SA PLACE DANS L'HISTOIRE
mont en grande partie chimique; qui oserait nier que les ferments de Van Helment, même transformés en forces vitales, ne viennent pas des théories chimiques? Comment soutenir que les âcretés, les acidités, les ferments, même l’effervescence, et les médicaments héroïques de Sylvius, ne dérivent pas également des mêmes théories ?
Je crois qu’on peut résumer en un mot l’idée qu'on doit se faire de Sylvius : ilest éclectique, ou plutôt il est syncrétiste, empruntant à la médecine chimique qu’il célèbre (4) l'explication de la digestion par les ferments (2), celle de la fièvre et des autres maladies par une sorte d’effervescence des humeurs; puis l’analyse chimique, telle qu’on pouvait la faire alors, des divers liquides de l’économie animale; enfin l'emploi, fondé sur ces mêmes connaissances chimiques, d’un grand nombre de médicaments ; — il rappelle Glisson et Wharton par le rôle qu'il fait jouer à la lymphe; — pour presque tout le reste il appartient à l’école de Galien, acceptant, mais en les modifiant un peu, les théories anciennes sur les esprits animaux, le feu inné, etc., empruntant la classification des médicaments et la doctrine des indications thérapeutiques (3). Ce qu’il peut revendiquer comme sien, c’est d’avoir introduit une méthode absolument scolastique dans la nosologie médicale : chaque symptôme, chaque modification d’organe ou de fonction devient une maladie, comme on peut le voir d’une façon générale dans le premier livre du traité De methodo medendi, et pour les applications dans Praxis medica. La thérapeutique est naturellement fractionnée à l'instar de la nosologie.
Sylvius paraît avoir joui d’une grande réputation comme médeein praticien ; cette réputation provient sans doute de ses succés. Ce qui prouverait tout simplement qu'on peut être un excellent
(4) Disput, med., 11, 8 et suiv.
(2) Sylvius n’est pas prodigue de citations ; il s'appropric assez souvent on silence plus d’une découverte faite de son temps.
(3) Voyez, par exemple, plus haut pour Van Helmont, p. 43h, note 2, toute la théorie de la digestion, enfin Causae el initia naluralium, 2%, p. 29: «Le fer-
ment, être créé dès lé commencement du monde, prépare, excite et précède les semences: »
praticien tout en s’appuyant sur de très-pauvres théories; ce dont je doute beaucoup. Je conçois un bon praticien sans théorie, mais je ne comprends guère que de mauvaises théories, appliquées rigoureusement, fassent jamais un bon praticien. Je voudrais donc croire que Sylvius laissait les théories dans son cabinet et ne gardait pour la clinique en ville ou dans les hôpitaux que l'observation et le bon sens.
Personne plus que Sylvius n’a vanté l'expérience (1) et personne cependant n’a été plus prompt à fonder un système sur des suppositions. Cette malheureuse tendance aux créations de l'esprit doit d'autant plus nous étonner que Sylvius était un anatomiste fort exercé (2), qu’il a publié beaucoup d'observations justes et rectificatives des opinions anciennes, particulièrement, comme on le sait, sur la structure du cerveau (3); il a même fait quelques expériences. Il a accepté très-bravement et introduit le premier à Leyde la circulation du sang (4) ; il ne repousse aucune autreinnovation, niles vaisseaux lymphatiques, pour lesquelsonlur doit quelques remarques particulières (5), nile canal thoracique, ni les recherches sur les glandes; et quoiqu'il ne donne pas dans toutes les erreurs physiologiques de Wharton et de Glisson sur ce sujet, néanmoins il n’a que des idées très-vagnes sur les origines, le mouvement et les usages des sucs blancs. — Sylvius décrit parfois avec une certaine netteté les maladies qu'il a eu
(4) Voy., par ex.: Disput. med., VI, 17; 1X, 27 ; Meth. med., I, xt, 34; Praxis med., 1, 71 et suiv.; V, 288, 414; Epistola apologetica adversus Deusingium, p. 908 et suiv., et cela souvent à propos des opinions les plus hasardées.
(2) IL vante l'utilité de l'anatomie: Disput. med., IV, 2; V, 4 et suiv.; VE,,55; VIIL, 1 et suiv. Il dit qu’on n’est pas médecin si l’on ne connait pas les fonctions;et: qu’on ne les connaît pas si l’on ignore l'anatomie. Ilavait étudié l’anatomiemieuxque beaucoup de ses contemporains, mais il ne savait pas mieux la physiologie, car, encore une fois, ce sont Les expériences et non les simples dissections qui conduisent aux découvertes physiologiques.
(3) Cependant il admet encore avec Galien que les catarrhes descendent duvcerveau et sont cause de plusieurs maladies.
(4) Disput., N, 15. — Sur les anastomoses, il n’en sait pas plus que Harvey: Voy. Appendix ad Prax., tract. VI, 38.
(5) Voy., par ex., : Diss. med., V, 29 et suiv.; VI, 8 et suiv.; VIT, Zetsuiw Dictata ad Barthol. Instit. anat., 44, 5. — Il croit que le chyle est passé; comme dans un filtre, à travers les paroïs intestinales, pour arriver aux vaisseaux lactés,
l’occasion d'observer, par exemple les épidémies de 4667, 1669, 1670 ; mais aussitôt il cherche à expliquer les faits ; il les défigure alors autant qu'il est en son pouvoir, quand il veut en découvrir l'origine et en dévoiler la nature. Heureusement les faits résis-
tent à ses explications et nous permettent encore un diagnostic rétrospectif.
