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DIAGNOSTIC ARTIFICIEL

surtout à des maladies extérieures où chirurgicales (y compris les maladies des femmes), et que le diagnostic des maladies internes reste une exception dans l’école de Cos. De leur côté, les Cnidiens, outre qu’ils recherchent bien ou mal, mais plutôt mal, les éléments de ce diagnostie, provoquent aussi par une méthode artificielle exploratrice trés-ingénieuse la nature à révéler les signes à l’aide desquels on peut ici trouver une indication thérapeutique, là reconnaître l’espèce de la maladie. Ainsi on lit au $34 des Lieux dans l’homme : « Quand on a affaire à une maladie qu’on ne connaît pas, on prescrit un évacuant qui ne soit pas énergique ; si l’état s'améliore, l'indication est trouvée : il faut insister sur l’atténuation ; mais si, loin de s’améliorer, l’état empire, c’est le contraire ; s’il ne convient pas d’atténuer, il conviendra de rendre le phlegme abondant. » Au IF livre des Waladies ($ 61), l'auteur veut que, pour s'assurer si la poitrine est remplie de pus ou d’eau, on essaye de faire pénétrer un liquide dans le poumon ou qu’on prescrive soit une fomentation, soit une fumigation : « S'il y a de l'eau, ajoute-t-il, le pus ne suit pas, c’est-à-dire le pus ne s'échappe pas au dehors; par cela vous reconnaîtrez donc la nature de la maladie. »

Et, chose remarquable, les mêmes préceptes se retrouvent exprimés d'une façon générale dans le traité De l'art (1), où Vauteur prend tant de peine pour rassembler tous les moyens qui peuvent servir à distinguer les maladies les unes des autres : «€ Quand la nature ne manifeste pas d'elle-même les signes et les indications, le médecin a trouvé des moyens de contrainte à l’aide desquels la nature, innocemment violentée, produit ces signes. Ainsi relâchée, elle révèle au médecin habile dans son art ce qu’il doit faire. Tantôt par l’acrimonie des aliments solides et des boissons, il force la chaleur innée à dissiper au dehors une humeur phlegmatique, afin de pouvoir distinguer quelqu’une des choses qu'avant il s’efforçait en vain de reconnaitre ; tantôt, par des marches dans des chemins escarpés ou par des courses, il force la respiration de Jui fournir l'indice des maladies qu'il lui appartient de révéler; enfin, en provoquant la sueur par les

(4) $ 12. — De pareils rapprochements ne peuvent pas être négligés pour la formation des groupes dans la Collection hippocratique.

moyens susdits, il reconnaît, à l’aide des humeurs chaudes exhalées, tout ce qu’on juge par le feu. Il arrive aussi que les matiéres excrétées par la vessie donnent plus de lumières sur les maladies que les matières excrétées par les chairs. »

Ne vous semble-t-il pas, Messieurs, qu’il y a plus d'intérêt et plus de profit à rechercher et à mettre en lumière les nombreuses et viriles empreintes du génie médical dans la Collection hippocratique, qu’à brûler de l’encens devant les autels du Divin vieillard, comme les Athéniens sacrifiaient au Dieu inconnu?

SommaIRE: Des principaux systèmes sur les causes et la nature des maladies dans la Collection hippocratique. — Tout s’explique ici par des qualités inhérentes aux humeurs. — Là par la théorie des fluxions, qui elle-même repose sur l’existence de quatre humeurs fondamentales. — Ailleurs tout vient de l'air. — Dans d’autres traités, tout procède, mais secondairement, du régime ou des milieux.

MESSIEURS

Les considérations sommaires où nous venons d’entrer ne seraient pas suffisantes pour vous donner une idée exacte des principales opinions qui se font jour dans la Collection hippocratique sur la nature ou sur les causes essentielles des maladies; il y a donc lieu de compléter ces considérations en rapportant les passages où sont présentées ces opinions sous une forme ordinairement polémique (1).

