PRATIQUÉS MÉDICALES
Troisième groupe : les auteurs de Pratiques médicales : Arnaud de Naples, Bernard de Gordon, Jean de Gaddesder, Guillaume de Varignana, François de Piémont.
Aslruc avait entrevu et M. de Rensi a prouvé que le Breviaum medicinae n'appartient pas à Arnaud de Villeneuve, mais dun Arnaud de Naples qui florissait vers le commencément du xw siècle. Ce Breviarium, qui a subi diverses additions suivant les éditions, contient les détails les plus curieux sur les pratiques el les superstitions médicales en Italie. Arnaud dit que les médecins de Paris sont plus théoriciens, et ceux de Salerne meilleurs praticiens ; il prétend, non sans raison, qu’Avicenne a été le corrupteur de la médecine latine.
Le Lilium medicinae de Bernard de Gordon est de 4305 4). H y à peu d'ouvrages qui soient plus divertissants par toutes les recettes étranges, les prescriptions saugrenues et les superstilions comiques ; on ne peut guère lui comparer que la Rosa de Jean deaddesden.
La Pratique de Guillaume de Varignana ne consiste guère qu'en recettes. — Bertruccius, qui n’a presque rien de son propre fonds, suit le plan d’Avicenne, puis met à contribution Hippocrate, Galien, Rhazës, Avicenne lui-même et Mésué (2). I] tient la médecine pour le premier des arts en raison de l'argent qu’on y gagne, des amitiés qu’on s’y fait et de la parfaite félicité qu'elle procure à l’âme; il recommande, à exemple d’Hippocrate, de laisser un élève auprès des malades. — La Pratique de François de Piémont, qui est une espèce de supplément à Mésué, semble lœuvre d’un médecin assez répandu dans la clientèle, et mérite d'être consultée pour le nombre d’auteurs qui y sont cités. — Dans tous ces ouvrages on recommande de grandes précautions contre les rapprochements impurs ; on y peut signaler plus d’une trace d'affections vénériennes primitives ou secondaires. C’est là, avec quelques renseignements sur les méthodes de traitement
(4) Les lunettes sont formellement indiquées dans Bernard de Gordon.
(2) Malgaigne, dans son esquisse de l’histoire de la chirurgie avant À. Paré, ne dit rien de Nic. Bertruccius comme chirurgien : cependant cet auteur a traité de la chirurgie; il décrit la sonde percée de part en part ef munie, à l’intérieur, d’uné tige de fer, d’un gros fil ou de laine.
parfois rationnelles, souvent barbares, le profit le plus net que l'on retire de la lecture de ces livres.
Les Salernitains sont encore mis dans ces ouvrages assez largement à contribution, et l’on y retrouve la division de la médecine en celle des pauvres ét celle des riches; enfin le texte est tout parsemé de vers, suivant la mode salernitaine, malgré la prépondérance des Arabes.
Le quatrième groupe renferme des ouvrages Sur la conservation de la santé et le traitement des malades par le régime : le Dictionnaire de Vitalis de Furno, le Commentaire d'Arnaud de Villeneuve sur l’école de Salerne, etl’Aggregator de Jac. de Dondis. Vitalis a l’eau-de-vie en grande estime dans certaines affections, par exemple dans l’essoufflement, pourvu qu’on n’en abuse pas; et, notez cela au x1v° siècle, il la recommande pour conserver la viande, la rendre digestible.— Jac. de Dondis appartient à l’école averrhoïstique de Padoue ; son livre contient la matière médicale, la thérapeutique générale et spéciale en six livres.
Le cinquième groupe renferme les traités ou çommentaires sur les fièvres de Galeatius de Sancta-Sophia et de Thomas de Garbo.
Dans le sixième, je range les Consilia, ou observations médicales, et particulièrement celles de Gentilis de Foligno (1), un des plus célèbres disciples de Thaddaeus.
Îl y à aussi quelques spécialités qui constituent un huitième groupe, par exemple la peste et les eaux minérales.
Le neuvième groupe est réservé à la chirurgie représentée en Italie par Dinus dans son Commentaire scolastique sur Avicenne (2), en France par Guy de Chauliac, en Angleterre par Jean d’Ardern.
(1) Gentilis s'occupe plutôt des remèdes ct décrit très-brièvement les maladies, J'y note deux cas d’amaigrissement progressif, une folie causée par la joie, l'usage des vésicatoires, une description de l'épidémie de Pérouse et de Gènes (1348-1349), des remèdes ridicules contre les hernies. Gentilis paraît avoir en tretenu ses élèves des malades qu’il soignait ou pour lesquels il donnait des consultations.