Je sais que récemment, dans un brillant et solide discours justement applaudi, M. Gubler (1) a relevé avec complaisance dans Sylvius quelques propositions particulières d’où, en les pressant un peu, il a fait jaillir des rapprochements aussi spécieux qu'inattendus avec les idées modernes. Mais quand il s’agit de théoriciens et non d’observateurs (2), je me défie toujours un peu de ces rapprochements qui, franchissant les distances, séparées moins encore par le temps que par la différence profonde des connaissances positives, mettent en parallèle des vues et des observations. Fussent-ils fondés en apparence, ces rapprochements ne prendraient peut-être pas la valeur qu'on leur accorde, puisque les anciens n’ont ordinairement pas pleine conscience de ce qu'ils disent, tandis que les modernes parlent, ou du moins essayent de parler, d’après des données sclentifiques.
On lit à la page 202 de la Conférence de M. Gubler : « Je trouve dans Sylvius de le Boe, une idée ingénieuse qui a échappé à tous les lecteurs, bien qu’elle révèle de sa part un rare talent
(4) Sylvius ow l’Iatrochimisme ; dans Conférences historiques de la Faculté de médecine de Paris. Paris, 14868, p. 269 et suiv. — M. Gubler a peint sous de vives couleurs la vie accidentée de Sylvius.
(2) Cette distinction est importante : beaucoup de faits, rapportés par Hippocrate où après lui, dans la série des siècles, peuvent être rapprochés des faits observés par les modernes ; mais il n’en est pas de même des propositions théoriques avancées, pour ainsi dire, au hasard, et sans que les auteurs les appuient sur des expériences. — Je serais tenté de dire que les rapprochements qui ne sont pas entierement justifiés nuisent à l’histoire des sciences, comme les allusions au temps présent qu’on cherche dans les temps anciens défigurent l’histoire politique. J'ose du reste espérer que M. Gubler verra dans mes remarques, non une critique, mais seulement le désir de soutenir une thèse historique; car personne plus que moi
n’apprécie les connaissances variées, et l’esprit à la fois si fin, si positif, si pénétrant de ce savant professeur.
d'observation et d'analyse. Il a fallu, vous le savez, arriver jusqu'à ces derniers temps pour assister à la distinction entrevue par Darwin et formellement établie par Gerdy et M. Beau entre la sensibilité pour la douleur et la sensibilité tactile proprement dite. Encore peut-on se demander si la sensibilité douloureuse ne serait pas simplement la sensibilité tactile exaltée ou pervertie. Mais ce qui ne peut être contesté, selon moi, c’est que les impressions que nous recevons par les corps chauds ou froids sont essentiellement différentes de toutes celles qui arrivent aux organes du tact. Eh bien ! Sylvius a distingué /e sens de la chaleur du sens tactile proprement dit. Il montre que la sensibilité pour la chaleur peut persister en l'absence de la sensibilité tactile, ou malgré la perversion de cette dernière, et qu'elle peut être abolie ou diminuée bien que le tact soit conservé. N’est-il pas étonnant qu’une notion si exacte et si bien formulée se soit perdue pendant deux siècles ? »
J'ai relu avec beaucoup d’attention les paragraphes 22 et suivants, chapitre 1v, livre I du traité Methodus medendi, les chapitres 11 ($$ 23, 26-29), vr ($ 8), x1, x11, xxIt ($$ A et 7) du IF livre de la Praxis medica, auxquels mon savant confrère fait sans doute allusion (car il ne cite aucun passage), etje n’y puis pas découvrir tout ce qu’il y a vu. Je reconnais bien dans le Wethodus medendi et ailleurs une distinction verbale et objective entre le sens du toucher et le sens du froid et du chaud, distinction que Sylvius a faite, dit-il, le premier (1), mais non pas l'indépendance anatomique, physiologique et pathologique de ces deux sens, ni rien, absolument rien qui rappelle, même de loin, les expériences physiologiques, les recherches anatomiques ou les observations pathologiques des modernes. Sylvius n'avait pas d'idées exactes
(4) Voy. Praxis med., W, n, 24. — Ilest certain que Galien n'a pas fait cette distinction verbale. Fidèle à la doctrine aristotélicienne, il donne la liste des quatorse impressions lactiles, par séries binaires opposées, De differ. pulsuum, Il, t. VII 7, p. 692. Cf. aussi, entre autres passages : De temper., I, 9, t, I, p. 495; IE, 3, p. 598, où on lit que le tact est le seul juge du chaud et du froid Cependant l’auteur semble insinuer que le tact analyse, distingue, associe les diverses impressions; mais tout cela est fort indécis. Les plus belles intuitions, entourées de tant d'erreurs, ne mènent pas à grand’chose; il n’y a que les démonstrations, ou du moins que les directions expérimentales qui valent el qui soient fécondes,
touchant le vrai rôle des nerfs dans la production des sensations. I n’y a chez lui, à cet égard, que des vues de l'esprit sans aucun soutien. « Deux sens, dit notre auteur (1), ont été jusqu'ici confondus mal à propos sous un seul nom : le sens du tact, qui perçoit la mollesse et la dureté; le sens de la chaleur qui perçoit le froid et le chaud; il faut les distinguer tout à fait»; puis il ajoute : « Je pense qu’on les à confondus par cette raison que ces deux sens n’ont pas chacun un organe différent, mais le même. Chacun des deux sens n’a pas un organe différent et distinct, parce que l’une et l'autre qualité peut être perçue par le même organe. Ainsi la langue, organe du goût, perçoit aussi la chaleur et la dureté, et cependant le goût et le tact ne sont pas tenus pour un même sens (2) : le sens du tact a pour objet la résistance des corps; — le sens de la chaleur et du froid a pour objet la température (3). J'ai donc raison de dire que la distinction des sens doit être tirée de la diversité des qualités objectives et non de la diversité de l'organe. »
Or, on sait (4) que le jour où l’on a cherché, mais sans preuves jusqu'ici suffisantes, à séparer la sensibilité tactile de la sensihi. lité douleur ou de la sensibilité de température, on a en même temps pensé que la transmission de ces deux ordres d'impressions cheminait par des éléments nerveux différents qui pouvaient être isolément paralysés. La doctrine anatomique que l’on voudrait faire prévaloir aujourd’hui est, si je ne me trompe, l'opposé de la doctrine de Sylvius. Si le sens de la température est encore plus essentiellement différent du sens tactile que le
(4) Praxis med, I, u, 26-29; IT, Vi, 3.
