THÉRAPEUTIQUE SPÉCIALE
« Une fermière avait eu dans sa jeunesse une affection catarrhale de la vessie avec un peu d'hématuric ; elle se procura la vessie d’un taureau encore à l’état d’embryon; or cette vessie est ordinairement pleine de liqueur d'une saveur aufre que celle de l'urine. Elle but chaque matin environ six onces de cette liqueur avec la même quantité de vin blanc. S'étant mariée ensuite, à l’âge de dix-neuf ans, elle se trouve, en 1643, en bonne santé et sans calcul (1). Le même remède soulagea plusieurs jeunes filles pauvres. Après quelques expériences de ce genre, on essaya aussi d'un bouc à l'état d'embryon, et le succès fut encore plus grand !
« Je joindrai ici mes observations sur les pierres des écrevisses (lapis cancrorum) que personne n'a encore décrites. D'abord, c'est à tort qu'on les appelle yeux, puisqu'elles ne remplissent par l'office des yeux, mais qu'elles se trouvent dans Vestomac. On tire de ces pierres Un diurétique exquis, un vulnéraire et un fébrifuge, pourvu qu'on le résolve sous forme de lait ancien. L'homme expérimenté pourra seul se faire une idée de son excellence et de sa puissance ; il n’y a pas de remède plus ulile que ces pierres, aux blessés et aux mères après l'accouchement (2). On s’en sert avec avantage contre les mauvaises qualités de beaucoup de végétaux que leur vertu laxative rend nuisibles ; mais on doit les réduire en poudre si fine que le mélange soit exact (absorbants), Dans la Marche de Brandebourg, la pêche des écrevisses est très-abondante ; toutefois les marchands sont obligés de veiller pendant la nuit, de crainte qu'un porc ne passe sous leur voiture : car si cela arrive, toutes les écrevisses quis'y trouvent meurent avant le matin ; tellement le porc est l'ennemi de l’écrevisse (3).»
Je suis tellement habitué à rencontrer cette espèce de médecine à chaque page de Van Helmont (4); d’ailleurs, je comprends si bien que cetauteur, vu la nature propre de son esprit, sesoit laissé entrainer dans le mauvais courant du xvir siècle (5), au lieu de suivre le bon, qui était cependant largement alimenté, je le comprends si bien que rien ne m'étonne, et que je tâche de conserver
(4) C’est un remède inspiré, comme on voit, par la doctrine de la signature,
(2) Sans doute il les prescrit, dans ce cas, à l'extérieur, comme des espèces d’amuleties,
(3) De Zith., Vi, 30-33, p. 703. — Les absorbanis tiennent aussi une grande place dans la thérapeutique de Sylvius de le Boc.
(4) Ge n'est pas seulement la médecine, mais aussi la physique que Van Helmont place sous La dépendance de la théologie, Physiea Aristotel., 8, p.38; 4 fine, p. 39.
(5) Déjà, cependant, fort restreint, si on le compare à celui du xvic siècle, qui est le siècle de l'émancipation scientifique et philosophique, comme le xy° avait été celui de l'émancipation religieuse.
le calme de l’historien; mais je ne puis m'empêcher d’être un peu ému quand je vois, par passion pour un auteur dont on a fait.son héros, défendre ou justifier une médecine de bonnes femmes en plein xix° siècle. Encore si le médecin qui présente cette défense n'élait pas un praticien habile, un homme qui a donné beaucoup de gages de son goût pour la culture vraiment scientifique!