Dans l’Ancienne médecine (2) le système des qualités inhérentes aux humeurs et des humeurs elles-mêmes, est opposé et préféré au système des qualités élémentaires : chaud, froid, sec, humide.

« Si c’est le chaud, ou le froid, ou le sec, ou l’humide qui nuit à l’homme, il faut que le médecin habile guérisse le froid par le chaud, le chaud par le froid, l’humide par le sec, le sec par l’humide. Supposons un homme d’une constitution non pas robuste, mais faible; qu'il mange du blé tel qu'il sort de l'aire, cru et sans préparation, des viandes éga-

(4) Je n’ai pas besoin de dire qu’on retrouve dans un grand nombre de traités de la Collection l’application de ces systèmes à la description des maladies, ou à des thèses générales; mais jai voulu seulement donner ici l'exposé dogmatique. C’est, du reste, au développement ou à la discussion de ces systèmes que se réduit presque toute l’histoire de la pathologie générale jusqu'au xvn® siècle,

(2) Ici et pour les autres extraits qui vont suivre, j'emprunte la traduction à M. Littré,

134 COLLECTION HIPPOGRATIQUE.

lement crues, et qu’il boive de l’eau. En suivant un pareil régime, il éprouvera, j’en suis sûr, des incommodités graves et nombreuses; les douleurs le saisiront, le corps s’affaiblira, le ventre se dérangera, et certes il ne pourra vivre longtemps. Quel remède administrer dans de pareilles circonstances? Le chaud ou le froid, ou le sec où l’humide? Évidemment lun ou l’autre. Car si c’est l’une de ces quatre choses qui le rend malade, 27 faut y remédier par le contraire, suivant leur propre raisonnement. Or le remède le plus sûr et le plus évident, c'est de changer le genre de vie dont on usait, de donner du pain au lieu de blé, des viandes cuites au lieu de viandes crues, et du vin à boire après le repas. Avec ce changement il est impossible que le patient ne se rétablisse pas, à moins que sa constitution n’ait été profondément altérée par la durée du mauvais régime. Que dirons-nous donc? Sont-ce des substances froides qui l’ont rendu malade, et des substances chaudes qui l’ont guéri? ou bien est-ce le contraire? Je pense qu’on serait embarrassé de répondre à ces questions; car est-ce le chaud, ou le froid, ou le sec, où l’humide que l’on ôte au pain en le fabriquant? » ($ 43.)

«Estimant que ce n’est ni du see, ni de l’humide, ni du chaud, ni du froid, ni d'aucune autre de ces choses que l’homme souffre ou a besoin, mais que c’est de ce qu’il y a de plus fort dans chaque qualité et de ce qui est plus puissant que la constitution humaine, on à regardé comme nuisible ce dont cette même consutution ne pouvait triompher, et l’on a essayé de l’enlever. Or, ce qu’il faut entendre par le plus fort, c’est, parmi les qualités douces, la plus douce; parmi les amères, la plus amère ; parmi les acides, la plus acide; en un mot, le saummum de chacune. Car on a vu et qu’elles existent dans l’homme et qu’elles nuisent à l’homme. Dans le corps, en effet, se trouvent l’amer, le salé, le doux, l'acide, l’acerbe, linsipide, et mille autres dont les propriétés varient à l'infini par la quantité et par la force. Ces choses mêlées ensemble et tempérées l’une par l'autre, ne sont pas manifestes et ne causent pas de souffrances; mais si l’une d’elles se sépare et s’isole du reste, alors elle devient visible et cause de la douleur. Il en est de même des aliments qui ne sont pas propres à l'homme et dent l’ingestion le rend malade;

chacun d'eux a une qualité qui n’a pas été tempérée, ou amère; ou salée, ou acide, ou toute autre qualité intempérée et forte ; c’est pourquoi notre santé en est troublée, aussi bien que par les qualités qui s’isolent dans notre corps. » ($ LA.)

