GLISSON
I faut, s’il se peut, expliquer plus clairement ces trois défi. nitions. |
La fibre est douée d’une perception naturelle (1), c’est-à-dire d’une perception vitale (2) ne venant pas de l'extérieur ni du cerveau, et qui la rend sensible à l’irritation. Ainsi, il est hors de doute que les fibres tantôt se meuvent et tantôt sont au repos: par conséquent, il faut que quelque chose les excite; durant le sommeil, toutes les fibres, excepté celles du pouls et de la respiration, qui sont sous la dépendance des esprits vitaux (voy. plus haut, p. 655), se reposent; dans la veille, elles sont toutes le siége d’un petit mouvement tonique (3); d’un autre côté, dans tout mouvement des membres, les muscles opposés sont en antagonisme : quand l’adducteur se contracte, l’'abducteur se relâche, — Ür, comme les fibres ne sont pas agentes Principales, comme elles n’ont pas leur Zbre arbitre (4); en d'autres termes, qu’elles n’ont pas une coplractilité intrinsèque, inhérente à leur existence même, il faut que quelque chose les sollicite, qu’elles sentent cette sollicitation ; car il n’est pas possible que les fibres au repos reprennent leur mouvement si une causeirritante ne les y pousse: elles ne sauraient être irritées si elles ne percevaient pas l’irritalion. Autrement, c’est vouloir faire entendre un sourd ou réveiller un mort (vn, 2).
On peut prouver de diverses manières qu’il y a une perception naturelle (5) qui s'exerce quand on ne peut soupçonner aucune sensation, c’est-à-dire aucun acte sensoriel externe, où aucun
(1) C'est à cette faculté innée dont j'ai parlé plus haut, p. 655-656. Elle est régie par les esprits vitaux qui circulent avec le sang.
(2) Voyez p. 657, note 2 ; p. 659 et 662.
(3) « Mediocri motu tonico vigorantur. » — C'est l'équivalent de la fontcifl musculaire, propriété bien différente de la contraction ou de l'élasticité, et qui est subordonnée à l’action du système nerveux cérébro-spinal ; elle est détruite par paralysie. Cette tonicité n’est pas non plus absente durant le sommeil; elle ap partient aux deux systèmes musculaires, celui de la vie de relation et celui de h vie organique, — Voyez, sur la tonicité (tonus) de l'estomac et des intestins les S$S 30, 31 du chap. xx. 4
(4) « Les fibres n’agissent pas librement, mais la nature les a destinées à exécuter les ordres du cerveau, » (vi, 2.)— Voy. aussi p, 661-662,
(6) Voyez p. 657 et la note 2.
appel du sensus internus (volition cérébrale). Le cœur ne bat pas en vertu de l’action sensorielle, c’est-à-dire par le système nerveux central. Cest lirritation produite par le choc rapide du sang vital (micatio sanquinis vitalis) contenu dans les ventricules qui le fait entrer en action d'une façon intermittente.
La preuve qu’il s’agit ici non d’une perception sensitive produite par les esprits animaux, mais d'une perception vitale, de celle que créent les esprits vitaux, c’est que le cœur bat durant le sommeil et que les fibres des muscles et des viscères des animaux tués ou morts ou décapités palpitent sous l'influence d’excitations artificielles, qu’elles se rétractent par le froid et que le cœur arraché bat encore (vi, 8).
Ce n’est pas seulement le souvenir des facultés naturelles de Galien qu’on retrouve dans la théorie de Glisson, c’est aussi la doctrine des esprits animaux ou vitaux qui sont l’excitant naturel et nécessaire de la fibre pour produire les mouvements volontaires ou involontaires. — Les sensations ou les fonctions sensorielles sont, chez Glisson comme chez Galien, expliquées par l'action des esprits animaux, mais avec des nuances assez considérables pour que l'intervention directe des mouvements fibrillaires constitue un progrès réel. L’intellect ou le sensorium commune, le cerveau, n’a pas conscience des mouvements organiques, de ceux qui appartiennent au domaine de l'esprit vital et qui s'étendent jusqu'aux actes les plus intimes de la nutrition (oritabilité plastique où formelle); c'est, au contraire, le cer- Veau qui préside aux mouvements sensoriels comme aux mou vements de relation.
Dans ces mouvements sensoriels ou de relation, la fibre (1),
(£) Glisson a distingué la partie parenchymateuse de la partie fibrense des organes; il accorde des fibres d’abord aux muscles, puis aux systèmes nerveux et vasculaire, aux ligaments, aux tendons, au tube intestinal, à la peau, aux reins, à la late, elc. Il à soin d'établir {et cela était nécessaire pour que son système ne fût pas boiteux) que les parties non fibreuses à la manière des chairs, comme sont 16505, 1 moelle, la graisse, le sang, le chyle, les humeurs des yeux, ont, en raison de lirritabilité, une perception naturelle, mais non une perception animale, où du Munoins qu'elles on ont une à peine sensible {vix admittunt perceptionem animalem}, =Noy. chap. 1x, S 1.
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car c’est toujours la fibre qui est mise en jeu, est sollicitée tantôt | de Pextérieur, tantôt de l’intérieur. Dans le premier cas, un excitant quelconque, agissant, soit sur la surface du corps, soit sur les organes des sens spéciaux (sensus extlernus), éveille en la fibre la faculté de percevoir (1). La perception retentit au cerveau (sensus internus), qui la détermine, se la rend présente et la livre à l'examen de la phantasia ou partie intellectuelle du sensorium commune, en même temps que, par un choc en retour, il la rend également présente au lieu même où elle a pris origine. C’est l'rritamentum externum ou l'impression que le sensus externus traduit en perception pour la livrer au cerveau qui la lui renvoie à son tour. Dans le second cas, la sollicitation vient par la phantasia ou volonté, du cerveau à la fibre; c’est l’irrétamentum | internum; partant du sensus internus où sensorium commune, il va à travers les nerfs solliciter la fibre qui entre en mouvernent, ce dont à son tour le cerveau a conscience. Si je ne me trompe, le sensus internus tantôt reçoit la perception dont il a conscience et contre laquelle il réagit, et tantôt, provoquant directement la fibre, il reçoit l'impression de la résistance ou de la soumission à ses ordres.
