‹ Histoire des sciences médicalesChapitre 192 sur 260 · SI = | AN TE · texte numérisé non relu

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Héliogravure DURAND.

Fig. 7. — Appareil pour prendre un bain dans le ht.

» Il faut rappeler une sonde terminée par trois valves flexibles

746 MÉDEGINE STATIQUE.

pour extraire de la vessie les petits calculs rénaux qui ne s'é chappent pas d'eux-mêmes à travers l'urêthre (col. 422).

S ë Q > = La Le] Le] = = S = © = ñ so À î Fe N ao g ; o Le] E = A FiG. 8, 9, 10. — Explication : La figure 8 est la sonde avec les valves réunies au

moment où elle va être introduite dans l’urèthre. — 9, représente la tige qu’on

Sanctorius a aussi un appareil de fumigation pour rafraîchir et rendre plus humide l'air de la chambre du malade (col, 569); — ie sorte de trocart muni d’une canule pour la ponction, trocart étcanule dont il se servait également pour combattre, par l’ouverture de la trachée au-dessous du second ou du troisième anneau, la suffocation imminente dans les affections de la gorge (ilne les dénomme pas), surtout chez les enfants (col. 508-510); = un instrument (canule introduite dans un petit spéculum) pour pratiquer les injections dans la cavité utérine (col. 608- 609 et 918) ; une boule pour apaiser la soif (col. 700): elle était percée de trous extrêmement petits, et après l'avoir remplie d'une eau réfrigérante on l’introduisait dans la bouche ; des ven- {ouses avec une pompe à air (col. 719); la fameuse balance (col. 784); un appareil pour les douches locales (col. 835 et 936); un autre pour les affusions (col. 937) ; enfin un lit mécanique (col. 892 et 944. — Voy. fig 11, p. 748).

On serait étonné de trouver tant d'instruments ingénieux dans un commentaire qui est d’ailleurs entièrement scholastique, si

Mon oubliait que Sanctorius était avant tout un physicien et un mécanicien, toujours en quête de nouveautés ; de sorte que la médecine statique est moins le résultat d’un système médical que l'application d’études dirigées vers les travaux de la mécanique proprement dite.

Au début de son traité sur les erreurs commises par les mé-

pousse dans la sonde pour maintenir réunies les trois valves par une sorte de chapifeau triangulaire, mais à angle mousse, si je ne me trompe.—10, est la sonde arrivée dans la vessie, et dont on a retiré la tige après l'avoir dégagée de la pointe des Valves. La vessie étant pleine d'urine (on a pris soin sans doute de fermer l’orifice inférieur de la sonde), le calcul est tout naturellement porté entre les valves vers Jepoint O; alors on l'amène au dehors, en même temps qu'on retire la sonde. Si le calcul nest pas entrainé par le flot de l’urine entre Les valves, on l’attire avec un Siphon par la force de l'aspiration (per vim vacui). — Chez les femmes, l'opération est plus simple à cause de la brièveté et de la largeur du canal. — Haller, dans sa Bibliotheca chirurgica, semble croire que le trident qui servait à maintenir fermées léstrois valves pendant l'entrée de la sonde était employé aussi à broyer les calculs, ais je n'ai pas vu cela dans le texte de Sanctorius.

748 MÉDECINE SATIQUE,

decins (1), Sanctorius déclare qu’il se porte le champion d'Hippocrate et de Galien contre les novateurs et surtout les empiri

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Hëlio L0Q/aVUrE AURAND.

FiG. 11. — Lit mécanique.

# (4) Methodi vita

ndorurr errorum omnium qui in arte medica contin nqunt, libri XV, éd. de Genève, 4630.

F16, 11, — Explication : « Ce lit a six u isages : le er ètre à la fois un lit

et un fauteuil ; la tringle D donne la p pos. > d’abaisser ou de relever les s matelas,

SANCTORIUS. 7hÿ

ques; par conséquent il n’y a pas à trouver dans ce livre les origines et les principes de l’'iatromécanisme. Nous signalerons plus particulièrement le livre deuxième, où l’auteur, en parlant de quelques faits rapportés par Galien, montre combien se trompent léssmédecins sans instruction (medici rudes) et les empiriques, quiappliquent les remèdes sur le lieu où se passent les phénomènes morbides, et non sur le point de départ du mal, par exemple sur des doigts paralysés ôu douloureux quand il faut remonter jusqu’à l'épine (1). À ce propos il rappelle les sympaihies vraies ou fausses qui existent entre les diverses parties du corps. Mais, tout en redressant les torts des autres, Sanctorius commet lui aussi d'assez notables erreurs ; par exemple, quand ilsuppose (IE, 16, p. 106) qu’il existe une sympathie morbide par le muscle grand dorsal entre le bras etl’os sgcrum, en raison dla prolongation vers les parties inférieures des insertions de ce muscle. — Au livre If, ch. 14, p.195, nous voyons que les bonnes femmes et les empiriques croyaient que l’appendice xiphoïde qui términe le sternum peut tomber, et qu’on recourait à toutes sortes de manœuvres plus ou moins dangereuses pour le remettre en place. Quant aux mélanges ou altérations dont les humeurs sont susceplibles, Sanctorius se livre aux plus incroyables spéculations ; il ne compte pas moins de quatre-vingt mille quatre- Vingt-quatre de ces mélanges (VIE, 9, p. 394 et suiv.). Un deslivres lès plus curieux de ce traité, c’est le XIV°, où l’on trouve un ex- “posé des théories qui avaient eu ou qui avaient encore cours sur la révulsion et la dérivation. Signalons enfin les livres XI et XII, où Sanctorius célèbre les avantages du raisonnement sur les procédés de l’empirisme ancien ou moderne. Là il reprend pour

@) Moy. plus haut, p. 234 et suiv., la célèbre cure de Galien.

couvertures, etc., E. — Le second, de permettre au malade de ne pas se lever pour allerà la selle; C est une chaise percée mobile. — Le lit peut être suspendu à l’aide dutreuil et de la corde A, ou rester fixe ; c’est le troisième usage.— Les autres sont desprocurer un agréable sommeil au moyen de la douce musique faite par Lentrechoquement des boules d’airain B, quand le lit est suspendu ; de pouvoir dresser, pour le malade assis, une table sur les bras du fauteuil; de transporter sans fatigue lemalade de ce lit dans un autre au moyen de la mobilité que donne la suspen- Sion,.ct de la faculté d'enlever les bras du fauteuil.

750 IATROMÉGANISME. —- ÉCOLE ITALIENNE.

son compte les principes de Galien et des autres médecins dog: matiques touchant la recherche des indications thérapeutiques® il relève et commente avec complaisance les arguments déjà forl prolixes du médecin de Pergame contre la secte empirique, tl

il y joint des raisons de l’ordre logique tirées d’Aristote et d'au tres auteurs.

Revenons maintenant au véritable iatromécanisme.

Il est clair que la médecine statique n’a guère de mécanique que l’emploi des balances, et qu’elle ne comprend pas un sys tème nouveau de physiologie ; on n'y peut remarquer quel tentative de ramener la perspiration à une question de physique, et de rattacher les causes et la cure des maladies au défaut et au rétablissement de l'équilibre dans cette fonction (1). Il en esl tout autrement dans l’iatromécanisme. Toutefois il faut croire que la mécanique et les mathématiques ne suffisaient pas à tout expliquer, ou que la chimiatrie était bien vivace, car nous en rétrouvons des fragments, pour ainsi parler, Jusque chez les mécaniciens les plus déterminés. C’est surtout par la théorie de l’effervescence et de la fermentation, lesquelles produisent un certaine dilatation, que la chimiatrie a fait brèche dans l'iatromécanisme ; la fermentation devint une force motrice, comme” est la vapeur.

Le véritable promoteur de l’iatromécanisme, c’est Alphonse Borelli ; tous les iatromécaniciens le tiennent pour leur chef et 1 en parlent avec grand respect, lors même qu’ils s’écartent de ses opinions, et qu’ils les combattent ; c’est donc par Borelli que nous commencerons lexposition de cette doctrine, qui a eu près d’un

siècle de durée, et qui a tenu pendant ce temps presque tous les abords de la médecine, excepté en France.

Je dois vous avertir aussi, Messieurs, que je poursuivrai sans désemparer l’histoire de l’iatromécanisme jusqu’à ses dernières transformations, c’est-à-dire jusqu’au milieu du xvin° siècle.

, g 9 # o .* , (1) Les iatromécaniciens se sont emparés de la doctrine de Sanctorius, mais seu

lement comme étant une portion de leur domaine, et en y ajoutant une théorie des sécrétions.

Abeaucoup d’égards, et sous celui-là en particulier, la division üpérée par la plupart des historiens entre le xvir siècle et le x est tout à fait factice : la biographie et le développement des doctrines s’y refusent absolument. Je reviendrai du reste sur cette division dans une des prochaines leçons.

Je laisse de côté les spéculations mathématiques de Borelli touchant les diverses espèces de mouvements, leur direction, leurforce, dans les différentes classes d'animaux ; de pareils théorêmes ne pouvant être démontrés ou contrôlés, ou contredits, qu'avec un appareil si particulier de formules, de figures et de machines, qu’il faudrait, pour y parvenir, des moyens de démonstration et des connaissances que je ne possède pas. Il est œrtain que c’est la partie la plus importante, la plus neuve de son livre, celle qui mériterait d'appeler l'attention et la vérifitation d'hommes spéciaux (1). En attendant, je dois me contenter d'exposer devant vous, Messieurs, les théories physiologiques plus accessibles à tous, et je prends pour exemple de celles de Borelli explication du mouvement des muscles et celle de la nutrition.

