‹ Histoire des sciences médicalesChapitre 193 sur 260 · BAGLIVI · texte numérisé non relu

BAGLIVI

Ja saignée, celui de mouvoir, de contracter, de secouer tout le COTPS ; si donc les autres dangers peuvent être évités, lorsque le Système nerveux soullre, lorsqu'il s’agit de détacher des sinuo- Sités du corps et d’expulser un Îux d'humeur, ils ne doivent pas êlre rejetés.

Quelque sévère que soit le jugement qu’on doive porter, même én tenant compte du temps où vivait Bellini, sur les principes généraux et les détails de sa doctrine thérapeutique, on ne peut cependant disconvenir que l'intervention des stimuli donne à celle doctrine un caractère très-particulier qui la distingue aussi nettement de celle de Galien que de celle des iatrochimistes. C’est peut-être un des côtés les plus originaux et les plus neufs de léuvre de Bellini, et celui-là précisément que les historiens ont négligé.

mm Baolivi (1668-1706) est le plus sensé et le plus cicéronien des jilromécaniciens : — le plus sensé, car autant il se montre un ardent défenseur des théories mathématiques et mécaniques dans la physiologie, et même dans quelques points de la pathologie générale, autant, par un heureux écart de la logique, ilest un traditionnaliste décidé dans le traitement des maladies ; il parle avec un même respect et une égale admiration d'Hippocrate, de Sydenham, de Borelli et de Bellini ; — le plus cicéronien, car son latin est aussi pur et aussi élégant que celui des autres ratromaihématiciens est embarrassé, chargé de mots difficiles à entendre ébrempli d'obscurité. On peut dire de Baglivi qu’il a semé des Mlleurs de rhétorique sur une route hérissée de broussailles. C’est bien le génie romain, spirituel et grave à la fois; c’est bien homme nourri de la lecture des anciens et des modernes, sachant traiter les questions les plus abstraites, en les entremêlant de toutes Sortes de réflexions de l’ordre philosophique ou moral et qui donnent tant d’attrait à ses ouvrages. Même au milieu des plus subtils Yaisonnements, l'attention est agréablement soutenue par quelques excursions qui ornent ou élèvent l'esprit. Baglivi est en outre un expérimentateur fort habile et qui arrive à des résultats très-

faub recourir à la saignée, et les divers genres d'émissions sanguines en rapport avec la diversité des fièvres, co

784 JATROMÉCANISME. — ÉCOLE ITALIENNE.

positifs quand la théorie ne l’aveugle pas, quand il expérimenté) moins pour démontrer une idée préconçue (par exemple l'ins fluence des prétendus mouvements de la dure-mère) que pour découvrir, souvent avec désintéressement, la vérité, comme dans ses Dissertat. I, IL et IV, De experimentis, et dans celle Su l'usage et l'abus des vésicatoires. |

Baglivi veut que, dans tout ce qu’il dit et dans tout ce qu’il fait, le médecin soit le ministre et l’interprète de la nature ; il ajoute que ce n’est pas un homme, mais la nature elle-même, qui a parlé par la bouche d'Hippocrate (1) ; aussi ne faut-il pas opposer les an ciens aux modernes, mais plutôt tâcher de les concilier (2). On ne saurait dire combien de maux a engendrés l’ardente recherché de nouvelles hypothèses (3). La médecine, imaginée par la néces sité, ne se perfectionne que par l'expérience ; la médecine roulé sur l'observation et le raisonnement ; l'observation est le fil qui conduit là où doivent être dirigés les raisonnements des méde» cins (4), car nous ignorons et nous ignorerons éternellement Jan

(1) Praxis medica, I, 1, 1, 3. — Presque tout ce qui, dans le premier livre dem la Praæis, regarde les caractères des fièvres, les symptômes, les épiphénomèntss les crises (Prax. med, AT, x, 5. — Bellini, De sang. missione, prop. 40 fine, dans Opuscula practica, et d’autres iatromécaniciens, par exemple Pitcairness

- admettent les crises, non les Jours critiques), les pronostics dans les maladies aiguës, est tiré d’Hippocrate ou des hippocratistes. Voy. [, 1x, De pleuritide ; de febribus in genere ; de febribus malignis et mesentericis. — La Praxis medica esh un livre fort irrégulier, mais d’une lecture aussi instructive qu’attachante ; les géné ralités y sont mêlées aux descriptions particulières ; l’auteur indique les des de la pathologie. On peut reprocher surtout le vague et parfois l’incohérence des conclusions, l’irrégularité des classifications qui rompent souvent les unités morbides. | ou mélangent lesespèces distinctes. Néanmoins nous félicitons M. le docteur Boucher d’avoir traduit cet ouvrage (Paris, 1851), et nous regrettons que cette traduction, à laquelle nous avons fait volontiers quelques emprunts pour les longues citations, ne soit pas plus connue, bien que notre confrère s'y soit donné parfois une liberté compromettante pour le sens. :

(2) Praxis medica, L, 1, 5.