Voici les paroles mêmes de Glisson :
Le sens (2) externe est la perception d'un objet obtenue à l'aide d’un organe externe (organe des sens), perception qui retentit avec l’objet lui-même au centre commun, c’est-à-dire au cerveau, et qui détermine un appétit et un mouvement conformes (vx, 5) (3). Il-n’est pas douteux, en effet, que le sens externe, qui est la faculté de percevoir à la périphérie, ne tienne
(1) Les choses se passent ici, suivant Glisson, à peu près comme dans une expérience où l’on irriterait directement une fibre musculaire,
(2) Sens équivaut ici en partie à sensation.
(8) Voilà au moins une définition supérieure à celle de Van Helmont ef même de Sylvius de le Boe. — Cependant, comme on peut le voir par l’ensemble du raisonnement de Glisson, par ce qui suivra tout à l'heure, et, si je ne me trompe en cette difficile exposition, par tout le $ 9 du chap. vix, il semble que la perception est produite à la partie même et qu'elle est conduite toute faite au cerveau par les nerfs qui la renvoient, tandis que, pour nous, la perception est, pour ainsi dire, un choc en retour de l’impression cérébrale vers la partie qui à été le siége de l'excitation, 1
aux parties nerveuses de l'organe sensuel externe (organe de celte faculté perceptive périphérique), d’où il est permis d’inférer qu'il peut en temps opportun exciter les fibres de son organe, auquel il est intimement présent, à désirer et à se mouvoir (vi, 6); il rend ainsi les fibres irritables en acte (1).
be sens interne (ou sens cérébral) est la perception de l'objet perçu par le sens externe, perception qu'il communique tout entière à l'imagination. Le sens (ou /4 sensation) externe a donc par ordre de nature (ordine naturae) la priorité, mais une priorité logique sur le sens interne, car il y a en fait simultanéité ; toutefois la sensation externe n’est complète que du moment où elle. est perçue par l’acte interne (ac{u interno). C’est ainsi que lperception privée, celle qui est propre à un organe, devient publique quand elle s’est transmise à tout l'animal ; elle se transforme alors en sensation (vir, 5).
Après ces considérations générales, Glisson, pénétrant encore plus avant dans la question, se demande si l’irritation des fibres Seproduit directement par l'appétit animal ou par l’intermédiaire de la perception naturelle. Puisque les animaux meuvent leurs membres ou les tiennent au repos à volonté, il semble en ésulter que les fibres qui servent au mouvement animal sont nécessairement placées sous la dépendance de la phantasia et de Pappétit animal, et qu’ils agissent plus par l'influence de l'appétit etdela perception animale que par celle de l'esprit naturel cu vital.
Sans doute, dans les mouvements animaux l’agent principal (/e
(H}.Ccqui distingue l'appétit sensitif externe de celui qui est interne, c’est que premier vient du dehors ; car c’est par le sens externe et immédiatement qu’il meutles.fibres de l’organe externe dans lesquelles il réside, tandis que le second Vient de intérieur, c'est-à-dire du sensorium commune et de la phantasia, et meut immédiatement les fibres du cerveau (voy. plus loin, p.663 et suiv.). Le premicrest appeléappétit animal, uniquement parce qu'il est porté à l'intérieur et communiqué auxsens intérieurs par l'intermédiaire du sens externe; le second est dit très -spéclement animal parce qu'il découle de la source elle-même des opérations animales ebqu'ausmoyen des nerfs il dirige au dehors, pour mouvoir les muscles, les mouyements ordonnés par la fantaisie.
662 GLISSON.
Cerveau) se meut et varie son mouvement à volonté (1); mais les causes instrumentales (/es fibres), soumises à l'agent principal, n’agissent pas à leur volonté ; elles attendent le commandement et le signal de la faculté supérieure; autrement. la cause principale ne serait pas libre! — L’appétit animal ne meut pas les membres immédiatement; il a pour intermédiaire les nerfs el les fibres; si les fibres se mouvaient à leur gré, la phantasia serait dépossédée de sa puissance. Ainsi la phantasia, l'imagina: tion, ou mieux l’intellect, ou, Si l’on veut, l’âme, préside à tout l’ensemble de la vie de relation et en dirige les actes. Glisson ne s'explique très-clairement ni sur la nature de cette puis: sance ni sur celle de cetle autre puissance naturelle ou vitale qu’il appelle quelque part Archée (vit, 6), et qui préside à la vie intérieure ou de nutrition.
Or, ce qu’il importe de savoir, ce n’est pas la soumission des fibres au pouvoir de la phantasia ; cette soumission est évidente; mais il convient de s’enquérir comment les ordres de la phanlasia se rendent aux muscles. Nous reconnaissons que les fibres, dans leur état naturel, obéissent constamment aux sollicitations de l'appétit animal; d’autres causes, comme dans les spasmes et.les convulsions, peuvent aussi les mettre en mous vement (vu, À).
D'où il résulte qu’il y a, suivant Glisson, plusieurs espèces de Mouvements dans les fibres : un, animal, dépendant du cerveau par les esprits animaux (2), et un, naturel, dépendant d’un agent qui n’a pas de siége bien défini, mais qui correspond à l'esprit Vilal ou naturel, se répandant avec le sang et partant du cœur (3);
(4) Voy. plus loin, p. 663 et suiv., la théorie des mouvements fibrillaires du cerveau.
(2) « L’appétit sensitif, excité par la phantasia, sollicite la faculté motrice du cerveau à commencer l'exécution ou mouvement extérieur... Les nerfs, percevant ce mouvement du cerveau par une perception naturelle, sonnent la trompette pour éveiller les fibres (bris quasi classicum canunt); celles-ci, connaissant aussi par une perception naturelle l'irritation, exécutent à l'instant le mouvement ordonné.) (van, 2.)