Les muscles se contractent parce qu’ils se gonflent (inflantur) en raison de la structure poreuse ou spongieuse, d’autres ont dit vésiculaire, de leurs fibres ; ils se gonflent parce qu'il se produit en un clin d'œil (ctu oculi) une fermentation, ôu turgescence, ouébullition ; cette fermentation se développe au contact du suc ou de l'esprit nerveux, substance essentiellement corporelle, analogue à l’esprit-de-vin, engendrée dans l’encéphale et se répandant à travers les nerfs (dont les fibrilles peuvent être creuses comme des joncs, guoïqu’elles ne le paraissent pas), sous l'impulsion du cerveau qui opère, soit spontanément pour les mouvements vitaux et durant le sommeil, soit sous l'empire de la volonté. Les esprits ou sucs nerveux agissent soit par la force du

(4) Puccinotti, Sforia delà medicina, t, II, p. 109, montre que l'illustre physiologiste Müller a confirmé,même contre Vicq d’Azir, plusieurs des explications de Borelli, touchant certains mouvements des animaux. Mais le savant historien va beaucoup trop loin quand il veut rapprocher la doctrine de Borelli sur la cause

Prochaine du mouvement des muscles de celle de Haller, et surtout de celle des modernes,

722 IATROMÉCANISME. — ÉCOLE ITALIENNE.

choc, soit par une certaine âcreté dontils jouissent probablement. Il n°y à pas de meilleur et de plus simple moyen pour opérer le mouvement ; c’est celui que la nature, ordinairement économe, a dù employer. Ces esprits très-habilement instruits, ce n’est pas une aveugle nécessité, ni la loi de la chute des graves qui les fait descendre; mais ils sont sous l'empire d’une habitude et d’une expérience acquises par la répétition des mêmes actes; ils tâtonnent d'abord, mais ils finissent par se dresser. Cependant, tout intelligents qu’ils deviennent, les esprits ne suffisent pas à eux seuls pour produire le gonflement et, par suite, le mouvement des muscles; ils ont besoin du concours du sang, parce que leur aclion s’affaiblit en route, el par le mélange d’autres sucs, là lymphe, par exemple ; mais c’est tout le contraire qui arrive par le mélange du sang et du suc nerveux : au contact de ces deux fluides, il se produit une opération chimique, une fermentation: le gonflement; la displosion arrive à sa plus haute puissance, el le muscle se meut ! Quelle que soit cette puissance, elle est bien petile en comparaison des prodigieux effets qu’elle produit ; les muscles, sous cette double action du sang et du suc nerveux, déploient une force immense (1).

Messieurs, je livre à vos méditations ces sublimes conceptions; ie n’y ai rien ajouté, je n’en ai rien retranché. Même au xvir siécle, on avait élevé quelques doutes sérieux contre ces explicalions, mais Borelli (prop. 28) n’a pas plus de peine à détruire les objections qu’il n'avait mis d’hésitation à proposer et à soutenir ses hypothèses.

Ce n’est pastoul: ce suc nerveux et ce sang dontnous conraissons les merveilles ne servent-ils qu’à mouvoir les muscles ? Non, certes ! — La nature n’est pas aussi prodigue; elle les emploie à un usage non moins important, à la nutrition, et voici comment (2): Borelli suppose qu'il y a deux parties dans le chyle

(1) De motu animalium, pars Îl, cap. 1, prop. 22, 27, 29; voy. aussi pars l Cap. XVI el XVII,

(2) De motu animalium, pars Il, cap. xvi, prop. 99-104, — Voy. aussi tout le chapitre x1, De fluxu substantiae sptriluosae per nervos.

fashro-intestinal ; que l’une, la plus pure, est absorbée par les dhyhfères dont les orifices sont configurés pour cela ; que l’autre lesbpar les veines mésaraïques dont les orifices sont également disposés de façon à recueillir à la fois le chyle grossier mêlé avec lbile et le sang artériel, pour porter le tout au foie (1). Le sang est la vraie et principale matière dont se nourrissent toutes les parties du corps ; Pa/bumen du sang répond exactement par ses qualités à l'albumen de l'œuf; le sang refait les parties perdues, ébilest aussi le véhicule de l’alimént (nutrimentum).On objecte quelépuisement par la faim ne diminue pas sensiblement la masse du sang (2), et qu'une hémorrhagie, à moins qu’elle nensoit trés-abondante, n'’affaiblit pas en raison de la perte dessang. Il en faut conclure, non pas que le sang ne sert pas à la nutrition, mais qu’il a besoin du suc spiritueux des nerfs, ainsi que l’admettent les modernes (3). Comme la petite quantité de suc nerveux ne suffirait pas à réparer tant et de si continuelles pertes, on doit dire que ce suc donne aux parties reconstituées par le sang, la forme, la faculté vitale et animasfique, Si donc, après une ample hémorrhagie, l'animal n’est pas

(2) Borelli compare, comme le faisaient les anciens, les radicules veineuses à des sangsues dont les bouches absorbantes choisissent ce qui leur convient. Galien et les autres physiologistes de son école, ne connaissant ni les chylifères ni les lymphatiques, avaient attribué aux veines gastro-intestinales le pouvoir d’absorber les éléments de lanutrilion. Au xvué siècle, on avait presque oublié les veines pour ne plus “ovque les chylifères ct les lymphatiques. — Borelli fait exception à la règle, clserapproche de la théorie actuelle. — Au xvrne siècle, divers physiologistes ontrefusé, en vertu d'expériences peu concluantes, le pouvoir absorbant aux veines gastro-intestinales, Aujourd'hui on admet ces deux agente de l’absorptio qu’on pourrait appeler digestive : Les chylifères et les Iymphatiques, d’une part ; de l’autre, lesystème de la veine porte, qui se distingue des chylifères en ce que ses radicules intestinales w’absorbent pas sensiblement Les matières grasses (voy. Béclard, Trarté éme plys., p. 165); en d'autres termes, les chylifères prennent de l'aliment toubce dont les voines ne veulent pas — On reconnait aussi d’autres voies d’absorp- Don la peau, la muqueuse pulinonaire, les cavités closes, etc.

(2) Quelques personnes, dit Borelli, pensent que chez les individus morts de lime saug, réduit à un état de vappidus fluor, a perdu ses parties glutiueuses où alimentaires. On sait aujourd’hui que, daus la mort par iuanitiou, Le sang perd cnwiron la moitié de son poids, et que les globules disparaissent peu à peu,

(3) Surtout d’après l’école anglaise, — Voy. p. 641 et suiv,

DARENBERG. 48

75h JATROMÉCANISME. —— ÉCOLE ITALIENNE.

très-débilité, c’est qu'il reste du sue nerveux ; si, au conlraité, on meurt de faim, c’est que le suc a disparu entièrement.

N'est-ce pasici le cas, ou jamais, de répêter le mat de Moliéret Voilà pourquoi votre fille est muette ?

Ce n’est pas encore tout: il s'agit d'expliquer mécaniquement la nutrition. Gomme ce ne sont pas seulement des liquides, mais des parties solides qui se dissolvent et s’évaporent, il reste néces sairement des cavités, le sang s'yprécipile comme un coin; mais toutes les particules sanguines ne peuvent pas indifféremment pénétrer dans toutes les cavités ; chacune prend ce qui lui com vient en raison de la dimension de ses orifices, comme cela se fait dans un crible; l'air aspiré par la bouche, ou absorbé par li peau, aide par son impulsion à l’incunéation (adjuvat incunens tionem) des particules nutritives, en même temps que par so élasticité et son impétuosité il conserve et augmente le mouve ment vital. Le moment le plus favorable à la nutrition, c’est ln sommeil, parce qu'alors le suc nerveux dispose sans distractions de son activité et de ses propriétés.

Maintenant que nous connaissons quelques-uns des points cs: sentiels de la physiologie de Borelli (1), voyons quelles applica: tions il en a faites à la pathologie.

Si l'on ne peut admettre, dit Borelli (2), la division du con tinu (prop. 205) et la dissolution de la texture des fibres ner veuses (prop. 206), pour expliquer la sensation etles mouvements douloureux, il n’y a plus que l'ébranlement ou la titillation

(4) Sur la respiration, Borelli ne sait rien de précis; il suit en grande prié Malpighi; il pense en outre que les atomes aériens (aeris machinulae) en pénétrant dans le sang par les poumons, produisent dans le liquide un mouvement oscilla= toire, comme celui du pendule (Pars Il, cap vur, prop. 415 et 116). C'est une ui motiva et vitalis ; elle est une des principales causes de l'entretien de la vie, laquelle se résume en un mouvement continu. Ia fait de curieuses expériences sur La gels mination des plantes (cap. xt), ct combat avec assez de vivacité une partie de théorie de Harvey touchant la génération des animaux (cap. xiv), — Quant aux sécrétions (cap. 1x), elles peuvent s’accomplir dans les grands vaisseaux par fermentation, et dans les petits, comme dans les reins, par une nécessité mécanique, en raisoll de l’étroitesse et de la configuralion des canaux.

(2) De mou animalium, pars Il, Cap. xviu, prop. 207, De motibus dolorificis:

(bellicatio), comme est la sensation produite sur le tympan par lé grincement d’une scie, et la corrosion de ces fibres qui puissent les produire. Les fibres nerveuses étant en effet très-senbles, et les sucs spiritueux contenus dans leur moelle spongieuse étant aisément irrités, il en résulte qu'agités d’un Mouvement irrégulier et troublé, ces sucs peuvent commufiquer au cerveau des ébranlements conformes, assymèires, qui amènent cet état convulsif, désagréable et tourmentant que Jon appelle douleur. Le traitement des sensations douloureuses prouve aussi qu’elles tiennent à la vellication. Un léger contact, léfrottement d'un fétu, la piqûre d’une mouche dans les narines, aux sourcils, au front, causent à quelques-uns une sensation si désagréable que pour s'en débarrasser ils se donnent des souflets, se frappent la tête contre les murs etse déchirent avec leurs Ongles jusqu'à effusion du sang. Si la vellication demande un reiède aussi énergique que sont la corrosion et le déchirement de la peau avec les ongles, il faut croire que la sensation produite par un fétu ou le contact d’une mouche est bien plus douloureuse que la corrosion et la lacéralion des nerfs quisontramifiés dans la peau. Ainsi, l'importunité douloureuse consiste seulement, de sa na- {ure, en une vellication et en un prurigo des nerfs, parce que les esprits animaux, contrairement à leur étatnormal, sontirréguliètement agités dans le cerveau. De là vient l'action calmante des marcotiques contre les vellications internes dolorifiques. Ainsi les douleurs de dents sont quelquefois apaisées par d'ineptes paroles que murmurent des charlatans, parce que la croyance absolue Gest le malade qu’il peut en obtenir du soulagement, donne aux esprits animaux uné direction contraire qui interrompt et enleve entièrement la commotion vellicatrice. La manière dont On traite cette contraction convulsive de la jambe qu'on appelle granchio en italien (crampe ?), vient encore à l'appui; car si l’on agile violemment la jambe malade en la tenant par le talon, cette incommodité disparaît instantanément. Il faut done qu’un nou- Veau mouvement trouble et arrête l’autre mouvement dolorifique de vellication.

Lalésion des organes (prop, 209) produit Pétat de lassitude douloureuse de trois manières : 1° quand lobstruction des voies

756 TATROMÉCANISME. — ÉCOLE ITALIENNE

empêche les sucs spiritueux d'arriver aux muscles et de les gonfler pour les mouvoir ; 2° lorsque les fibres des muscles et des tendons sont disjointes, lacérées, et ne peuvent se mouvoir sans douleur; 3° quand les mouvements sont interrompus par des ordures qui se sont glissées entre les fibres (sues âcres irritants, ou visqueux el excrémentitiels), de même que la poussière où Ja rouille arrête les rouages d'une pendule. Il suffit dénoncer ces trois propositions Sans les accompagner des explications fournies par Borelli, pour juger la pathologie générale du chef de l'iatromécanisme ; j'ajoute seulement quelques lignes pour indiquer jusqu'où pouvaient aller ces explications. On observe aussi inertie, la torpeur, la lassitude en certaines maladies aiguës, dans lesquelles les forces c’affaissent un instant, non que les-ees prits fassent défaut, mais parce qu'ils ne peuvent être amenés M mouvoir les muscles. Cette conjecture se tire de ce qu'après Le paroxysme Îles forces reviennent sans qu’on ait donné de nou velle nourriture ; et même, sile phrénitis survient, les esprits meuvent fortement les muscles !

