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SON EXPÉRIENCE ET SA SCIENCE

nitions. Ce qu’elle trouve où possède en lui, ou tient de lui, forme la théologie tant dans la pratique que dans la théorie, lesquelles sont inséparables. Il en est de même pour la médecine. Où est-elle? Dans la nature (1). Où est la maladie ? Dans le malade. De là procède la théorie médicale, laquelle se divise en deux: l’une est la théorie de l'essence du traitement, l’autre la théorie de l'essence de la cause. Ces deux théories doivent être ramenées à une seule et non rester divisées. » (Ch. 8, p.162.)

« Beaucoup ont écrit sur les causes et l'origine des maladies, et ils ont eu leurs partisans et leurs disciples; mais rien de bon n’a été dit sur le commencement. Quant au temps, il en est ainsi : La bouche même des malades l’atteste, les yeux le voient, les oreilles Ventendent. Quant au commencement ou origine, c’est un labyrinthe trompeur. Si, en effet, la théorie ne procède [de l'idée] d’une semence, et si l’on n’élimine pas les humeurs, on perdra son temps et sa peine. Si l’on veut absolument admettre l'existence des humeurs, il faudra néanmoins dire qu’elles sont produites par les maladies, et non les maladies par les humeurs (2), comme si, par suite de leur prédominance, on devait leur attribuer les causes des maladies. Je suppose, par exemple, que quelqu'un soit pris d'un flux de ventre et que la fréquence des déjections jaunes el bilieuses fatigue beaucoup ce malade. Si vous voyez CES déjections, vous les attribuez à la bile, oubliant la présence d’une certaine semence qui s’est méêlée tout à Coup à cette matière. Cette semence se précipite d'elle-même sur la bile et la chasse ; et cette semence n’est pas la bile; la couleur seule vient de la bile, la matière vient de la semence. » (Chap. 8, p. 164.)

« Toutes les médecines (médicaments) ont aussi leurs formes : l’une est visible, l'autre invisible ; Pune est corporelle, élémentaire, l’autre spirituelle, astrale. Il suil de là que tout médecin doit être pourvu d'un herbier spirituel astral pour y apprendre de quelle manière cette médecine subsiste dans sa forme... Supposons une racine qui contienne dans son corps astral tous les corps des hommes; si on la prend, elle se fixe par tous ses membres correspondants dans ceux du corps de l’homme. Cest ce qui fait que les specula pennarum donnés en boisson guérissent les mamelles des femmes; cela tient à ce que leur forme est dans les mamelles ; l’image du médicament gagnant le membre qui lui est dévolu (3). Ainsi le dactiletus donné en boisson guérit le cancer, l'image de cette plante allant vers la partie du corps à laquelle elle est destinée par Sa forme. Soyez bien persuadés que ioutes les maladies chirurgicales peu-

(4) Ailleurs (voy. page 369) il dit qu’elle est en Dieu et de Dieu.

(2) Proposition juste en certains points, mais bien vite gâtée par des rêveries. — Il n’y a, dans Paracelse, que des lueurs, immédiatement obscurcies par des nuages. En d’autres termes, il ne sait pas; il imagine, et parfois, mais rarement, son imagination n’est pas trop folle.

(3) Voilà bieu la signature,

vent être guéries par les moyens physiques, si le physicien connaît et comprend l'anatomie de l'essence, mais j'avoue que j'en ai peu vu qui fussent dans ce cas. » (Chap. 10, p. 169.)

Ni vous, Messieurs, ni moi non plus, n'avons jamais vu un médecin possédant un tel savoir.

« Ce ne sont pas les éléments qui sont la cause des maladies, cette cause est la semence (1) qui germe dans les éléments et s’y accroît jusqu'à la dernière essence et la dernière matière; c'est ce qui nous fait croître nous-mêmes, el de quoi aussi les maladies prennent accroissement. Cela même qui est accru est la maladie (2). » (Chap. 11, p. 172.)

« Le médecin doit savoir que les semences des maladies sont de deux sortes : la semence iliastrum et la semence cagastrum ; en d’autres termes, toute semence, ou a été semence dès le principe, comme celle de la pomme, de la noix, de la poire, etc., et cette semence est dite iliastre ; ou elle est née de la corruption, et on lui donne le nom de cagastre.… Ainsi, les maladies iliastres sont l’hydropisie, la jaunisse, la gouite, etc,; les maladies cagastres sont la pleurésie, la peste, les fièvres, etc. » (Chap. 44, p.174.)