(3) Lorsque Giisson parle des mouvements organiques ou des mouvements invo= lontaires qui succèdent à des impressions internes non perçues ou senties, indépen” dantes de l'esprit animal, on peut voir là quelque analogie lointaine avec cer taines catégories de mouvements réflexes, Mais lui, Glisson, ne se rendait pas compte
dest sans doute le second agent qui sollicite, d’après Glisson, les muscles dans la convulsion et dans les mouvements qu'on observe à la suite d'une mort violente. Ces divers mouvements résultent de la mise en activité d’une propriété générale, mais toujours dépendante, l'irritabilité.
…Après avoir établi comment une sensation arrive au cerveau, est perçue, et comment à son tour le cerveau réagit sur cette perception, pour produire une action conséquente et volontaire,
Glisson cherche à se rendre compte de la mise en activité du cerveau.
mc cerveau perçoit par les sens, trouve bon ou mauvais ce F PErçoiL p >
quil perçoit, et en conséquence s’en rapproche (1) ou s’en éloimOn. Ainsi la perception forme l’appétence qui détermine le mou-
myement ; d’où le vers :
Mars videt hanc visamque cupit potiturque cupita.
"Chez les animaux, c’est la phantasia (l’énsténct) qui, par l'intermédiaire de l’appétit, exécute (peragit) les mouvements ; chez Pomme, c'est l'intellect, par l'intermédiaire de la volonté, qui les commande. Les fibres au repos ne savent pas mi si le cerveau vient les mouvoir à nouveau, ni avec quelle force; elles ne Se.meltent pas non plus en mouvement toutes ensemble et au hasard, à un signe du cerveau ; chacune, en ce qui la concerne, sement avec le degré de vigueur tout le temps que veut lappétit animal, avec ou sans intermittence. Ce n’est pas par divination qu’elles se rendent aux vœux du cerveau. — Entre elles’et le cerveau il n’y a pas d’autre messager que le nerf propret chaque muscle (2). En conséquence, si le nerf est coupé
dummode de production de ces mouvements, puisqu'il les croit indépendants du Système nerveux central. Voy. Vulpian, Leçons sur la physiologie du système ner- Veux, p. 393 et suiv.
(HML'appétit sensitif qui n’est pas soutenu, dirigé, commandé, ressemble au chat quiNoudrait bien manger le poisson, mais qui n’ose pas mettre la patte dans l’eau pour. Ly prendre (vu, 4).
m(2)MLenerf est le cordon tiré par une main et qui répond à une sonnette; la main estle cerveau d’où part l’ordre et où retentit la réponse. Mais le nerf est en même temps un conducteur réel de l'impression ou de la volonté.
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ou paralysé, l'empire du cerveau cesse aussitôt de s’exercer sur le muscle. — Le mouvement du cerveau s'exerce du dedans (centre) au dehors (périphérie), vers la racine des nerfs, pour produire l’irritation des fibres (vur, 4).
Le mouvement du cerveau, qui détermine celui des fibres par l'intermédiaire des nerfs, n’est pas un mouvement en masse, ou de translation, mais un mouvement intime de vigoratio, de mise en aclivité, de contraction, qui produit une sorte de plissement, de resserrement ; cette contraction n’équivaut pas à la 200° partie de l'épaisseur d’un travers de doigt; elle est suivie de rémission (1); il suffit que cette tension soit sensible aux nerfs. Glisson ajoute aussitôt qu'elle varie d'intensité suivant que l'appétit exige des fibres une action plus forte ou plus faible. La possibilité, la réalité de cette action est démontrée par ce fait que le cerveau peut subir quelque extension, lésion ou impulsion artificielle, sans être contus ni se rompre. Il est fibreux, quoique la mollesse de son tissu ne permette pas d'isoler ses fibres, comme dans les autres parties (2).
Comme partie principale (pars princeps), le cerveau est le principe (principium) de la pensée (3), ainsi que de l'appétit et du
(1) On ne saurait imaginer une explication plus grossièrement mécanique pour des faits du domaine de la psychologie. Glisson n’avait non plus aucune notion exacte sur la façon dont les nerfs prennent leur origine au cerveau; sous ces divers rapports, il n’était pas plus avancé que Galien. — La vigoratio, ou l'espèce de mouvement fibrillaire admis par Glisson dans le cerveau, ne doit pas être comparée aux ébrantements que certains physiologistes modernes admettent dans cet organe en raison des mouvements respiratoires et artériels.
