'avaient cru ses devanciers. Il trouva depuis, par d'autres méthodes, qu'elle n'est guère que de \o\ ce qui approche de la vérité. Il corrigea aussi l'excentricité de l'orbite solaire, à laquelle Kepler avait donné la valeur 0,0 1 8, et la réduisit à 0,0 1 7.

Cassini présentait au Pape, vers la même époque, un Système du mouvement spiral des planètes, dans l'hypothèse de la Terre stable.

Il est assez singulier qu'aucun des écrits postérieurs de Cassini ne puisse permettre de décider s'il admettait ou s'il rejetait le système de Copernic. Il paraît avoir suivi toute sa vie cette maxime prudente qu'un propriétaire philosophe a fait graver, en 1 85 5, sur sa maison, rue de Rivoli, au-dessous du cadran solaire qui en décore la façade : Vera intiiere, média sequere.

Cassini avait fait sur la comète de 1662 une mauvaise dissertation qui néanmoins avait exciré l'admiration générale. Lors de l'apparition de celle de 1664, la reine Christine se trouvait en Italie; Cassini, sans observations suffisantes, et d'ailleurs sans méthode pour résoudre le problème, se hasarda imprudemment à prédire à la reine la route que suivrait l'astre, et il eut le bonheur de tombera peu près juste. Il attribuait encore aux comètes une trajectoire rectiligne, mais supposait leur mouvement uniformément varié. Ces hypothèses ne s'accordent du reste pas trop

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mal avec la réalité, lors du moins que la comète est suffisamment éloignée de son périhélie.

De 1 664 à 1667, il détermina avec assez d'exactitude les durées des rotations de Jupiter, de Mars et de Vénus, et donna ses premières Ephémérides des satellites de Jupiter, qu'il revit et perfectionna plus tard en France.

Louis XIV le mit au nombre des membres de l'Académie des Sciences, et le Journal des Sauants publia, bientôt après, sa théorie de la libration delà Lune, qui est un de ses bons travaux d'observation.

En 1669, le Pape, cédant aux sollicitations de la France, permit à Cassini d'accepter la direction de l'Observatoire de Paris, On lui conserva les appointements de ses places en Italie, et Golbert lui fit donner, en France, une pension de 9000 livres.

De 167 1 à 1673, il découvrit quatre nouveaux satellites de Saturne (Huyghens avait découvert le sixième) et détermina les périodes de leurs révolutions; ce sont le huitième, ou le plus éloigné de la planète, qui fait sa révolution en 79^,33 ; le cinquième, qui n'y emploie que 4J,52; le quatrième, qui y met seulement 2J,74; et le troisième, qui achève la sienne en iJ,89. (Le premier et le second ont été découverts par Herschel, le septième par M. Lassell, en 1848.)

Il avait déjà observé la lumière zodiacale en 1668; il l'étudia de nouveau en i683, et reconnut qu'elle se trouve dans l'équateur solaire. De i683 à 1700, il s'occupa de prolonger la méridienne de Picard.

De celte simple énumération des travaux de Cassini, il ressort que ce savant n'a rien ajouté aux théories astronomiques. Il a

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joui cependant d'une immense réputation, tandis que Picard et Rœmer, bien mieux doués de l'esprit vraiment scientifique, restaient à peu près obscurs. Du reste Cassini savait les tenir luimême à l'écart.

Cassini, n'étant ni géomètre, ni analyste, ne pouvait être qu'observateur : on doit lui accorder ce titre ; mais il convient de remarquer, d'une part, que son attachement aux anciennes méthodes ne lui permit pas d'atteindre au degré d'exactitude qu'on pouvait déjà obtenir de son temps, et, de l'autre, que ses observations eurent plus souvent pour objet des phénomènes isolés ou accidentels que ceux qui, plus communs, ne frappent pas le vulgaire, mais retiennent le vrai savant, parce que la découverte des lois qui les régissent est le grand problème de la Science. La seule découverte importante qu'il eût pu/aire, il la manqua: il aurait eu, paraît-il, en même temps que Rœmer, l'idée qui conduisit ce dernier à la découverte de la vitesse de la lumière. Non seulement il rejeta cette idée, mais il prit ensuite parti contre Rœmer.

La rare fortune de Cassini se prolongea pour lui en quelque sorte au delà de la mort ; car son hls et son petit-fils, admis à l'Académie des Sciences, l'un à dix-sept ans, et l'autre à vingt et un ans, héritant de ses places, de ses honneurs et de son influence, purent veiller à la conservation de sa gloire. Jusqu'en 1800, tous les savants en France restent prosternés devant sa mémoire. Lalande dit de lui : « Ce grand homme fut la principale gloire du règne de Louis XIV dans l'Astronomie, et le nom de Cassini est presque synonyme en France avec celui de créateur de l'Astronomie; « et Fontenelle, en 171 2, longtemps après la publication des ouvrages de Newton et de Halley, accumule

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les hyperboles les plus outrées pour vanter ses mauvais opuscules sur les comètes.

On a de Cassini un grand nombre de mémoires et de dissertations qui n'ont jamais été réunis en corps d'ouvrage. Nous citerons ; Observationes cometœ (Modène, 1 65 3, in-foL); Opéra astronomica (Rome, i666, in-fol.), où se trouvent tous les opuscules qu'il avait publiés jusqu'à cette date ; Découverte de deux nouvelles planètes autour de Saturne (Paris, 1673I; De V origine et du progrès de V Astronomie ( 1693) ; Règles de V astronomie indienne ; les Hypothèses et les tables des satellites de Jupiter.

Cassini avait écrit lui-même sa vie, qui a été insérée dans les Mémoires pour servir à V Histoire des Sciences, par Cassini

de Thury.

BUONO (PAUL DEl).

(Né à Florence en l625, mort à Vienne vers 1662.)

Disciple de Galilée, il institua des expériences pour démontrer l'incompressibilité de l'eau et s'occupa beaucoup de faire éclore les œufs par la chaleur artificielle ; il est mort président de la Monnaie à Vienne.

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