« Voyez, quand le suc amer qu'on appelle bile jaune prédomine, quelle anxiété, quelle chaleur, quelles faiblesses se manifestent. Délivré de cette bile et évacué, soit spontanément, soit par un purgatif, le malade, si l'évacuation s’est faite à propos, est débarrassé des souffrances et de la chaleur fébrile; mais tant que ces humeurs sont en mouvement, sans coction ni mélange, la médecine n’a aucun moyen de faire cesser la douleur et la fièvre. Et quand il se développe des acidités âcres et érugineuses, quelles irritations furieuses, quelles douleurs mordantes dans les viscères et la poitrine, quelles angoisses ! Ces accidents ne prennent fin que lorsque les acidités ont été épurées, calmées, tempérées par le reste. La coction, le changement, l'atténuation et l’épaississement jusqu'à forme d'humeurs s’opèrent de plusieurs manières différentes. Aussi es crises ei le calcul des jours ont en ceci une grande puissance. Certes il n’est rien là qui se puisse attribuer au chaud ou au froid ; car avec le chaud ou le froid il ne se ferait ni maturation ni épaississement. Que devons-nous donc y voir? Des mélanges d’humeurs qui ont des propriétés diverses les unes par rapport aux autres, tandis que le chaud n’a, pour perdre sa chaleur, que la mixtion avec le froid, et que le froid n’est neutralisé que par le chaud, Toutes les humeurs dans Je corps sont d’autant plus douces et d'autant meilleures qu’elles ont subi plus de mélanges, et l’homme se trouve en l'état le plus favorable quand tout demeure dans la coction et le repos, sans que rien manifeste unë qualité prédominante. » (K 19.)

Dans le traité De la nature de l’homme, l'auteur combat d’abord la théorie philosophique qui fait dépendre la constitution du corps de l'unité de composition élémentaire, théorie d’après laquelle les philosophes soutiennent qu'un des éléments (feu, air, eau, terre) est à la fois le un et le tout (1) ; en second lieu,

(4) Que dirait notre auteur des histologistes modernes qui rapportent toutes les

il attaque une théorie médicale dont les partisans prétendent que tout homme est ou sang, ou bile, ou pituite.

Voici, à l’appui de ce résumé, les principaux passages du traité De la nature de l'homme.

€ En opposition à ces opinions (existence d'une substance unique) et à d’autres très-voisines, que la plupart soutiennent, moi je dis que, si l'homme était un, jamais il ne souffrirait; car où sera‘*, pour cet être simple, la cause de souffrance ? Admettant même qu’il souffrit, il faudrait que le remède fût un aussi. Or, les remèdes sont multiples. 11 y a en effet dans le corps beaucoup de substances qui, s’échauffant et se refroïidissant, se desséchant et s’humectant l’une l’autre contre nature, produisent des maladies; d’où il suit qu’il y a beaucoup de formes de maladies et en même temps beaucoup de traitements pour ces formes ; suivant moi, soutenir que l'homme n’est que sang et rien autre chose, oblige à montrer qu'il ne change pas de forme ni ne prend toutes sortes de qualités, et à signaler une époque, soit dans l’année, soit dans l’âge, où le sang seul paraisse existant ; car il faut bien qu’il y ait au moins une époque où cette humeur se fasse voir exclusivement. » ($ 2.)