(2) Plus tard, on a cherché, non sans succès, en durcissant le cerveau, à démontrer cette texture fibreuse,
(3) Mais comment est-il le principe de la pensée ? Glisson ne peut pas le dire ; d’ailleurs, il ne s'accorde pas toujours avec lui-même. Dans son système de biologie, l’âme joue un rôle très-effacé. Cependant, pour se mettre complétement en règle avec la théologie, Glisson a fait, dans le traité De natura substantiae, ete., Ad lectorem, $$ 7 et 8, une déclaration ambiguë, en partie contredite par l’ensemble de ses opinions, sur la vie en général et sur la formation des concepts de la phantasia, déclaration qui, du reste, ne s’applique qu’à la vie dans l’homme. Après avoir montré que, dans les Esprits, la vie est leur Propre substance indestructible, il cherche à prouver que la vie dans la matière n’est pas moins essentielle, quoique plus dépendante, — « La vie spirituelle est originale (originalis) en elle-même, mais la
mouvement animal. —- Une fois que le cerveau est contracté et
“iendu; tous les nerfs et toutes les fibres de tout le corps se tendent ebsont dans un état de mouvement tonique modéré (1). — L’animaltest alors en éveil et prêt à exercer tous ses sens et tous ses mouvements (2); en définitive, il n’exécute que ceux qui sont opportuns dans le moment présent (vnr, 5). En effet, tout le cerveau pouvant entrer en action et se relâcher, rien n'empêche que certaines fibres de ce viscère, correspondantes à certains nerfs de certains muscles, n’entrent isolément en action, et ne se relèchent isolément (3). :
Yiématérielle est participante ou dérivée d’ailleurs. Cela est évident chez l’homme, Saietenant à la présence de l’âme immortelle, raisonnable, formatrice du corps, ebdont la séparation radicale d'avec ce corps produit la mort. Si une substance Mivante par sa nature s’unit intimement à une autre morte par sa nature, il en résullemun"composé vivant, de sorte, cependant, que la première partie ait une vie substantielle, l’autre seulement la participation de cette vie. On inférera aussi de là quel vie, quant à son subjectum radical, est substantielle, quoique, au point de vue du subjectum secondaire, elle soit accidentelle, On dira qu’il en est tout autement dans les brutes ; que leurs âmes ne sont pas des substances ; conséquemmentèque la vie qui en découle n’est point substantielle. J’accorde que les âmes desbrutes ne sont pas des substances subsistant par elles-mêmes, que leur vie n’est pas proprement substantielle et que ces âmes sont des modes de la matière essentels eten-même temps vitaux. Par cela même que ce sont des modes vitaux, ils ne sont pointles derniers subjecta ultimes de la vie; ils supposent, en effet, un subjeclümantérieur à eux qu'ils modifient (en d’autres termes, il y a un principe vital dans la matière, antérieur à son animation et qui justement permet celte animation)sisne sont pas non plus les subjecta d'eux-mêmes, loin d’être ceux de la vie oumodifiante ou modifiée qu'ils renferment en eux; ils cherchent donc un appui poumeux cet pour tout ce qui est en eux, Ce qui est par soi-même soutient ses modes etmest leur subjectum dernier. La matière est donc le subjectum dernier ou premier de la vie matérielle. Or, comme rien n’est plus cher ou plus intime à tout Subjectum que sa vie, il est évident que cette vie est l'essence intime et inséparable dela matière. Mais, comme l'essence elle-même de la matière est sujette à diverses Modifications, sa vie aussi peut être diversement modifiée, et cela même prouve quelamatière contient en elle la racine de la vie. Comment, en effet, modifier la meläroula vie manque? » —- Que de vains efforts pour accorder la biologie et la théologie !
(Gest là une idée galénique, car Galien accorde aux nerfs une vertu plutôt mécanique que dynamique dans les mouvements et même dans les sensations.
(2MEesommeille met dans un état contraire, comme le remarque Glisson.
(8) Voyez dans Vulpian, Leçons sur la Physiologie du système nerveux, lecons28"et 29; les recherches des physiologistes modernes sur la question soule-
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Puisque la masse cérébrale est fibreuse, il est certain qu'il y à quelques fibres qui se continuent de la racine centrale des nerfs dans l’intérieur de la moelle du cerveau (1). — Comme ces fibres du cerveau sont susceptibles de tension, et comme leur perception naturelle (Archée) leur révèle mille choses qui échappent aux sens, et leur fait connaître toute la structure du corps qu’elle à formé (2), l'usage et le mode d’action des parties; comme enfin elles sont un pouvoir exécutif et non délibérant, | ces fibres, dis-je, remarquent que leur office est d'accomplir un ordre, c’est-à-dire de répondre à la sollicitation; elles entrent en action et elles excitent au même mouvement les nerfs auxquels elles correspondent. Ce qui peut le plus peut le moins (Vu, 6).
Toutes ces opérations, qui se rapportent à la vie de relation, sont en définitive, comme je l’ai déjà dit, sous la dépendance des esprits animaux (3), Car les esprits animaux ne peuvent être niés par personne ». Glisson démontre qu'ils ne sauraient être ni des substances volatiles, ni des exhalaisons, ni âcres, ni piquants, ni violents, ni des ferments, mais qu’ils sont tout l'opposé. — Les esprits animaux ne sont pas autre chose que les esprits du suc albuginé ou nutritif des parties spermatiques, car ils doivent être nourrissants, corroborants, consolidants. Ce sont les mêmes que les esprits qui habitent l’albumen de l'œuf (in, 7) (h).
vée ici par Glisson, mais soulevée sur des données purement hypothétiques et par conséquent extrêmement vagues.
(L) Plus loin (S 46, fine), il appelle origines ce qu'il nomme ici racines.
(2) Il y a là un souvenir de Paracelse. En tout cas, Glisson évite avec grand soin toute explication purement psychologique.
(3) Toujours la question est indéfiniment reculée, puisque nous ne savons jamais ni où ni comment saisir le moteur premier. Glisson n'ose pas dire que tout vient des propriétés inhérentes à la matière organisée ; il craint de faire intervenir un principe trop immatériel.
(4) Dans son traité De lAnatomie du foie, il a admis: 1° que la matière du suc nutritif était une partie choisie du chyle ; 2° que la sécrétion de cette partie d'élite s’opérait surtout du reste du chyle, dans les glandes du mésentère, pour être transporté de là au cerveau à travers les nerfs; 3° que les nerfs de la rate sécrétaient un suc plus doux et plus ténu qui devenait le véhicule du premier.— Ici, ildonne congé à ces erreurs et à toutes les conséquences qu'on en pourrait tirer, Il ne nie pas, cependant, qu'un vrai suc nutritif ne soit dispensé du cerveau par les
Cescesprits, avec leur suc nutritif, qui constitue comme leur ourrissent, fortifient, humectent, réchauffent, corroborent eweau, et le rendent propre à remplir ses fonctions, puis ils ndent aux parties spermatiques au moyen des nerfs et y chargés des mêmes offices. Sans eux aucun acte ne pourrait omplir dans les organes; ils facilitent ces actes, mais ils ne les üisent pas (1); embarrassés par le suc nutritif (2), ils ne pas assez agiles dans leur cours, ils ne marchent pas tan-
aux parties spermatiques, et qu’il ne soit le syjet des esprits animaux ; mais outient maintenant que ce suc est engendré dans le cerveau seul, entre la couconticale et la moelle par voie de sécrétion ; c’est la partie la plus douce du geebla matière la plus spermatique, tandis que la partie la plus âcre, la plus rde, rejetée du cerveau, est reprise par les veines grêles, ramifiées pour cet “dans l'écorce du cerveau. Cette partie chassée n’est pas préparée par sublindes esprits, mais cuite pour les esprits animaux par sédation, refroidissement blanchiment. — Ce n'était vraiment pas la peine de se rétracter!