(2) C’est comme si notre auteur disait tout simplement : la peau perçoit, d'üne part, la mollesse et la dureté des corps, et, d’aütre part, la chaleur et le froid. Ce
sont quatre perceptions, groupées en detix séries, existant en ün même
licu, et que les mê
mes causes détruisent, diminuent où pervertissent, comme on le voit en divers passages (C., par ex., Praxis med., If, ch. xr et xu) (3) Praxis, IL, xx, 4; x, 4.
(4) Voy. Béclard, Traité élémentaire de Physiologie humaine, 5è éd., p. 934: et Longet, Traité de physiologie, 3° éd, t. IT, p. ces deux auteurs, surtout dans le second,
66 et suiv. Si on lit dans les discussions et les recherches aux2 quelles a donné lieu la détermination précise des diverses manifestations du sens
du tact, on restera convaincu que Sylvius n’a pas même entrevu la question,
sens tactile ne l’est du sens douleur, on devrait alors, à plus forte raison, expliquer cette différence par deux ordres d'éléments nerveux.
Quant à indépendance pathologique, elle ne paraît pas mieux démontrée dans Sylvius, car il dit (4) : « Le sens du tact et celui dela chaleur sont toujours, dans toute paralysie grave, affectés à peu prés (2) en même temps et ensemble. Leur abolition ou du moins leur diminution n’est cependant pas de l'essence de la paralysie (?), mais une conséquence (consectarium) de la paralysie, car éoujours (ici il n’y a pas ere) dans la paralysie ces deux sens sont plus ou moins en détresse. Le mouvement dans la paralysie est atteint primitivement, le sens du toucher et de la chaleur le sont secondairement, par consensus, et avant tous les autres. Ces deux sens, étant des sens généraux, répandus dans toutes les parties du corps, n’ont pas, comme les autres sens, un organe spécial, et sont peut-être aidés, en même temps, d’une certaine manière par les esprits animaux pour produire le mouvement animal (3). » Ces propositions se rattachent d’ailleurs à toute la doctrine de Sylvius, empruntée partie à Van Helmont, partie à Galien, sur la théorie des sens qu’il déduit de la théorie des esprits animaux. Je me crois conséquemment fondé à n’admettre que dans la limite des mots, et non pas dans celle des choses, le rapprochement proposé par M. Gubler.
Il faut encore, et quoiqu'il m’en coûte, que je me sépare d’un confrère aussi distingué et aussi sagace sur un autre point, de moindre importance il est vrai, mais qui mérite cependant
(4) Praxis med., TI, xxit (De paralysi), 4, 5, 7.
(2) Si même ere ne signifie pas ici justement ou tout à fait. En comparant les chapitres x1 et x11 du livre II de la Praxis, on verra que les causes qui sont assignées comme pouvant abolir ou diminuer l’un et l’autre sens sont de telle nature que, dans la pensée de Sylvius, elles agissent à la fois sur l'organe des deux sens.
(3) On ne voit pas ce que vient faire ici le mouvement animal. — Dans les Dictata ad Barthol. Instit. anat. (1640-4641), 1, 9, p. 879, De cute, Sylvius dit tout simplement «que la peau est seule l'organe du tact, et, qu’en conséquence, elle a reçu des nerfs»; mais plus il avance en âge, plus il devient théoricien, plus il oublie ses études positives; plus il a lu Van Helmont, plus aussi il divague, où, si l’on préfère, plus il devient vague.
examen. A la page 293 de la Con/érence précitée, je lis: « Sylvius ne fait-il pas allusion aux urines mousseuses par excellence lorsqu'il parle du son ou de la crépitation que font entendre certaines urines? » Voici ce que dit Sylvius (4): « Une diversité de son est observée pendant l'émission de l'urine : l'urine est rendue tantôt en produisant un son notable, en même temps quese forme une écume abondante (laquelle vient d’un jet vigoureux et ne persiste pas, par opposition à l’écume catarrheuse), et tantôt elle tombe sans donner aucun son, comme si c’était de l’huile. Le son vient de ce que l'urine est séreuse, c’est-à-dire aqueuse et salée; l'absence de son tient à ce qu’elle renferme une proportion considérable de parties oléagineuses (2). » N’estil pas probable qu'il s’agit ici du bruit que fait l'urine en tombant dans ie vase, suivant qu’elle ressemble à de l’eau ou à de l'huile, et non du phénomène de crépitation ?
Ce n’est pas seulement pour l'urine que Sylvius parle du son ; énumérant les modifications pathologiques qui se produisent dans ce qu’il appelle les maladies des qualités sensibles, soit des liquides, soit des solides (3), il étudie successivement le nombre, la grandeur, la quantité, la figure, la consistance, le lieu, la couleur, l'odeur, le son, le mouvement, etc., etc. Ainsi vous trouvez le son du sang, de la bile, du suc pancréatique, de la salive et de la pituite, de la lÿmphe, du chyle, des esprits (4). Si l’on compare entre eux ces divers passages, on voit qu'il s’agit tantôt du son que ces liquides sont supposés capables où incapables de produire par leurs mouvements, tantôt des bruits qui peuvent se faire entendre accidentellement en eux ou par eux, comme le sifflement dans l'asthme en suite des efforts de l’air contre la pituite, ou comme les flatuosités qui, dans le tube intestinal, se révèlent par des borborygmes, des vents, des rapports, et qu’on attri-
(1) Appendix ad Praxim med., tract. V, 375, 389, Ce sont probablement ces passages que M. Gubler avait dans la mémoire.