Maladies tartareuses où tartaréennes, — «Le nom (3) que je donne à cette maladie (le calcul, ailleurs les diverses espèces de concrétions ou productions calculiformes) est tartara, ou maladie du lartare, ou maladie tartaréenne; ce qui est pris du tartare (tartre) véritable. On l'appelle tartare, parce qu’il produit de l'huile, de l’eau, de la teinture et du sel, et que, comme la géhenne, il enflamme et brûle le malade. » (Chap. 4, p. 184.)

Cette partie des écrits de Paracelse est la plus célèbre; là, en effet, il a entrevu quelque chose de la médecine chimique rationnelle, et indiqué, mieux qu’on ne l'avait fait, une classe de maladies, en général héréditaires (4) ; mais il est loin d'en avoir

(4) Le sperme est la matière apparente de la génération, la semence correspond aux germes préformés qui donnent la ressemblance ; de même dans les maladies ce ne sont pas les é/éments qui sont les causes, mais la semence qui est en eux

; qui arrive à l’état d’essence ou de matière première : aussi les maladies naissent du

père (semence), non de la mère (éléments). Chaque semence est la source d’un produit toujours identique avec lui-même, comme sont les poires qui naissent sur un poirier. Gette doctrine à été reprise en partie par Van Helmont,

(2) Gela ne paraît pas tout à fait d'accord avec les extraits du chapitre 3, p. 369.

(3) Tout ce qui suit est tiré du Liber de morbis tartareis (Opp., t. IT, p. 180 et suiv.), lequel fait suite au Labyrinthus. ;

(4) Voyez sur l'hérédité, Chair. magna, Il, u, 2,

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tiré un bon parti, tant il mêle incessamment le faux à ce qui est à peu près exact. Il y a aussi sur ce sujet, parmi les œuvres de Paracelse, un autre traité en deux livres sur les maladies tartaréennes ; mais ce traité est d’une origine douteuse (1), et d’ailleurs ne contient rien d’essentiel qui ne se lise dans le Ziber de morbis tartareis. Voyons ce qu’est le {artre ou tartare.

« Toute humidité terrestre a, incorporée en elle, une matière qui a été créée par la nature et disposée pour la coagulation (2). Un exemple vulgaire éclaircira ce point: le vin vient de la terre et porte, innée en lui, la matière susdite. Dans l'opération de la coagulation, le coagulé se sépare du vin et adhère à l’intérieur du vase ou du tonneau. Cette substance s’appelle tartare du vin. L'eau contient aussi un tartare qui se sépare subtilement de l’eau et se nomme tartare de l’eau. On appelle aussi tartare du lait ce qui se sépare du lait. On tire également un tartare du suc des fruits et des plantes, c’est le tartare des sucs et des plantes ; les légumes et toutes les choses humides que nous mangeons ou buvons dégagent

(4) De morbis ex larlaro oriundis. I se compose d’un texte et d’explications tirées des leçons de Paracelse, en 4527. IL est probable qu'Oporin, qui à publié ce texte et ces explications {le tout en latin}, y a mis du sien. On y peut du moins recueillir, et aussi dans les Scholia, sur cet ouvrage, les éléments d’un lexique pour un grand nombre de mots bizarres employés par Paracelse. On trouve aussi à la suite du traité apocryphe De morbis metallicis, en trois livres, un tableau de la génération de la podagre, — Voyez encore Paramir., IT : De orig. morb. ex tart.

(2) En toutes choses, existe un élément mauvais (venenum, slercus seu excrementum) ct un élément bon (essentia). Le premier est séparé des parties assimilables par la digestion et par les poumons, ct rejeté, en vertu de la providence de l'Archée, par les organes excréteurs, à l'instar du charpentier qui rejette un morceau de bois pourri; tandis que les bonnes choses s’assimilent immédiatement au corps. Lorsque le travail de la sécrétion, de la transformation est troublé, on voit se former dans les substances liquides du corps, surtout dans le sang, une nouvelle substance visqueuse, imprégnée de sels terrestres, le tartre enfin (voy. Lessing, & 48). Lorsque l'organisme opère l’excrétion avec une force constante, la nature, séparant les substances anormales, empêche la naissance de toute maladie tartarique. Les éléments morbides continuant à s’accumuler dans le corps, la nature à recours à des procédés impétueux, violents, c’est-à-dire à des paroxysmes lartariques ou podagyriques, afin de rejeter du sang la matière morbide, comme fait dans les tonneaux le vin qui fermente et donne ainsi naissance au tartre. IL y a quatre espèces de maladies tartariques ; mais cette division repose sur les caractères les plus vagues : toutefois la description des diverses espèces de goutte et des maladies calculeuses est assez originale. Paracelse, enfin, a reconnu que ces maladies sont le plus ordinairement héréditaires.

aussi un tartare (4). Telle est la génération du larlare, laquelle n’est pas la même que celle des pierres. Le nom de tartare, donné au calcul, est pris de la matière du tartare, dont les variétés sont constituées par la nature et le genre des humidités particulières ; en d’autres termes, il ya autant de tarlares [pathologiques] que d'espèces de tartares [physiologiques] dans le microcosme (2). » (Chap. 1, p. 183.)