€ Quant au traitement de l'hydropisie, outre les diurétiques, on conseille l'application de crapauds vivants autour du ventre, Jai vu, dit Van Helmont, un paysan guéri de son hydropisie par une ceinture de serpents : l’irritation de l’Archée rénal fut dissipée par la peur. »
C'est M. le docteur Mandon qui rapporte ce texte (4), et il ajoute :
« Nous sommes devenus si savants et si sceptiques, que nous traitons de contes de vieilles femmes de tels récits. Mais d’abord, avant de prendre l'attitude de la raillerie, avons-nous des moyens sûrs et commodes pour guérir l'hydropisie? Non. Or, si les contes rapportés par Van Helmont sont risibles, comme sa bonne foi et sa compétence dans la matière ne permettent pas de douter de l'exactitude de ses assertions, pourquoi trancher par un sourire un point si important et si délicat de thérapeutique? Il n’est pas absurde d’admetire de pareilles guérisons. L’explication qu’il en donne nous paraît très-rationnelle. Personne ne doute de l’influence exercée par les passions sur les viscères ; la peur, entre toutes, agit sur la circulation au point de faire pâlir jusqu’à la Syncope. Qu’y a-t-il d’extraordinaire que l'impression qui suit le contact de serpents sur la peau détermine une sorte de syncope locale qui dissipe la congestion et même l’inflammation des reins? Outre cette influence exercée sur les nerfs vaso-moteurs, les crapauds ne sont-ils pas des agents éminemment révulsifs ? Qu'on répugne à cette espèce de médication, nous le comprenons, mais non qu’on s’en moque, surtout quand on est si pauvre en moyens curaltifs. »
J'avoue que je m’en moque, au risque d'attirer sur ma tête les foudres de mon savant, mais trop partial confrère.
(4) Ce passage se trouve dans Ignotus hydrops, 36, p. 415. On lit dans ce traité
bien d’autres choses non moins étranges, au milieu de remarques bonnes à noter sur l’hydropisie rénale,
Heureusement pour la réputation de Van Helmont, à côté de ces innombrables rêveries, il se trouve quelques préceptes assez rationnels touchant le traitement des calculs, des fièvres, etmême de l’hydropisie ; encore ces préceptes ne reposent-ils pas sur une expérience bien manifeste, ni sur une observation exempte des préjugés d’une doctrine exclusive (1). Si Van Helmont ne s’était jamais plus écarté de la bonne voie que par l'insuffisance ou le vague de ses méthodes thérapeutiques, je n’en accuserais que l'insuffisance même et le vague des connaissances médicales de l’époque. Ainsi que Van Helmont le dit lui-même (2), il n’est pas donné à tout le monde d’aller à Corinthe ; mais il n’est pas permis à un esprit cultivé d’ailleurs et indépendant sur certains points, de se payer si souvent de vains mots et de montrer tant de crédulité.
M. Spiess (3), dans un chapitre intitulé Rapports entre Paracelse et Van Helmont, a été beaucoup plus frappé des discordances que des conformités qui existent entre ces deux personnages. Cela tient, je crois, à ce qu’il a plus étudié Van Helmont que Paracelse, et qu’il a cru sur parole Van Helmont dans ses attaques contre son précurseur (A). Il est certain que Van Helmont combat la théorie des trois éléments (5), qu’il rejette la comparaison du
- (4) Toutes les fois que Van Helmont (mais c’est bien rare) oublie son système et s’en rapporte à l'observation pure et simple, il a quelques bonnes directions thérapeu-
tiques, par exemple, l'emploi des toniques, et particulièrement du vin dans les fièvres paludéennes de mauvais caractère ; seulement il ne faut pas, comme il semble l’admettre, étendre cette méthode à toutes les fièvres. C'est le traitement d’une classe de fièvres, et un traitement, pour ainsi dire, géographique.
(2) De febribus, xiv, 11, p. 776 ; Catarrhi deliram ; À, p. 346.
(3) Van Helmonts System der Medicin, n. s. w., p. 216 et suiv. — J’ai plus d’une fois, soit à propos de Paracelse, soit à propos de Van Helmont, signalé des rapports manifestes entre ces deux auteurs.
(4) Van Helmont ne loue guère Paracelse que pour la guerre qu'il a faite à Galien ; aussitôt il ajoute qu'il n’a pas substitué la vérité à l'erreur, sous-entendant, cela va de soi, que lui, Van Helmont, est le messager de la bonne nouvelle.
(5) « Il arrive même jusqu’au sarcasme le plus violent quand il parle de la division ridicule des maladies, donnée par Paracelse, selon que le mercure en nous est distillé, ou précipité, où sublimé; selon que le sel est dissous, ou calciné, ou réverbéré ou alcalisé ; enfin, selon que le soufre subit ou la congélation, ou la coagulation, ou la résolution, ou la dissolution. » Spiess,
microcosme (4omme) el du macrocosme (#0nde), mais en partie par des raisons théologiques, enfin qu’il désapprouve les opinions touchant les maladies tartaréennes; cependant il n’est pas moins certain (M. Spiess est obligé de l'avouer) que Van Helmont a pris le fond de ses doctrines dans Paracelse. Ajoutons que les idées morbides, point fondamental du système de Van Helmont, sont très-voisines des semences morbides de Paracelse; que Punet l'autre font intervenir de la même manière le mysticisme et la superstition dans l'explication et le traitement des maladies; que tous deux emploient pour plusieurs maladies les mêmes remèdes quand ils ont recours à la thérapeutique naturelle (1); que tous deux aussi ont un dédain à pen près égal pour l'anatomie, et pour leurs confrères un égal mépris.