A l'effet de démontrer (vur, 9) que les muscies n’ont pas besoin d’un afflux d’esprits pour se mouvoir, Glisson a imaginé une expérience ingée.mais non suffisamment concluante, de laquelle il résulterait que la masse uleuse augmente de volume pendant que les fibres se relâchent. M. Béclard allusion, mais il n’en indique pas la source ; M. Marey n’en parle pas: elle duüsmème temps que celle de Swammerdam sur la patte de grenouille. Je crois one devoir la rapporter: « Prenez un tube oblong en verre, assez large; à sa tie supérieure et extérieure, près de l’orifice, adaptez un autre petit tube droit, omed'entonnoir ; qu'un homme robuste enfonce son bras nu fout entier dans ce du grand tube ; on bouche alors hermétiquement l’orifice du tube autour Pépaule pour que l’eau ne puisse s’écouler ; versez ensuite, par l’entonnoir, aud'eau que le tube en pourra contenir, de façon que le liquide s'élève un peu s léntonnoir. Ceci fait, on ordonne à l'opérateur tantôt de roidir en même pStous.les muscles de son bras, tantôt de les détendre entièrement. Pendant la ction, l'eau garde son niveau dans le tube ; dans le relâchement, elle s'élève. ésulte de cette expérience que, dans la tension, les muscles ne se gonflent pas, plutôt diminuent, se contractent et se dégonflent; car, s’ils se gonflaient, l’eau rait.dans le tube, loin de descendre, Inférons-en donc que c’est par leur pre mouvement vital que les fibres se raccourcissent, et qu’elles n’ont pas besoin Bcopieux afflux d’esprits, soit animaux, soit vitaux, pour se gonfler, se racir et exécuter les mouvements ordonnés par le cerveau. » — Les physioloes.modernes paraissent s’accorder, en s'appuyant sur des expériences plus pré- $, reconnaitre que, dans la contraction comme dans le relâchement, le niveau teaune change pas sensiblement.
en croit, avec Willis, que ce suc est plus abondant, plus visqueux chez les éSanimaux, et que les nerfs se gonflent au-dessus d’une ligature (vi, 8),
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tôt de dedans en dehors et tantôt de dehors en dedans, dans les mêmes canaux (1), comme l’exigeraient la rapidité et la simul: tanéité de ces opérations (vux, 8).
La perception de l’objet tangible qui se fait à l'extrémité du doigt est ressentie instantanément par le cerveau; l’action du doigt et celle du cerveau produisent une sensation, une, continue, totale, mais complexe, de l’objet sensible.
Quant à la distinction établie entre le sens externe et le sens interne, elle n’est absolue qu’en puissance. Ces deux sens sont en réalité tellement impliqués que rien ne se fait par l’un sans que l’autre y participe; car la distance est franchie instantanément par la vibration du nerf qui s’étend de l'extrémité périphé-
(4) De dehors en dedans, c'est-à-dire de la périphérie au centre, ou du sensus externus vers le cerveau ; du dedans au dehors, c'est-à-dire du cerveau vers le sersus externus (voy. p. 660 etsuiv.), car, dans tout acte de la vie de relation, que l'excitant vienne du cerveau où de lextérieur, il y a toujours un aller et retour ou courant centrifuge et centripète, pour qu'il y ait perceplion, appétit et mouvement conforme, action sur le cerveau, réaction du cerveau. Glisson le reconnait, quoique obscurément; seulement, il ne sait trop ni en quoi consiste ce flux et reflux, ni comment il s'opère ; il n'a pas pu distinguer, comme l’ont fait les modernes, deux ordres de fibres nerveuses, les unes pour le courant centripète, les autres pour le courant centrifuge. — L’embarras de Glisson se montre avec loute évidence dans le passage suivant (vit, 9): « Le flux et le reflux des matièrés dans les mêmes canaux se voit rarement dans l'économie animale. Pour la respiration, l'expiration et L’ inspiration s ’accomplissent dans le même tube; mais, à cette fin, la trachée-artère a été faite cartilagineuse, et le thorax se contracte et se dilate alternativement. Pour les inteslins, on admet le flux et le reflux du chyle. Dans les nerfs, au contraire, on ne {rouve guère de raison suffisante pour expliquer le transport des esprits tantôt de dedans au dehors et tantôt de dehors au dedans, à moins qu’on ne suppose un mouvement péristaltique dans les nerfs, ou qu’on n’admette que les esprits animaux, comme des animalcules dans leurs évolutions, vont et viennent dans les deux sens. Ils courent pour gonfler les muscles et les mettre en mouxement, pour nourrir les parties et rendre aptes à leurs fonctions les organes du sens. Soit. Cependant ils reviennent alternativement pour annoncer au sens commun ce qui se passe dans l’organc externe; mais par quelle bouche l’annoncent-ils? c’est ce que je ne comprends pas. L'idée est une représentation une et continue de lorgane externe et interne, comme est un objectum qui est perçu, mais la sensation du même objet dure quelquefois plusieurs heures. Les esprits animaux continuent-ils pendant tout ce temps à aller et venir dans les mêmes nerfs, pour que la sensation de l’objectum persiste si longtemps dans l'organe externe et l'organe interne? Ce sont là des énigmes inexplicables. »
ue, c'est-à-dire du sens externe au cerveau (sens interne). rapidité de la vision (aller et retour de l’image qui laisse touus objet présent) le démontre bien évidemment. — De même Wicoup frappé à l’extrémité d’un bâton que l’on tient retentit à sonextrémité opposée et frappe en même temps la main qui le lient. La transmission se fait à travers les nerfs comme à travers Jbäton; la rigidité du bâton est représentée par la tension du nef. de sorte que le sexs commun ou interne se trouve instananément mis en communication avec le sens externe par le (onon nerveux (vir, 8).