(2) Si je n’ai pas fait une classe à part pour les commentaires sur les ouvrages des Grecs ou.des Arabes, : c'est que la plupart des écrits dont je viens de rappeler les titres et d'indiquer sommairement le contenu, ne sont guère que des :commentaires, et que les commentaires publiés expressément sous ce titre rentrent dans l’un ou l’autre des neuf groupes,
GUY DE CHAULIAG 297
Onaépuisé sur Guy de Chauliac toutes les formules d’éloge (1). Je dirai, quant à moi, très-simplement ce que j'en pense, après avoir enlevé à sa propre gloire toute celle qu'il doit aux larges emprunts qu'il à faits et que lui-même avoue avec une entière franchise ; car il est loin de se surfaire. Isolé au xiv° siècle, Guy de Chauliac est hors de proportion; mais, au milieu de ses contemporains et surtout de ses devanciers, il se trouve dans la vraie perspective. Guy nous apparaît comme un chirurgien surout érudit, cependant expert, sans être très-hardi (2). Ge qu'il a inventé de nouveau se réduit en partie à une bonne méthode d'exposition, à prendre le juste milieu entre tous les excès : la pusillanimité ou la témérité ; à choisir le meilleur en toute chose; c'est presque le même portrait que celui d'Ambroise Paré au xvre siècle, mais avec moins d'originalité. Il n’est pas plus, mais non pas moins superstilieux que $6$ confrères; écho de la chirurgie italienne, quand il abandonne Guillaume de Salicel, c’est pour se trouver avec Lanfranc, et quand il quitte Lanfranc, c'est pour se ranger du parti de Guillaume. Ainsi, tandis qu’au xrv° siècle toute l’Europe est, pour la littérature, tributaire de ja France, pour les sciences, et en particulier pour la médecine, ja France est tributaire de Plialie et même de l'Espagne arabe. Dans l'histoire de l'Espagne aux xIn° et XIV° siècles on ne rencontre guère, en dehors des Arabes, que des noms volés aux Italiens et aux Français. Les historiens de la médecine espagnole, par exemple Morejon, ressemblent trop souvent à certains oiseaux qui prennent les petits des autres quand ils ne peuvent point en avoir par eux-mêmes (3)
(1) Depuis quelque temps on s'est beaucoup occupé de Guy de Chauliac, cependant on n'a-apporté presque aucun document nouveau sur sa vie, qui est peu connues, lés archives locales en fourniraient sans doute. Il ne faut pas oublier de remarquer que Guy était clerc. Il commença la rédaction de sa Chirurgie en 1363.
(2) La trousse de Guy se composait de ciseaux, pinces, éprouvefte, rasoirs, lancettes, aiguilles ét de cinq onguents : basilicum pour mürir, apostolicum pour mondifier, b/anc pour consolider, doré pour incarner, dialthaea pour adoucir.
(3) Quoique nous ayons pour cette époque peu de notions sur l’état de la médecine en Angleterre et en Allemagne, on doit supposer que cette science n’y était pas
absolument négligée, puisque nous voyons fout à coup surgir de ces pays des ou-
Au temps de Guy, il y avait deux doctrines très-opposées re-: lativement aux plaies de la tête. Suivant l’une, toutes les plaies devaient être traitées par rugine et trépan pour donner issue aux liquides qui s’amassent sous le crâne : les Grecs, les Arabes, les maîtres de Salerne, presque tous ceux de Bologne, étaient de cet avis. Suivant l’autre, adoptée par les Padouans, les Anglais et les Français, on procédait en incarnant, consolidant et donnant des breuvages pour empêcher la sanie. Quelques partisans d’un juste milieu (Théodoric, Lanfranc et Henri de Mandeville) commencent par les emplâtres, et trépanent, s’il y a lieu, au bout de quatre ou cinq jours. Lanfranc ne trépanait qu’en deux cas : dépression de l'os, enfoncement des pointes. Dans sa jeunesse, Guy était en grande perplexité devant des opinions si opposées; plus tard, il s’esi décidé à ne trépaner que dans les vastes contusions avec fractures pour enlever les fragments.