Le repos guérit de deux manières la lassitude: 4° en faisant disparaître la lésion et la vellication des fibres des muscles; 2° en réparant peu à peu les particules lésées et perdues, celles qui avaient été déplacées reprenant leur position habituelle, et les parties disjointes s'agglutinant par l'arrivée du suc nutritif. Ces. opérations sont dues à un certain Sens reconstituant plein de sut vité: « Quae omnia suavi quodam sensu refectivo' con time qgunt. » |

Passons maintenant, si VOUS voulez bien, Messieurs, à la défi nition classique de ja fièvre, où l'auteur montre l'impropriété dé cette définition (cap. XXI, PFOP- 220.

On. a donné le nom de Gèvre à un certain état d'incancdescend du mouvement du cœur eldes artères (ou plutôtdu sang qui y sb contenu), incandescence qui provient non de la colère ou d'u mouvement véhémens Ju corps, mais qui est spontanée et pers neute, à laquelle se joint ordinairement une chaleur brûlante di tout le corps, et que suivent d’auires sÿmplômes, la langueur,dà faiblesse, la douleur, etc. On définit encore plus brièvement El fièvre, un feu allumé dans le cœur. Ensuute les fièvres se subdi=

re

BORELLIL — PATHOLOGIE. 151

visent en tntermittentes, continues, périodiques, irrégulières ; les unes débutent par le frisson et le froid, d’autres par la chaleur ; Celles-ci sont très-ardentes, celles-là sont exemptes de chaleur ; quelques-unes enfin sont très-pernicieuses.

Quant aux causes de l’incandescence fébrile, on croit que la Guse cfficiente est la chaleur native du cœur, et que la cause ma- {nielle réside dans le sang lorsqu'il pèche par la quantité ou la qualité; de sorte que, semblable au bois, il alimente le feu. Puis, comme le plus souvent les fièvres ont des périodes fixes de durée dt de rémission, et reparaissent en des temps déterminés, plus exactement qu’une horloge, il faut qu'il se produise dans le sang, ou qu'il lui soit communiqué d’ailleurs, quelque chose qui, à chaque période fébrile, dans une mesure régulière, dans une proportion et un temps égaux, puisse rallumer la fièvre; c’est, Aleur avis, une humeur excrémentitielle et corrompue, cachée ins une mine, et qui, grandissant peu à peu, en un moment déterminé, affecte le sang et le met en effervescence. Cette mine ou foyer, selon le-sentiment vulgaire, se trouve dans lès veines mésaraiques ou ailleurs ; les quatre humeurs tradi- Honnelles en sont la matière. Ce sentiment a été rejeté à juste titre après la découverte de la circulation, puisque le sang ne s'arrête hi dans les vaisseaux mésaraiques ni ailleurs, et que nulle part, dans le corps de l'animal, on ne peut trouver, sans une tumeur considérable ou quelque abcës, un lieu de retraite où un antre, pour tenir les humeurs en réserve. Gette fable s'évanouit donc tout entière.

Cette réfatation de l'opinion ancienne est vive, spirituelle eten soi concluante ; Borelli triomphe non moins aisément de la théorie de Descartes (prop. 221, et voy. plus baut p. 705), de celle qui donne à la fièvre pour origine la trop grande abondance, la turgescence du sang et l'irritation du cœur (prop. 222), él de cette autre où un excès de soufre arrivant dans le sang par lé chyle allume l'incendie (prop. 128 et 124). Le terrain une fois déblayé par une critique impitoyable, Porelli cherche tout nalurellement à y reconstruire ses propres hypothèses pour expli- Quer à son tour le mouvement fébrile (prop. 225). La proposition fondamentale est celle-ci: « Les esprits ou sucs nerveux

758 TATROMÉGANISME, — ÉCOLE ITALIENNE,

devenus plus âcres qu’à l'ordinaire, en irritant les nerfs ct ke. cœur, sont la cause productive première et immédiate de lim candescence fébrile. »

Remarquons d’abord, continue Borelli, que le signe ou le cas ractère propre de la fièvre est le pouls avec commotion véhé: mente du cœur ct des artères; la chaleur et les autres syme ptômes suivent, cela est universellement admis. Une commotion violente du cœur est la cause effective de la chaleur du corps, mais n’ajoutons pas, en retournant les termes, que la chaleur du corps est la caûse productive d’un mouvement violent du eœur, car la chaleur de l'été, celle des éluves, de l’ingestion d’enux thermales ne sont pas nécessairement suivies de commotion du pouls. La même cause qui, dans Pétat de santé, agite le cœur par un mouvement doux et mesuré, déterminera, lorsqu'elle aura pris un excès de force, un mouvement plus accé: léré et plus fort. Le même feu qui donne une chaleur faible el tempérée, donnera, si l’on s’en approche ou qu'on en augmente l'activité, une chaleur plus ardente; de même, sousl’empire dela volonté, par l’entremise de l'esprit ou du sue nerveux, les muscles des mains, des pieds et des autres parties sont agilés d’un mouve: ment tantôt doux et lent, tantôt véhément et rapide. Puisque le cœur, à l'instar d’un automate, peut éprouver spontanément des pulsations successives, indépendamment de l'empire de la volonté, il faut que le même esprit ou suc distil'é par les nerfs dans le cœur (comme il a élé dit ailleurs, cap. vi, prop. 77), produise des pulsations du cœur par un mouvement doux et lent en Pélat de santé, véhément en l’état fébrile, lesquels ne différent que par des degrés de plas ou de moins. Il suffit donc, pour que le moû: vement du cœur devienne plus grand ot plus accéléré, que ce suc spiritueux, en prenant plus d’âcrelé, soit instillé plus sow vent et plus abondamment dans le cœur (1), d’où résultent une

(1) Borclli remarque que la seule odeur du vin ou d'un spiritueux réparc mers veilleusement les forces languissantes d'un animal affaibli, et augmente cnun

instant les pulsations ralenties du cœur, quoique, ajoute-t-il, les fumets odurantsne

se communiquent pas au cœur par les veines où par les bronches du poumon. Puis aussitôt, reprenant ses explications mécaniques, il parait admettre que les parli cules odorantes s’insinuent à travers les nerfs jusqu'au cerveau, qui excité lors

BORELEI. =— PATHOLOGIE. 7159 tion de ce viscère et une augmentation de la chaleur natu- É

Qn ne doit pas chercher l'origine de cet accroissement de eur (1) dans le mouvement d'accélération du sang en tant Mouvement, mais plutôt dans la nature du sang : le sang conen effet un esprit où huile, où mieux des particules ignécs ii éteintes (sopitas) ; s'ilarrive qu’elles soient délivrées des

Si cela n'arrive pas par le froissement où l'écrasement attrin) des parties du sang hétérogènes, du moins la cha- Pot l'ardeur peuvent se montrer par suité du mélange cles sels lixiviaux (alcalins) dispersés dans les viscères et les res parties cachées auxquelles le sang parvient en raison de liolence avec laquelle il est poussé par le cœur. C’est ainsi qu'il

ie dansle mélange du vitriol ct du tartre, ou plutôt, c’est ainsi bles choses se passent dans les expériences de Willis. Ce mén,mélant de l'esprit-de-vin à du sang extravasé chaud, ou de la Orne de cerf, ou de la suie, ou du vitriol, ou une autre liqueur rilueuse ou saline, à vu une merveilleuse ébullition et effer- Cence se produire dans le sang.

fin vérité, Messieurs, ce n'était pas la peine de se moquer si lle Descartes, pour substituer à s6S CTCurs des erreurs non ns monstrueuses. Mais poursuivons ; il faut vous ménager jrés surprises, particuliérement en CC qui touche les fièvres fMtrmitientes (ch. xx, prop. 227-228).

“Pour bien faire connaitre Ja nature de la fièvre, il ne suffit lé démontrer que le suc nerveux fermenté et devenu âcre 1, on arrivant au cœur et en l’agitant avec violence, proie l'incandescence fébrile, il faut encore tenir compte des ses prochaines qui allérent ce suc et des lieux où se font alérations. Pour cela, il convient d'observer sur les cadavres “effets produits par la fièvre : on ne constate alors aucun ancement notable dans le sang, mais on trouve souvent les

dledson tour le cœur. Il invoque aussi à l'appui de sa thèse les passions de l'âme Pagréaples où déplaisantes, agitent le cœur.

(1) Voy. plus loin l'opinion contraire de Pitcairne (École anglaise).

760 TATROMÉCANISME. — ÉCOLE ÎTALIENNÉ,

poumons enflammés, ulcérés, quelquefois cancéreux ou pars semés d’exanthèmes ; souvent aussi des lésions de la rate et du foie, mais le plus ordinairement la rate durcie et squirrheuse; les glandes sont toujours dures et squirrheuses, ou jaunâtresM el livides, surtout dans le mésentére. La rougeur dont lé poumons sont saturés n’a certainement pas été la cause de la fièvre, ni même l’inflammation de ce viscère ni toute autre lésion, puisqu'on observe celte rougeur dans les cadavres d'a: nimaux sains ; elle est produite chez les moribonds par suite de la cessation de la respiration, tandis que les battements du cœur continuent encore; celte abondance de sang qui est ramenée aux poumons s'y arrête aux confins de la vie et les gonfle, alors que la respiration étant éteinte, ils ne peuvent se débarrasser de celte abondance de sang (4). Secondement, le éabes et la pustulence de ces mêmes poumons est rarement la cause, même éloignée, de la fièvre, tandis qu’elle en est très-souvent l'effet, car on n’observe pas cette corruption des poumons dans tous les cadavres des fébricitants ; chez les asthmaliques, au contraire, les poumons sont lésés et pleins de pus sans qu’il y ait eu de fièvre; c'est donc un peu avant la mort que s'opère cette corruption ; ou si elle a précédé, elle ne sera pas la cause immédiate de la fièvre, Reste donc seulement à tenir compte des lésions des glandes, lésions qu’on observe toujours dans les cadavres des fébricilants.