« Le corps de l'homme a en lui sang, pituite, bile jaune et bile noire; c’est là ce qui en constitue la nature et ce qui y crée la maladie et la santé, Il y a essentiellement santé quand ces principes sont dans un juste rapport de crase, de force et de quantité, et que le mélange en est parfait ; il y a maladie quand un de ces principes est, soit en défaut, soit en excès, ou, s’isolant dans le Corps, n’est pas combiné avec tout le reste. Nécessairement, en effet, quand un de ces principes s’isole et cesse de se subordonner, non-seulement le lieu qu'il quitte s’affecte, mais celui

modifications organiques à celles que subit la cellule, fondement primordial de l'organisme? — Le principe de la dualité trouve aussi un défenseur dans la Collection. On lit, en effet, au Ier livre ($ 3) du traité Du régime : « Les animaux et l’homme lui-même sont composés de deux Substances divergentes pour les propriétés, mais convergentes, inséparables, le feu et l’eau ; le feu donne le mouvement, l’eau l’aliment. » La prévalence, ou l'intensité des qualités de l’un ou l'autre élément sert à expliquer la diversité des tempéraments, et secondairement, des dispositions morbides,

où il s'épanche s’engorge et cause douleur et travail. Si quelque humeur flue hors du corps plus que ne le veut la surabondance, celte évacuation engendre la souffrance. Si, au contraire, c’est en dedans que se font l’évacuation, la métastase, la séparation d'avec les autres humeurs, on a fort à craindre, suivant ce qui a été dit, une double souffrance, sayoir, au lieu quitté et au lieu engorgé. » ($ 4.)

«Les principes qui constituent l’homme sont: le sang, im pituite et la bile jaune et noire (1). Et d’abord, remarquons-le, dans l'usage, ces humeurs ont des noms distincts qui ne se confondent pas ; ensuite, dans la nature, les apparences n’en sont pas moins diverses: ni la pituite ne ressemble au sang, ni le sang à la bile, ni la bile à la pituite. En effet, quelle similitude y aurait-il entre des substances qui ne présentent ni la même couleur à la vue, nila même sensation au toucher, n'étant ni chaudes, ni froides, ni sèches, ni humides de la même manière? Il faut donc, avec une telle dissemblance d'apparence et de propriêtés, qu’elles ne soient pas identiques, s’il est vrai que le feu et l'eau ne sont pas une seule et même substance. On peut se convaincre qu’elles ne sont pas en effet identiques, mais que chacune à une vertu et une nature particulière: donnez à un homme un médicament phlegmagogue, il vomit de la bile; de même la bile noire est évacuée, si vous administrez un médicament qui agisse sur la bile noire : enfin, blessez quelque point du corps de manière à faire une plaie, du sang s’écoulera. Et cela se produira devant vous chaque jour et chaque nuit, l'hiver comme l'été, tant que l’homme pourra attirer en lui le souffle et le renvoyer. » ($ 5.)

« La pituite augmente chez l’homme pendant lhiver; car, étant la plus froide de toutes les humeurs du corps, c’est celle qui est la plus conforme à cette saison. Si vous voulez vous convaincre qu’elle est la plus froide, touchez de la pituite, de la bile et du sang, et vous trouverez que la première est plus

(4) C'est là un des systèmes hippocratiques qui ont le plus servi à la constitution des doctrines galéniques. Voilà pourquoi je m'y étends avec quelque complaisance. — Peu de traités ont eu une aussi grande fortune et exercé autant d'in fluence que celui De /a nature de l'homme.