Toutefois Guy montre parfois une certaine indépendance : ainsi, à propos des apostèmes des mamelles, avec Galien, el contrairement à l'opinion de Lanfranc, il déclare n’avoir pas vérifié l’exactitude de l’aphorisme 40 de la V° section d'Hippocrate : «Un afllux de sang aux mamelles présage la manie. » Au contraire, Lanfranc raconte l’histoire d’une dame qui avait un abcès chaud à la mamelle; lui, conseillait des calmants et des adoucissanis ; un chirurgien laïque insistait sur les maturatifs; Lanfranc prédit la manie. On n’y voulut pas croire, mais la manie se déclara ; la mort survint le troisième jour, et le pronostic de Lanfranc fut exalté : aussi notre chirurgien semble tout heureux que la mort soit venue lui donner raison.
Guy recommande d’ouvrir très-promptement les abcès de la marge de Panus.
Pour les plaies pénétrantes de poitrine, Roger, Roland, Brunus, Guillaume de Salicet, Lanfrane, les veulent toutes maintenir ouvertes, afin que les matières retenues n’aillent pas au cœur et aux autres parties nobles pour tuer le malade. Théo-
vrages cousidérables ; mais au xiv° siècle le travail a été si obscur et si peu original, que nous avons perdu les traces historiques palpables, Quant à l'Espagne, elle est submergée par le flot de la médecine arabe et juive; mais, en se retirant, ce flot laisse un limon fécondant pour l'avenir,
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doricet Henri de Mandeville commandent qu’on les ferme pour que la chaleur et l'esprit vital ne s’exhalent pas trop. Guy, qui nesuit ni les uns ni les autres, les maintient fermées quand il nya pas d’épanchement, et ouvertes quand il y à épanchement. J'ajoute que les plaies peuvent pénétrer et causer épanchement avec ou sans lésion des membres intérieurs.
Au xiv° siècle, les barbiers sont surveillés par les chirurgiens, et les chirurgiens cherchent eux-mêmes à s'affranchir du joug des facultés de médecine (1). Cependant on voit bien par Guy de Chauliac que les rebouteurs conservent la spécialité des fractures et des luxations. La pratique des amputations reste détestable; de telle sorte que la chirurgie s'agrandit moins peut-être encore par la nouveauté des pratiques que par le bon jugement et la sûreté de l’érudition. Nous avons un témoin de Pétat de la chirurgie en France peu après Lanfranc : c'est encore Guy de Chauliae, qui achevait sa propre Chirurgie, moins de soixantedix ans après l'époque où Lanfranc publiait la sienne. Dans ce traité, Guy donne une assez longue liste de chirurgiens et de médecins qui vivaient à Paris ou en province; et le jugement qu’en porte Guy n’est pas fait pour modifier le nôtre : il leur reproche de se suivre tous comme des grues.
Les historiens, les biographes, parlent du chirurgien anglais Jean d’Ardern sans l'avoir jamais lu (2), et d’après Freind (3), qui lui-même ne le connaissait que par un très-pelit extrait de sa Pratique sur la fistule à l'anus, publiée en 1588, et encore dans une traduction anglaise devenue si rare, que je nel’aivue qu'au Musée britannique. Plus entreprenant que mes
(4) C'est seulement en 1344, sous Philippe le Bel, et non en 4260, sous saint Louis, que Pitard commença à organiser la compagnie des chirurgiens; dès 1254 les chirurgiens avaient réclamé des examinateurs pour rivaliser avec la Faculté et se défendre des barbiers.
(2) Quelques-uns des historiens modernes de la chirurgie gémissent de n’avoir pas vu ni Ardern, ni avant lui les Quatre maîtres; mais personne n’a songé à les aller chercher. Pour les Quatre maîtres, j'ai indiqué plus haut le chemin ; pour Jean d'Ardern, il ne s'agissait que d'aller à Oxford et à Londres.
(3) W: Beckett à aussi donné quelques notices sur ce chirurgien à propos des écoulements uréthraux,
devanciers, je suis allé en Angleterre chercher les manuscrit d'Ardern, et je les ai copiés intégralement. Le plus important, le plus complet, et, à ce qu’il me semble, le plus correct, & celui du collége de Saint-Jean à Oxford.
De la vie d’Ardern on ne sait rien, sinon qu’il exerçail Wa chirurgie à Newmark en 1349, année de la peste, qu’il est vent à Londres en 1370, et qu’il a pratiqué en France, sans doute à la suite des armées anglaises. Son ouvrage est rempli de mot et de synonymes français. Il cite plusieurs ouvrages français ou italiens.