(2) Voy., sur cette apparence des urines, Beale, De l'urine, trad. Ollivier et Bergeron, p. 12. — Le diabète, dont il est question dans Praxts med, tract, V, S 339, est-il le vrai diabète ? J’en doute.
(3) Voy. plus loin (p. 558) ce que je dis de la nosologie de Sylvius,
(4) Method. med., I, vi, 9: var, 73 var, 2; 1x, 5; x, 4; x1, 35 xt, 2.
bue, soit à la bile, soit à la pituite, mais sans que Sylvius dise par quel mécanisme se forment ces flatuosités. À propos des parties solides (1) notre auteur parle aussi du son, par exemple du grincement des dents. D'où il faut conclure que la catégorie du son, au milieu de la pathologie de Sylvius, est une création a priori dans laquelle il donne hypothétiquement une place à toutes les parties constitutives de l'organisme. Cette catégorie comprend surtout le son produit par le mouvement ou le déplacement, c'est-à-dire les sons physiques ou extrinsèques, etnonles sons intrinséques, et pour ainsi dire chimiques, comme estla crépitation.
Enfin, d'après M. Gubler (p. 291), « Sylvius considère le foie comme jouant le double rôle d’une glande sécrétoire et d’une glande sanguine. La découverte de la fonction glycogénique est venue lui donner raison. » Puis M. Gubler ajoute : «La rate n'ayant rien d’analogue à l’uretère, ni au canal cholédoque, Sylvius en conclut qu’elle ne peut rien distraire du sang et qu’elle ne saurait avoir d'autre usage que de modifier le sang lui-même en introduisant une matière telle qu’un ferment ou une feinture, pour parler le langage des chimistes, laquelle matière facilite et accélère la transformation du chyle en sang. Pour ce qui regarde la physiologie de lappareil splénique en particulier, je ne connais rien qui me satisfasse davantage. Quant à la doctrine générale des glandes hémato-poïétiques, ce passage la renferme explicitement. Cependant ces idées rationnelles excitèrent la verve railleuse des anti-Sylviens, qui, par dérision, donnaient à l’auteur le surnom de Patron de la rate. Loin de s’en fâcher, ce titre, dit Sylvius, me flatte plus qu’il ne m’offense, car je pense avoir bien mérité de la science, si j'ai découvert et mis en lumicre l'usage vrai d’un viscère important, Vous serez, Messieurs, de son avis. »
Ces rapprochements ne sont pas en tous points inacceptables, mais, à mon avis, il sont beaucoup trop absolus et toujours un peu forcés; vous allez en juger. Sylvius a deux opinions sur les usages du foie et sur la sécrétion de la hile; l’une qui lui est
(1) Method. med., 1, xm, 9,
propre, et qui est absurde, l’autre qui lui vient de Malpighi (1), mais dont il ne prend qu’une partie. Il accepte les faits anatomiques, mais il en tire les plus mauvaises conséquences physiologiques. Voyons d’abord la première opinion de Sylvius :
« Le foie a un double usage : premièrement, il contient êt affermit les radicules de la veine cave, les rameaux de la véine porte, les capillaires dés canaux biliaires ; deuxièmement, il favorise, par la production d’une douce chaleur, à l’aide de son parenchyme, le mélange du sang et de la bile dans tous cés vaisseaux (2), car /a bile, sécrétée à travers les artères de la vésicule (3), se répand par deux courants en sens contraire, dans le duodénum pour imprégner les aliments et dans le foie pour se mêler au sang ‘ au duodénum par le canal issu de la vésiculé cystique (canal cholédoque); au foie par le canal hépatique et par ses radicules, lesquelles s’anastomosent avec celles de là veine porte (4)! » 11 y a loin, comme on voit, de cette étrange théorie, que l’auteur prétend même établir sur des expériences (5), à le théorie moderne. Cest presque l’opposé.
(4) En 1640 et 4644, danses Diclata ad Barthol.,xv, 8 et 9, tout en admettant que la bile est sécrétée par les artères de la vésictile biliairé, et que la rate est chargée de parfaire le sang, il croit que le chyle se convertit en sang dans le foie; mais en 1660, dans ses Disputat., il reconnaît, avee Pecquet, que le chyle se rend à là veine axillaire droite par Le tronc commun (voÿ. Disp. II). Ne/sachant plus alors quel usage assigner au foie et ne voulant pas, par respect pour la nature, le déclarer un membre inutile (voy. Disput. VI, 4, 5 et 17, où il en appelle au jugement des amis dé Ia vériié et de l'expérience sur ses opinions touchant le foie), il lui prète dé nouvelles fonctions, celles que j'ai rappelées. Au 8 44 de la Disput. VI, il dit qu'il à vu, avant 1640, les vaisseaux lymphatiques de l& vésiculé. = Les recherches de Malpighi sont de 1666, et lus Disputationes ont été imprimées en 4660, Elles ont été, il est vrai, réimprimées, d'abord en 4663, puis en tête des œuvres complètes; mais dans l'Addifamentum de la sixième, celle où il est question du foie et du cours de.la bile, loin de s’amender, Sylvius, qui ne peut pas connäître encore Malpishi, s'enfonce plus avant dans l'erreur. S'il a profité alors de quelqu'un, c’est probablement de Glisson, mais assez mal, = Malpighi attaque Sylvius sur la théorie de la formation de la bile et sur ses idées touchant la structure et les usages du foie.
(2) Disput. VI, 48; cf. 8, 19 et suiv., où il tâche d'établir, mêmé chimiquement et mécaniquement, son système.
(3) Disput. VI, particulièrement 36,
(&) Disput. NI, 9-35.