froide que les deux autres (1) ; cependant, elle a beaucoup de viscosité, et après la bile noire c’est l'humeur dont l'expulsion exige le plus de force; or, ce qui est expulsé avec force, s’échauffe par la violence même de l’effort; et pourtant, malgré toutes ces conditions, la pituite se montre la plus froide en vertu de sa nature propre. L'influence de l'hiver sur l’augmenlation de la pituite dans le corps, vous la reconnaîtrez aux signes Suivants: c’est dans cette saison qu’on crache et qu'on rmouche le plus de pituiie et que surviennent de préférence les leucophlegmasies et les autres maladies pituiteuses. Au printemps, la pituite conserve encore de la puissance et le sang s'accroît ; le froid se relâche, les pluies arrivent, et le sang prévaut, sous l'influence de l’eau qui tombe et des journées qui s’échauffent ; ce sont les conditions de l’année qui sont le plus conformes à sa nature, car le printemps est humide et chaud. Faites, en effet, attention à ces circonstances: c’est au printemps et en été qu’il ÿ à Surtout des attaques de dysenterie, que des hémorrhagies se font par les narines, et que le corps est rouge et le plus chaud. En été, le sang a encore de la force, mais la bile se met en mouvement dans le corps, et elle se fait sentir jusque dans l'automne. Le sang diminue dans celte dernière saison, qui lui est contraire, mais la bile domine dans le corps en été et.en au. lomne: vous en aurez pour preuve les vomissements spontanés de bile qui se font à cette époque, les évacuations éminemment bilieuses que provoquent les cathartiques, et aussi le caractère des fièvres et la coloration de la peau. La pituite est au minimum dans l'été, saison qui, étant sèche et chaude, lui est naturellement contraire. Le sang est au minimum en automne, saison sèche et qui déjà commence à refroidir le corps humain ; mais c’est alors que la bile noire surabonde et prédomine. Quand l’hiver revient, d'une part la bile refroidie décroît, d'autre part la pituite augmente derechef par l'abondance des pluies et la longueur des nuits. Donc toutes ces humeurs existent constamment dans le corps humain ; seulement elles y sont, par l'influence de

(4) En général, les humeurs sont distinguées, non comme ici, par leurs qualités physiques extérieures, mais par leurs qualités radicales; il y a un chaud ou un froid qui n'appurait pas, mais qui est.

la saison actuelle, tantôt en plus grande, tantôt en moindre quantité, chacune selon sa proportion et selon sa nature. L’année nemanque en aucune saison d'aucun des principes, chaud, froid, sec, humide; nul, en effet, de ces principes ne subsisterait un seul instant sans la totalité des choses existant dans ce monde, et, si un seul venait à faire défaut, tous disparaïîtraient ; car, en vertu d’une seule et même nécessité, tous sont maintenus et alimentés l'un par l’autre. De même dans l'homme, sil manquait une des humeurs congénitales, la vie ne pourrait continuer. Dans l’année régnent tantôt l'hiver, tantôt le printemps, tantôt l’élé, tantôt l'automne; semblablement dans l’homme prévalent tantôt la pituite, tantôt le sang, tantôt la bile, d’abord celle qu’on nomme jaune, puis celle qu’on nomme noire. Vous en avez la preuve la plus manifeste, en donnant à la même personne le même évacuant quatre fois dans l’année; en hiver, le vomissement est le plus pituiteux, au printemps, le plus aqueux, en été, le plus bilieux, en automne, le plus noir. » ($ 7.)

« Nécessairement, les choses étant ainsi, les maladies accrues par l'hiver cessent en été, accrues par l’été cessent en hiver, celles du moins qui ne se terminent pas en une période de jours, genre de période dont je parlerai ailleurs (4). Les maladies engendrées au printemps, on en attendra la solution à l'automne ; les maladies automnales, le printemps en amênera forcément la guérison. Mais pour toutes celles qui dépasseront ces limites, sachez qu’elles seront annuelles (c’est-à-dire qu’elles durent une ou plusieurs années). Le médecin, de son côté, doit traiter les maladies en se souvenant que chacune prévaut dans le corps suivant la saison qui lui est le plus conforme. » (K 8. }

L'auteur du traité Des airs ou des vents lombe indirectement sous la critique de l’auteur De la nature de l’homme. En souvenir, ce semble, de Diogène d’Apollonie, il prend un seul élément, l'air, pour expliquer toutes choses dans le monde et dans l’homme. Écoutez plutôl:

(4) I semble que ce livre soit une dépendance du Pronostic. Voy. ce traité, 20, ctaussi Aph., LE, 23; Coaques, 193; Épid., IL, 3, 10. Cependant on n’oscrait pas affivmer que les deux ouvrages viennent de la même main.

