LE LIVRE DES ÊTRES : ÊTRE SPIRITUEL
apprendre à disposer (zusetzen) les maladies de l’éfre naturel d'après la manière d’être de ces quatre espèces de maladies. » (Chap. 11; partic. 4.)
On conviendra que cette nosologie est bien digne de la physiologie dont elle découle.
IV. De ente spiritualis (De l’étre spirituel). — « Pour définir l’étre spirituel, nous dirons que. c’est une puissance parfaite ou complète (1) par laquelle tout le corps peut être affecté et précipité dans toutes sortes de maladies. Quels que soient les assauts qu’on ait tentés et les objections qu’on ait faites contre cette définition, nous leur montrons.. le dos, car elles se réfutent elles-mêmes (!) En commençant la définition de l’étre spirituel, nous vous engageons à quitter la manière de parler que vous appelez théologicale. On ne peut, en effet, nommer saint tout ce qui porte le nom de théologie, ni pieux tout ce dont elle se sert, ni vrai tout ce qu’emprunte à la théologie celui qui ne la comprend pas. Maïs il est vrai que les théologiens définissent cet être avec plus de puissance que personne. La connaissance de cet être ne vient pas de la foi chrétienne ; il est pagoyum (païen) pour nous; maïs il n’est pas non plus opposé à cette, foi qui fait que nous mourons chrétiens. Vous devez reconnaître en vous-mêmes et savoir que vous ne devez concevoir aucun être parmi les esprits, comme si vous disiez, par exemple, que tous sont des diables. Ce discours est insensé et inspiré par le diable. Réfléchissez que ni le diable, ni aucun effet ou inspiration venant de lui, ne peut être compris ici (2). En effet, le diable n’est pas un esprit, un esprit n’est pas non plus un ange. Ce qui est esprit, c'est ce qui se produit dans le corps vivant de notre pensée sans matière. Ce qui naît de notre mort, cela est l’âme (3). » (LV, 1.)
« Les trois êtres précédents regardent le corps, tandis que l’étre spirituel et l’étre déal (de Dieu) se rapportent à l’esprit. N'oubliez pas que si l'esprit souffre, le corps souffre en même temps. Cet être se manifeste à la vérité dans le corps, et cependant il n’est pas dans le corps. Pour expliquer ceci, nous dirons qu'il y a en tout deux sortes de maladies (4), les maladies matérielles et les maladies spirituelles (5): les matérielles sont
(1) C'est-à-dire sans bornes. — Les autres éfres ont des puissances qui ne sont guère moins étendues et souveraines, Chaque éfre devient ainsi cause de tout, chacun au même degré l’un que l’autre. — Voy. page 388, note 2,
(2) « L'homme ne trouve rien, ni le diable non plus; mais Dieu trouve tout. » (Paragr., columna IV.)
(3) C'est-à-dire, sans doute, ce qui se sépare après notre mort.
(4) Plus haut il dit: « subjecta, id est materias, morborum dupliciaesse. »
(5) À chaque page, Paracelse déplace les bases de sa nosologie ; à chaque ligne ‘il subdivise les maladies de façons différentes; mais il ne réussit pas à trouver une bonne classification.
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celles qui sont teintes (imprégnées, formées ?) matériellement, comme les trois premiers êtres; les spirituelles, celles qui ne sont pas teintes matériellement; ce sont les spirituelles et les déales. » (Chap. 2.)
« Nous avons dit que l'esprit infligeait des maladies aux corps. Cela se peut faire de deux manières : l’une, quand les esprits s’'attaquent mutuellement, sans la volonté ou l’assentiment des hommes, excités par la haine ou l’envie qu'ils se portent (1), ou par les autres stimulants du mal. La seconde voie par laquelle les esprits envoient les maladies est celle-ci: par nos pensées, par nos sens, par notre volonté; lorsque tout cela est bien d'accord, nous cherchons à infliger (et nous pouvons le faire) quelque dommage à autrui. Cette volonté ferme et déterminée est la mère qui engendre l'esprit [malfaisant]. » (Chap. 5.)
Gette manière de jeter les sorts et les charmes, car ilne s’agit pas d’autre chose, est développée un peu plus loin :
« Vous savez que, selon la volonté d'un esprit en lutte avec un autre esprit, si l’on couvre de terre et de pierres une image en cire, l’homme en vue duquel l’image a été faite est inquiet et tourmenté dans le lieu où les pierres ont été amoncelées, et n’est soulagé que lorsque l’image a élé remise au jour; alors il est délivré de ses anxiétés. Notez encore que si l’on brise une jambe à cette image, l’homme se ressent de cette fracture; il en est de même des piqüres et autres blessures semblables faites à l’image. Maintenant, apprenez la cause de ce phénomène; elle est dans la nécromancie, qui ne vous est sans doute pas inconnue. La nécromancié peut façonner des figures et des images qui paraissent réelles et ne le sont pas, mais elle ne peut nuire à un corps, à moins que l'esprit d’un autré homme ne soit en lutte avec l’esprit de ce corps. Ainsi le nécromancien fabrique un arbre et le plante en terre : celui qui frappera cet arbre se blessera lui-même, parce que son propre esprit est blessé par l'esprit de Parbre, supérieur au sien. Cet esprit a, comme toi, des piedset des mains: si tu le frappes, il te frappe, car toi et ton esprit vous n'êtes qu’un. » (Chap. 7.)
«Vous ne devez ni ignorer ni oublier que l'opération de la volonté est d’une grande importance en médecine. En effet, il peut se faire que celui qui se haït lui-même souffre réellement le mal qu'il s’est souhaité. La malédiction, en effet, dépend de l'esprit, et il peut arriver aussi qu'après des imprécations les images soient attaquées de maladies, comme de fièvres, d’épilepsies, d’apoplexies, etc., si ces images ont été bien préparées. Ce n’est pas une plaisanterie, 6 médecins! vous ne connaissez aucunement la force de la volonté : la volonté est la mère de ces esprits avec
(1) Mais, en vérité, il s'agit ici de vrais combats de diables, de ces diables auxquels, plus haut (pag 405), Paracelse ne reconnaissait aucune puissance, et qu’il séparait si rigoureusement des esprits.