Si l'on veut bien lire et rapprocher les extraits que j'ai donnés de ces deux auteurs, on reconnaîtra une foule de traits de ressemblance. Ce sont des esprits de même famille, quoique non tout à fait jumeaux (2). Il ne serait pas malaisé de mettre en regard une foule de textes où les mêmes doctrines se font jour. M. Spiess admet que Paracelse, «malgré sa grande valeur», est un génie brouillon, excentrique, superstitieux, toujours en fermentation; il trouve à Von Helmont toutes les qualités oppoz sées ; il va jusqu’à déclarer que son système est harmonique en toutes ses parties et parfait en son genre. Quant à moi, je suis convaincu, après avoir lu leurs livres et suivi les conséquences de leurs systèmes, que Paracelse et Van Helmont (5) n’ont eu presque aucune influence salutaire et décisive sur la transformation et le développement scientifique de la médecine (4). Il ne peut sortir rien de bon de la méthode a priori, ni rien de bon du mysticisme. Paracelse et Van Helmont n'ont attaqué (je dis attaqué, car cenest
(1) C'est un fait que Van Helmont reconnait dans ses Arcana Paracelsi.
(2) Plus haut, p. 474 etsuiv., j'ai marqué les différences, qui sont, je le reconnais, à l'avantage de Van Helmont, mais plus encore pour la forme que pour le fond.
(3) Dont M. Rommelaere dif « que sa doctrine est une des plus belles conceptions de la médecine ». (P. 518.)
(h) Ge travail était imprimé quand j'ai reçu de M. docteur Finckenstein, de Breslau, une étude sur Van Helmont, imprimée dans Deutsche Klinik, 1866. L'auteur n’est pas beaucoup plus que moi favorable à Van Helmont,.
pas eux qui ont détruit) un échafaudage séculaire d'erreurs que pour en élever un autre plus monstrueux encore sous certains rapports (4). Aussi, dans les deux essais rivaux de reconstruction de la médecine, on peut aisément constater la présomption, l'inhabileté, l'ignorance, les contradictions de chacun des deux entrepreneurs, la mauvaise qualité des matériaux employés, et surtout le peu de résistance des fondements. S'il y a done un prix d'architecture médicale à décerner au xvr° siècle, assurément je ne veux le donner ni à Paracelse avec M. Marx, ni à Van Helmont avec l'historien de la peste d'Orient, M. Lorinser, approuvé par M. Spiess. Ce prix, je le garde pour le parlager entre les anatomistes, les physiologistes et les cliniciens.
