FORTUNE DE L’IATROCHIMIE AU XVII° SIÈCLE
duits chimiques; mais il n’y est qu’indirectement question des propriétés thérapeutiques.
Pierre Laurenberg en 1630 prêchait la méthode spagyrique, : et en même temps, comme le fit aussi Van Helmont, il s'élevait avec véhémence contre les médecins qui consultaient le calendrier pour saigner et purger (1).
Ce n’était pas non plus la première fois qu'on s’insurgeait contre l’abus de la saignée ; Jacques des Parts, au xv° siècle, se plaignait des saigneurs parisiens ; plusieurs traités ont été publiés sur ce sujet : je citerai entres autres un ouvrage peu commun et que Haller n’a pas vu, celui de Monti, Trattato della missione del sangue contro l'abuso moderno, 1627 (Bibl. Mazarine). L'auteur s’appuie avec raison sur Galien, qui est plus sobre de la saignée dans les fivres putrides que dans les synoques vraies et pures, et qui tâche d’évacuer le mauvais sang par tout autre moyen. il faut saigner, continue l’auteur, dans la plénitude sanguine (2), mais la plénitude d’un sang vicié (cacochymie) ne réclame pas la saignée, à moins que ce ne soit au début, quand ce sang va se corrompre. (est pour prévenir la putréfaction qui serait causée par la trop grande abondance que doivent être prescrites les émissions sanguines.
Monti a indiqué assez nettement les symptômes caractéristiques des fièvres malignes ou typhoïdes et aussi de celles qui s’accompagnent de pétéchies (éyphus).
Le disciple le plus immédiat, le plus direct de Sylvius est le médecin anglais Thomas Willis (1624-1689). Il insiste particuliérement sur la fermentation qu’il trouve partout, et à l’aide de laquelle il explique presque tout; les acrimonies des esprits jouent en même temps un rôle considérable, particulièrement dans les affections cérébrales. Du moins Willis a une bonne méthode pour analyser l'urine. Il a fait plusieurs observations importantes d'anatomie pathologique ; et sa pharmaceutica rationalis est remplie de remarques judicieuses.
(4) Voyez son Porticus Aesculapü, 1630, et Laurus Delphica, 1624. (2) Van Helmont dit cela aussi, mais aussitôt il ajoute qu'il n’y a jamais pléthore ou surabondance de sang non vicié. Voy. plys haut, p. 596.
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Nous ajouterons, pour terminer, quelques mots sur la fortune de la doctrine de Sylvius, répandue au loin par ses élèves qui accouraient de toutes les parties de l’Europe (4). En Angleterre, la chimiatrie, acceptée par Willis avec des réserves où des modifications, fut vigoureusement attaquée par un savant de premier ordre, par Boyle (2), au nom de la chimie rationnelle, par Sydenham, au nom de l'observation ; tout à fait à la fin du xvu° siècle, par Pitcairn, au nom de la médecine physique. Cest en Allemagne que Sylvius rencontra le plus de faveur, ou mieux, exerça le plus de ravages ; la chimiatrie y fut particulièrement défendue par Wedel, Etmuller, Borrichius, Dolaeus, qui mêle un peu de mécanisme à la chimie (3). C’est non pas une attaque directe, une réfutation péremptoire, mais une autre doctrine encore plus exclusive que celle de Sylvius et non moins fausse én beaucoup de points, l'iatromécanisme, qui a porté les plus rudes coups à la chimiatrie, encore assez tardivement. Le solidisme moderne se substituait au nouvel humorisme.
En Hollande (car nul n’est prophète en son pays), il y eut d’assez bonne heure quelques résistances sérieuses. Un livre, qui, sous une forme légère, cachait cependant des arguments solides, ne contribua pas peu à compromettre, au moins pour un instant,
(4) Nous verrons plus loin qu’au temps même de Sylvius, comme on peut le remarquer aussi du temps de Van Helmont, il y eut heureusement un grand nombre de médecins qui, restant étrangers aux discussions théoriques, traitaient des sujets non ou peu compromis par les débats des sectes.
(2) Voyez plus haut, p. 466, note 4.
(3) « Jean Dolaeus embrassa surtout le parti de l’école de Van Helmont. Il appelle l’Archée tantôt Gasteranax, roi de l'estomac, tantôt Cardimelech, roi du cœur, tantôt Microcosmetor, ordonnateur du microcosme. Aucune maladie ne peut être expliquée si l’on néglige l'influence de nos rors. Ainsila fièvre est un mélange vicieux accompagné de la colère de nos rois. Cette dernière est excitée lorsque des particules hétérogènes, qui ne correspondent point avec les globules du sang et les pores de nos organes, passent dans le torrent de lacirculation. On guérit la fièvre en chassant ces substances étrangères: et en apaisant la colère des rois au moyen de la saignée et des sudorifiques métalliques. 11 survient une inflammation lorsqu'un ferment acide sort des vaisseaux et irrite le Cardimelech. La paresse de Gasteranax est la cause de la goutte dans laquelle la lymphe devient plus épaisse. » Voy. Sprengel, Hist. de la méd., t, V, p. 110-144.