« Le corps des hommes et des autres animaux est alimenté par trois sortes d'aliments; ces aliments sont nommés vivres, boissons, souffles. Le souffle s'appelle vent dans les corps, air hors du corps. L'air est le plus puissant agent de tout et en tout ; il vaut la peine d’en considérer la force. Le vent est un flux et un Courant d'air; lors donc que l'air accumulé est devenu un courant violent, les arbres tombent déracinés par l’impétuosité du souffle, la mer se soulève, et des navires d'une grosseur démesurée sont lancés en haut. Telle est la puissance qu’en cela il possède. Invisible, à la vérité, pour l'œil, il est visible à la pensée; car Sans lui quel effet se produirait? De quoi est-il absent, ou en quoi n'est-il pas présent? Tout l'intervalle entre la terre et le ciel est rempli de souffle. Ce souffle est la cause de l'hiver et de l’été; dense et froid dans l’hiver, dans l'été doux et tranquille. La marche même du soleil, de la lune et des astres est un effet du souf- Île; car le souffle est l'aliment du feu, et le feu privé du souffle ne pourrait pas vivre ; de sorte que la course éternelle du soleil est entretenue par l'air, qui est léger et éternel lui-même. Évidemment aussi la mer est en communication avec le souffle ; car les animaux nageurs ne Pourraient pas vivre privés de cette communication, et comment lauraient-ils autrement qu’en tirant l'air par l’eau et de l’eau? La terre est la base où l'air repose, l'air est le véhicule de la ierre, et il n’est rien qui en soit vide. » ($ 3.)

« Les vents sont, dans toutes les maladies, des agents princi- Paux; tout le reste est cause concomitante et accessoire; cela seul est cause effective, je l'ai démontré. J'avais promis de signaler l’origine des maladies, et j’ai établi que le souffle, souverain dans tout le reste, l’est aussi dans le corps des animaux. J’ai fait porter le raisonnement sur les maladies connues (iléus, fluxions, hémoptysies, hydropisies, ruptures, apoplezies, épilepsies, $$ 9-1), où l'hypothèse s’est montrée véritable (1). Si

(4) L’explication que l’auteur donne de la formation de l’écume dans l’épilepsie, pourra faire juger des conséquences déplorables qu’entraîne la manie de tout expliquer avec une fausse physiologie appuyée sur une mauvaise anatomie : « Ce n'est Pas sans raison que l'air vient à la bouche ; l'air pénétrant par les veines jugulaires, passe, il est vrai; mais, en passant, il entraîne la partie du sang la plus

jentrais dans le détail de toutes les affections, mon discours en deviendrait plus long, mais il n’en serait ni plus exact ni plus convaincant. » ($ 15.)

On pourrait placer le traité Des régions ou Des lieux dans Phommeaux confins des livres cnidiens et des livres hippocratiques. — La pathologie dans ce traité est fondée sur ces deux principes :

4° Que dans le corpsiln’y a ni commencement ni fin, attendu que la plus petite partie a tout ce que possèdent les grandes; ce qui rappelle un peu le système des homoïoméries d’Anaxagore. Il en résulte que les maladies de quelque partie que ce soit retentissent sur toutes les autres. C’est la première esquisse des synergies et des sympathies.

Le second principe, c’est que les parties sèches sont plus exposées aux maladies que les humides, et que les maladies y sont plus fortes et plus tenaces. Gar dans les parties humides une maladie est flottante, change de place, laisse des intermissions et n’est pas fixée. La conséquence de ce second principe, c’est qu'il faut connaître la structure de l’homme pour bien déterminer ses maladies, lesquelles consistent surtout en flux.

Suit une anatomie grossière des vaisseaux qui, partant de la tête, communiquent tous entre eux. Ges communications rendent précisément les maladies qui dépendent des veines moins tenaces que celles qui dépendent des parties fibreuses ou musculaires : la preuve en est dans le tétanos, maladie si terrible parce qu’elle tient aux parties fibreuses |

Après cela vient une théorie des fluxions, fondée sur cette anatomie des chairs et des vaisseaux (1).