Birritabilité est distinguée en prématre et en secondaire (Geslä-dire par consensus ou sympathie), naturelle ou contre lälure. La primaire est celle dont il vient d’être question ; la Sécondaire est triple : animale, naturelle et violente (1x, 3). Apropos de l'irritabilité secondaire animale, je dois signaler inevue très-Ingénieuse et qui repose sur une expérience qu’on peutérifier aisément : si l’on veut avec une main frapper sa poiie, et avec l’autre frotter sa tête, les deux mais finiront par faire la même chose ; en d’autres termes, toutes les deux frapperont ou toutes les deux frotteront. C’est la synergie muscu- …hire(ix, 4). Mais Glisson confond aussitôt l'incitation, ou la sym-
pallie entre individus et le concours de divers appareils pour
ünemêème action, avec celte réduction des deux mains en un
ème acie après qu'elles en ont commencé chacune un différent. …Ilaitribue avec plus de raison à une irritation secondaire ou sympathique le retentissement que les affections de certains diganes produisent sur d’autres organes plus ou moins éloignés, pabexemple le calcul des reins sur l’estomac (1x, 5, 6; voy. aussi léchap. xx11, De nausea).
Glisson termine par quelques réflexions sur la variation d'intensité de l'irritabilité en raison des causes organiques ou accidentelles dépendant des causes extérieures, de maladies, de passions (ix, 7; voy. aussi v, 16-17).
Detout ce qui précède il résulte que pour Glisson l’irritabilité @sbplutôt une conception de l'esprit qu'une création expérimen-
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tale; elle a un caractère beaucoup plus général et beaucoup plus métaphysique que lirritabilité hallérienne , surtout que notre contractilité. C’est une théorie à la fois physique, physiologique et psychologique, embrassant la nature entière considérée comme vivante, théorie où la vie universelle, celle de l'esprit comme celle de la matière, est ramenée à une sorte de mouvement vibraloire. Considérée plus spécialement dans la fibre ct surtout dans la fibre musculaire, l’irritabilité n’est pas une force, mais une propriété latente, ou mieux encore une faculté de percevoir les excitations, faculté en vertu de laquelle se pro: duisent, non-seulement les mouvements qui éloignent ou rapprochent l'animal ou la partie de l’animal, soit de l'objet perçu, soit de l’idée conçue, mais tous les mouvements de la vie orga= nique, et, dans de certaines limites, ceux de la vie intellectuelle. Cette faculté d’être sensible ou excitable n’existe qu’en puissance, n’a aucune spontanéité ou liberté, est soumise absolument à l’action des esprits ou de l’intellect, el n’est éveillée ou mise en acte que par des excltants qui sont en dehors de la fibre; de sorte que ses mouvements sont toujours subordonnés, soit au cerveau, soit À tout autre excitant intérieur ou extérieur. Je crois que dans l’his: toire de l’irritabilité, ces divers côtés de la théorie de Glisson n’ont pas été suffisamment mis en relief, et qu’on en a trop restreint la signification pour la rapprocher plus facilement de la théorie de Haller et des opinions actuelles. Le mot est trouvé; quelques détails du phénomène sont également indiqués ; mais, comme il y a beaucoup plus de raisonnement que d'observation et d’expériences, là se borne, à vrai dire, le mérite de Glisson, qui cependant est considérable, puisque c’est un premier pas sérieux vers la solution d’un problème extrêmement compliqué et qui est un des nœuds de la physiologie.
Comme Harvey lorsqu'il expose sa découverte, Glisson, dans. la préface ($ 20) du traité De natura substantiae energelica, s'excuse de ne pas être parfaitement d'accord avec les anciens ; comme lui aussi il croit que c’est leur manquer de respect que de jurer par eux sans examen, puisque ces mêmes anciens ont élé un jour des modernes, et que là science ne fait de progrès
la condition de profiter des travaux antérieurs pour les rer et les agrandir.
nne doit pas, dit-il, rejeter de prime abord tout ce qui uveau ; car les choses qui sont anciennes maintenant ont jouvelles autrefois. Et même à quoi bon un livre nouveau bny trouve rien qui n’ait été déjà dit? Ne sont-ce pas les iles choses, que vous les lisiez dans un ancien livre ou dans imouveau ? La multitude des livres fatigue et distrait l’esprit bqu'elle ne l’aide ou l’instruit; si on apporte quelque chose lé autres avaient négligée, il peut en résulter un accroissebpour les connaissances humaines. Que personne ne croie, IMlisant ceci, que je sois tout entier dominé par l’amour de la Veauté. Je suis les anciens là où le permet la vérité confirmée le témoignage des sens, je les RITES avec la meilleure ossible, et j'admets leur autorité jusqu'où il est permis de le &, bien loin de croire qu’il soit juste de traduire devant le triunal de la science, comme ennemis de la vérité et du genre huain EE ndcsinmiéresda monde, Hippocrate,Platon, Aristote, nocrite, Galien. Autant qu’il était en leur pouvoir, et non sans grand travail, ils ont fidèlement transmis à la postérité toutes connaissances qui étaient venues jusqu’à eux. Comment donc proscrire, parce qu’ils n’ont pas tout connu, parce qu'ils ont ou se sont trompes en quelques points, et que beaucoup de Ses qu'ils ignoraient ont été mises en lumière plus tard ? On Mraitnous accuser d’une rare paresse et d’une insigne stupidité jéndant tant de siècles nous n'avions rien ajouté à ce qu’ils lient trouvé. Que dirons-nous donc ? Si on s’en rapportait à Mes anciens conserveraient leur autorité sans que les recher- Seralentissent chez les modernes, et on chercherait la vérité (ous les côtés, par toutes les voies et les moyens possibles; Héttant à part l'esprit de parti, ces deux manières d'agir ent fort bien se concilier. »
à le langage d’un esprit honnête, juste, droit, et d’un yrai nt; ce n’est pas celui des Paracelse ni des Van Helmont, ni émedes Sylvius de le Boe. Voilà comment ont parlé, avec rence pour les autres et avec autorité personnelle, les grands écins du xvi° et du xvrr siècle !