(1) Mon savant cet infatigable confrère, M. Brocckx, vient de publier (Anvers, 1869), d’après un mauuscrif tiré des Archives archiépiscopales de Malines, un ouvrage jusqu'ici inconnu de Van Helmont ct intitulé: Ad judicem neutrum causam appellat suam et suorum Philadelphus. Je ne puis que louer M. Brocckx de son zèle pour la cause de Van Helmont et le remercier du très-grand honneur qu'il m'a fait en me dédiant ce texte inédit, qui n’est pas une page des moins curieuses de ‘Jœuvre du médecin flamand. Loin de modifier le jugement que j'ai porté sur cet illustre rêveur, sur cet homme qui osait reprocher à Paracelse « d’arranger la nature à sa fantaisie » (Sextuplex digestio, 70, p. 178), cette page, écrite en 1648, le confirme pleinement. Van Helmont y prend parti pour les folies que Goclénius avait débitées sur la puissance curatrice du magnétisme (voyez plus haut, p. 476 et suiv,}, et attaque violemment le jésuite Roberti qui avait réfuté Goclénius par des arguments théologiques ridicules, il est vrai, ou de nulle valeur, et qui cependant furent de nouveau opposés à Van Helmont lors de son procès. — Tristes siècles, tristes pays que ceux où les questions de scionce, traitées par des arguments syllogistiques et non par des faits on des expériences, ne sont définitivement résolues que par le tribunal de Finquisition! Heureusement, ce tribunal n’est pas sans appel, et les arguties de VÉcole ne sont pas non plus le dernier mot de l'esprit humain. M, Broeckx ne se fait pas, d’ailleurs, illusion sur la valeur du pamphlet de Van Helmont; il s'étonne même (mais cela ne m'étonne pas) qu'un tel homme ait pu admettre des choses plus extraordinaires et plus invraisemblables les unes que les autres. Ce qu'il y a de curieux dans ce pamphlet, c'est que Van Helmont y prend avec ardeur la défense de Paracelse. L’ennemi commun provoque les coalitions, mais, le danger passé, eiles sont bientôt rompues; c’est ce qui est arrivé dans le cas présent; en effet, dans ses écrits plus récents, Van Helmont ne se souvient guère que Paracelse a été son compagnon d’armes contre Roberti,
XVIIT
SOMMAIRE, — Quelle place Sylvius de le Boe tient dans l’histoire de la médecine. — Sources d’où procède sa doctrine, — Caractère de ses écrits. — Exposition de son système. — Que ce système repose plutôt sur des idées préconçues que sur l'expérience, — Physiologie générale et spéciale. — Pathologie générale et pathologie spéciale. — Théorie des acides et des âcres. — Des partisans Les plus célèbres de la chimiatrie, prédécesseurs, contemporains, ou successeurs de Van Helmont et de Sylvius.
Messœurs,
En tête d’un chapitre intitulé : Fr. Syloius de le Boe, considéré comme dernier rejeton de l’école de Galien, Spless (1) s’exprime ainsi : « On s’est de nos jours peu soucié d'approfondir le système de Sylvius (2) en l’accusant d’être exclusif et d’avoir
(4) Van Helmon?s System der Medicin, p. 269. — Les mots : dernier rejeton du galénisme, ne sont en aucune façca justifiés par l’histoire, car il y a, après Sylvius, des galénistes beaucoup plus purs que lui. -
(2) De le Boe Sylvius (car il a réuni en un seul les deux noms, conservant pour l’un le latin, pour l’autre le français) né, en 1588, à Hanau (électorat de Hesse), appartenait à une riche et ancienne famille originaire du Cambrésis. En 1644M S’adonna à la médecine qu'il étudia dans quelques villes de France (Sédan), de Hollande (Leyde) et de l'Allemagne. Il se livra avec ardeur à l'étude de l'anatomie et de la chimie, afin d'arriver à une connaissance exacte des parties et des humeurs du corps humain. Après avoir obtenu à Bâle, en 4637, le bonnet de docteur, aux applaudissements universels, il se résigna, pour obéir à son père, à exercer, pendant plusieurs années, la médecine dans sa ville natale ; mais bientôt il abandonna cette ville, qui était un trop petit théâtre pour lui, et revint en France pourse mettre en rapport avec les célébrités d'alors ; puis il se fixa quelque temps à Leyde comme professeur d'anatomie. On disait à Leyde: « Celui qui n’a pas étudié l’anatomie avec Sylvius n’est qu’un ignorant. » Il se rendit tout d’abord célèbre en défendant la circulation du sang que Harvey venait de découvrir et qui était com battue de divers côtés avec acharnement. Cédant ensuite aux instances de ses amis, il se rendit à Amsterdam, où il exerça la médecine pendant plusieurs années avec
PLACE DE SYLYIUS DE LE BOE DANS L'HISTOIRE. 5h