« Une certaine espèce de tlartäre naît chez les femmes: il est de deux espèces, c’est-à-dire qu'il se produit de deux manières chez elles : d'abord par la manière ordinaire, c’est-ï-dire par la nourriture et la boisson (3); puis en recevant et concevant le tartare des hommes [par la cohabitation et la conception] (4).» (Chap. 6, p. 198.)

« Le tartare se {ransmet à l'enfant de la manière suivante: d’abord par la nourriture, de sorte que, par elle, le fœtus le conçoit dans le sein maternel, de la même façon que ce tartare s’engendre hors de l’ulérus [chez les personnes vivantes] (5); ensuite par la force d’une semence corrompue disposée au tarlare et contenant le tartare en germe (6). Quand il s’agit de la semence, on doit entendre tout cela du tartare du sang, non du lartare étranger ; en effet, ce dernier n’est pas un héritage du sang: mais le tartare du sang se transmet héréditairement par le sang; c’est une propriété et une affinité de l’homme, comme celles de la transmission (germes) du nez, des pieds, des yeux, etc. » (Chap.7, p. 202.)

(4) C’est la generatio elementina ou externa tartart quae descendit a matricibus clementorum (nourriture, boissons), par opposition à la generatio corporea où interna, celle qui à sa source dans nos humeurs mêmes et qui tient à l’hérédité. (De morb.ex tart.or., 1, 1, 2 et 3.) En lisant ce livre, on voit que le tartare devient, pour ainsi dire, une fiction ou une abstraction, qu'il est partout, dans les viscères, sous toutes les formes, même sous celles qui ressemblent le moins à des concrétions, et qu'il explique les maladies les plus diverses. C’est ainsi que chaque idée qui vient à l'esprit de Paracelse est aussitôt transformée en cause universelle des maladies.

(2) Voy. De morb. ex tart. or., 1, 1, 4. — L'auteur explique ensuite à sa façon, dans une suite de chapitres, le mode de formation de ces tartares, même leur migration d’un point du corps à un autre, — Voyez aussi des développements analogues dans le livre dont je donne des extraits (chap. 2-5).

(3) Voir les chap. 10 et 44, où l’auteur expose comment les aliments engendrent le tartare, et comment les animaux que nous maugeons deviennent eux-mêmes tartareux, Au chapitre 12, il affirme qu'il n’y a pas de tartare qui ne conlienne une matière de sel minéral. Les maladies et les douleurs tartareuses diffèrent, eu égard à la nature propre du tartare, au corpus de l'esprit de sel et aux choses accidentelles.

(4) J'épargne au lecteur le temps qu’il prendrait à parcourir, si je les mettais sous ses yeux, les divagations de Paracelse sur la semence et sur les vaisseaux qui la contiennent. — Voy, aussi le chap. 8, et De morb. ex tart. or., 1, 1v, 1 et suiv.

(5) Le tartare imprègne l'enfant du premier au troisième mois, et même plus tardivement, suivant que la formation du fœtus est plus ou moins rapide, (Chap, 7.)

(6) Voy. De morbis ex tart. or., 1, IV, 3,

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« Après la coction, la nourriture se divise en deux parties : l’une passe dans la chair et le sang (ou se transforme en chair et en sang); elle devient une liqueur familière à toutes les parties ou à tous les membres; l’autre partie est excrémentitielle, et l'homme l’expulse. Si cette opération se fait vite et bien, la nourriture ne cause aucun dommage el il ne se produit aucun tartare. Mais, comme tout ne se passe pas toujours selon l’ordre établi, on voit (dans la digestion comme dans la cuisine), que beaucoup de coctions pèchent par la chaleur, quand la nourriture n’est pas transmutée selon l'ordre naturel, et que, par suite, elle est, pour ainsi dire, brûlée et à moitié corrompue. » (Chap. 10, p. 212.)

« Quand le médecin voudra entreprendre la cure des maladies tartaréennes (1), il devra d’abord mettre l'estomac en état de consumer tout ce qu’il reçoit, comme le feu consume le bois. On devra employer pour l'estomac les rectificatifs, les confortalifs et les altératifs; autrement, on ne réussira point (2). Pour mieux me faire comprendre, je proposerai deux modes de préservation : l’un regarde le ventricule (estomac); l'autre consiste dans l’ablation du tartare externe (celui des aliments), afin d’empêcher qu’il ne pénètre à l'intérieur. La préservation du ventricule s'obtient par les acetosa esurina, c'est-à-dire par les acides artificiels ou naturels (eaux minérales) qui provoquent l'appétit (3).» (Chap. 16, p. 235.)