Il y a deux espèces de fluxions : 4° l’une par le froid :

Les chairs se resserrent et exercent une pression sur les veines, lesquelles poussent alors les liquides vers certaines parties, là où le veut là chance.

ténue; le liquide ainsi mélangé avec l'air blanchit, car l'air apparaît dans sa pureté à travers les membranes subtiles ; voilà pourquoi toutes les écumes sont blanches ! » (6 14.)

(4) Voyez aussi sur l'anatomie des veine : Nature de l'homme, 11; Épid., W, 19,4; Maladie sacrée, 3.

442 COLLECTION HIFPOCRATIQUE.

2° Autre espèce, par le chaud : les chairs se dilatent, rendant les voies plus perméables ; en même temps le liquide atténué par le chaud perd sa densité et coule plus volontiers.

L'auteur énumère ensuite sept fluxions qui viennent de la tête sur les narines, les yeux, les oreilles, la poitrine, la moelle, les vertèbres et les hanches.

Cette description des sept fluxions, qui, subdivisées en espèces, forment presque toute la nosologie de l’auteur, rappelle tout à fait la méthode cnidienne.

Transcrivons maintenant la théorie des fluxions que Galien a en partie acceptée (1) :

« Les fluxions surviennent, et quand la chair est refroidie en excès et quand elle est échauffée en excès et en état de subphlegmasie (accumulation de phlegme ou sucs blancs). Les fluxions provenant du froid (quand c’estle froid qui les produit) se font lorsque la chair qui est dans la tête et les veines sont tendues; les veines, vu que la chair frissonnant se contracte et exerce une action d'expulsion, expriment le liquide, les chairs contractées exercent une expulsion en sens inverse, et les cheveux se hérissent, étant pressés fortement de tout côté à la fois; de là, tout ce qui est exprimé s’épanche là où le veut la chance, La fluxion par la chaleur se produit quand les chairs raréfiées ouvrent des voies et que le liquide échauffé est devenu plus ténu; en effet, tout liquide échauffé perd de sa densité, et tout s'écoule dans ce qui cède; c’est surtout quand il y a excès de phlegmasie que la fluxion s'opère; alors, les chairs étant trop remplies, ne peuvent pas contenir tout le liquide, et ce qui ne peut être contenu s’épanche là où le veut la chance ; une fois que les conduits sont devenus coulants, la fluxion se fait sur tel ou tel lieu jusqu'à ce que les voies de la fluxion se ferment par la détuméfaction, le corps se séchant. En effet, le corps, communiquant partout aveclui-même, saisit le liquide en quelque lieu que ce soit et l’attire vers la partie qui est sèche ; et la chose n’est pas difficile, attendu que le corps est vide et détuméfié. Quand les parties inférieures sont sèches ei les supérieures humides (les vaisseaux d’en haut sont plus hu-

(1) Elle est indiquée seulement dans la Nature de l’homme.

mides, car les veines sont plus nombreuses en haut qu’en bar, et les chairs de la tête ont besoin d’une moindre humidité), quand donc les parties inférieures sont sèches, la partie sèche attire l'humidité de la tête; en même temps les voies sont ouvertes plutôt à ce qui arrive qu'à ce qui s’en va, car elles gagnent cela, étant sèches; de plus, les liquides vont naturellement en bas, même pour la moindre sollicitation. » ($ 9.)

