ORIGINES DE SA RÉFORME
struit Adam, Salomon et sainte Thérèse, Dieu qui, pour punir les hommes, a laissé périr les livres de Salomon, et qui semble ajourner la pleine connaissance des simples à la venue d’Élie (1)!
Je voudrais maintenant justifier l'opinion que je me suis formée de Van Helmont, après une lecture attentive de ses œuvres, et que je viens de résumer. Eh bien! les preuves à l'appui de cette opinion, on pourrait les trouver, sans difficulté ni sans aucune violence, dans les deux Mémoires que MM. Rommelaere et Mandon ont, sur l'invitation de l'Académie de médecine de Belgique, consacrés à la gloire du célèbre médecin de Bruxelles (2). Ces deux Mémoires sont un éloge bien plus qu'une étude critique; mais la conscience des deux auteurs est telle qu'ils ont euxmêmes fourni des arguments contre leur trop favorable impression. Cependant il est difficile de comprendre qu’on s’obstine à maintenir des réputations qui ne reposent sur aucune réalité. L'histoire et la médecine s’y opposent également. Même pour leur siècle, Van Helmont et surtout Paracelse sont loin de tenir la première place (3).
(1) Pharmacopolium, ete., 44, 15. Quoique, dans ce traité, Van Helmont blâme parfois Paracelse, il ne fait guère que répéter tout ce que ce dernier a dit contre les formules et en faveur de la vertu souveraine des simples, pourvu qu'ils soient employés chacun isolément et non mélangés. IL croil aussi que la Providence a distribué les remèdes suivant les besoins de chaque pays, de sorte qu'il est inutile d'en chercher au loin, comme si la plupart des remèdes minéraux employés par les jatrochimistes n'étaient pas tirés des pays étrangers (voy. p. 388). Toutes ces rêèveries sont plus anciennes que Paracelse ; elles se trouvent tout au long dans Pline. — Van Helmont, dans le même livre et ailleurs, professe également cette malheureuse idée de la subordination de la nature à l'homme pour lequel tout à été créé. JLn’y a rien qui entrave plus complétement les recherches indépendantes.
(2) Je ue m'explique pas bien pourquoi M. Rommelaere semble regarder comme un ouvrage, ou comme une série d'ouvrages à part, V'Ortus medisinae. Ge titre prétentieux et peu modeste représente, si je ne me trompe, toute l'œuvre de Van Heélmont, les ouvrages publiés de son vivant et avec son assentiment (réunis sous le titre de: Opuscula medica inaudita ; la dédicace est datée d'octobre 1643; volume rare) et ses papiers confiés aux soins de son fils (tam cruda et incorrecta quan penitus expurgata).
(3) M. Mandon a publié, non un travail critique, mais un véritable dithyrambe, tout d’une haleine, à la gloire de Van Helmont; ni L'esprit, ni la verve, ni la finesse de certains aperçus ne manquent dans ce morceau, où l'enthousiasme dépasse de
Assurément ce n’est pas dans le 7raitement magnétique des plaies qu’il faut chercher les fondements de la renommée de Van Helmont; c’est là qu’il explique les miracles des saints par une vertu magnétique, trahissant ainsi la science pour ne pas être accusé d’incrédulité ou regardé comme un esprit-fort. Ge faux-fuyant ne l’a pas sauvé de l’inquisition.
« C’est à l'influence du magnétisme animal, conservé dans l'étole de saint Hubert, qu’il attribue la guérison miraculeuse et la préservation de la rage par l'imposition de cette étole sur le malade (1). C’est à l’existence du magnétisme animal encore qu’il attribue la puissance malfaisante des sorcières. »
« Une dame sujette à de fréquents accès de goutte faisait disparaître la douleur aussitôt qu’elle allait s'asseoir sur la chaise
beaucoup, à mon avis, la mesure permise, et les rapprochements des idées de Van Helmont avec les idées modernes sont souvent hasardés, Puis on voudrait trouvér plus de citations et surtout des renvois précis aux divers ouvrages de Van Helmont, car l’auteur se contente, en tête de chaque chapitre, d'indiquer d’une manière générale les écrits dont ces chapitres sont un résumé, de sorte que, si l’on ne connait pas bien Van Helmont, il faut le relire presqu’en entier pour contrôler les dires de M. Mandon. — M. Rommelaere procède tout autrement, quoiqu'il ne soit pas un admirateur moins passionné, moins partial ; il cite tous les textes sur lesquels il s’appuie ; il a multiplié les divisions et donné de l’œuvre de son héros une idée plus complète. Cependant, bien des détails essentiels auraient pu figurer encore dans ce travail vraiment érudit ; le lien des idées, les intermédiaires qui font mieux comprendre l’ensemble de la doctrine manquent assez souvent. — Je crois que l’Académie de médecine de Belgique rendrait un vrai service à l’histoire, et même à Van Helmont, si elle provoquait la publication d’une nouvelle édition de ses œuvres, où l’on prendrait soin d'indiquer tous les antécédents de Van Helmont, où l’on discuterait le bien ou le mal fondé de sa critique des anciens, où l’on rapprocherait sans cesse ses idées de celles de Paracelse, où l’on ferait, en un mot, la part exacte de ce qui appartient à ses prédécesseurs ou à ses contemporains et de ce qu'il peut revendiquer légitimement comme conception originale ou comme meilleur emploi. Gette édition, imprimée en caractères moins fatigants que ceux d'Elzévir, devrait être accompagnée d’un index, ou plutôt d’un lexique complet, et contenir l'indication de tous les passages parallèles d’un bout à l’autre de l’œuvre. Van Helmont vaut la peine qu’on prendrait, car il est un document historique d’une tout autre valeur que Paracelse, Si l’on réimprimait Paracelse, ce serait bien plus pour la langue que pour les idées; par son langage et malgré une détestable syntaxe, il appartient au grand mouvement national provoqué en partie par Luther. (1) De magnet, vuln. curat., 39, p. 604.