En outre, il résulte des observations du savant et ingénieux Wharton (2) et d’autres auteurs, que dans chacune des glandes de l'animal se ramifient des nerfs, des artères, des veines et des vaisscaux lymphaliques, étendant leurs nombreuses racines à l'instar des arbres; dans quelques-unes même apparaissent manifestement des conduits et des canaux excréteurs; tels sont les canaux

(1) Ces espèces de pneumonies où plutôt d’engorgements hypostatiques et dela dernière heure sont assez fréquentes sans doute, mais il semble évident que Borelli a dû confondre bien souvent ces hypostases avec la vraie pneumonie qu'il considérait comme une fièvre ; et, j'en demande pardon à sa mémoire, ce qui suit sur les rapports de l'anatomie pathologique de ce viscère, de Ja rate et du foie avec l’état fébrile, ne porte aucun des caractères de la bonne observation clinique.

(2) Voy. plus haut, p. 641 et suiv.

alivaires et les conduits du pancréas. Il résulte de cette structuréque les glandes sont autant d'officines où s'opère quelque Œuvre importante. Mais quelle est cette œuvre ? Peut-être le Sang artériel est-il dépouillé dans les glandes de quelques impurelés et humeurs séreuses qui sont reçues par les vaisseaux xcréleurs, les salivaires, par exemple; mais s’il en était ainsi, “quoi bon ici un nerf ramifié, puisque les glandes n’exercent aucun mouvement, ni n'éprouvent aucune sensation? Il faut donc que, dans les glandes, les racines nerveuses ou reçoivent quelque chose des artères, ou que les nerfs rejettent et vomissent quelque chose dans les vaisseaux destinés à la réception, elsque les veines, ou dans les. vaisseaux destinés à l’excrétion mconme les conduits salivaires. Il ne parait pas vraisemblable que les nerfs dans les glandes reçoivent du sang des artères, puisque les artères allant en grand nombre au cerveau peuvent, avec bien plus de célérité, y fournir du sang [ pour la fabrication du suc nerveux], tandis que, au contraire, on forcerait dificilement les nerfs à mendier du sang dans les glandes. Il parait donc plus vraisemblable qu’un certain suc arrive des nerfs dans les glandes, suc d’une nature spéciale, déterminée selon la différente figure et capacité des orifices des nerfs (ostiola nérvorum), lequel — mêlé ensuite aux particules émises par le sang artériel, devient apte à opérer quelque action dans les . a. de l'animal, comme dans la bouche, l’œsophage, l'estomac, les intestins, et ailleurs, pour lférmentalion et la digestion de la nourriture; puis à remplir : ses fonctions propres, est-à -dire la nutrition, la vivification et le mouvement. nu In’est pas impossible que ces sucs destinés à être chassés des nerfs et déposés dans les glandes soient, par accident, reienus dans ces mêmes nerfs, lorsque, par exemple, les conduits et les orifices des ramuscules nerveuses aboutissant aux glandes se trouvent bouchés par suite de pléthore ou par un certain glufen contenu en eux ; ces sucs retenus dans les nerfs peuvent alors facilement, par une espèce de fermentation, re- Mètir une nature étrangère nuisible à l'animal, On sait, en effet, que la semence génitale, destinée, dans un animal bien consti-

762 JATROMÉGANISME. — ÉCOLE ITALIENNE.

tué, à être expulsée pour la génération, si elle est retenue lors temps, se corrompt ct porle dommage. Il est donc évident que le cerveau peut être affecté d’irritation où de commotion (1), 4 que cette commotion désordonnée des esprits ou du suc nerveük peut également se propager Far les nerfs jusqu’au cœur. As} c’est dans les glandes et les racines de leurs rameaux nerveux quand elles sont obstruées et irritées, que les sucs nerveul entrent d’abord en fermentation. La cause de la (ermentation es la rétention violente des parties qui devaient être séparées dés nerfs, ou une souillure qui leur a été communiquée, laquelle pat également, à cause de la rétention, produire lintempérie dés esprits ; à leur tour, ils excitent l’incandescence fébrile qui se mad nifeste plus ou moins rapidement, suivant que les désordres (0 struction et fermentation) se produisent avec plus ou moins de promplitude dans les glandes, le suc nerveux ct les nerfs. Cherchons maintenant la cause du frisson et du froid par lesquels débutent quelques paroxysmes fébriles, On sera peul-êlré en mesure de la connaitre si l’on considère que le sang n'est jamais entièrement purgé du sérum de l’urine, puisqu'après avoir 66 privés de boisson pendant deux ou trois jours les animaux üris nentencore. [Il peut donc arriver que, dans les glandes obstrüéess les artères vomissent des parlicules nitreuses etautres sels qui, par Peffet d’un ferment spécial né dans les glandes mal disposées, acquiérent une nature cuivreuse et frigorifique; puis, que M pléthore et l'obstruction, étant complètes, ces particules soienl portées des glandes par les nerfs au cerveauet à la moelle épinière (il ya en cifet une voie courte et directe des nerfs du plexus abdo: minal qui communiquent aux lombes dans l’épine du dos !); 6t comme les fibres nerveuses sont aisément excitées et irritées, elles produiront, au début du paroxysme, la sensation de tremblement et de froid, à cause de la nature particulière du nitre. Cette contraction et ce tremblement causent la torpeur, des esprits, et de là un pouls serré et petit ; cela aura lieu lorsque la commotion du suc nerveux est faible. Il est possible de se rendre compile d’une autre manière du froid au début du pa

(1) Le texte porte communicatio; mais ne faut-il pas commotio? Le contexte semble exiger cette correction,

loxysme. Si des glandes obstruées, altérées par 16 ferment, il se Comunique au cerveau par les nerfs un suc scinblable à l'esprit deitriol, et si l’on suppose que les artères laissent dans la moelle épinière des sels urineux, qui retiennent là nature ammoniacale (Gestavec l'urine, en effet, que l’on fabrique les sels ammonia- (aux), et se trouvent mêlés avec les esprits cuivreux, ces sels font en état d’exciter une effervescence froide, comme on voit th mélange artificiel bouillir en développant un grand froid. “(cs deux causes peuvent donc être assignéces au frisson, au tremblément et au froid, surtout dans la région dorsale de la moelle épinière; on remarque en même temps la torpeur des esprils et lpetitesse du pouls, parce que le cœur n’a qu'un mouvement lnguissant, et que cette ébullition froide ne disparaît pas tout À coup.

Après avoir expliqué (voy. aussi prop. 230) comment le pafoxysme fébrile est parfois diminué dans les fièvres continues, ë complétement éleint dans les fièvres intermittentes (1), Borelli s'attache, dans la proposition suivante, à fournir égale. ment l'explication de ce phénomène singulier, le retour à heure

Mfixe des accès dans les fiévres intermittentes : nœud lrès-difficile “oi dénoucr, difficillimus nodus dissolvendus, pour me servir de ses propres expressions. Un premier paroxysme no peut exister qu'à là suite d’une irritation du cœur par les sucs nerveux; si l'obsiruction, l’irritation ou la mordication (ve/licatio), en raison de “quantité proportionnelle du ferment avec la masse du sang ct la capacité des vaisseaux, ne reviennent que toutes les vingt- Quatre, les quarante-huit où les soixante: douze heures, le retour du second paroxysme et des suivants sera retardé d’aulant, ct Yous aurez une fièvre quotidienne, tierce où quarle. Vous le voyez, Messieurs, rien de plus simple et de plus orai-

(1) En raison de l'excitation que le cœur reçoil dés sues nerveux fermentés (voy. plus haut, p. 759), ce viscère bat plus fort, et par conséquent désobstruc en partie ou totalement, soit pour un temps, soit pour toujours, les orifices des nerfs disséninés dans les glandes, disperse et inêmie expulse les matières fermentescibles. Voilà comment il se fait que les paroxysmes sont plus où moins rapprochés, plus Ou moins francs, ét que la fièvre diminue ou cesse par intervalles, ou disparait complétement !

764 IATROMÉCANISME. — ÉCOLE ITALIENNE.

semblable qu'une pareille explication; c’est ce que Borelli appelle une explication où il ne reste rien d’ambigu ni d'incertain. Vous ne serez point étonnés, Messieurs, que les indications thérapeutiques, dans la fièvre intermitiente, sGient rigoureuse ment tirées de cette belle théorie. Puisque la rémission du p& roxysme dans les fièvres intermittentes est une sorte de guéri son temporaire, et la cause qui en produit le renouvellement, une nouvelle fermentation née des reliquats du ferment resté l'état latent dans les glandes ; d’où il résulte manifestement quon obtiendra la cure absolue de la fiévre que lorsqu'on aura ab ténué et éliminé entièrement le ferment fébrile. | Dans la fièvre catarrhale, c’est par l’atténuation du ferment, pat son excrélion à travers la peau, les poumons, la bouche et les narines, que s'opère la guérison. Eh bien Lil en est de mêmé des autres fièvres (1) : tout se réduit à atténuer et à désobstruer par les voies naturelles. Borelli est d’avis que jamais ou raré ment les fièvres ne sont guéries par d'abondantes déjections et purgations d'humeurs, car le ferment fébrile est ordinairement de peu d'importance; c’est ce qui ressort de la cure des fièwres intermitlentes avec le quinquina; cette plante, en effet, enlèvela fièvre sans produire aucune déjection, soit par le ventre, soit. par les sueurs, soit par les urines. Il suffit donc que ce léger fers ment soit expulsé hors des nerfs, ou se trouve mêlé et confondu avec les autres humeurs, ou que son mouvement fermentall soit arrêlé, engourdi ou changé. Cela ressort évidemment encor de ce que, si opiniâtre qu’elle soit, la fièvre quarte est quelque fois guérie par un simple sentiment de colère, d'angoisse ou de crainte. La raison en est sans doute que le mouvement véhément et très-accéléré des esprits ou des sucs nerveux peut troubler, arrêter et changer le mouvement fermentatif de ces mêmes sucs, de sorte qu'après l'entrée en scène d’un mouvement nouveau, la fièvre peut être entièrement éliminée. Aussi Borelli est-il d'avis que la guérison de ces fièvres est due le plus souvent à un eflont

e (1) Notre iatromécanicien Magendie, qui fut malheureusement chargé d’un sers vice d'hôpital, ne trouvant dans ses doctrines aucune base pour la thérapeutique, se contentait du moins de passer la revue des malades et ne prescrivail rien, Jai été mainte fois témoin de cette pratique à l'Hôtel-Dieu.

Kpontané de la nature ; il convient et admet que, quoique les renèdes usités soient fort incertains, l’art d’un habile médecin peut aider cet effort de la nature. Du reste, ajoute-t-il, le plus souent on doit regarder comme salutaires les fièvres dans lesquelles, Soit que le médecin opère bien et selon Part, soit qu'il traite à Contre-sens, soit qu'il ne fasse rien, les malades guérissent parfaitement !

Îl est impossible qu’un médecin donne, par esprit de système, une plus déplorable idée de son sens pratique.

