DÉCOUVERTE DES VAISSEAUX CHYLIFÈRES
dans le même animal le mouyement du diaphragme. Tandis que je m'y prépare en ouvrant pour cela l'abdomen, et que d’une main je rejette en arrière les intestins et le ventricule, j'aperçois tout à coup beaucoup de cordons très-ténus et très-blancs dispersés par tout le mésentère et les intestins avec des racines en nombre infini.Croyant d’abord que c'étaient des nerfs, je ne m'y arrêtai pas longtemps. Mais je reconnus bientôt mon erreur quand je vis que les nerfs qui appartiennent aux intestins étaient distincts de ces cordons, fort différents, et que leur direction était tout autre. Frappé de la nouveauté de ce fait, je demeurai un moment silencieux, pensant en moi-mêmeaux controverses non moins pleines d’aigreur que de paroles, qui s’agitent entre les anatomistes au sujet des veines mésaraïques et de leur office. Justement il m'était arrivé quelques jours
auparavant de lire un livre spécialement écrit sur ce sujet par Jean Cos-”
taeus (1). Dès que je fus revenu à moi, pour m'éclairer par une expérience, armé d'un scalpel aigu, je perce un des plus gros de ces cordons. J'avais frappé juste, et aussitôt je vois s'échapper une liqueur blanche, semblable à du lait ou à de la crème.
» À cette vue, ne pouvant contenir ma joie, je me tournai vers ceux qui étaient -présents, entre autres vers Alexandre Tadinus et le sénateur Septalius, tous deux membres de l’illustre collége de l'Ordre des médecins, et, quand j'écrivais ceci, présidents du Conseil de santé : Eÿpnxz m'écriai-je, avec Archimède, les invitant en même temps à jouir d'un spectacle si merveilleux et si insolite dont la nouveauté les frappa aussi d'étonnement. Mais il ne nous fut pas donné de l’observer longtemps ; le chien mourut bientôt, et chose singulière, au même instant toute cette série, tout cet amas de vaisseaux, perdant sa blancheur et son sue, disparut si promptement entre nos mains, et s’évanouit si bien sous nos yeux, qu'il laissa à peine quelque trace. Fort troublé de ce résultat, je résolus de recommencer l'expérience. À cet effet, je fis chercher un autre chien pour le jour suivant et je l’ouvris ce jour même sans retard. Mais le succès ne répondit pas à mon attente : pas le plus petit vaisseau blanc ne s’offrit à ma vue malgré les recherches les plus minutieuses. Déjà je commençais à perdre courage, et je pensais à part moi que ce que j'avais observé dans le premier chien était ‘probablement une de ces choses qui, selon le dire de notre Galien, se voient rarement en anatomie. Mais me rappelant que le chien que je venais d'ouvrir n'avait pas pris de nourriture, et Soupçonnant, ce qui était vrai, que l’oblitération des vaisseaux tenait à la vacuité des intestins, je me décidai à une troisième expérience sur un autre chien. Je l’ouvris le 26, six heures environ après qu'il avait pris de la nourriture en abondance et jusqu’à satiété. Le résultat répondit cette fois à ma prévision. Je retrouvai parfaitement sur ce nouveau sujet tout
(4) Sans doute le livre qui a pour titre: De venarum mesaraicarum veteris Opi= nionis confirmatione adversus eos qui chyli in jecur distributionem fieri negant pen mesaraicas venas, Venet,, 1565, in-4, Partisan de l'opinion de Galien.