SN MYSTICISME. h77
de son frère. Cet effet, suivant Van Helfont, est dù à l'influence du magnétisme animal et nullement à l'imagination de la malade (4). »
« Un Bruxellois, ayant perdu le nez dans un combat, se rendit chez un chirurgien nommé Tagliacozzi. Ce dernier eut recours, pour le guérir sans difformité, à l’autoplastie, et emprunta le Jambeau de chair au bras d’un domestique. Le blessé revint chez lui avec son nez d'emprunt. Treize mois plus tard, il fut tout à coup désagréabiement surpris en voyant cet organe se refroidir et finir par se putréfier. Qu’était-il arrivé? Après bien des lamentations et des recherches, on apprit que le domestique au bras duquel le Bruxellois avait emprunté son nez, était mort au moment où cet organe se refroidit.» Van Helmont ajoute : CH y a encore à Bruxelles des témoins oculaires de ce fait (2). »
Ce n’est pas seulement dans la Cure magnétique des plaies que Yan Helmont paye un large tribut aux idées superstitieuses ; il faut bien, par exemple, admettre, quoi qu’en puisse souffrir sa réputation (3), qu'il croit à la génération spontanée non-seulement des pucerons, des vers, des scorpions, etc., mais aussi des souris (4), ce qui ne l'empêche pas de se moquer de Paracelse (5), qui croyait qu’une cigogne cuite peut se changer en serpents, etc. Ïl admet une vertu toute spécifique dans les pierres, et souscrit aux cures merveilleuses de l’Écossais Butler (6). Il accorde, comme Paracelse, toutes sortes de vertus merveilleuses au crapaud contre la peste et l'hydropisie. Van Helmont tourne en ridieule les anciens, qui prescrivaient du poumon de renard dans les affections catarrhales du poumon (7), espérant que le pou-
(4) De magnet. vuln. curat., 33, p. 599.
(2) De magnet. vuln. curat., 22, p. 598. (Citations extraites de Rommelaere, p. 331 et 332.) — Sur Tagliacozzi, voy. plus haut, p. 333.
(3) Aussi je ne comprends pas pourquoi M. Mandon, p. 682, s’indigne contre « l'ignorance ou l'injustice des historiens », qui prêtent de pareilles idées à Van Helmont après « l'éclatante réhabilitation » du médecin de Bruxelles par Bordeu,
(4) Imago fermenti impraegnat massam semine, 8 et 9, p. 91-92; CI. Schol. lun. passiva deceptio, 64-66, p. 797.
(5) Schoz. hum. passiva deceptio, 65, 67, p. 797.
(6) Butler, p. 466 etsuiv.; Cf. Natura contrar. nescia, 45, p. 144.
(7) Custos errans, 37, 38, p. 322-393 : «Ah! et miserum subüt remedium de
h78 YAN HELMONT.
mon d’un animal si rapide et si persévérant à la course rendrait l'activité au poumon du malade, ne craint pas (1) de prescrire et de prendre pour lui-même, contre la pleurésie, de la poudre de verge de cerf ou de taureau, et du sang de bouc, pourvu que ce,sang soit tiré par la castration, l'animal étant suspendu par les cornes et les pieds de derrière étant attachés aux cornes! Ailleurs (2), il recommande un anneau métallique comme un r6mède souverain contre les hémorrhoïdes, la suffocation, les affections utérines (hystérie?) et beaucoup d’autres maladies. Certes, Van Helmont (3) pouvait affirmer que c’est une grâce surnalurelle qui donne de telles propriétés; la science n’a pas de ces prétentions-là. Ouvrez les ouvrages des grands cliniciens, des vrais réformateurs de ce même xvu° siècle, vous ne trouverez rien de pareil.
Pour expliquer ces cures merveilleuses, et sans doute pour encourager ceux qui y ont recours, Van Helmont s'écrie : « Les remèdes enlèvent les maladies non par la puissance de la contrariété, ni en raison de la similitude, mais en vertu d’un pur don de la Divinité, qui aide la nature, laquelle du reste est médicatrice d'elle-même (4).» Enfin Van Helmont a toute une classe assez nombreuse de maladies envoyées par Satan et par $6s Sup» pôts, les sorciers el sorcières : Injecia a sagis el à diabolo.
Faut-il tant louer le Supplément sur les eaux de Spa? Mais, en vérité, iln’y a dans ce traité rien de bien neuf. Au moyen âge, du temps de Paracelse, au temps de Van Helmont lui-même, on trouve, je vous l'ai prouvé, plusieurs auteurs qui recommandent les eaux ferrugineuses précisément dans les mêmes cas que ceux qui sont indiqués par Van Helmont (5). Ces excès d’admiration
pulmone vulpis, quo animalculum diuturni sui cursus potestatem quam vivurit pos sidebat, saccharo post suam morlem impertiatur. »
(4) Pleura furens, 32:35, p. 210-211. Of. Sextuplez digestio, 75, p. 4179: Voyez aussi les notes des pages 480-481 à propos de la peste.
(2) De febribus, 51, 89, p. 745. — Voyez le traité In verbis, herbis et lapidibus est magna virtus, p. 458.
(3) Pharmacop., 5, p. 367.
(4) Cf. natura contr. nescia, 42 ct suiv. Voy. p. 500. Là, j'ai réuni plusieurs pass sages où le naturisme est beaticoup moins explicite; encore ici est-il très-mystique,
{5) Notre auteur, comme chimiste, triomphe aisément du Spadacrene de Henry