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les théories iatrochimiques, a pour auteur Swalwe, et pour titre : Ventriculi querelae et opprobria ; 1665. Le malheureux viscère se plaint de ce qu’on le surcharge de médicaments chimiques ; il soutient qu’il ne se dégage de son intérieur aucune vapeur nuisible au cerveau, et qu'il ne faut pas le balayer sans cesse avec des purgatifs et des vomitifs qui détruisent ses facultés. Ce fut Surtout la présence d'acides libres dans l’économie qui fut attaquée de divers côtés et par Swalwe lui-même. ”
La réaction ne fut ni trés-active ni de longue durée: nous voyons bientôt la chimiatrie pénétrer de vive force jusqu’en Italie, par l'influence de Tachenius, originaire de Westphalie, et qui passa une partie de sa vie, soit à Padoue, soit à Venise. Pour ne pas trop effrayer les Italiens, il se montre en apparence fort attaché aux dogmes anciens ; il s'efforce même de prouver dans un ouvrage célébre, mais de bien peu de valeur (Hippocrates chemicus, 1666), qu'Hippocrate était l'inventeur de la théorie chimiatrique.
Lucas-Antoine Portius, médecin à Naples et à Rome, plus attaché encore aux dogmes de Van Helinont qu’à ceux de Sylvius, proscrit à peu près absolument la saignée dans son Dialoque entre Galien, Érasistrate, Wallis et Van Helmont (1672); cependant comme les fanatiques reviennent presque toujours à la raison par un côté, Portius veut bien admettre la saignée dans le cas (mais peut-il le reconnaître ?) où il Ya menace de rupture des yais- Seaux.
Les ouvrages des iatrochimistes italiens abondent en rapprochements impossibles entre les opinions des anciens et celles des modernes sur le principe de la vie et la cause première des maladies, pour montrer l'antiquité, la perpétuité de leur doctrne, qui du reste n’en serait pas plus vraie pour cela. Ramazzini lui-même, ce grand observateur, n'échappe pas aux explications chimiatriques. Il admet que les fièvres dépendent tantôt de la coagulation du sang par les acides, tantôt de sa fluidité par les alcalis. Enfin l’iatrochimie avait tant de faveur que les iatromécaniciens eux-mêmes, qui fondaient leur doctrine quand celle de Sylvius était à son apogée, ne parvinrent pas à s’en affranchir complétement,
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Déjà J.-P. Favre, disciple de Van Helmont, Lazare Rivière (1) et d’autres avaient ouvert les portes de la Faculté de Montpellier à la chimiatrie, mais la Faculté de Paris, encore sous l'impression des sarcasmes ou des violentes attaques de Guy-Patin, résistait opiniâtrément, lorsqu'un homme des plus étranges, un véritable industriel, Nicolas Blegny, ne craignit pas de causer un immense scandale en fondant, en 4694, l’Académie chimiatrique.
Vers la fin du xvn° siècle il y eut en Hollande une singlière association des idées thérapeutiques de Sylvius et des affaires de commerce. Sylvius combattait par les délayants les maladies qui proviennent d’obstructions. Un vrai patriote, Blankoort, vanta comme le meilleur dissolvant le thé que ses concitoyens venaient d'importer de Chine. — L’âpre cartésien, Bontekoe, dont le vrai nom est Decker (1678), renchérissant sur Blankoort, prescrit de cinquante à deux cents tasses de thé par jour contre les fièvres. Mercure et Apollon s'entendent parfois! Le thé de Bontekoe avait pour mission de nettoyer le marais du pancréas, siége de la fièvre (2); ce sont les marais de la Hollande qu’il eût fallu dessécher, et non pas le marais du pancréas.
Nous avons dérogé à l’ordre chronologique et à notre méthode d'exposition pour rapprocher Van Helmont de Paracelse et Sylvius de Van Helmont; maintenant que nous sommes suffisamment édifiés sur l’histoire du développement de la chimiatrie pure, ou mélangée avec les dogmes de Galien, abordons résolàment le grand siècle, où brillent tant de génies, aussi bien dans les sciences biologiques et naturelles que dans les lettres.
(4) Si Rivière (4589-1655) n’est pas le premier qui ait importé à Montpellier la médecine chimique, c’est lui du moins qui lui a donné la plus grande autorité dans cette École. Je reviendrai plus loin sur ses Observationes mediicae qui, suivant moi, ont beaucoup plus d'intérêt que sa Praæis. En tout cas, ce n’est pas un clinicien de l’ordre, ni du rang de Sydenham.
(2) Dolaeus était aussi très-partisan de la noble infusion de thé contre toute espèce d’âcreté ou d’épaississement des humeurs.