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GÉNÉRALITÉS SUR CE SUJET

rance des gens inféodés aux dires de l’École; iln’y en a pas non plus qui justifie mieux cette belle pensée de Biot: « Rien n’est plus clair que ce qu'on a trouvé hier; rien n’est plus difficile à voir que ce qu'on trouvera demain. » En effet, le phénomène dela circulation nous paraît aujourd'hui si simple, il est si généralement connu, qu'on a peine à comprendre comment tant de médecins et de naturalistes éminents, qui se sont succédé pendant tant de siècles, ont été aveugles à ce point de ne pas le “écouvrir. Mais ne soyons pas Si sévères! Dans un siècle, dans vingt ans, demain peut-être, nous mériterons le même reproche pour des faits aujourd’hui inconnus et qui seront alors tombés dans le domaine de l’observation; ne nous montrons pas non plus si ignorants des conditions qui, dans les siècles passés comme sous nos yeux, favorisent ou retardent, soit une découverte, soit une invention.

Les sciences se développent dans un ordre hiérarchique, dans Vordre le plus naturel, le plus régulier, le plus nécessaire. Semblables aux semences qu’on jette sur une terre mal préparée, les découvertes prématurées, quelles qu'elles soient, restent infécondes, ou tombent dans l'oubli, tant qu’elles ne rencontrent pas un milieu qui les soutienne et où elles puissent prospérer ; tant qu’on n’a pas écarté chacun des voiles qui cachaient la lumière, chacun des obstacles semés par l'ignorance sur la route du savoir.

La doctrine de la circulation a eu de singulières fortunes : beaucoup, à son apparition, l'ont niée formellement, parce qu’elle ne se trouvait, à leur dire (etsur ce point ils avaient raison), ni dans Hippocrate, ni dans Galien ; au contraire, plusieurs de ceux qui l’admettaient, voulant enlever à Harvey tout ou parlie de ses mérites, ont cherché non pas seulenent dans les prédécesseurs immédiats du physiologiste anglais, mais jusque dans Hippocrate ou dans Galien les preuves de la connaissance du HoUvement circulaire du sang, preuves que les partisans les plus dévoués de la médecine ancienne n'y on! jamais trouvées.

Quels singuliers contre-sens et quelles déplorables aberralions de l'esprit! Quoil les anticirculateurs s'efforcent de démontrer, avec tout attirail de l’érudition, que la doctrine de Harvey ne peut pas être vraie, puisqu'elle n'est pas dans Galien, et voilà

que les circulateurs, je ne parle pas seulement des médecins du xvu° Siècle, mais de quelques-uns du xix° (1), voulant ravir la

(4) Van der Linden (Hippocrates de circuitu sang, 1661, in-A), suivi par Spon, Wedel, et par d’autres que j’ai lus non sans dégoût, tire d’un texte obscur du traité Des songes, qui lui fournit matière à dix-sept dissertations en 721 paragraphes, et de dix autres passages non moins obscurs, la preuve certaine qu'Hippocrate connaissait la circulation, que Césalpin la connaissait aussi, mais que Harvey avait volé ce qu’il en savait à un pharmacien de Londres, nommé Heriot, lequel à son tour avait volé Gésalpin. Voilà comment procédaient ceux qui faisaient de l'opposition à Harvey ! — Charles Patin (Circulat. sang. a veteribus cognitam fuisse ; 1685, in-4), digne fils de son père, Guy Patin, blâme les modernes de se montrer plus avides de gloire qu'il ne convient, revendique énergiquement la doctrine de la circulation pour les anciens; il trouve, sur ce point, Hippocrate trèsclair et Galien plus obscur! Cependant, il veut bien reconnaître que Harvey et ses prédécesseurs immédiats sont les restauratores, sinon les inventores de cette doctrine. La découverte d’Aselli ne le gêne pas, mais celle de Pecquet n’est point acceptable, puisqu'elle dépossède le foie. — Stenzel (De vwestigiüs circul. apud Hippocr. ; 4731, in-4) ne peut pas supporter qu'on (Bontekoe, et Warlitzius dans son Salomonaeum) attribue la découverte de la circulation à Salomon, aux Chinois (Cleyer), à Érasistrate (Francius) ; toutefois il ne serait pas éloigné de voir des précurseurs de Harvey, soit dans le scholiaste d'Euripide (voyez mon Mémoire sur létat de la médecine entre Homère et Hippocrate, p. 13, note 3), soit dans l’évêque Némésius; il pense aussi qu'Hippocrate en savait très-long sur ce sujet, presque aussi long que Harvey, personnage illustre et noble, à qui il accorde du moins, même contre Servet et Césalpin, l'honneur d’avoir démontré ce que le médecin de Gos avait si bien entrevu. Quelle pauvre érudition ! quelle plus pauvre critique! — Harless, ni dans sa dissertation latine, intitulée : Historia sanguinis antiquissima, 1794, in-8, ni dans l’édition allemande, revuc et augmentée, mais dans les mêmes limites, ne dépasse l'époque d’Empédocle. En ce temps-là, les mouvements du sang étaient trop obscurs pour que nous nous en occupions. — En 1830, Pariser (Historia opinionum quae de sang. circulat. ante Harvaeum viguerunt; in-8) attribue la circulation à tout le monde, excepté à Harvey; il lui accorde seulement le mérite de l'avoir bien décrite, — En 1831, Hecker, ordinairement si sagace et si bien informé, Hecker (Die Lehre von Kreislauf vor Harvey, in-8) n’hésite pas à couronner Galien comme le grand promoteur, le vrai inventeur de la circulation, laquelle n’est ni nouvelle, ni spontanée, mais un produit de la physiologie galénique.— Lichtenstein (Hist. cireul. ante et post Hurv.; 1847, in-8) est du même avis que Pariser et Hecker. — Douglas, ou plutôt Sprengel (Analecta ad hist, circul. sang. Harv.; 1797, in-8) a écrit une bonne dissertation où l’on trouve surtout l'analyse de l’Exercitatio de motu cordis et sanguinis, et un exposé critique des controverses qui se sont élevées après la publication de cette Exercitatio. Dans les préliminaires, il accorde trop à Césalpin. — Thielmaun (Veterum opiniones de angiol. atque sang. motu; 1832, in-8) a victorieusement répondu à ceux qui veulent trouver la circulation dans Hippocrate, et, surtout, dans Galien; il s'arrête avec cet auteur. —

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