Les siècles, comme les hommes, ne voient au loin ou ne sont en perspective que lorsqu'ils sont accumulés les uns sur les autres; la fin du xvw° siècle et tout le xvr° sont placés sur les hauteurs des siècles les plus féconds de l’histoire, je veux dire sur les siècles anciens : les siècles purement conservateurs du moyen âge n’ajoutent qu'une unité à ceux qui les ont précédés, où plutôt ils forment comme l'entablement qui va recevoir le couronnement de l'édifice.
SouaIRE : — Suite de l’histoire de l'anatomie et de la physiologie au xvu® siècle. — Recherches de Sténon. — Anatomie microscopique et injections : Malpighi; Éceuwenhoeck ; Ruysch, — Anatomie descriptive. — Anatomistes français. — Influence de l’Académie des sciences sur les progrès de l'anatomie et de la physiologie en France. — Descartes.
Il a suffi de quelques opuscules d’un physiologiste expérimenlateur pour dissiper toutes les illusions de l'imagination des Wharton et des Glisson sur le rôle des nerfs et des glandes lymphatiques. Le Danois Sténon (1638-1686) a fait, mais avec moins d'éclat, pour le système lymphatique ce que Harvey avait fait pour le système vasculaire sanguin. Malgré une vie des plus agitées et des plus aventureuses, Sténon a laissé (1) dans l’hisjoire de l'anatomie (qu’il appelle divine) et de la physiologie une lrace ineffaçable. Sa présence à Paris a été fort remarquée : Bossuet l’avait en haute estime et admiration ; Thévenot l’admit dans sa Société, et il fit, en présence de lélite des savants, une lémonstration du cerveau (2) qui est le véritable point de départ des recherches modernes sur cet organe, et où il a réfuté plu- Siours erreurs de détail qui avaient cours avant lui. Outre le cerveau, Sténon a plus particuliérement étudié les glandes (3), les lymphatiques, les muscles, y compris le cœur, enfin, le développement du fœtus.
{L}MSténon, d'abord protestant zélé, se convertit à la foi catholique et fut nommé évéque in partibus par Innocent XI. Peu s’en est fallu qu’il ne fût canonisé après sa mort.
(2). Discours sur l’anatomie du cerveau, Paris, 4669. IL y combat à la fois Willis et Descartes.
(B)MLes-noms de Wirsung (canal du pancréas), de Wharton (canal de la glande Sous-maxillatre) et de Sténon (canal parotidien et appareil lacrymal), forment la Série chronologique des principales découvertes pour le système glandulaire au
Déjà Wharton avait donné un des caractères essentiels des glandes, en disant qu’elles sont pourvues d’un canal excréteur, mais il n’en avait déduit aucune vue physiologique raisonnable, tandis que Sténon (1) a établi par la méthode expérimentale que les glandes tirent leur produit directement du sang (2). De plus, Sténon décrit pour la première fois le canal parotidien qui porte son nom (à) et que Cassérius avait vu, mais en le prenant pour un tendon, les canaux excréteurs des glandes sous-linguales, buccales et palatines, l'appareil glandulaire du nez, des yeux, de l’oreille et les canalicules qui traversent l’épiglotte. Il combat la théorie qui fait descendre les larmes du cerveau (4) ; il croit, mais à tort, qu'il existe, aussi bien chez l’homme que chez certains. animaux ruminants, un Canal Zxcisif ou palatin antérieur pénétrant jusqu'aux fosses nasales (5). Il a suivi la marche de lymphe et l'assimile à celle du sang veineux, n’admet aucune des rêveries de Wharion ou de Glisson touchant les usages de cette humeur, et montre les intimes rapports du système ganglionnaire (glandes conglobées) avec les vaisseaux lymphatiques; il professe que les vaisseaux lymphatiques tantôt viennent de ces glandes et tantôt y aboutissent. Rien n’est encore aujourd'hui plus obscur, plus incertain que la véritable origine des radicules lymphatiques qui sont dispersées dans le corps entier et que Sténon n'avait pas pu poursuivre très-loin (6).
xvu® siècle. -— On appelait g/andes conglomérées les glandes proprement dites à cause de leur apparence et par opposition aux glandes conglobées ou Iÿmphatiques (ganglions).
(1) Observationes anatom., ete. Lugd. Bat., 1662; Demusculis et glandulis observationum specimen. Amstiel., 4664.
(2) 11 le démontre particulièrement pour le lait. De muscul. et gland. p. 49,
(3) Gérard Blasius, plutôt amateur qu’anatomiste, voulut s’attribuer cette découverte; mais Sténvn, dans une lettre à Pertholin (voy. aussi De muscul, et glandul., p. 33, et Observ. anatom., p. 5), n’eut pas de peine à prouver la fausseté de cette
prétention.
(4) De muscul. et gland., p. 48.
(5) De muscul. et gland, p. 37:
(6) It a vu des vaisseaux iymphatiques ramper à la surface des muscles, et ilne sait, pas plus que les modernes, s’ils pénètrent dans Pintérieur (De muse. et gland. Po 45).
Ses recherches les plus neuves, celles qui ont eu le plus d’in- Mfltence et qui ont ouvert la voie à Borelli (quoi qu’en dise ce dernier), portent sur la structure et les fonctions des muscles, auxquels il applique les notions de la géométrie; il a débrouillé k charpente de la langue et il a soutenu qu’il n’y avait pas de “hair en dehors de la chair musculaire ; il a montré que les fbres du cœur ne finissent pas à la pointe du cœur et qu’elles Senroulent (1); il est en cela le précurseur de Lower, qui ne lüia pas assez rendu justice. Sténon distingue nettement des fibres Husculaires les fibres tendineuses, qu’il regarde comme de similes cordes non contractiles (2), et cherche à déterminer les diverses directions de ces dernières. Il ne sait rien de positif, jar conséquent, il ne veut rien préjuger sur le Âuide qui préide à la contraction des muscles; il émet les propositions sui- Nantes sur les mouvements musculaires (8) :
1 La structure de la fibre musculaire motrice est la même
“chez l'homme et chez les animaux; du moins, c’est ce que lui
“Ont appris ses propres observations (4) ; 2° quand un muscle se Contracte, chaque fibre motrice se raccourcit; 8° dans la fibre “iin?y a que la chair qui se raccourcisse, les tendons ne participent pas à ce mouvement ; k° quand la chair se raccourcit, elle durcit, étsa surface, douce avant la contraction, devient alors plus rude: 5° après la contraction, la fibre s’allonge un peu; 6° coupée | transversalement, la chair se rétracte d’abord, puis elle s’allonge ; à fibre motrice continue à se rétracter après qu’on à fait la section des nerfs, des artères el des veines; 8° tous les musles se terminent de chaque côté par un tendon ou par des fibres tendineuses (5).