Si je n'ai fait que rappeler un peu plus haut (voy. p. 413) les passages des divers traités de la Collection où les maladies sont attribuées, soit au régime, soit aux influences atmosphériques, c’est que, dans ces passages, il s’agit, non pas de la cause organique immédiate des maladies (pathogénie), mais des causes déterminantes, occasionnelles ou médiates, en d’autres termes, d’une question de simple étiologie. Ces deux ordres d'idées sont trés-distincts dans l’Ancienne médecine, dans la Nature de l’homme et dans d’autres traités. Dans l’Ancienne médecine, le régime exerce son influence en altérant les qualités des humeurs, altération qui est la vraie cause pathogénique, et dans la Nature de l’homme, en troublant le mouvement de ces mêmes humeurs, ou en changeant la proportion. Ici la pathogénie est plutôt dynamique, là plutôt mécanique, comme aussi dans le traité Des lieux dans l’homme, et dans celui Des airs. Pour l’auteur de ce dernier écrit, le régime est causes de maladies, parce qu’en accumulant l'air ou en l'écartant de sa route, il produit, soit des distensions d’où résultent la fièvre et tous ses accidents, frissons, etc., soit des changements de courants, d’où les flux et les fuxions, soit une dilatation des pores qui laissent alors arriver l'humidité (kydropisies), soit enfin une perturbation radicale du sang, régulateur de l'intelligence, perturbation qui entraine l’épilepsie et d'autres désordres nerveux.

Connaître bien ces divers systèmes, c’est tenir la clef de la pathogénie antique. Mais tous n’ont pas eu une égale fortune. Le pneumatisme, dont on trouve aussi quelque trace dans le traité De la maladie sacrée, à peu près oublié durant de longues années, à reparu, sous une autre forme, cinquante ans après Jésus-Christ; la considération des qualités élémentaires des hu-

meurs occupe peut-être un peu moins de place dans la suite des temps que celle de leur disproportion ou de leurs mouvements désordonnés; la théorie des fluxions est, par conséquent, au premier rang. La pathogénie de Galien est un compromis, et précisément dans la mesure que Jj'indique, des théories humorales hippocratiques ou cnidiennes.

Sommaine: Etat dela médecine après Hippocrate et avant sa transplantation de Grèce en Égypte. — Fondation de l’école médicale d'Alexandrie. — La médecine reste grecque et n’emprunte rien à la sagesse égyptienne. — Direction que prend la science entre les mains des principaux représentants de l’école d'Alexandrie, et particulièrement entre celles d'Hérophile et d'Érasistrate.

MESSIEURS

Ce n’est pas sans regret ni sans le désir d’y revenir souvent que nous avons abandonné Cos et Cnide pour suivre la fortune de la médecine qui émigre de Grèce en Égypte (1). Avec Hippocrate finit la troisième période de l’histoire de la médecine, période essentiellement constitutive non-seulement pour la médecine, mais pour toutes les autres branches de la culture intellectuelle. C’est une période décisive dans les destinées du genre humain. Tous les germes du savoir des siècles futurs y sont contenus, tout en procédera désormais. Ce n’est pas une renaissance comme au temps de Charlemagne, de Léon X, de Louis XIV; c’est le mouvement spontané du génie grec, qui

(1)“Albut (Clifford), Essay on the Medicine of Greeks, dans British and foreign Medico-chirurg. Journal, t. XXXVII, janvier 1866, p. 170; t. XXVIIE, octobre 1866,.p-183, semble s'être proposé de résumer l'histoire de la médecine jusqu’à et Ycompris Galien, Le premier article est particulièrement consacré à la médecine danses temples; L'auteur n’a pas distingué les Asclépiades-prêtres des Asclépiadesmédecins il croit, mais à tort, que les périodeutes, ou médecins voyageurs, se rattachent à l'institut de Pythagore : cette coutume d'aller exercer de ville en ville estriout-afaitindépendante du régime pythagoricien ; elle remonte aux temps héroïques. En Grèce, les artistes étaient ambulants; on le voit déjà dans l'Odyssée. Le second article renferme des notices bibliographiques ou littéraires sur Hippocrate, ét l'analyse du traité Des airs, des eaux et des lieux. C'est un travail consciencieux, mais dont il faut attendre la suite pour juger si l’auteur à fait des recherches originales.

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