MALADIES DES FEMMES
fistuleux, les cathéters en S, les spatules pour étendre ou introduire les médicaments, les tiges de plomb employées comme dilatateurs, les tiges creuses pour porter les médicaments dans l'utérus ou au fond des plaies béantes, la sonde cannelée pour les débridements, la sonde en cuvette pour doser les médicaments, la sonde d’étain en forme de grosse aiguille pour passer le fl dans l'opération de la fistule, les clystères, les appareils pour fumigations du pharynx et du vagin, les bistouris ou couteaux de diverses formes, le phlébotome, un instrument pointu qu’on attachait au doigt pour ouvrir les abcës qu'on sup posait siéger sur l’épiglotte, les ventouses, les aiguilles triangulaires pour les mouchetures, les moxas, les rugines, les suppositoires de corne, le spéculum, les tentes de charpie. Quand nous l'avons pu, nous avons mis les originaux ou les dessins sous vos yeux. Nous n’avons pas négligé non plus de vousinitier aux détails de la pharmacologie, et de vous rappeler les formes sous lesquelles les médicaments étaient conservés ou administrés.
Dans l'examen des riches et volumineux traités sur les maladies des femmes et les accouchements (4), livres qui, dans leur ensemble, dérivent de l’école de Cnide, six points principaux ont plus particuliérement attiré notre attention :
1° Le rôle des sages-femmes, des médecins et de la patiente dont on faisait davance l'instruction pour qu’elle sût se soigner elle-même. La sage-femme a le gros de la besogne, mais le médecin intervient parfois activement, et toujours il dirige le traitement dans les cas un peu compliqués (2).
2° Les recherches si délicates de l’auteur du traité De /« génération et De la nature de l'enfant sur l'embryon, d’aprés l'œuf
(4) Je crois qu'il y a de bonnes raisons pour ne pas considérer la Nature de la femme comme un extrait ou un abrégé des Maladies des femmes, ainsi qu'est le Mochlique par rapport aux Fractures et aux Luæations. On peut au contraire démontrer que les chapitres ou passages qui se lisent dans les deux traités ont été transportés, par interpolation, de la Nature de la femme dans les Maladies des femmes par quelqu'un qui voulait compléter ce dernier traité, exdetement comme on a cherché, si maladroitement, à compléter Soranus avec Aétius.
(2) Cependant, dans les Maladies des femmes (1, 62), les médecins sont repris pour ne pas être assez insiruits touchant les maladies propres aux femmes,
des oiseaux et d'après un produit d’avortement chez une courtisane.
30 La confrontation des théories sur la génération avec celles que nous avions exposées d’après les philosophes.
he L'examen attentif de tous les accidents qui, à la suite des accouchements, rappellent ceux de la métropéritonite puerpérale. Ë
5 Les causes de la dystocie, et les opérations qu’elle nécessite.
@ Enfin, comme complément, nous avons donné un historique aussi complet que possible de toutes les médications locales dirigées contre les diverses affections de l'utérus, médications longtemps négligées et, de nos jours, reprises avec succès; à Ce propos, nous avons fait connaître les divers procédés de fumigations et les nombreuses variétés de pessaires solides ou mous usités dans ces temps reculés.
