DES SIX LIVRES DE LA MÉDECINE
Voyons maintenant quel fruit Paracelse a tiré de ses voyages et de son illumination par l'Évangile (4) :
« Quoique la médecine (les remèdes ou la thérapeutique) elle-même soit naturelle, puisqu'elle se trouve parmi nous dans la terre, comme le vif-argent, le gaïac, etc., c’est cependant dans le érès-haut Livre de la Sagesse (c’est-à-dire en Dieu) que nous devons l’étudier pour connaître ce qui est en elle, et comment cela s'y trouve, comment on doit tirer telle chose de la terre, comment et à quelles maladies on doit en faire l'application. Le corps, en effet, n’est pas médecine, c’est (ou il est) la terre ; la médecine qui est dans le corps est ce que ni la terre, ni le sang, ni la chair ne connaissent. D'où il suit que la médecine doit découler de cet esprit qui est dans l’homme. Celui qui vient de cet esprit auquel il retourne est lé vrai disciple de la médecine. Il est donc clair que le premier principe de la sagesse consisle à chercher d’abord le royaume de Dieu. » (Chap, 4; cf. Petite Chir., I, 1.)
Le deuxième livre de la médecine est le Férmament ou Astronomie; le troisième consiste dans les affinités de l'homme avec les éléments, car les humeurs ne sont rien qu’un produit de l'imagination des Hippocratistes. Comprenez maintenant, si vous le pouvez, ce que sont les éléments pour Paracelse :
«Tout élément (feu, terre, eau, air) se divise en trois parties, lesquelles cependant existent sous la même apparence, la même forme, la même couleur, la même figure et la même manière d’être, à savoir, le sel ou baume, la résine ou soufre, et la partie liquoreuse ou gotaronium (mercure). Ces trois parties produisent toutes choses, c’est-à-dire les procréations des éléments du corps limon et semblablement celles du corps phy- sique [lequel vient du Corps limon]. Ghaque corps est constitué par ces trois parties et n’en a ni plus ni moins. Elles produisent les métaux, les minéraux, les pierres, les arbres, les planies; en un mot, tout ce qui a la vie ou ne l’a pas. La manière d'être est autre pour les métaux, pour la chair, le sang, le bois, etc.; le médecin ne considère pas cela, mais seu-
(1) Les extraits qui suivent sont tirés de : Labyrinthus medicorum (Opp., t. TI, p. 142 et suiv.). — Lu note 3 de la page 362 était déjà imprimée, lorsque, après plusieurs vérifications, j'ai cru devoir relire sur le texte allemand ma traduction faite sur le latin, et la corriger partout où le latin m'a paru soit trop vague, soit trop s’écarter du texte original, — Les citations, quant aux pages, se rapportent néanmoins aux éditions latines mentionnées dans cette même note 3 ; la division par livres et chapitres est la même dans l'allemand et dans le latin.
lement l'intérieur qui est son subjectum, et qui naît des éléments... L'homme est le corps physique (c’est-à-dire subjectum naturae) et les éléments sont le corps du limon ; le corps physique vient du corps du limon; en conséquence il retient l'essence du limon, comme le fils retient dans Sa chair et dans son sang l'essence de son père. Or, comme les quatre éléments sont les matrices du Corps physique et de tout ce qui naît, bon Où mauvais, l’homme retient également quelque chose du chardon, du lis, du vif-argent, etc. Aussi le médecin doit, pour connaître les maladies qui en naissent et leur traitement, avoir la science de ces généralions du corps physique et du Corps du limon…. C’est la nature qui fournit le texte et le médecin qui donne la glose. » (Chap. 8, p. 148.)
Vient ensuite le quatrième livre, ou ivre physique, qui nous initie. à la € grande anatomie si nécessaire au médecin ». Cette anatomie, en quoi consiste-t-elle ici? En rien autre chose qu’à reconnaître les éléments et leurs composés dans le corps, comme on les reconnaît dans la nature. — Disséquer est une méthode de Paysan : il faut pénétrer bien plus avant (mais par l’imagination, non par lanalyse chimique), jusqu'à l’intime composition de l'homme.
L’anatomie, c’est tout dans Paracelse, excepté ce que nous appelons anatomie ; c’est l'effigie astrale extérieure, où l'on regarde comme dans un miroir ; c’est la connaissance de l'origine minérale des maladies ; c’est la Signature pour les remèdes, la forme ou effigie des maladies, la concordance de celie effigie avec celle des remèdes; cette anatomie est particuliérement recommandée. C’est aussi la constitution des corps en général, la force, la vertu de chaque être, sa figure, sa forme, ses parties (anatomia localis indicat effigiem hominis, ejus proportionem el naluram; quid ossa, vence, caro sint, quam sedem occupent ; sed hoc omnium minimum est) ; enfin, c'est la méthode alchimique qui conduit à trouver comment se compose le corps vivant, quelle est la matière première (anatomia materialis, ou anatomie vivante), et comment il se décompose après la mort (anatomia mortis), l'anatomie de la mort (1). C'est bien comme
(1) Voy. Paramir, I, seu De origine morborum ex tribus substant., cap. 5 et 6: Paragran. alter. I, initio; Labyr., cap. 9, et surtout Car. magna, pars IV, seu De morbo gallico (en dix livres), IT, 4-8.