(5) Disput. VI (Additam.), 51 et suiv.
. Dans la Praxis medica, 1, xuiv, 40 et suiv., Sylvius se résigne, ilest vrai, à ‘accepter les découvertes de Malpighi sur la structure du foie; mais il se réjouit en pensant que ces découvertes ne changent pas son système médical et ne contredisent en rien aux usages qu’il avait attribués à la bile. En conséquence, tout en admettant que la bile vient du foie dans la vésicule, il n’en persiste pas moins à croire que la bile reflue dans la veine cave par le canal hépatique et ses ramuscules, de sorte que ce canal devient le siége d’un double courant, comme l’étaient autrefois, pour Galien, les veines mésaraïques ; et cela, Sylvius le prouve par la pathologie, par l’anatomie et par sa physiologie expérimentale! Lorsqu'il dit que la bile est toujours, comme il l'avait soutenu dans sa Disputatio, sécrétée par les artères et non par les veines, ce n’est pas en vertu d’expériences, mais pour ne pas perdre absolument sa théorie sur le rôle qu’il avait attribué aux artères cystiques. Entre ces vues et les expériences si délicates, quoique non encore décisives des modernes, il y a un abîme. Quant aux fonctions de la rate, d’après Sylvius, je ne vois pas non plus qu’elles aient de l’analogie avec celles que les physiologistes actuels cherchent à lui attribuer en vertu d’expériences réguliérement instituées. Sylvius affirme, il est vrai, que la rate n’a pas de canaux excréteurs (1) et qu’elle ne verse au dehors aucune matière excrémentitielle ; mais cette découverte ne lui appartient pas, elle est due à Wharton (2); lanatomiste anglais regarde aussi la rate comme un organe qui sert à la confection du sang, et qui soutire un suc blanc, dans l'intérêt des nerfs, lesquels absorbent ce suc (3). En second lieu, autant les recherches modernes tendent à la précision, autant les idées de Sylvius restent dans le vague: le sang, déjà constitué dans le cœur, vient en abondance par les artères se perfectionner, s’élaborer encore dans la rate, non pas en introduisant un ferment dans ce liquide, mais parce que le sang lui-même, sous l’action des
(4) Disput. V, 16 et suiv.
(2) De glandulis, 43 ; Londres, 1656.
(3) Qui oserait cependant voir, dans cette soustraction d’un suc blanc, l’'augmen-
tation des produits organiques du sérum signalé dans le sang qui revient de la rate, et la diminution des globules ?
esprits animaux qui affluent, revêt dans la rate la nature d’un certain ferment sanguin (induat naturam lermenti cujusdam sanquinet) ,ou d’uneteinture, comme parlent leschimistes, ferment ou teinture qui, à leur tour, facilitent et hâtent la transformation du chyleen sang. La rate, ne contenant rien d’inutile, envoie la partie lymphatique deson sang devenu ferment dans le canal thoracique, par les vaisseaux lymphatiques, et la partie sanguine dans le foie, par la veine Porte, au moyen des veines spléniques. Plus loin (4), Sylvius soupçonne, c’est son expression, que la lymphe, formée dans les glandes, à pour mission de rapprocher et de réunir plus intimement le sang et le chyle, quand le chyle rencontre le sang ; mais il n’est rien dit du service que peut rendre le sang proprement dit en S’échappant de la rate pour aller au foie; il faut probablement admettre qu’il agit sur le sang de la veine porte, et successivement sur celui de la veine cave, comme la lymphe sur le chyle, à la manière des ferments. D'après Sylvius, le sang ne devient plus que parfait (plusquam per fici) dans la rate que pour aider à la transformation du chyle et du sang veineux en un sang smplement parfait (2), celui qui a subi dans le cœur l’action du feu inné etqui est cependant chargé de nourrir les parties en sortant du cœur à travers les artères ! Ainsi, la rate fait office du Poumon ; la rate devient un viscère plus important que le cœur, car dans le système ancien, encore accepté par Sylvius, le cœur tenait la place du poumon.
(1) Disput. NV, 49, Cf. Praxis, L, x, À et suiv. Au $ 1, Sylvius dit: « À la rate vient le sang par les artères et l’esprit par les nerfs ; le sang est repris par les veines et l'esprit par les lymphatiques ; les expériments anatomiques le démontrent.»
(2) « Dans ma sixième thèse (c’est-à-dire $ 6), j'ai dit, suivant en cela le sentiment du plus grand nombre, que le feu interne du cœur échaufait et raréfiait le sang et qu’il en résultait une plus étroite union entre chacune de ses parties; aujourd’hui, après avoir examiné plus attentivement les usages multiples du sang qui fournit la matière à des liquides si divers, aux esprits animaux, à la lymphe, à la salive, au suc pancréatique, à la bile, à la semence, elc., je pense que l’union des parties du sang dans le cœur est lâche et point du tout étroite, » Disput. III, 45 (Additam.).—On ne saurait rien imaginer de plus contraire à la façon dont s’opère la nutrition, puisque, encore une fois, ce n’est pas le Sang plus que parfait de la rate,
mais le sang parfait du cœur qui nourrit les parties. Sylvius a tout brouillé, Galien et Harvey.
Tout cela est aussi bizarre que confus, et en vérité, malgré ma bonne volonté, je ne puis pas comparer les opinions de Sylvius aux résultats obtenus par nos physiologistes modernes. Pour lui, la rate sert directement à recomposer le Sang, pour eux, elle le décompose d’une façon spéciale, et livre indirectement aux poumons le produit de cette décomposition.
Après ces remarques, qui déjà, ce semble, diminuent singuliérement les prétentions affichées, soit par Sylvius lui-même, soit par ses partisans ou par quelques historiens, pénétrons plus avant dans son système en parcourant rapidement ensemble la suite de ses écrits.