“L'œuvre de Laurent Bellini, disciple de Borelli et de Redi, se compose de trois parties (1): 1° Anatomie et physiologie de l'orjane du goût (Bononiae, 1665), où, après avoir combaitu les Opinions anciennes, particulièrement celle d’Aristote, il établit que la diversité des saveurs dépend de la forme des sels et n’est perçue que par les papilles de la langue (2); Anatomie des reins (Forentiae, 1672); — 2° ses Opuscula practica, de wrinis, pul- Sius, sanguinis missione et febribus, necnon de capitis pectomsque morbis (Bononiac, 1683); — 3° ses Opuscules physiologiques, adressés à Archibald Pitcairne (Pistorü, 1695). Il n’y a rien, dans la littérature médicale, de plus pompeusement vide, de plus obscur et de plus impatientant, que les Opuscula ad “Difcarnium (3), malgré quelques remarques ingénieuses ; quand On y est revenu à plusieurs reprises, on n’est pas encore sûr d’avoir à peu près deviné la pensée de auteur au milieu dun cliquetis de paroles, d'affirmations sans preuves ou de fisonnements enchevêtrés et peu concluants, malgré les apparences de la rigueur mathématique ou l'intervention d'ex-

(1) Plusieurs ouvrages annoncés par fui ou n’ont pas été rédigés, où sont perdus, ou sont restés en manuscrits dans quelques bibliothèques.

(@) Bellini assure n'avoir pas lu les Lettres de Malpighi et de Fracassati, publiées dis cette même année, ün peu avant son traité, ef ne les connaitre que par Borel. — Il avait dit, dans sa Prefuce au traité De l'organe du goût, la même chose touchant le livre d'Eustachi sur la structure des reins. EL cite tous ceux qui se sont occupés de ce sujet pour les critiquer et ne parle pas du célèbre Libellus de renibus, publié en 1563. — Voy. plus haut, p. 329.

(3) Haller, dans sa Bibliothèque de médecine pratique, dit: ©Huic libellorum colléctioni potissimum contortuplicatum et anxium caiamum adhibuit, »

766 IATROMÉCANISME, : ÉCOLE ITALIENNE,

périences nombreuses, mais mal dirigées, et qui ne prouvent pas ou qui sont trop souvent des prétextes à déclamations (1).

Les Opuscula ad Pitcarnium comprennent, en une série de cinquante-trois propositions, des remarques sur le mouvement du cœur dans l'utérus et hors de l'utérus, sur l’œuf, Pair qui y est contenu et la respiration de l'œuf, sur le mouvement de la bile, les ferments, les glandes, les émissions sanguines, la cons traction naturelle de la fibre contractile, le stimulus ou les excr tants.

C'est le suc nerveux qui fait contracter le muscle des ventricules et des oreilleltes, ainsi que tous les autres muscles; mais, comme ces deux parlies du cœur ne se meuvent pas en même temps, il faut que le suc qui agit sur les oreillettes ait quitté les nerfs qui s’y rendent pour aller à ceux des ventricules lorsqu'ils" entrent en mouvement. L'animal périrait si, des deux côtés, le mouvernent élait perpétuel (2). Comme si, en réalité, la systole et la diastole des parois des quatre cavités (3) ne formaient pas cette espèce de mouvement perpétuel que Bellini redoute tant!

Après avoir posé ces deux questions, qu’il ne résout pas (A): La semence est-elle comme les graines des plantes qui contien: nent ou qu’on croit contenir toutes les parties de la plante elle: même, avec la seule différence du petit au grand (théorie de l’évolution défendue par Malpighi, et plus tard par Haller)? Dans la semence existe-t-il seulement quelque chose de transmutable et qui finira par devenir cœur, cerveau, sang, fluide nerveux,

(4) Aù lieu d'étudier les faits en physicien, Bellini se plait à pousser des cris d'admiration et à répéter que tout, dans la structure et les fonctions de l'organisme, dépasse l'intelligence humaine. Alors, il ne fallait pas viser à tant de précision ni même s'occuper de l'organisme !

(2) Bellini, Motus cordis intra et extra uterum, prop. 1

(3) Le mouvement actif de diastole se passe dans les deux ventricules, puis dans les deux oreillettes ; pat conséquent le mouvement plus passif de diastole s'opère suivant le même rhythme,

(ä) 11 semble cependant pencher veïs la seconde.— En pressant ses conclusions, on serait tenté de croire que Bellini, malgré l’absurdité de la supposition, mais à cause de l'obscurité du langage, admet que, pendant la vie intra-utérine, le cœur west ni organisé ni ne fonctionne coinme pendant la vie extra-utérine, et que tout se transforme, pour ainsi parler, au moment de Ii naissance,

BELLINIL. — PHYSIOLOGIE. 767

en d'autres termes, la semence est-elle composée de parties, mais de parlies non définies (prop. 3, A. Théorie de l’épigénèse, propagée surtout par Harvey et généralement acceptée)? Ge qui est certain, du moins, c'est que, eu égard au volume el à la force de cohésion, la plantule ou l'animaleule, dans la semence, différent notablement de la plante ou de l'animal qui sortent de elle semence (prop. A).

Los semences des plantes, avant de recevoir le mouvement de l génération, sont pleines d'un certain liquide ou suc qui est agité aussitôt que la génération commence. C'est le liquide conlénu dans un petit canal nerveux qui deviendra lPépine (ligne primitive), et dans Je canal auquel doit succéder le ventricule gauche, qui, chez le fœtus, est le siége de cette agitation (prop. 15). Ce liquide est fourni par l'amnios (1), qui comprend le Loups de la semence (prop. h et 5), et, dans ce liquide (prop. 6), il ya une force légèrement agitante, suffisante pour coordonner et non pour dissoudre (2). Dans la génération, au début même, sans le secours du cerveau, les villosités qui constituent les membranes formatrices du ventricule gauche et les membranes

(1) Bellini dit, dans la Proposition & : « Au ÿitellus adhère une cicatricule, liquelle n'est pas autre chose que l'amnios ou le petit sac (ou encore le corpuscule blanc) contenant un certain liquide suc generis avec la vraie semence. ou la masse corps. » —— Si on compare avec soin cette anatomie avec celle de Malpighi (dans Ron traité De formatione puili in ovo et dans l'Appendix), on restera, je crois, con- Naineu que Bellini n’a pas bien compris les descriptions de celui qu'il célèbre avec faut d'éclat, et, du reste, avec tant de justice, comme le maître des observateurs. ILSemble aussi que Bellini n’a pas lu Harvey (Exercit. de generat. animalium) ; ilest certain, du moins, qu'il a peu mis à profit ses recommandations touchant la Yecherche de la vérité par une scrupuleuse ct incessante observation, dégagée, utant que possible, des vaines spéculations. — J'ai laissé de côté beaucoup de détails Ou inexacts, ou empruntés par Bellini à Maljighi, pour ne m'attacher qu'aux questions qui touchent plus ou moins directement à la doctrine iatromécanique. — Je remarque en passant que Harvey, pour l'anatomie de l'œuf, ne craint pas de rendre pleine justice à son maître, Fabrice d'Aquapendente, qu'il appelle son praemonshrator, comme Aristote est son guide. I n’y à donc pas licu de l’accuser d'avoir méconnu les droits imaginaires de Fabrice à la découverte de la circulation.

(2) Ce mouvement est expliqué par Ce qui se passe dans les œufs durcis avañt où après l'incubation ; dans ces dèrniers, on trouve non coagulé, et même plus iluide, d'autant plus de liquide, au profit de l’amnios, que l'incubation a été plus prolongée (prop. 6), —

768 JATROMÉCGANISME. — ÉCOLE ITALIENNE.

formatrices de l’épine et de la moelle épinière (1), sont douéess d’üne force naturelle de contraction et se renflent. Les fibres musculaires possèdent donc deux forces contractiles : l’une natus relle, primitive et qui subsiste, soit pendant la vie extra-utérine, soit quelque tempsaprés la mort, soit quand un muscle est séparés du corps; l’autre, superaddita, postérieure à la naissance et qui se manifeste sous l’influence de la volonté (prop. 13 et14). 0" Cette force agitante n’est pas innée (non insita) dans le liquide de l'amnios ou des autres cavités de l'œuf; elle ne vient pas dë la force fécondante ; ce n’est pas non plus la chaleur de l'incus bation qui la produit; elle ne fait que diviser la masse totale ein particules, sans en changer la nature (prop. 7 et 8). Cette forces paraît résider dans l'air ou dans une partie de l'air que contienfr un sac particulier de l'œuf (folliculus acris; chambre à air) \equeh occupe la grosse extrémité de l'œuf (2). Si cet air agit quand l’œul ne peut pas être soumis à l’incubation, tout se corrompt en lui cet air remplit, dans l’état normal, l'office de celui de la respiratiom sur le chyle, en atiénuant les liquides et les rendant propres la nutrition du fœtus (prop. 9 et 12). Dans le liquide primilifses trouvent le corps qui est tiré du sang, pour que puisse se Pros duire le mouvement des muscles, el le corps qui est tiré de : lymphe cérébrale pour la production de ce mouvement; ils sw séparent peu à peu sous l'influence de l'air en creusant leurs cs naux: c’est la circulation primitive qui s'opère sans que se fast encore sentir l’action du muscle du cœur (prop. 42). Dans la sœ conde phase, le cœur agit sans qu’existent le cerveau et la pi

(4) On ne voit nulle part comment Bellini fait naître ces deux rudimentsp ï imitifs du fœtus; il s'en rapporte sur ce point à Malpighi; mais, ici encore, ilcoms promet Is observations precises et netics de Malpighi en les enveloppant dansésoi

roman physiolosique Bellini explique Île développement des nerfs, surtout du cœur

et des vaisseaux, par le renficment mécaniq sans le secours du cerveau, de la dure-mère, des glandes et

ue des deux canaux sous l’acioml

liquides (prop. 44, sang proprement dit (prop. 19-et13).

(2) Chez les animaux où les œufs ne doivent pas subir promptement l'incu tion, L'amuios est distant du folliculus aeris et s'en rapproche peu à peu. Tou est, tant bien que mal, appuyé sur les observations de Malpighi, xalurue mysles

« cet homme plus grand que nature ». Ailleurs, prop, 4, Beiani dit de Malpigl

« Ommi prodigio major, observatorum phoenix. » =

1), en vertu dé la contractilité naturelle des membranes, qu'il semble, de l'excitation produite par le liquide sanguin iquide lymphatique (prop. 13).

ële à son système sur l’action de l'air dans la génération, ini, et ici il se rapproche un peu de la vérité, soutient que, éulement iln’y a pas de ferments spéciaux pour expliquer les es sécrétions et les dissolutions de liquides et de solides, que l'air est l'unique et vrai ferment dans le corps animal; ois il ajoute aussitôt, quant aux sécrétions, qu’elles s’opèrent ers les porosités artérielles par l'impulsion latérale du sang fre les parois de ces vaisseaux; ce n'est qu'une question de Ssion. Les glandes ne sont pas autre chose que l’enroulement Mrlérioles; de la diversité de forme des glandes résulte la érsité des fluides sécrétés; les maladies ne dépendent pas de tion des ferments spéciaux et ne sont pas guéries par istration de remèdes spécifiques (2).