(3) Praxis medica, 1,1, 9.

(4) Praxis medica, X, 1, 4, 2. — Baglivi (LI, 1v, 4, 2, et v, 6) souhaiterait des académies, des colléges pratiques, où les uns recueilleraient dans les livres les observations faites sur les maladies, et où les autres apporteraient le résultat de leur propre pratique, surtout en y joignant les nécropsies. Au chapitre vi, il donneen exemple la goutte, décrite d’après la méthode de Sydenham.— Baglivi (LE, xu, 7) dés

constitution des solides et des fluides des parties du corps. Puis, passant en revue toutes les causes qui peuvent éloigner de Ja Vraie médecine, il indique le mépris que les novateurs, ses confemporains, affectaient pour les anciens, dans le désir d’élever leur propre nom, comme si ce n'étaient pas les anciens qui miiaient jeté les premiers fondements de la science ; il faut done Vérifier et respecter la tradition (1). Disciple de Bacon (2), il: poursuit les édoles et les singeries des médecins, particulièrement | de ceux qui réduisent tout à l’antagonisme des acides et des | alcalis (3). Ils se trompent étrangement, s’écrie-t-il, ceux qui pensent réussir dans le traitement des maladies, parce qu’ils ont une méthode merveilleuse pour Ja théorie (4). Mais nous voyons aus- Sôtque Baglivi s’éloigne pour lui-même de ces sages préceptes; ainsi que nous l'avons dit, il est en pratique aussi hippocratiste Qque possible, et en théorie il accepte presque toutes les solutions de l'iatromécanisme ; il célèbre particulièrement Borelli, noble

revait aussi qu’en médecine comme en astronomie, « quidquid observavit unus, observavit ctiam et alter; » mais cela n’est pas possible, tant sont grandes les divorsités des malades et de la maladie.

(4) Praxis medica, T, 1Y ; 2, 3.

(2) Voy. Boucher, Influence du Baconisme en médecine, en tête de sa traduction de la Pratique de Baglivi.

(3) Praxis medica, T, V, 2. Baglivi, quoiqu'il admctte à la fin de l’Appendix de Pleuritide que l’acrimonie peut entrer pour'quelque chose dans la cause de la pleurésie, fait une guerre à outrance aux chimiâtres et même à Mayow (voy. Praxis med, L, 1x, 8 ; x, 8 3 x, 4; IE, 11, 4 ; IL, 1x, 2 et 3); contre les poudres absorbüntes (Specimen relig. Lib. de fibra motrice, x initio ; cf. aussi [, 1x : De /ebr. in encre, p. 61, éd. de Kühn,—C'est l'édition que je suis); contre la thérapeutique des Helmontistes dans la pleurésie (T, 1x, Append., ad pleur., p. 46, 57) ; contre leur proscription de la saignée dans les fièvres ([, vr, 3).—Peut-être, ajoute-t-il ailleurs, les médicaments chimiques conviennent-ils au delà des monts, où l’on est moins sobre, où L'air est moins pur qu'en Italie; je ne veux détourner personne de la médecine nationale. Du reste on connaît ce mot, qu’il répète à tout propos: « Romae Scribo in aere romano. » C’est son refuge, soit pour légitimer ses succès, soit contre toute thérapeutique qui ne lui réussit pas, contré le kina, par exemple, dont il semble ne pas connaître très-bien l’emploi. Du reste, il prêche volontiers en faveur dé la médecine domestique et indigène. Voy. Praxis med, I, xv, 1.

(4) Praxis medica, 1,v, 6. Baglivi se montre, comme Sydenham, très-opposé aux médecins qui imaginent sans cesse un caractere malin aux maladies (I, 1x, De febribus malignis et mesenter., initio).