*“ « (4) Voy. De muscul. et glandulis, p. 12 et suiv. E) De muscul. et glandul., p. 21.
(3) iyologiue specimen, seu musculi descriptio geometrica. Florent., 4667, in-4, publet suiv. — De muscul. et glandul., p. 45 et suiv.
(&) Cette proposition n’est pas absolument vraie pour toute espèce d'animaux, “hiimème pour toute espèce de fibre motrice, quand on s’en tient, comme Sténon, dur apparences extérieures. Mais la structure intime paraît la même pour tous les “muscles. —Voy. Marey, Du mouvement dans les fonctions de la vie, p. 274 et suiv.
… (5) Il y a des muscles, même parmi ceux de la vie de relation, qui s’imsèrent directement par leurs fibres charnues:
Il est probable que Glisson a emprunté à Sténon, qu’il cite d’ailleurs pour d’autres sujets, une partie de ce qu'il a de meilleur sur la constitution de la fibre et sur quelques-uns des phénomènes de la contraction ou de la rétraction (1).
C’est dans les ouvrages de Sténon qu’on rencontre pour la première fois un essai de description et de délimitation régulière des muscles de la colonne vertébrale ; il a donné une juste idée des élévateurs des côtes et du triangulaire du sternum.
À la suite de son traité Sur la myologie géométrique, Sténon revendique énergiquement (p. A9) la découverte de la prolongation du viellus vers l'intestin dans l'embryon du poulet (2). Quelques-unes de ses observations sur l’embryogénie rivalisent de délicatesse et d’exactitude avec celles de Harvey, parfois même elles les surpassent. Enfin, il résulte pour lui d'expériences qui ne sont pas entiérement confirmées que, de tout le système circulatoire, c’est la veine cave qui survit la dernière.
Au temps de Sténon, comme de notre temps, il se trouvait des esprits rétrogrades ou paresseux qui, au nom de la pratique, attaquaient les recherches minutieuses entreprises sur la structure des tissus; on disait alors comme on dit aujourd’hui: A quoi bon prendre tant de peine pour n’arriver à aucun résultat utile? Sténon répond noblement à ces routiniers, et sa réponse vaut actuellement ce qu’elle valait alors. Je la reproduis comme une des belles pages du xvur siècle (3) :
€ On m'a souvent fait cette objection : À quoi bon cette connaissance de la structure des muscles? qu’a-t-elle de commun avec la pratique? Par cette interrogation répétée souvent et présentée sous des formes diverses, on cherche à rendre ridicules auprés de tous, pour ne pas dire odieux, ceux qui s'occupent de recherches nouvelles. Il ne serait pas difficile de démontrer combien la pratique est redevable aux expériences anatomiques
(4) Voy. plus haut, p. 653 et suiv.
(2) Il s’agit probablement du conduit vitellin ou omphalo-mésentérique. « Vitelli in tntestina pulli transitus. » Quelques anatomistes, entre autres Coiter, avaient déjà entrevu cette disposition, mais, au rapport de Sténon, ni Harvey ni lui-même n’en avaient connaissance.
(3) Myologiae specimen, p. 67, 68.
décesiècle, expériences qui ont fait découvrir bien des erreurs explication des causes et ont en même temps démontré la sclé de certaines raisons que l’on allègue dans Pemploi des édes. Pour toute réponse, nous prierons n0S adversaires d’injoger leur conscience, puis de nous dire ce qu’il y a de solide leurs paroles lorsqu'ils se prononcent avec tant d'assurance Hsujet de l’apoplexie, de la paralysie, de la contraction, des Onvulsions, de la prostration des forces et des autres sympiômes “ouvement animal. Sur quel fondement s’appuient-ils pour écrire les remèdes qu'ils appliquent à ces affections, et cela Mprenant non la paralysie, non la convulsion, mais tel paralyé où tel convulsif? S'ils avouent que dans le diagnostic on apporte rien que des paroles, que, dans le traitement, c’est la mjecture seule qui guide, bon gré mal gré ils avoueront que echerche du vrai et du certain, dans cette partie de l’anatojé, peut être bonne à quelque chose. Objecteront-ils que, penbien des siècles, les choses sont restées dans le même état? aréplique est facile: tout le monde à cherché des remèdes, ét ont cherché à connaître la structure de la partie à laquelle appliquent les remèdes. Or, celui qui est chargé de rétablir Mmouvement perdu dans un automate construit par un autre, “doit étudier avec soin la structure de cet automate ; de même, Celui qui ne s’en rapporte pas au hasard pour guérir des symiômes qui lèsent le mouvement naturel, celui-là devra, autant quil pourra le faire à l'aide de l'industrie humaine, étudier la nature du sang, de la fibre nerveuse et de Ja fibre motrice. Ainsi,
d À que dans la myologie il y a beaucoup de choses que
ous ignorons el que nous pouvons apprendre; puisque la conmr issance de ces choses importe non-seulement à la vérité, mais Ussi à la santé, chacun jugera si nos CenseuTs ont bonne grâce rsqu'ils raillent les nouvelles expériences des anatomistes, pré- “éndant que ce sont là les occupations d’un homme oisif. »
…L'anatomie, au XVIT siècle, était loin d’avoir ditson dernier mot Avec Sténon; une ère nouvelle vamême s'ouvrir pour cette science. Le xvi siècle avait transformé l’anatomic descriptive; le XVI}, après nous avoir fait connaître les glandes el nous avoir donné le