COLONNES DE LA MÉDECINE : PHILOSOPHIE
celle-là de mélisse, cette autre de sabine, ces noms vous indiquent d'une manière certaine le traitement à suivre. Autant il y a de matricaires, autant de maladies de la matrice. Un seul remède (Recept) donc, el non plusieurs ensemble, doit étre employé contre une seule maladie. Ne vous laissez pas tromper par les visions, et désigner par.une vague spéculation la propriété et le nombre des maladies. Vous dites aussi: Ceci est un vice du sang, cela un vice du foie. Mais quel est, je vous prie, celui qui vous à donné de tels yeux de lynx, que vous sachiez si bien que le sang ou le foie sont en cause, quoique vous ignoriez entièrement la nature du sang? Dans la GRANDE ANATOMIE, le sang n’est pas autre chose que le bois. Le bois n’a qu'un nom, et cependant il existe plusieurs centaines d'espèces de bois. Le sang n’a pas moins d'espèces; de même que le ciel éveille les arbres pendant V'été et les endort pendant l'hiver, ainsi et par une action semblable il soumet le sang à un semblable régime suivant les saisons. D’où il suit qu’un médecin doit dire: cette maladie est terpentine, celle-ci du céleri de montagne, cette autre helléborine; et non : ceci est. du flegme, ceci est un enrouement, un rhume, un coryza, Un catarrhe (1). Ces noms ne reposent pas sur un fondement médical. Le semblable doit, en effet, porter un nom semblable: car de cette similitude procèdent les opérations, c’està-dire les arcanes qui se manifestent dans leurs maladies correspondantes (2). I1 n’y à pas une seule colique, il y en a plusieurs, et autant qu'il y a d’arcanes dans la colique ; d’où la colique ziberine, la colique musquée, non la colique venteuse, la colique du fiel, et autres semblables, que vous désignez d’après leurs causes supposées.» (P. 17.)
« Qu'est-ce que la Vénus du monde, sinon la matrice du ventre? La Vénus du monde donne le médecin matrice. Que sera la conception du ventre, si la Vénus du monde n’y coopère pas ? À quoi servent les vaisseaux spermatiques si ceux de Vénus ne s’y accommodent pas? Qu'est le fer si ce n'est Mars? qu'est Mars sinon le fer? Mars est l’un et l’autre, le fer aussi. Quelle différence ya-t-il entre les soleils, entre les lunes, entre les Mercures, entre les Saturnes, entre les Jupiters? Aucune, quant à l’homme, si ce n’est dans la forme. Il n’y a donc pas quatre arcanes, mais un seul, quadrangulaire cependant et comme une tour regardant les quatre vents.» (P. 19.)
Il y a, je serais tenté de le croire, aussi peu de raison à proclamer, en plein xx° siècle, Paracelse un réformateur, qu’il y
(4) Rien de plus aisé que de critiquer ces dénominations traditionnelles, rien dé plus difficile que de les remplacer par des termes qui répondent effectivement à la nature de la maladie ; les substitutions de Paracelse sont tout simplement absurdes.
(2) Homæopathie par similitude supposée entre les remèdes ei les causes des maladies, non entre les symptômes que produisent les remèdes, et ceux des maladies.
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avait de folie chez Paracelse lui-même à se déclarer le monarque de la médecine. Mais poursuivons, pour qu’il ne reste plus de doute sur l’état mental, au moins intermittent, de Paracelse.
-« Ce n’est point par les facultés de notre Cerveau que nous comprenons “cela, mais par la lumière naturelle fournie par le Saint-Esprit qui illu- “nine la science et l'intellect de ses disciples d’une splendeur si grande, que les plus idiots ne peuvent pas ne pas les admirer ou les voir sans stupeur. C’est là le principe de toute science fondamentale. La médecine et la philosophie doivent être si parfaites et si entières que, par elles, on puisse dire ce qu'est ce qui se liquéfie dans le plomb, ce qu'est la dureté dans le fer. Pour comprendre tout cela en une même connaissance, il faut être éclairé par une lumière saine qui nous montre visiblement et de stience certaine tous les objets. » (P. 24.)
« Et vous, que d'efforts vous avez dû faire pour trouver votre art de formuler les recettes (1) ! Cet art est dans la nature, et c’est la nature ellemême qui les prépare. Si elle a donné à l'or et aux violettes leurs qualités, quelle nécessité y a-t-il que vous y ajoutiez du sucre ou du miel? vos soins pour ajouter aux qualités des violettes sont aussi inutiles que ceux que vous prendriez pour ajouter aux qualités de l'or. Si la nature a produit les perles sans votre aide, elle a aussi sans vous fait naître la ver- Yeine pour arrêter le sang, etil n'est nul besoin que vous y ajoutiez la bourse ou la barbe de Jupiter. » (P. 25.)
- Paracelse a raison quand il blâme les recettes compliquées dont on abusait de son temps, mais lui-même ne s’en est pas privé en associant au hasard toutes sortes de médicaments; d’ailleurs, il fait suivre cette critique de sophismes ridicules; il invoque la prévoyante nature pour couvrir son ignorance. Tous les arguments, même les plus opposés, lui sont bons.
« L'axiome, que les contraires guérissent les contraires, c'est-à-dire que ce qui est froid expulse ce qui est chaud, est entièrement faux et n’a jamais été admis comme vrai en médecine. On doit bien plutôt dire : V’arcane et la maladie, voilà les contraires; l’arcane est la santé; la maladie est contraire à la santé. La santé et la maladie s’expulsent mutuellement, l’une agissant sur l’autre. Ces choses sont contraires. qui s’excluent mutuellement, et quand l’une repousse l’autre jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien de son contraire; mais celte destruction complète n'arrive pas dans le froid et le chaud. L’art de l'expulsion est que ce qui a été chassé ne revienne plus. Mais quand a-t-on vu l’hiver ou l'été ex-
© (4) Modus componendi; die Kunst zusetzen die Recepten ; die Suppen Gesetz.