Sa Pratique estun ouvrage où manquent la méthode et l’ordre, mais où abondent les observations personnelles; à vrai dire, c’est une suite de petites monographies sur divers sujets de chi rurgie, avec une foule de dessins très-curieux d'instruments où d'opérations que j'ai pris soin de calquer. Ardern n'oublie pas non plus les recettes superstitieuses et la description des médicaments simples ou composés.
Son ouvrage débute par la tortura oris, qu’il faut traiter en agissant sur l’origine des nerfs. Pour les ulcères rongeants, il employait avec succès les onguents où entraient des sels arsenicaux, et en particulier le réalgar; mais il se plaint de quelques fâcheux résultats causés sans doute par l'absorption du poison.
Pour combattre la paralysie, il faisait chauffer un four, le remplissait de fiente qu’il recouvrait de linge, et y faisait coucher son malade. Il rapporte le cas d’une femme qui avait perdu complétement l’usage de ses bras et qui le recouvra par ce moyen.
IL se vante beaucoup des perfectionnements qu’il a apportés aux clystères, des services merveilleux qu’ils lui ont rendus et de l’argent qu'ils lui ont rapporté dans la cure de la passion iliaque et des calculs rénaux. Son invention consiste à percer la canule au bout et non pas sur les côtés, comme elle l'était de son temps, et à rendre la vessie plus solide et plus puissante en la tannant avec du sel marin.
Il a aussi des seringues particulières pour la vessie, contre l’ardeur d'urine, ou chaudepisse, car c’est ainsi qu’il la nomme.
Après cela vient un long régime contre le calcul vésical. Pour repousser la pierre engagée dans le canal, il se sert d’une sonde
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d'argent ou de laiton « qu’on trouve dans toutes les bonnes villes chez les orfévres ou fabricants d’épingles pour la tête des femmes ». Quand la pierre est engagée de façon à ne pas sortir, On incise le pénis avec une lancette, et l’on ne doit pas s'épouvanter si, après la suture, l'urine s'échappe d’abord par la plaie, attendu que cette plaie se cicatrise très-vite. — Je n'ai pas be- Soin d'ajouter que ce procédé n’est pas entièrement neuf.
Ïl fait un grand éloge du lait de femme pour les maladies des yeux.
A propos de la fistule à l'anus, il cite les noms des plus illustres seigneurs du temps et des gens de toute condition; il a bien soin de dire qu'il a toujours préludé à l'opération en convenant d'un bon prix (1), et que tous les autres médecins avaient abandonné les malades qui se sont confiés à lui, ajoutant que Dieu révèle souvent aux humbles ce qu’il refuse aux savants.
A ce qu'il prétend, personne en Angleterre ne savait guérir celte maladie, pas mème un frère du pays de Galles, qui se vantait, mais bien à tort, d’en triompher (2); même à ce propos, il met l'expérience fort au-dessus du plus beau raisonnement, entremélant le tout des plus magnifiques préceptes sur les devoirs des médecins. é
Les instruments pour opérer la fistule sont un sequere-me où stilel : un acus rostrata, espèce de bistouri en forme de faux avec manche d'argent; un tendiculum qui servait à serrer graduellement le fil appelé /renum Caesaris.
L'invention de Jean d’Ardern consiste donc, non pas en un procédé, mais en un instrument nouveau, le ‘endiculum, auquel il avait recours, soit qu’il se contentât de la ligature, soit qu’il y joignit la section avec le bistouri.
Parmi les auteurs que cite Guy de Ghauliac et qui sont à peu près ses contemporains, on remarque un certain Benevenutus
(4) 100 marcs et une rente de 100 sols; en tout cas, jamais moins de cent sous d'or, attendu « qu'il ne faut pas compter sur la reconnaissance des malades, mais seulement sur les honoraires ».
(2) {1 ne révèle son secret (en 1370) que parce qu’il est vieux et qu'il en à tiré de très-beaux bénéfices,
(ou Bienvenu) qui a écrit sur les maladies des yeux. Malgaigné n’a connu cet auteur et son livre que par une traduction française manuscrite, abrégée et incomplète. Le livre imprimé existé cependant à la Bibliothèque impériale (1), où je l'ai lu : il est sans date et d'environ 1474 d’après Panzer ; le nom de l’auteur" est Benevenutus Grassus Hierosolimitanus ; il paraît appartenir la nation juive, avoir exercé aussi à Salerne (2) et à Montpellier.