Physiologie. — La mort est l'extinction du feu inné du cœur: cette extinction provient ou de la privation ou de la surabondance de son pabulum où du manque d’un air convenable à la respiration. — Le sang louable est le pabulum de ce feu. — Le sang est réparé et entretenu par les aliments quand ils sont débarrassés de leur partie excrémentitielle. — Le changement des aliments dans l'estomac se produit non par chylification, mais par /ermentation. La destruction et la dissolution des mélanges s'opère de deux façons : l’une subite, violente, par le feu, c’est l'ustion ; l'autre, plus douce et pluslente, par l’eau, c’est la fer Mmentalion, qui s'appelle putréfaction, si elle prend de l'odeur. I y a un double lien pour les mélanges : celui qui tient le premier rang et qui est le plus fort, c’est le sel que l’eau brise ; celui qui est au second, le plus faible, c’est l'huile, que le feu change et détruit. — La fermentation ou transmutation, comme le démontrent lexpérience et le raisonnement, s'opère dans l'estomac par l'eau que contiennent les boissons ou les aliments; par les vents qui se développent dans la cavité stomacale et qui s’échappent à travers l’œsophage ; par le feu vital qui émane du cœur, et circule à travers les artères destinées à l'estomac; enfin par le sel contenu dans la salive et par la partie spiritueuse du même liquide (4).
Après avoir cherché à expliquer comment s’opérent, d’une part, la transmutation définitive du chyme par l'intervention du
(4) Disput. med., I, 3-6, 10, 12, 43, 95 ; IL, 3 suiv..
suc pancréatique, de la bile, des sels acides et lixivieux (d’où l'effervescence), et d’autre part, la séparation des faeces et du chyle, enfin leur propulsion dans les intestins et les vaisseaux lactés, Sylvius montre que c’est en vertu de ces actions et réactions que naît le chyle, constitué surtout par l'esprit volatil des aliments, puis par une huile subtile que tempère un peu de sel lixivieux et un esprit acide dilués dans un peu d’eau (1).
La troisième Disputatio est consacrée à faire connaître, d’après Harvey, les voies que parcourt le sang. Le mélange de la bile contenue dans le sang et de la lymphe donne lieu à la fermentation vitale, expression qui parait souvent synonyme d’effervescence. Le mouvement du sang résulte de l’effervescence du sel volatil huileux de la bile et de l’acide dulcifié de la lymphe. — De là le développement de la chaleur vitale qui allume le sang et le rend propre à circuler.
Les esprits vitaux, qu'on peut comparer à l’esprit-de-vin recüfié, et qui président aux sensations spéciales ou générales comme aux mouvements et aux transformations, sont entrelenus par une véritable distillation qui s'opère dans le sang de l’encéphale. Ces esprits restent en partie condensés dans le cerveau, et sont en partie conduits par les nerfs sur tous les points du corps; quand ils arrivent aux glandes (2), ils forment lalymphe grâce à l'acide du sang, et retournent sous celte forme au sang pour lui rendre les esprits dont il à été privé, car la lymphe en est abondamment pourvue (3), attendu qu’elle en vient primitivement! !
L'expansion et le resserrement des poumons ne sont pas produils par la matière qui entre durant l'inspiration, ou sort pendant l'expiration, mais par les parties qui entourent les poumons,
(4) Disput. IT, 19, 26. Les éléments de cette théorie de la digestion se rencontrent à la fois dans Van Helmont, dans Pecquet, dans Galien, et même dans Glisson.
(2) I n’est pas toujours facile de distinguer dans Sylvius les glandes conglobées (ganglions) des glandes proprement dites ou conglomérées.
(3) Disput. IV, 28 et suiv. C'est dans cette Disputatio que se trouvent les recherches de Sylvius sur la structure de l’encéphale. Voyez aussi, sur l’origine de la lymphe, Disp. VIIL, 40. — En général, Sylvius traite successivement, dans ses Disputationes, de l'anatomie des parties, du mécanisme des fonctions et, en dernier lieu, des usages.
c’est-à-dire par la dilatation ou la constriction active de la cage thoracique etpar les mouvements du diaphragme, de sorte quel'air entre quand le poumon se dilate, et il se dilate quand le thorax et le diaphragme opêrent leur mouvement d'expansion et d’abaissement; il en est de même, mais en sens contraire, pour l’expiration (1). Quant à la respiration, elle sert à produire, par le mélange de la bile, de la lymphe et du sang, l’effervescence qui
alimente et modère en même temps le be à cœur, si nécessaire à l'entretien de la vie.
Voilà, vous en conviendrez, Messieurs, pour les usages de la respiration, une belle physiologie et vraiment réformée! Il est triste de passer par toutes ces étapes de l'erreur pour arriver aux portes de la vérité!
Nous n’insisterons pas sur le cours et les usages de la lymphe, laquelle, ainsi que le prouvent les expériences (1), prend son origine première (origo primaria) du superflu des esprits animaux lorsqu'ils ont rempli toutes leurs fonctions dans l'intimité des tissus, comme le sang veineux provient de ce qui reste du saug artériel après qu’il a nourri les parties. Des vaisseaux particuliers ramênent la lymphe près du cerveau par les veines jugulaires et sous-clavières; son mélange avec l'esprit acide aide aussi à l’effervescence du sang dans le ventricule droit (2). Nous verrons tout à l'heure, à propos de la doctrine des âcres et des acides, les conclusions pathologiques que Sylvius tire de ses idées sur ies origines de la lymphe, et ici encore, nous pouvons juger de ce que vaut la science tant vantée du professeur de Leyde.
De la physiologie, passons aux généralités sur la pathologie et à la nosologie.