186 JATROMÉCANISME. — ÉCOLE ITALIENNE.

astre de l’Académie romaine, dont on doit suivre les préceptes l’on aspire à bien traiter des liquides et des solides (L). d

« Les iatromécaniciens, dit Baglivi, qui partent de divers pri cipes mathématiques, ceux de la statique, de Phydraulique, de pesanteur, el qui veulent les appliquer à à structure du corps vivant, ceux-là ont philosophiquement raison de le faire, calé | corpsde l’homme, en tout ce qui regarde la structure animale, 6sh \ soumis au nombre, au poids, à la mesure, el subit dès lors toutesles conséquences qui en dépendent. Telle fut sans doute la volonté de Dieu, le père souverain des choses, lorsque, pour rendre celle machine animale plus propre à exécuter les ordres de l'âme, il n’employa, cesemble, quelecompas el la craie du mathématicien, pour racer dans l'économie du corps de l'homme larransement harmonieux des proportions et &es mouvements.

« Examinez, avec quelque attention, l'économie physique de homme : qu'y trouvez-vous? Ges mâchoires armées de denis, qu'est-ce autre chose que des tenailles? L’estomac, c’est une co nue; les veines, les artères, le système entier des vaisseaux, ce sont des tubes hydrauliques ; le cœur, c'estun ressort; les viscéres ne sont que des cribles, des filtres; le poumon n’est qu'un soul: \ flet. Qu'est-ce que les muscles, sinon des cordes? Qu'est-ce que l'angle oculaire, si ce n’est une poulie? et ainsi de suite. Laissons les chimistes, avec leurs grands mots de fusion, de sublinies tion, de précipitation, vouloir expliquer la nature ct cherchén ainsi à établir une philosophie à part; ce n’en est pas moins unes chose incontestable, que tous ces phénomènes doivent se raps porter aux lois de l'équilibre, à celles du coin, de la corde, dt ressort el des autres éléments de la mécanique, Ainsi donc, les phénomènes de l'économie physique de l’homme ne pouvant S’expliquer d’une manière un pou claire, un peu facile, qu'au moyen des principes de la mathématique expérimentale, ce qui esl, au fond, le langage même de la nature, nous pensons également qu’il n’y a pas de manière plus simple, plus naturelle d'expliquer les phénomènes extra-physiques et morbides, et que, par consén quent, toute théorie fondée sur ces principes doit offrir nécessaires

(4) Specimen trium reliq. libr. de fibra motrice et morb,, initio,

ment beaucoup plus de certitude queles autres » (1, x1; 7, trad. Boucher).

«Puisque, dit ailleurs Baglivi (1), les inductions analogiques tirées de la mécanique et de l'anatomie offrent des rapports fort Motroits avec la thérapeutique, et beaucoup plus de certitude que Mioutes les autres hypothèses, on comprendra sans difficulté com- | ment il s'est fait que deux hommes illustres, Borelli à l'Académie Me Rome et Bellini à celle de Florence, voulant raffermir sur ses fondements l'édifice ébranlé de la science, ne trouvèrent pas de Lnoyen qui leur semblât aussi puissant que l'application des réoles anatomico-mécaniques à l'explication des effets des maladies. Aussi, rien n’est plus digne d’être médité que leurs savants ouvrages, également glorieux pour la science et la patrie, et utiles hpour l'humanité. Mais ceux qui cherchent au fond des cornues les Mrésuliats de réactions minérales, pour en déduire analogique ment des résultats semblables dans les corps animés par la vie, ceux-là ne se contentent pas d'arriver à des conclusions fausses, ils fournissent encore aux fatales erreurs qui inondent la médecine de no$ jours un appui et une force incroyables » (trad. Boucher).— « Ils avaient cependant un moyen d'arriver à des résultats bien plus beaux : c'était d'appeler à leur aide une sorte d'anatomie Lunfusoire, à Vaidé de laquelle ils auraient opéré avec les liquides

animaux le mélange des liquides végétaux ou chimiques, et d’en noter avec soin les effets » (1, vr, 2).

Cest le propre des sectes, comme des partis, de ne voir jamais que la paille de l’œil du voisin. Y a-t-il au monde une doctrine qui eût répandu plus d'erreurs que l’iatromécanisme, plus détourné les esprits des vrais principes de la physiologie, et lancé la pratique dans plus d'aventures pernicieuses, si les iatromécaniciens les plus décidés n'étaient pas restés de simples théoriciens, ou n’avaient pas suivi la tradition pour le traitement des maladies (2)? Je n’ai certes pas montré une

ee pere.

(£) Voyez aussi presque tout le Specimen reliq. libr. de fib. motrice. (2) On voit justement dans le passage suivant (1, vi, 3) comment Baglivi cherche mi concilier la théorie iatromécanique et les indications de la thérapeutique traditionnelle. « Si les solides arguments tirés de la mécanique et de l'expérience nous font considérer l'usage prudent de la saignée comme infiniment utile dans les fiè-

Page 1