Sa préface est des plus emphatiques et des plus vaniteuses: il offre à l’univers entier un livre qui é//umine tout le corps, et qui traite d’un sujet que personne avant lui n’avait manié pratique-M ment et scientifiquement. Malgré les ridicules prétentions de l’auteur et ses fanfaronnades, tout n’est pas nouveau dans son livre : plus d’un moyen de traitement se lit dans les Salernitains, dans Jesu Ali ou dans Abulcasis; néanmoins j’y ai relevé ei j'ai signalé une foule de particularités dignes d’être connues. — Il y a notamment, parmi les espèces de cataracte, la deuxième que je recommande à mon savant confrère M. Sichel (3), comme répondant au glaucome; la couleur de l'œil, la soudaineté de la descente du mal, son incurabilité et d’autres signes ne me semblent guère laisser de doute sur ce diagnostic.
Si, au xiv° siècle, la médecine ne sort pas des vieilles ornières, si la chirurgie, tout en conservant, en France comme en Italie, le caractère clinique qu’elle avait repris à Salerne, ne fait pas de notables progrès, surtout pour les opérations, l'anatomie, du moins, commence à entrer dans de nouvelles et meilleures voies. Au début du xim° siècle, une ordonnance royale avait prescrit, à Salerne, la dissection d’un cadavre, substitué aux cochons sur lesquels on faisait, avant ce temps, les démonstrations anatomiques. Le 7 mars 1308 parut une autre ordonnance, qui entre dans plus de détails et accorde plus de cadavres; or, c’est justement à cette époque que florissait Mundinas, ce médecin
(4) J'ai vu deux mss. complets à la bibliothèque du Vatican.
(2) I parle de sa pratique dans la Pouille, et rapporte plusieurs termes du patois napolitain.
(3) Geci était écrit quand la mort est venue frapper ce savant ophthalmologiste dont on n’invoquait jamais en vain ni l’érudition ni l’obligeance.
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célèbre que cinq villes d'Italie se disputent (4), comme autre- Mois la Grèce pour Homère. Mundinus n’est pas le premier qui, #Bologne (où il professait l'anatomie), ait étudié des cadavres humains en 4345; dès 1802, nous voyons que Guillaume de Varienana, assisté de physiciens et de médecins-chirurgiens, a pratiqué des autopsies à l'effet de découvrir un poison, et qu'il fit connaître en même temps l’état des parties internes. Dans celte même ville (et non à Milan, comme on l’a dit), Guillaume de Salicet, avant Guillaume de Varignana, ouvre aussi des cadavres et note un engorgement sanguin du poumon. Vers le milieu du x siècle, Thaddaeus fait allusion à des dissections; et plus tard Bertruccius les mentionne positivement. Il y avait done, en lialie, ün courant d'opinion scientifique en faveur de l'anatomie humaine qui triompha peu à peu des préjugés, et força la main à l'autorité ecclésiastique et à l'autorité civile. Malheureusement, en France, les résistances furent plus longues, plus opiniâtres, et, dans son Histoire des anciennes écoles de Paris, notre savant confrère, M. Chereau, nous fait assister au spectacle de toutes les tribulations que les médecins firent endurer aux chirurgiens pour crime de dissection sur des cadavres. C’est en 1376 seulement qu’à Montpellier un premier triomphe est obtenu, et Espagne, encore plus arriérée, attend jusqu’au milieu du xvr siècle. Il y a lieu de croire que les miniatures qui accompagnent l’Anatomie de Henri de Mandeville, et qui représentent l’intérieur des cavités humaines, ont été dessinées de fantaisie.
Les préjugés du vulgaire sont encore moins enracinés que ne sont vivaces les routines des savants (2). Ainsi Mundinus suit les divisions du Salernitain Copho, qui avait disséqué des cochons; il ne profite guère de ce que la nature lui offre à contempler pour le foie, pour le cœur, pour le cerveau ou le poumon; il la délaisse trop souvent pour suivre Galien ou les Arabes : je vous en ai mis les preuves nombreuses sous les yeux, même pour les or-
(1) Hes témoignages les plus authentiques sont en faveur de Bologne. Il mourut en 1326. ;
(2) Le gros de l'anatomie du xrv® siècle esi arabico-gaténique. Les chirurgiens, Guy lui-même, qui ne parait pas avoir disséqué de cadavres humains, ne font pas exception.