Pathologie générale. — « J'entreprends, dit Sylvius, d’enscigner la méthode thérapeutique, d'autant plus volontiers que c’est le fondement
et la base de l'exercice régulier de la médecine. — La méthode thérapeutique est, pour éviter toute circonlocution, l’art de trouver et d’ appliquer
(4) Voyez les expériences de Swammerdam rapportées aux Additamenta, 88 79 et suiv. de la Disput. VII, De respiratione. — Voyez aussi Galien (dans Oribase, Livres incert., 42,43, t. TIT, p. 219 et suiv., et p. xvr, note 4 de la Préface, dont Sylvius n’a guère fait que reproduire la théorie.
(2) Disput,, VIII, Cf. particul., 8 40 et suiv.
PATHOLOGIE GÉNÉRALE. a
convenablement les remèdes les plus propres à rétablir la santé compromise. — Tout ce qui sert à traiter une maladie porte avec raison le nom de remède et de secours. Les remèdes doivent être trouvés ou imaginés par le médecin et mis en usage par lui. C’est ce que demande le malade ; mais il faut porter son attention sur l’homme que l’on traite. Or, chez un malade, on trouve les maladies, les causes des maladies et les symptômes, choses contre nafure qui existent en lui, de même qu'on trouve aussi quelque chose en lui qui existe selon la nature, et que l’on nomme forces. C’est sur ces quatre points que le médecin doit porter toute son attention pour traiter convenablement le malade. Le médecin doit donc s'y attacher, parce que, comme on le dit vulgairement avec raison, c'est de là qu’on tire l'indication de ce qu'on doit faire. Les forces et tout ce qui chez le malade est encore selon la nature, indiquent qu'il faut veiller à leur conservation. Dans tout homme, en effet, on doit conserver ce qui est selon la nature, à plus forte raison dans le malade. Parmi les trois choses contre nature que l’on trouve chez l’homme, la maladie indique qu’on doit l'enlever, et c’est une indication curatrice : de même la cause morbifique demande son amendement ; c’est une indication préservatrice; enfin le symptôme grave et qui affaiblit beaucoup le malade demande sa mitigation ; c'est une indication urgente (A). »
« Avec la plupart des médecins, je définis la maladie, une mauvaise constitution de l’homme lésant des fonctions quelconques. Comme l'intégrité de la fonction est l'effet de la santé, de même l'effet de la maladie est l'affaiblissement de la fonction plusou moins lésée (2). »
Après avoir indiqué, mais d’une façon un peu confuse, qu'il y. a des maladies qui tiennent à un vice intrinsèque, soit des parties contenantes (solides), soit des parties contenues (Aumeurs ou liquides), soit enfin de l’âme, Sylvius continue :
« Comme pour l’accomplissement de certaines fonctions dans l’homme, il faut le concours non-seulement des parties du corps contenantes, régulièrement constituées, mais aussi des parties contenues et de l’âme ellemême, si une de ces parties ou plusieurs sont mal constituées et causent la lésion de quelque fonction, cette mauvaise constitution s'appelle maladie; et les sujets des maladies peuvent être : 4° les parties du corps contenantes, ce que tout le monde a reconnu jusqu'ici; 2 les parties du corps contenues el fluides, ce que plusieurs soutiennent maintenant; 3° l’âme elle-même, ce que peu m'accorderont peut-être, quoique ce point soit très-certain pour moi (3), comme on le verra mieux dans ce
(1) Method. med., I, 1, 1-8.
(2) Method. med., I, u, 4, 2.
(3) Ge n’est pas une question d’animisme, mais il s’agit des rapports du physi= que et du moral.
qui suit. Lorsque, tout cela se comportant régulièrement dans l’homme, il se produit une lésion dans quelque fonction, par le fait de ce qui est hors de sa constitution (la chylification, par exemple, par suite de l’ingestion d'aliments trop copieux et de mauvaise qualité; la vue par le fait du trop grand éloignement d'un objet, ou d’un milieu obseur, etc.), on doit dire que la fonction est lésée par une erreur externe, ou qu’elle n’est pas tant lésée que frustrée de ce qui lui convient. Il y a une grande différence, pour le iraitement opportun, entre une fonction frustrée ou lésée par une erreur externe, et une fonction affaiblie et viciée par la faute [de la constitution] de l’homme ; ce qu’un médecin prudent observera soigneusement (1). »
« Ceci posé, on reconnait facilement la vérité de ce précepte si connu des médecins praticiens, qui enseignent que les meilleures indicationsse tirent des choses qui soulagent et de celles qui nuisent (a juvantibus et nocentibus). Toutes les indications peuvent être ramenées à deux générales : la première consiste à employer les choses dont on à observé que les gens en santé ou malades recevaient du soulagement, et À ne pas témérairement les négliger ou en cesser l'usage. L'autre, contrepartie de la première, est celle-ci : on doit s'abstenir de tout ce qu’on saït
pouvoir nuire aux gens en santé ou malades, et ne pas persévérer dans leur usage ou plutôt leur abus (2). »
Il est aisé de reconnaître ici Galien dans Sylvius. La division des fonctions est également toute galénique (3). Le chapitre 3, Des
indiquants, des indiqués et des indications, rappelle la même doctrine.
Nosologie. — Si Von veutsavoir jusqu’à quelles extrêmes divisions et subdivisions, à quelles innombrables catégories purement dialectiques Sylvius était arrivé dans la distinction des affections morbides regardées par lui comme constituant des individualités, on n’a qu’à lire les chapitres 4 et suivants du livre I de Methodus medendi. L'auteur distingue d’abord les maladies dans les qualités des sens particuliers (les sens de la vue, de l’ouïe, ete.); ainsi il étudie pour la vus les modifications de la lumière, de la transparence, de l’opacité ; pour l’ouïe, les modifications dans le son; pour l’olfaction, celles de l'odeur, etc. (4). Après quoi il
(4) Method. med., 1, 11, 18-20.