exercé une influence funeste dans la pratique, d'où il est résulté que des historiens justement accrédités ont porté sur lui un jugement incomplet et même faux. Nous ne pensons pas qu'un système qui a joui, ne füt-ce que pendant peu de temps, d’une certaine autorité puisse mériter ce dédain. Ce système devait, au moins lorsqu'il apparut, renfermer quelque vérité intrinsèque, lors même que cette vérité eût été mêlée d’hypothèses erronées. On a généralement qualifié de chimiatrique le système de Sylvius, et plusieurs écrivains, se copiant les uns les autres , ont présenté Sylvius comme l'élève et le successeur de Paracelse ou de Van Helmont. On prétend même que Sylvius avait puisés on matérialisme dans le système de Van Helmont. Ceux qui disent que le système de Sylvius est purement et simplement chimiatrique, ne vont pas au fond des choses et ne disent vrai qu’en partie (1). »
Puis M. Spiess, se laissant prendre aux phrases pompeuses et négligeant les résultats positifs, voudrait nous persuader que Sylvius, auquel il joint Van Helmont et Paracelse, ne faisait qu’obéir à la tendance empirique de son siècle. Méprisant les efforts de ceux qui affichaient la prétention d'expliquer la nature en philosophes théoriciens, craignant l'invasion de la sophistique, Sylvius poussait vers le côté réaliste. Mais tous ces auteurs, même Sylvius, quoiqu'à un moindre degré, sont bien plutôt, ainsi que nous l’avons déjà vu pour Paracelse et Van Helmont, les échos « de ces idées mystiques ou de ces pures hypothèses, produits de Yimagination et souvent de la superstition, qui menaçaient de détruire les conquêtes opérées depuis la Renaissance ». Il ne faut pas plus se laisser séduire par les belles sentences de Sylvius en faveur de l'expérience, contre les idées préconçues, les vagues théories, les arguties dia-
un grand succès. C'était, suivant l'expression du temps, « un nouvel Apollon, connaissant et guérissant toutes les maladies. » En 1658, il rentra à Leyde, mai presque malgré lui, pour professer la médecine pratique ; il y jouissait d’une réputation vraiment extraordinaire et dont nous n’avons plus d'exemple. Il mourut en 1672. — Je cite toujours d’après l'édition de ses œuvres, publiée à Amsterdam en 4679, in-4.
(t) Ici M, Spiess à pleinement raison; nous le prouverons tout à l'heure,
lectiques (l), que par Les tirades de Paracelse ou de Van Helmont en faveur de lobservation. Pour Sylvius, comme pour Paracelsé et Van Helmont, les-idées préconçues, les vagues théories, 168 arguties dialectiques, sont les idées, les théories, les arguties des confrères, et non les siennes! A l'exemple de tous les chefs dé secte, Sylvius ne veut pas qu’on jure £a verba magistri quandilé maitre est un autre que lui-même. En lisant de telles parolesen tête d’un ouvrage, je me tiens toujours en défiance.
Dans l'antiquité, ce sont surtout les philosophes qui ont con: tribué à créer les hypothèses biologiques et pathogéniqués ou du moins à en donner le goût ; les médecins les ont acceplées, propagées, étendues, multipliées; le moyen âge et la Renaissancé y ont cru comme à un dogme ; les deux siècles suivants les ont battues en brèche, mais pour en substituer d’autres plus en rap: port avec les connaissances du temps (2); il appartient à l’ägé moderne de les combattre toutes pied à pied et de leur opposer obstinément les résultats positifs dé la méthode expérimentale ét de l'observation.
M. Spiess, jouant sur les mots, semble parfois refuser aux systèmes de Paracelse, de Van Helmont, comme à celui de Sylvius, l’épithète de chimique, tant est grande, dit-il, la distancé qui sépare l’alchimie ou la chimie du xvr‘ et du xvir siéele de la chimie actuelle. Mais qui donc pourrait contester que les res mêdes de Paracelse et de Van Helmont viennent de la chimie: que leur action est expliquée par la chimie; que la théorie des maladies dans Paracelse est toute chimique (3) et chez Van Hel:
(1) Peu s’en faut qu'il ne s’écrie avec Van Helmont (Progeditur ad morbor, cognit., 2, p.428): « J'ai ouvert la porte de la médecine fermée depuis le com mencement du monde. La clef unique, la clef d’or, je l’ai trouvée dans les Archives de l’Archée; je l’ai éprouvée au feu de l'alchimie, et à la lumière de la vérité.»
(2) Il est à remarquer que le progrès des sciences chimiques, mathématiques, physiques, et même ceux de La physiologie n’ont servi d’abord qu’à alimenter en médecine l'esprit de système et à fournir pour ainsi dire des matériaux pour l’établissement des théories les plus éloignées de la vérité. Descartes, par exemple, en porte témoignage.
(3) Spiess va jusqu'à dire que Paracelse use de la chimic avec calcul, où comme un moyen de se frayer un chemin, C’est vraiment pousser trop I0MMIe paradoxe,