“Seconde partie de l’opuscule De motu cordis est plus spéént consacrée à l'explication, par les lois de la mécanique fhydraulique, du mouvement du sang à travers les vaisk comme leur forme est conique, il y a, pour ainsi dire, courants : l’un central et direct, l’autre consistant en une Sion latérale sur les parois (3) ; les inflexions des vaisseaux ne cause de diminution de rapidité (prop. 45 et suiv. — ussi De motu bilis, prop. 25-29).

Duscule De missione sanquinis (h) est consacré à résoudre

aut, sans doute, lire dure-mère. — Voy. plus loin la théorie de Baglivi

ls-mouvements de la dure-mère.

Defermentis et glandulis, prop. 32 et suiv.

IMdivise les canaux en borgnes ou fermés d’un côté, comme sont l'intestin Pebles canaux aériens, qui se terminent dans le poumon aux petits sacs clos ) de Malpighi, et en ouverts à leurs deux extrémités, comme sont Les vais- Les uns sont cylindriques, les autres coniques, et il en déduit la théorie de Che des liquides (De motu bilis, prop. 30). I a montré que la bile coulait eaux vers le tronc et non du trone vers les rameaux (Jbid., prop. 31); il umiire la même observation pour les veines, les lymphatiques et les s.

bopuscule, tout à fait théorique, est distinct de l’opuseule portant le même celui que j'analyse p. 775 et qui se rapporte plus à la pratique.

EMBERG. 49

770 JATROMÉCANISME, — ÉCOLE ITALIENNE.

ce problème: étant donnés, soit le temps Je plus long pendant lequel l’homme, dans son état naturel, peut vivre sans alimenis et sans perdre ses forces ; soit la quantité quotidienne de la pers spiration dans l’état naturel; soit la consommation quotidienne du sang par l’accomplissement des diverses fonctions (11, déter: miner la plus grande quantité de sang qui peut être soustrailé dans cet état naturel, et dans le même temps, sans déprimer les forces et sans que le sang lui-même en perde.

Il est impossible de rien imaginer de plus futile et, parfois, dé plus impénétrable que cette suite de raisonnements aCCUMuUIÉS pal Bellini pour démontrer sa thése et pour arriver à prouver quoi

pourrait, sans abattre les forces, Lirer à un homme, en {rois Jours,

dix-huit livres de sang! Il semble même que l’auteur veuille con: clure de là que la saignée bien ménagée, en plein état de santé (secundum latitudinem sanitatis), peut non-seulement ne pas abattre les forces, mais les réparer (prop. 43 et AA). Get écrit est dirigé évidemment contre les détracteurs ou les prôneurs aveus gles de la saignée ; l’auteur cherche à établir, d’après la statique, des préceptes fixes pour les émissions sanguines.

Bellini pense que le temps qui peut le mieux faire juger de là force naturelle de la circulation, est le repos du sommeil; Ces surtout pendant le sommeil que le corps se refait par la nutri: tion, et surtout pendant la veille qu’il se détruit par la multiplis cité des opérations qui causent des pertes considérables (prop. A5): La force qui produit la circulation naturelle, c’est-à-dire, qui met en mouvement les muscles du cœur et de la poitrine, et pré: side à la contractilité (superaddita; voy. plus haut, p. 767-768) des artères, est contenue dans une quantité de sang beaucoup moindre que la masse totale de ce liquide (prop. 47 et A8) (2):

Quant aux émissions sanguines, dans l’élat de maladie on ei règle l'emploi sur cette double considération : la force circulas toire est la même ou plus forte que dans l'état morbide; alors,

(4) Le sang vicié de façon à altérer les forces équivaut au sang normal, mais dont la quantité est moindre que celle qui est nécessaire pour entretenir les forces (prop. 42 et 50).

(2) On en donne pour preuve l’exiguité des nerfs cardiaques et la petitesse des artères coronaires qui fournissent la #adière de la force du cœur.

flul doute, il faut saigner; elle est moins forte, alors on doit @Xaminer où est plutôt le péril de vie, dans l’abstention ou dans la pratique de la saignée ; en tout état de choses, ne pas diminuer lé sang au delà de la quantité nécessaire pour entretenir les forces, surtout celles du système circulatoire (prop. 49). Tout cela reste dans le domaine de la spéculation. Il en est de même pour les stimulants (prop. 53) dont l’action est expliquée par le rapport de force, de faiblesse et d’exactitude des aspérités des deux corps mis en contact, d’où résultent des contractions, des tistensions, des succussions dont la série varie à l'infini (1).

Les ouvrages pratiques de Bellini sont un peu plus compréhensibles que ses ouvrages théoriques, etils n’ont pas absolument perdu toute utilité. Le traité Des wrines renferme quelques bonnes remarques sur la trop grande importance que les wromanciens donnent à la seule inspection de ce liquide. Les signes que fournissent les urines ne sont ni très-certains, ni très-sûrs, ni démonstratifs ; on n’en peut tenir compte que secondairement

et comparativement avec les autres signes ; on doit surtout bien connaître la qualité et la quantité ordinaires de l'urine chez

es individus en parfait état de santé, et ne pas se laisser trom-

per par des modifications accidentelles ou qui tiennent à des circonstances tout individuelles ; car les urines peuvent varier dans

ne maladie, sans que cette maladie y soit pour rien. Les parties

constituantes de l'urine sont des substances salines, terreuses, et l'eau commune ; les variétés normales ou pathologiques qui se produisent dans la quantité, la qualité ou le mode d'émission

Me l'urine tiennent à l'abondance plus ou moins grande de l’eau "ét des particules solides dont la proportion exacte est détruite ;

(1) Dans l’opuscule De contractione naturali in villo contractili (prop. 51), il est Question de la compressibilité et de la dilatation de l'air, de la dilatation et du Yetour sur eux-mêmes de l’eau et du mercure, phénomènes reconnus par les phy- Siciens et que Bellini invoque à l'appui de la théorie de la contractilité. Du reste, il Voibla contractio et la distractio, partout, même pour la séparation du cruor et du

m<érüin après la saignée. Dans le Corollaire de ce même traité, déductions 12 et 43,

Bellini pense que dans tout mouvement il y a une certaine dépense et déperdition de chaleur, une certaine dissolution et déperdition des parties, d’où la nécessité de réparer ces pertes, Cette proposition mérite d'être remarquée,

7172 TJATROMÉCANISME. — ÉCOLE ITALIENNE.

ilne faut faire intervenir en tout cela ni la coction ni la bile: Les nuages, suspensions et dépôts ne sont que les parties constis tuantes de l'urine, lesquelles, n’étant plus soumises à l'agitation du sang, occupent différentes places, suivant leur pesanteur. L'urine est un excrément de toutes les coctions ; elle provient surtout des boissons; aussi faut-il qu’il y ait entre le liquide ingéré et le liquide excrété une proportion naturelle. il est difficile de savoir si l'urine est une partie déjà transformée en substance animale, mais séparée par la force de la circulation et par la chaleur, ou si la partie aqueuse de l'urine n’est que du liquide aqueux non transformé.

Comme Sylvius de le Boe, et dans le même sens que lui (voyez plus haut, p. 548), Bellini s'occupe de la sonorité des urines tombant dans le vase: il l'attribue à l'intensité du mouvement d'émission et à ce que l'urine contient des matières plus ou moins sonnantes et sèches, ou plus ou moins visqueuses et humides, Les poils, les cheveux qu’on prétend être rendus par l'urine sont des filaments détachés des reins altérés.

L’opuscule se termine par un recueil, avec commentaire, des passages relatifs aux urines qui se lisent dans la Collection hippo: cratique. 4

Il faut relever, quoiqu’elles soient ou trop absolues, ou el partie fausses, et qu’elles ne reposent sur aucune expérience concluante, les propositions suivantes, dans l'opuscule Sur le pouls (4): le sang est envoyé par le cœur seu/ jusqu'aux extrés mités des artères, et les artères se dilatent sous la pression du sang ; aussi le cours du sang diminue-t-il de plus en plus depuis le commencement jusqu’à la fin des artères; cependant Bellini admet que toutes les artères battent au même moment. Quantaum mouvement de diastole des artères qui s’accomplit quand Pondée sanguine les quitte pour passer dans les veines, il serait difficile de déterminer si @est pour lui un mouvement purement passibh ou sil admet l'intervention de l'élasticité et de la contractililé de ces vaisseaux (2) : « Series arteriarum seu subito restituetur,

(4) Comme pour les urines, Bellini examine aussi la doctrine ancienne, (2) Voy. cependant plus haut, p.770, et plus loin, p. 776, où il semble qu'il SL question d’une contraction des artères. :

seu subito guodam motu rapietur introrsum. » — Les signes fournis par le pouls ne sont pas moins trompeurs que ceux qu'on Veut tirer de l'urine, car toutes sortes de circonstances non morbides, et, en particulier, le degré d'intensité des mouvements du “cœur, peuvent.le changer. Cela est fort exagéré, car on peut, léplus ordinairement, distinguer les variétés morbides des variélé physiologiques du pouls.

Après avoir défini les fièvres continues et les diverses fièvres iermittentes par la durée et par leurs caractères extérieurs, après avoir décrit, en se tenant dans les données tradition “rielles (1), leurs causes occasionnelles sous le nom d’antecedentia, Jéurs symptômes sous celui de conjuncta, leurs complications, ou Jeurs suites, ou leurs reliquats (swccedentia) , Bellini explique la nature de la fièvre et émet les propositions suivantes : In'yapas de fièvre sans un vice du sang ; le sang est vicié eu égard à son mouvement, à sa quantité, à sa qualité, surtout eu égard à l'excès Ouau défaut de cohésion; ce qui peut tenir à une cause intrinsèque à l'introduction d’un corps étranger, d’où les changements plus Oumoins nécessaires du pouls. Par exemple, la fièvre éphémère à pour cause efficiente le ralentissement des mouvements du sang, par suite de la diminution de la contractilité musculaire, laquelle diminution dépend d'un moindre afflux du liquide nerveux, quand d'est la tristesse qui est la cause .de cette fièvre; la colère produit Mi même fièvre par des effets justement contraires. De cette façon, On n’est jamais embarrassé pour fournir à toute chose une explication. Les symptômes, les complications, ou reliquats, ou suites de la fièvre éphémère, sont une conséquence des troubles du mouvement du sang. D’autres espèces de cette fièvre dépendent d'une altération soit de la quantité, soit de la qualité du sang. ]L en est de même pour toutes les autres fièvres continues. Voici maintenant, sur les fièvres intermittentes, des proposiions qui rappellent, parfois en les exagérant, celles de Borelli sur le même sujet (2).