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observé sur le premier, si ce n’est que la blancheur des vaiset qu'eux-mêmes furent obscurcis plus promptement chez tn que chez le premier, quoique la vie ne l’eût pas aban-
épar cette double expérience, et ne doutant plus du fait 6, je méappliquai à l’étudier et à l’approfondir; je poursuivis ces
lussne se passait pas sans que je fisse une ou deux sections sur un t"mes expériences s'étendaient aussi à d'autres animaux ens, aux chats, aux agneaux, soit tétant encore, soit paissant hes, aux porcs et à bien d’autres. J’achetai même un cheval elouvris vivant. Je n’ai pas ouvert, je l'avoue, et n’ouvrirai o! me vivant, ce qu'autrefois cependant Érasistrate et Héropas craint de faire, parce que je crois avec Celse que l’art qui salut des humains ne peut, sans un crime digne de mort, infliorme un supplice aussi atroce (1). Je tiens pour certain senenne peut se faire qu’on ne trouve pas dans l’homme ce que j'ai x tant d'animaux. Qui croira jamais que dans une chose si nére, mère commune, aitpris plus desouci des bêtes que des qu élle ait été une mère pour eux, pour nous une marâtre ? nimaux qu'il m'a été donné d'ouvrir, jamais mon attente n’a Dans tous les animaux bien repus auparavant, et ouverts ntconvenable après qu'ils avaient mangé, j'ai toujours trouvé aux, sinon dans le mésentère ou les intestins, du moins dans le (2) et là où les vaisseaux se joignent à la veine porte. Je les ai ement vus dans les mésentères qui sont dégarnis de graisse, S‘ceux des chiens, des chats, des agneaux, même des chevaux; quisont garnis de graisse on a souvent besoin, pour qu'ils apd'enlever la graisse qui les cache.
veux, ici, que donner une narration succincte de l'invention Caux, à. l'appui de laquelle je puis invoquer les témoignages ues, ceux des personnes qui étaient présentes à mes opép y ont assisté, souvent des hommes graves entre tous, Spar leur érudition et leur renommée que par leurs talents tre ceux dont je puis invoquer le témoignage, et dont meilest digne de toute louange, doit inspirer aussi une je citerai Septalius, sans contredit le prince des médecins de S auquel je joins volontiers André Trévisius, premier médecin Msérénissime, lequel ne le cède à aucun des médecins célè-
ré ces protestations, que l'envie ne manquait pas à Aselli de petite vivisection sur un de ses semblables. Scientiae sacra
ici les glandes du mésentère chez certains animaux, chez le er, pour le pancréas.
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bres par la renommée de son nom et sa grande science. Celui que j'ai déjà nommé, et que, pour lui faire honneur, je nomme une seconde fois, le sénateur Septalius, non moins célèbre par son talent que par celui de son père, m'a toujours favorisé de sa présence. J'ai aussi à me féliciter de l’assiduité et de l'attention de Quirinus Cnoglerus, mon ami bien cher à plus d’un titre, et dont le nom n’est inconnu en Italie à aucune des célébrités littéraires et scientifiques. »
Les nouvelles choses demandent de nouveaux noms. Aselli appelle donc les nouveaux vaisseaux venae albae et lacteae; cependant ce dernier nom ne leur est pas donné en raison de leur contenu, le chyle d'apparence laiteuse, mais bien plutôt en raison de leur provenance, les intestins qu’on appelait les lactés (1). Cela ressort de tout le chapitre xr.
Après avoir décrit sa découverte, Aselli recherche (2) dans ses prédécesseurs ce qui s’en rapproche, et il dit avec raison” que plusieurs ont vu, mais non reconnu (visa, sed non cognita), les vaisseaux lymphatiques; il les excuse par toutes sortes de bonnes et charitables raisons, mais il ne montre pas la même indulgence pour Galien, qui avait eu tant et de si belles occasions de sacrifier toutes sortes d'animaux vivants, et dans les meilleures conditions.
Ajoutez qu’Aselli a bien indiqué l'existence des valvules à leur point de départ des intestins et sur tout le parcours des chylifères (5), et qu'il a écrit cette phrase remarquable, si elle n’est pas tout simplement un souvenir de Servet (4) :
«Il ne serait peut-être pas absurde de supposer que le sang porté au poumon par la veine artérieuse (artère pulmonaire), mélangé avec l’air, atténué par le mouvement du poumon pour produire l'esprit vital, revint au ventricule gauche [par l'artère veineuse, veines pulmonaires]. Peut-être n’y a-t-il pas besoin des pertuis imaginés par Galien dans la cloison interventricu-
(4) C'est aussi le titre du livre : De lactibus sive lacteis vents.
(2) Chap. x1r, xx, xiv.
(3) Il remarque (ch. xvm) que Columbus (Anat., IL, 4) à vu de semblables valvules sur les veines mésaraïques, et que celles-là foris intro feruntur, tandis que celles des chylifères éntus foras spectant. Quelle belle occasion de trouver la cireulation par l'anatomie, si l'anatomie seule pouvait conduire à la physiologie!
(4) Chap. vr.