‹ Histoire des sciences médicalesChapitre 179 sur 260 · TRIOMPHE DE HARVEY · texte numérisé non relu

TRIOMPHE DE HARVEY

\ous les reconnaîtrez aisément dans tous les pays et à toutes les époques, qu’ils portent le bonnet pointu du médeein grec à Rome, ou la robe traînante immortalisée par Molière, ou l’ample chapeauret la cravate blanche sacerdotale du bon docteur d’aujourdhui. Ce sont eux qui, en matière d'anatomie humaine, donnent raison aux dissections de singes de Galien contre les dissections d'hommes de Vésale; — ce sont eux qui soutiennent « des thèses contre les circulateurs ». — Quand Rudbeck, l'étudiant d’Upsal, leur fait voir le réservoir commun des lymphatiqués et des chyliféres, ils se regardent entre eux, consternés, et s’écrient : «Que Serasce de nous, si cet homme dit vrai! » — Ils élévent contre lauscultation des objections de la force de celles-ci : Impraticable dcause du bruit des voitures, inconvenanté quand on l'applique dla poitrine des femmes. — Naguëre, ils combattaient comme immoral l’usage du spéculum. — Ils ont des ironies qu’ils croient écrasantes. Montrez-leur la relation qui existe entre certains accidents convulsifs et la présence de lalbumine dans l'urine, ils riront et s’exclameront : « De l’albumine épileptique (textuel)! » = Qu'on ne leur parle pas de « ces petites machines », quise nomment laryngoscope, ophthalmoscope, sphygmographe; leur siége est fait. Autrefois ils ont fait campagne contre le quinquina et maintenu la supériorité,sur ce merveilleux médicament, des saignées, des sangsues, des lavements, de tout cet atürailthérapeutique qui, pendant si longtemps et avec une inefficacité qui ne s’est jamais démentie, a été opposé aux fièvres intermitientes. C’est eux qu'on a vus, mêlant volontiers les gou- Yernants à leurs doctes querelles, provoquer un décret de Charles- Quint contre quiconque saignerait un pleurétique du côté opposé à la pleurésie, et solliciter du parlement la défense, sous peine amende, d'employer l’émétique dans les inflammations du poumon! »

Sommaire. Découverte des vaisseaux chylifères et lymphatiques, — Asellil, —

Pecquet. — Rudbeck. — Bartholin. — Théorie de la nutrition: Wharton et Glisson.

Messœurs,

Maintenant que le sang circule, il faut trouver un moyen de l’entretenir; cette découverte est une nouvelle gloire du xvir° siècle, et cette gloire est partagée par un Italien, par un Français, par un Suédois et un Danoïs. Aselli fixe définitivement l’attention sur les vaisseaux chylifères entrevus dans l'antiquité ; Pecquet, le petit Pecquet de madame de Sévigné, trouve leur réservoir commun et conduit le chyle jusqu’à la sous-clavière gauche; Rudbeck et Bartholin démontrent le système des vaisseaux lymphatiques et le raccordent à celui des chylifères.

Les deux découvertes, celle de la circulation et celle des vaisseaux chylifères, n’ont eu aucune influence l’une sur l’autre. Aselli, dont le livre a été publié en 1627, peu de temps avant sa mort, ne pouvait pas connaître les Exercitationes de Harvey, publiées en 1628, et Harvey n’a voulu ni croire Aselli sur parole, ni vérifier ses assertions, ni admettre non plus les recherches de Pecquet (1).

J’ai déjà indiqué (2) ce que les Grecs et les Salernitains savaient des vaisseaux chylifères ; on peut supposer que Fallope les a vus lorsqu'il signale dés veines qui rampent sur les intestins,

(4) Voy. p. 506. — Dans sa Defensio..… adversus Riolanum, 1665, p. 179 et suiv., Thomas Bartholin s'étonne avec raison du dédain que Harvey affecte pour les chylifères et de sa défense des veines mésaraïques: « IL était sans doute, dit-il assez finement, occupé à faire circuler le sang, » Il combat pied à pied les arguments de Harvey.

(2) Voyez p. 152 ct 264.

Page 1