Après avoir blâmé l'emploi de prétendus dissolvants des productions tartaréennes disséminées, il vante ses mysteria, Ses arcana, C'est-à-dire des solutions alcooliques de certaines substances dans l'alcool, lesquelles opérent en raison de la scientia signata (signature), ou science des analogues :

{4) Paracelse comprenant des maladies fort différentes, calculs, goutte, affections viscérales, donne des signes et des pronostics très-confus. (Voy. chap. 43-44.)

(2) Le premior traité du livre I De morbis ex tart. or., est en partie consacré au slomachus tartareus et aux moyens de le rectifier. — Le reste du livre n’a que des rapports très-éloignés avec les maladies tartareuses ; ordre n'y règne guère ni le bon sens; on peut s’en assurer en lisant ce qui regarde La peste (maladie arsenicale), les jours critiques mis en rapport avec les sels, les fièvres du foie et des reins expliquées cette fois par le tartare (IE, 1, 3, 4, 7, et in, 4).

(3) Paracelse recommande les bains d'Égendin près Saint-Mauritz, ceux de Pfeffers, de Toeplitz, suivant les degrés ct les formes du tartare, Ces prescriptions ne s'accordent guère avec celle du De morbis ex tart. or.: «Non bibet vinum acetum » reddeus vel feces ponticas cum acetositaie; nam in eo subjecta est tartari natura » per spiritum congelanda {f, v, 2). » L'auteur défend également l'usage du lait, du fromage et des eaux alcalines. De telles différences, portant sur des points si précis, semblent prouver que les deux ouvrages ne viennent pas de la même main,

« Les médecins (ch. 19, p. 243) citent ce vers en forme de proverbe:

Nescit nodosam medicus curare podagram ;

proverbe absurde et sans raison; la goutte n’est pas noueuse, mais tartaréenne. Ces grains, en effet, sont des grains de tartare; et l’on devrait plutôt les appeler tartare. Puis, dans ce vers, le mot médecin est oiseux. Ceux qui se disent médecins et ne savent pas guérir le tarlare, ne sont pas des médecins, mais des rhoades, ou médecins vétérinaires (Rossärtze), qui ne sont pas encore arrivés à la maturité, comme des prunes sauvages avant l'automne (1). Donc, si, ce que je ne suis pas du tout, j'étais poële, je corrigerais ainsi ce vers :

Nescit tartaream rhoades curare podagram.

«Quant au traitement du calcul vésical qui vient de cause interne (2), et de ceux qui s’engendrent dans tout autre lieu, vous savez que c’est du tartare seul, duquel naît le calcul, que la médecine tire son efficacité (3); en d’autres termes, le mystère de l’arcane qui résout cette pierre et la ramène à sa matière primitive, réside dans le sang. En conséquence, le sang doit être immédiatement coagulé dans une fiole de verre au moyen d’eau bouillante, puis bien calciné ; on l'extrait avec son eau propre et on le rend volatil, afin qu'il ne reste rien en lui qui tende à monter. Ajoutez à cette préparation, par moitié, le liquide de la glace dure, et administrez avec une seringue [dans la vessie]. La subtilité de ce remède est telle qu’il ne peut pénétrer dans les boissons (?), mais qu’il se dissipe et ne monte pas! Il est bon et convenable de prescrire un régime et des bains, et, en outre, d'observer le processus du tartare étranger dans la vessie et les reins. Mais on ne doit point négliger les injections par la seringue; c’est, en effet, l’arcane principal dans la pierre tartaréenne du sang natal. » (Chap. 21, p. 248.)

(4) Au chapitre 40, il se moque des médecins subtils, ces humoristes qui s’imaginent expliquer avec leurs humeurs, même épaissies ou corrompues, ce que lui explique si merveilleusement avec son tartare, ne s’apercevant pas qu'il se paye de mots comme les anciens, n'ayant pas d’autres moyens qu'eux (et encore moins) de changer les explications qu'on donne des maladies.

(2) Dans le chapitre 20, Paracelse appelle la médecine une caverne de voleurs, car les baigneurs, les barbiers, les chirurgiens, et autres gens de même volée, méprisent les spécifiques contre la pierre dans la vessie qui vient des aliments (le meilleur est : Oleum fellis terrae, liquor lyncis, spongia, judaïcus, cancri), taillent à tort et à travers, ayant soin, toutefois, de se faire payer moitié d'avance, car ils sont bien sûrs de l’insuccès dans la plupart des cas.

(3) En vertu de la science de signature ou des semblables par les semblables, mais dans un sens différent de celui des homæopathes.

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