(2) Method. med., 1, 1, 34-36,
(3) Method, med., 1, 51, 3 et suiv.
(4) Voyez plus haut, p. 545 etsuiv., ce qui concerne le tact.
NOSOLOGIF. 559
passe aux maladies dans les qualités sensibles communes, qu'il divise en contenantes ou solides, contenues ou liquides, et spirituelles (affections de l’äme). Ainsi, à propos du sang, non-seulement il étudie chaque modification reconnue ou imaginaire, soit comme une maladie, soit comme cause antécédente de maladie, mais il explique la cause de chacune de ces modifications, et il traite en conséquence chacune d’elles directement: la couleur et toutes ses variétés, le son (voy. p. 548 et suiv.), l'odeur, la saveur, la dureté, la mollesse, la chaleur, le mouvement, le lieu, le temps eu égard à la loutous ou à la précipitation du mouvement; par exemple dans les menstrues, la fluidité ou la consistance ; de même pour la bile et les autres humeurs, salive, suc pancréatique, etc. Pour les parties solides (consistentia seu continentia), il y ajoute naturellement la forme, le nombre, la grandeur, etc. (1), et même le son que produisent ces parties (stridor dentium) ou qui s’y produit (perversion de l’ouïe) (2). Quel dommage que Sylvius n’ait pas appliqué son oreille si fine sur la poitrine, il aurait devancé Laennec !
Sylvius est un peu plus embarrassé pour les maladies de l’es-
(4) Voyez Method. med., I, x.
(2) Method. med., I, xur. — Je donne en note la Series morborum, telle qu’elle se lit à la fin du ch. v du liv. I‘* de Methodus medendi. — Partium contentarum sive fluidarum morbi sunt. — I. In qualitatibus sensilibus propriis functionem aliquam laedentibus : 4° ratione visus in colore mutato; in perspicuitate aut opacitate mutata; in luce aut tenebris; ratione auditus, in sono; 39 ratione olfactus, in odore grato vel ingrato; 4° ratione gustus, in sapore multifario, dulci, acido, austero, salso, amaro, etc., vel insipido ; 5° ratione tacius, in duritie aut mollitie ; 6° ratione caloris sensus, in calore, frigore, tepore, rigore, horrore. — IL. In qualitatibus sensilibus communibus functionem aliquam laedentibus : 4° ratione copiae auctae vel diminutae ; 2° ratione loci mutati; 3° ratione motus aucti, diminuti, aboliti; 4° ratione temporis mutali, exempli gratia, quindo menstrua singulis mensibus non prodeunt, sed citius vel tardius; 5° ratione fluiditatis mutatae. — Partium continentium seu consistentium morbi sunt (les six premiersnuméros sontidentiques avec les six premiers de la série Partium contentarum). — IL, In qualitatibus sensilibus communibus functionem aliquam laedentibus : {0 ratione numeri aucti vel diminuti ; 2° ratione magnitudinis auctae vel diminutae ; 3° ratione figurae mutatae ; A° ratione continuitatis solutae aut secreti coalescentiae ; 5° ratione connexionis s0lutae; 6° ratione loci et situs mutati ; 70 ratione soliditatis vel fistulositatis mutatae 8
8° ratione motus aucti, diminuti, aboliti ; 9° ratione consistentiae mutatae in fluiditatem,
prit (1) ; il se demande avec tristesse qui a jamais vu leur couleur, qui a senti leur odeur, qui a perçu en elles chaleur ou froid, qui a entendu leur son? Confondant un moment, ou du moins semblant confondre l’âme et les esprits animaux, il se rattrape sur les catégories de la quantité, sur celle du mouvement ou du repos, sur celle de la fluidité, etc.
L’âme est saine si elle est attentive (aftenta) à ses fonctions ; elle est malade si elle est insouciante ou distraite. Elle est encore saine si elle est soigneuse dans ses perceptions ; elle est malade quand elle est indolente (oscifans). Elle est saine si elle perçoit les choses distinctement ; elle est malade lorsqu'elle les perçoit confusément. Elle est saine si elle embrasse librement la vérité, elle est malade lorsqu'elle cède aux préventions. Elle est saine quand elle est tranquille, et malade quand elle est agitée par les passions, etc.
Thérapeutique. — On trouve dans les passages suivants, tirés du premier chapitre du livre deuxième de Methodus medendi (2), ce qu’il importe de savoir sur les généralités de la thérapeutique, lesquelles répondent aux généralités sur la nosologie :
«Parmi les remèdes, les uns sont matériels ou corporels, les autres spirituels, comme les discours, les raisons et les raisonnements qui corrigent ou relèvent, soit l'âme, soit l'esprit malade, de même que l’un et l’autre corps, c’est-à-dire le contenant ou consistant, et le contenu ou fluide, sont soulagés par les remèdes corporels et matériels. Les remèdes matériels proviennent en partie du ciel, en partie de l'air, en parlie de l’eau, en partie de la terre : non comme de quatre éléments, mais comme de quatre matrices, ainsi que s'expriment plusieurs chimistes, ou de réceptacles d'où nous tirons habituellement la matière des divers remèdes. On distingue communément, et avec raison, les médicaments en altérants et évacuant{s; ces dénominations concordent avec ce que nous ayons dit plus haut dans l’examen des maladies et l'indication du traitement préservatif et urgent. Nous avons réduit toutes les maladies de l'unet l'autre corps à leurs qualités matérielles, propres ou communes, qui s’éloignent de l’état naturel, c'est-à-dire du juste milieu requis pour la santé chez l’homme: c’est d’après le changement de ces qualités (voy. la Series morborum, p. 559, note 2) et leur indication, que nous
(4) Method. med., 1, 12 et 14.
(2) Voyez les $$ 4, 6,13, 15, 16,17, 18, 20 et 21.
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