(4) IL semble du reste, par tout l’ensemble et par la date de ses Opuscula practica, que Bellini était peut-être alors un peu moins exclusivement attaché aux

dogmes de l’iatromécanisme.

(2) Voy. plus haut, p. 763.

774 TATROMÉCANISME. — ÉCOLE ITALIENNE.

. La fièvre quotidienne intermittente est un vice dans la qualité du sang, vice qui, par une viscosité (/entor) adhérente aux aT= tères (1), est apte à arrêter la chaleur ; celte viscosité peut être éntraînée par les artères; mais, ou bien elle revient, ou il s’en forme de la nouvelle toutes les vingt-quatre heures; de là le type quotidien. Dans la fièvre tierce, cette viscosité revient tous les deux jours, et ainsi pour les autres types; seulement, on doit admettre aussi que, dans les fièvres tierce et quarte, la viscosité est plus tenace que dans la quotidienne (prop. 31, 32 et 33), Les causes des fièvres erraliques attestent qu’elles sont pro= duites par des viscosités diverses mises en mouvement en diffé rents temps el ne reparaissant pas à jour fixe, ainsi que le démons trent tous les symptômes. Comme il arrive souvent que, par suitg des viscosités qui produisent cette fièvre et ses accés, le sang, continuellement en proie à une chaleur contre nature, perd toute son humidité, il en résulte qu'il se dessèche entièrement et se trouve disposé à la viscosité qui produit la fièvre quarte. Si chaleur n’est pas assez grande pour dompter le froid, il arrivera que la fièvre quarte succédera aux fièvres erratiques, et les choses en demeureront là; mais la fièvre hectique se montrera si la cha | leur est, au contraire, prédominante (prop. 34).

Les maladies de la tête et de la poitrine sont également explis quées en partie mécaniquement (2) par les troubles de la cirew

(1) Cette viscosité est souvent invoquée aussi pour expliquer les fièvres conti: nues, où elle est alors plus fixe et plus tenace.

(2) La fumée de charbon, dans J’asphyxie, agit par compression, en suite de lim dilatation du sang par la chaleur, — L'intermittence dans les battements du cœur et des artères dépend de ce qu’un obstacle empêche le fluide nerveux d'arriver régus lièrement au cœur : par exemple, si quelque chose comprime non entièrement, mais un peu, les nerfs du Cœur, et, ne permettant pas au fluide de marcher d'une façon continue, l'oblige d'attendre que l’obstacle cède ou que l'accumulation du fluide en triomphe. —La syncope est une interruption plus complète et plus longue au Cours du fluide nerveux. — Si l’on veut voir comment les modernes ont à leur tour déterminé les causes mécaniques de la syncope, et par quelles expériences aussi délicates que précises ils l'ont fait, on peut consulter les Leçons de pathologie expérimentale de M. le professeur Sée, Paris, 1866, p. 209. — Voy. aussi, P. 199, sur les troubles produits par un défaut d'équilibre dans la pression artérielle ; enfin, p, 21 3, sur les palpitations d’ordre chimico-mécanique.

Htion, en partie par les altérations du sang, que ces troubles ou (évallérations naissent spontanément ou qu'ils dépendent de

, Causes accidentelles. Du reste, toutes les maladies sont sympa- Ihiques ou idiopathiques.

Sije m'arrête un peu plus longtemps sur le traité de Bellini, De missione sanguinis, qui fait partie des Opuscula practica, que sur ses autres ouvrages, c’est qu’il représente, à mon avis,

Out un côté de la doctrine iatromécanicienne, la physiologie de lasaignée, sur laquelle les autres médecins de cette secte n’ont pas fourni autant de renseignements. C'est aussi la seule partie des ouvrages de Bellini où 1l soit question de la thérapeutique, eten particulier de l’action des stimuli sur l’état du sang; car, dans les deux opuscules consacrés aux maladies de la tête et de lapoitrine, on ne trouve que des descriptions et des explications. Ladoctrine du De sanquinis missione ne vaut assurément guêre Mieux que celle des précédents traités de Bellini; du moins, on lencontre çà et là quelques points importants qui ont été de nouveau étudiés de nos jours par les physiologistes les plus habiles, entre autres, en France, par M. Marey. Je livre les extraits ét le résumé du traité De sanquinis missione à leurs méditalions, espérant que quelques-uns, heureusement inspirés par la Muse de l'histoire, auront le courage de reprendre ces textes et d'en apprécier définitivement la valeur (1). Hleur appartient de juger en dernier ressort la physiologie iatromécanicienne ; quant à la pathologie, elle ne vaut pas la peine d’une discussion approfondie; Ie peu que j'en ai dit, d’après examen attentif des sources, me paraît propre à décider l'opinion des médecins.

La théorie des émissions sanguines repose sur ces deux prin-

cipes: dans l’état naturel, quand il n’y a pas de vaisseau ouvert,

(4) Les théories jatromécaniciennes sont à la fois si fausses et si obscures qu'après avoir Lu tous les textes, j'ai voulu chercher quelques éclaircissements dans les historiens mes prédécesseurs ; mais je n’en ai trouvé nulle part de très-salisfaisants, ni dans Sprengel qui erre à chaque page et qui a à peine effleuré les traités dont il parle, ni même, si ce n’est pour quelques points de la doctrine de Borelli, dans les

«—(loctes ouvrages de Renzi (Histoire de la médecine italienne), ou du vénérable Puccinotti dans son Histoire de la médecine.

716 TATROMÉCANISME. — ÉCOLE ITALIENNE.

le sang coule à travers les artères, pendant la systole et pendanl la diastole, avec une égale vitesse ; la force du courant est m Surée par le degré des efforts de la pression qu’exercent les par. lies qui environnent les artères (pression à laquelle Bellini ait k bue une grande influence) et par le degré de puissance du cœt contre les résistances que lui Opposent la colonne sanguine cons tenue dans les vaisseaux et ces vaisseaux eux-mêmes. Le sanÿ coulant à travers les artères fait effort contre le sang qui coul dans les veines, et, quelque faculté entraïnante qu’on puise Supposer dans les veines, elle ne peut pas empêcher cet effort (1). D'une série d’affirmations qui ne reposent sur aucune expés rience (prop. 4), Bellini conclut que la rapidité du sang est plus grande après qu'avant la Saignée; mais que cette rapidité esf Cependant moindre que celle qu'il possède pendant la saignées Alors, en effet, tout le sang qui sort de la veine résiste difficilement, au flux de celui qui se succède dans les veines et les artères qui leur sont continues, et presque tout le sang qu’appelle la saignée s'écoule. L'ouverture étant fermée, la saignée étant terminée, le sang qui succède à celui qui se dirigeait, à travers les veines et les artères, du côté de l'ouverture fermée, trouvera une plus grande résistance dans celui que la saignée attrait, et qui n8 coule plus, que lorsqu'il coulait; ou bien sa rapidité sera moindre que lorsqu'il s’écoulait, La quantité du sang étant moindre après la saignée que lorsqu'il est tout entier dans ses canaux, la ré sistance sera, à la vérité, plus grande que durant la saignée, mais moindre que lorsqu'il n’y a pas eu de saignée, En d’autres + termes, la rapidité du sang sera plus grande après qu'avant A saignée (ce que A. de Heyde a nié), mais moindre que celle qu'il possède lorsqu'il coule par l'ouverture de la veine (prop. 2). « Notre auteur se fait les plus étranges idées sur les effets qui Peuvent suivre immédiatement la saignée ; vous allez en juger Par une analyse de la troisième proposition (2).

(1) Souvent j'ai traduit le texte aussi littéralement que possible, dans la crainte de douner à la phrase si embarrassée de l’auteur quelque entorse préjudiciablet lexacte compréhension de sa pensée.

» (2) De son vivant, Bellini, renommé comme mathématicien, musicien

; poëte même, avait au contraire la réputation d’un très-mauvais praticien,

où du moins

nsaience seulement, et au moment même où elle est tout le sang retenu dans les vaisseaux, devenu plus oins cohérent dans ses parties, peut être éparpillé (dimoraréfier, s’enflammer et fermenter d'une manière mer- ; de sorte que tout ce qui tient aux maladies, tout ce qui lé de remarque et inattendu en elles, se produit aussitôt “corps. Au moment même de la saignée il peut arriver, en que, sans cet éparpillement complet du sang, la séparation jon) de quelque humeur ou sa dérivation dans les canaux jérement supprimée ou diminuée, qu’une autre humeur nte, qu'une autre soit viciée dans ses qualités. épouls subit aussi toutes sortes de modifications (même des cations qui ne seront pas perçues au toucher), en raison langements que la diminution du sang produit dans la cirion.

“saignée pratiquée sur une veine quelconque diminue la é du sang, et, tout en augmentant sa rapidité, le refroidit mecte (Ze rend plus liquide). Si, cependant, la nature du esttelle qu’en raison de sa diminution il acquière de la chaà saignée pourra réchauffer et sécher. ILest vraisemblable sang aura cette nature dans les âges, les tempéraments, “naladies, les pays, les saisons, Île régime, ete., qui sont ds (prop. 5).

énfaudrait conclure que la saignée est contre-indiquée es diverses circonstances ; or, ce sont précisément celles e plus ordinairement, indiquent le mieux les émissions Aines. Bellini oublie de nous dire son avis sur ce point al; il se contente de soutenir sa thèse à grands renforts lidieux arguments. Voici, cependant, ce qu'il pense sur Ortunité de la saignée et sur le lieu où on doit la pratiquer. Louvrira la veine dans toute maladie où l’on doit, soit dimi- Ma quantité du sang, ou augmenter Sa rapidité, ou éloigner nlever quelque chose qui adhère aux vaisseaux, où donner

‘praticien frès-malheureux. En effet, dans ses ouvrages il serait difficile de rendre une idée pratique digne d’un Sydenham ou même d’un Baglivi; et See dernier n'était cependant pas moins engoué que Bellini de l’iatromécaismes mais il avait en même temps le sens médical.

718 TATROMÉCANISME. — ÉCOLE ITALIENNE.

occasion aux particules qui composent le sang de se sépareh, soit le modifier lui-même. Si la maladie demande une émis Sion de sang, mais non sa modification, et que, cependant, il soit modifié par la saignée, on devra examiner (mais comment) si ce changement nuit ou non au malade; s’il ne lui est Pas CON traire, on passera outre et on tirera autant de sang qu'il el nécessaire ; s'il lui est contraire, on obviera à ce changernent,en donnant en boisson, aussitôt après la saignée, les liquides qui peuvent le prévenir ou l'arrêter : des réfrigérants, par exemple, si le sang devient chaud (1), des émollients s’il se durcit, @ ainsi pour chaque espèce de modifications. Si la maladie el répartie dans tous les vaisseaux, il sera indifférent qu’on ouvre, dans n'importe quelle partie, ou la veine la plus ample ou la plus étroite, ou les capillaires. Sile mal qui exige la saïgnée est local, il sera plus sûr d'ouvrir les veines issues du tronc commun celles qui tendent vers le point affecté ou vers le côté opposé; que celles de la partie malade elle-même. Il est plus sûr encore de saigner d’abord d’une veine quelconque parmi celles qui vien nent d’un autre tronc, surtout si la région affectée se trouve à l'extrémité du corps, où la pression des parties est très-faible et où la rapidité du sang est diminuée; enfin des veines dela partie affectée, et s’il ya quelque espace entre celle-ci et l’extré: mité du corps, il sera plus avantageux de saigner dans cet espace, de façon que la partie affectée soit placée entre le cœur et l’endroit où se fait l’émission du sang. Il est moins bon de tirer du sang entre le cœur et la partie affectée; mais on agira très-sa gement en pratiquant l'émission sanguine dans un lieu quel: conque autour de cette partie. Dans les maladies des viscères, du poumon, par exemple, si le mal est limité au poumon, sai: gnez du côté que vous voudrez ; mais s’il se communique à là plèvre et à la poitrine, ou au tronc descendant de la veine cave, où à ses rameaux ascendants (!), il sera prudent de saigner aussitôt de la veine du même côté, chaque fois que l’on pourra être assuré que la plus grande quantité du sang dont la dériva=

(1) C’est là une réponse, mais indirecte et incomplète, à la question que je posais: tout à l’heure (p. 777) à propos de la cinquième proposition,

javers la partie affectée devient plus accélérée par la saiuffit, avec la pression provenant du poumon, à éloigner la 5 sinon on pratique des saignées successives (prop. 6). rés avoir établi, dans la septième proposition, que la quan- Sang qui s'écoule d’une artère est bien supérieure à celle fournit une veine du même calibre, aussi rapprochée du et sur laquelle on aurait fait une ouverture égale, Bellini ; dans la proposition suivantet que l'artériotomie l’empor- Wide beaucoup sur la phlébotomie, s’il n’y avait de grands s.qui peuvent résulter de l'ouverture des artères. Il se üre qu’on supplée à l’artériotomie en agissant directement sur éllaires artériels (2), soit pour extraire, soit pour écarter , au moyen des ventouses sèches et scarifiées, des sangsues, On-seulement enlèvent du sang, mais le dérivent, des ligades bains (ainsi que les fomentations, ils agissent sur la Glion du sang dans ses canaux, en vertu de la pression que iuopère de la périphérie au centre), des affusions froides arrêtent subitement le cours du sang, comme dans les rhagies), des frictions surtout quand la maladie tient à ce quelque chose de morbide s'attache aux vaisseaux périphé- Dans les affections purement superficielles il convient, Si peut, ou de lier, ou de brüler, ou de comprimer, ou d'oul'artère la plus proche. à saignée, où ce qui, on vient de le voir, en tient immément lieu, peut être remplacée par le régime, par les méents altérants, par les purgatifs ou les vomitifs, par les orifiques, les diurétiques, les béchiques ou expectorants, les gmatismes qui évacuent par les narines ou par la boupar les sialogogues, les sternutatoires, les répercussifs, les ques qui adhèrent fortement à la peau, les emplâtres, linis cérats, onguents épilatoires, sinapismes, qui sont dits aussi

En divers passages, et ici en particulier, Bellini semble prendre les mots met dérivation (qui ne sont pas, dit-il, de vains mots) à peu près dans le jen. Voy. les notes sur Oribase, t. IT, p. 817 et suiv.

Plus loin Bellini parle cependant de l'action simultanée des divers moyens Onnés ci-après, sur les veines en même temps que Sur les artères ; mais peuténdril ici l'action secondaire.

780 IATROMÉCANISME. — ÉCOLE ITALIENNE.

rubéfiants; parles cautères, les sétons, les vésicants, et les ustions pratiquées d’une manière quelconque; il conseille aussi l'arris chement subit et violent des cheveux, l'écartement et la torsion douloureuse des doigts, des chatouillements aux parties qui les supportent impatiemment et y sont le plus sensibles, les odeurs âcres, désagréables, pénétrantes, les flagellations ; en un mot tout ce qui produit une douleur intense et qui a la propriété de stimuler. On se dirait ici en plein méthodisme, tant Bellini accumule les médicaments qui portent une perturbation profonde dans l'organisme, qu’ils soient appliqués au dehors ou quil soient administrés par la bouche. $

Chacun de ces moyens est toutefois où moins actif ou moins sûr que la saignée, etil ya encore des degrés dans la comparaisolk Le régime est le plus sûr, mais le plus lent; tout ce qui excilé de la douleur, ou joue le rôle de stimulant, est le plus expédiul mais on n’y a pas recours sans danger, surtout si l’on ne sait pas se tenir dans de justes limites. De quelque manière qu'on Évacuë, soit par les selles, soit par le vomissement, la sueur, l'urine, ls fonticules, etc., il y a plus de danger que de recourir à la sais ognée, lors même qu’on produirait un effet aussi PrOMpt. = Pourquoi ? L'auteur ne le dit pas, etje ne saurais non plus vous l’apprendre.

Quant aux altérants ils sont aussi d’un effet moins rapide qué la saignée, mais ils n’offrent pas plus de danger. Tant qu’on n'aura pas trouvé un médicament qui, pris à l'intérieur, ou appliquésu la peau, puisse mettre en mouvement ou arrêter tout ce qui doit être mû ou arrêté pour que le corps revienne à la santé, on né pourra pas, en sûreté de conscience et avec raison, négliger là saignée (prop. 9)! C’est tout au moins une grande naïveté dans la bouche de Bellini.

Nous avons vu plus haut (p.774) comment Bellini expliquait la production du stimulisme ; dans le traité De sanquinis Ts sione, il examine les effets physiologiques et thérapeutiques du stimulus. Cest un chapitre détourné de l’histoire de l’irritabilité ou mieux de l’irritation (1).

(4) Si on lit, en effet, avec attention le chapitre sur les stimuli, on recon

stimulation est un certain mouvement dont la sensation doit pportée à la douleur, et l'excitation qui en résulte à un petus), plus ou moins fort, produit dans les nerfs. L'effet choc est soit de disjoindre ou de séparer l'une de l'autre arties des nerfs qui font effort contre celte pression, soit de rimer seulement et de refouler intérieurement, ou d’inflé-

ü de rompre les conlacis naturels des parties, afin d'en de nouveaux.

Maintenant les effets principaux qui résultent de l'emdes sum : il se produit un plus grand effort de mouvemis dans les parties membraneuses, par suite de la contraction ibres, ct en même temps une dispersion ou expulsion essio) et une dérivation plus faciles des liquides d’un côté in autre (qua potest). En raison de la force du stimulant, Ja contraction des muscles (laquelle vient desliquides, sang jide nerveux qui coulent en eux), la dispersion des fluides mir plus faciles, le mouvement du sang plus rapide. — Cest Éous l'action des stimulants que les parties rougissent, se ent, s’enflamment, ou versent au dehors une humeur Conque. Il peut s’ajouter aussi au stimulus une sorte de ferntqui pénètre encore plus avant. De l'action simultanée ou le de ces deux agents résultent toutes sortes d’effets merveil- Sur les solides et sur les liquides.

jui maccorde ni à toutes les membranes internes el qu'ilrs'agit pour Bellini d'expliquer par les stimuli les mouvements vitaux

courent aux procédés thérapeutiques par les déplacements artificiels des s liquides. Après les propositions générales que je résume, Bellini étudie

ets particuliers de chaque espèce de stimuli (arrachement des poils, titiltiraillements des doigts, odeurs, flagellations, piqüres, topiques, cau- , astions, etc.), et indique les maladies auxquelles conviennent ces diverses fsuitie même procédé dans le paragraphe De medicamentis, pour chacun dédicaments qu'il regarde comme les succédanés de la saignée, indiquant les

Sances où ils doivent être employés, insistant sur leur action physiologicoutique, énumérant enfin les différentes classes de ces médicaments (vomitifs, fs, diurétiques, sudorifiques, etc.). Il rapporte quelques-uns de leurs effets tinulation, et en somme il met toujours la saignée fort au-dessus : « Ex his

usque similia sint venae sectioni, et quantum

ingula haec medicamenta, quo tuta, aut miaus expedita,

pris singulis conveniant, et esse singula aut minus butrumque, quam sit venae sectio ; et hanc proinde. illis praeferendam. »

7182 IATROMÉCANISME. — ÉCOLE ITALIENNE.

externes, comme à la vessie par exemple, la faculté naturelle de contraction, ni à tous les liquides du corps le pouvoir de presser de tous côtés contre les membranes, comme fait le sang contre ses vaisseaux, ni des voies d'expulsion à tous ces liquides, si ce [n ’est les voies artificielles que les stimuli ouvrent là où on les | applique. C’est, à ce qu’il semble, en raison de la pression opérée | par le stimulus, que les liquides refoulés de proche en proche | viennent affluer à la partie stimulée et dégager la partie malade. L'auteur ajoute qu'il est trés-prudent de diriger les slimu lants sur une partie éloignée de celle que l’on veut dégager, toutes les fois que l’on peut craindre un trop grand afflux parle stimulant vers la partie stimulée. Si ce danger n'existe pas, les stimuli pourront être dirigés vers la partie à évacuer; plus is seront nombreux, et plus leur extension sera grande, plus ils ses ront utiles pour exciter les mouvements ; on les réappliquera où l'on rouvrira les plaies faites par eux quand la douleur cesse avec. la sensation du stimulus. Lorsqu'on attend un grand bien et ui prompt avantage des stimulants, on se servira des plus amples et des plus âcres. Contre la sécheresse, la chaleur et les fermen: tations qui pourraient se manifester ensuite (1), on aura T'eCOUrS aux remèdes froids, humides et à ceux qui arrêtent ou modèrent ces fermentations. Toutefois, comme on doit se servir en général des stimuli pendant un long espace de temps, ils pourront être moindres et en plus petit nombre; puis, lorsque la sensation @l la douleur cessent, on les renouvellera et on rouvrira les plaies, mais ces stémuli n'auront guère d’utilité et disposeront toujourss les humeurs et le corps à la sécheresse, à l’inflammation et aux fermentations qui en dérivent. En conséquence, Bellini conclut en disant : que les stimuli, quoique pouvant remplacer la saignée dans certains cas et produire un effet aussi prompt, surtout s'ils ont une grande âcreté, sont cependant beaucoup moins sûrs que la saignée (2). Ils ont toutefois un effet particulier qui manque

(4) Bellini dit que les stimuli ont la propriété, en vertu même de leur actionsde produire une grande consommation et dissipation des esprits. Voy. p. 771, note 4 (2) Dans la dixième proposition, Bellini détermine, non d’après l'observation, mais d’après des raisonnements aussi prolixes que faux, l'époque de la fièvre oùnil

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