Dans son édition d’Hlippocrate, M. Littré a ouvert des horizons nouveaux pour l'historien de la médecine, et il l'a mis en possession d'une méthode qui seule est capable de donner à l’histoire ce degré d’utilité pratique qu’on recherche aujourd’hui avant toutes les autres utilités, même avant le plaisir désintéressé de l'étude. M. Littré a montré qu'on ne saurait ni comprendre les ouvrages des anciens, ni en tirer aueun profit (et j'entends par anciens non pas seulement Hippocrate, mais n0S aïeux d’iliy a cent ans), Si l’on ne s’attache pas à contrôler leurs observations et leurs doctrines par le rapprochement des observations et des doctrines modernes; or, c'est précisément ce moyen de contrôle qui manquait jusqu’à une époque très-rapprochée de la nôtre, puisqu'on était asservi aux anciens et qu'on ne pensait ni ne voyait par Soimême. Je n’ai jamais manqué une occasion d'établir ce parallèle depuis le moment où il a été possible d’en recueillir les éléments dans la série des auteurs que nous avons étudiés ensemble. Cest ainsi que nous avons pu, pour choisir les exemples les plus saillants, rapprocher Hippocrate des praticiens français, anglais ou allemands pour la fièvre pseudo-continue et pour les affections
BAPPROCHEMENTS DES HIPPOCRATISTES ET DES MODERNES. 129
du foie; — de M. Louis pour la phthisie aiguë ; — de M. Grisolle pour la pneumonie, surtout pour l'emploi des bains dans cette maladie: — de M. Gosselin pour une épidémie d’érysipèle gangréneux; — de nos plus illustres chirurgiens du xvrr et du xix° siècle, de Paris ou d'Angleterre, pour les fractures, les luxations ou certaines maladies organiques des os ; — de MM. Bennet, Nonat, Bernutz et Goupil, pour les inflammations utérines; — de MM. Mélier, Trousseau, Auguste Voisin, Huguier, pour l’hématocèle rétro-utérine et pour le cathétérisme utérin; — de M. Gubler et d’autres observateurs modernes pour les paralysies consécutives aux affections aiguës, et surtout à diverses espèces d’angines. — Enfin, la confrontation des traités les plus récents sur les urines (en particulier ceux de Al. Becquerel, de Golding Bird, de Lionel Beale, et l’ouvrage de Rayer Sur les maladies des reins) avec divers passages du Pronostic, des Épidémies, des Coaques, des Aphorismes, elc., nous ont permis de reconnaîtrt souvent, d’une part le genre d’altération chimique des urines d’après les seules apparences extérieures indiquées par Hippocrate, et, d’autre part, de vérifier la justesse de son diagnostic ou de son pronostic tirés de ces observations. Nous n’avons pas étudié, d’après cette méthode, moins de vingt-sept espèces d’urines, et nous avons insisté sur les urines écumeuses, c’est-à-dire albamineuses, trés-reconnaissables dans divers passages, soit par ellesmêmes, soit par le groupe de symptômes dont elles font partie.
Vous avez écouté avec intérêt ces rapprochements, toujours instructifs et souvent inattendus; plus d’une fois aussi vous avez pris plaisir, soit à un heureux diagnostic anatomique, médical ou chirurgical (4), soit à une multitude d'observations si exactes
(4) Par exemple, un auteur hippocratique (Épid., VIE, 121) diagnostique une plaie du diaphragme, parce que le malade est pris d’un rire plein de trouble; — un autre reconnaît une affection de l’épiploon et des vertèbres au pus qui s'échappe et à la direction du trajet fistuleux (Épid., V, 26); — un troisième a indiqué l’érysipèle pharyngien comme complication de V’érysipèle externe (voy. Coaques, 357 suiv.); — un quatrième (Épid., IF, 11, 24) signale la paralysie du voile du palais dans la paralysie faciale. — L'auteur du II livre des Prorrhétiques, un des livres les plus précieux et les plus instructifs de la Collection, mentionne ($ 39) l’atrophie musculaire dans les paratysies. — Dans A/féct. internes, I, 29, on trouve une obser-
vation d’hydatides du poumon avec essai d'anatomie pathologique comparée. DAREMRERG. 9
et si délicates, que nous n’en avons retrouvé le double exemplaire, par conséquent la vérification, que dans nos auteurs les plus récents. Quoique, sous ce rapport, les médecins de Cnide rivalisent avec ceux de Cos, cependant nous avons reconnu, d’une façon générale, la supériorité de Cos sur Cnide; la raison de cette supériorité, c’est que les médecins de Cos, plus cliniciens que les médecins de Cnide, se défendent un peu mieux contre la séduction des théories et des hypothèses ; ils usent avec plus de discrétion de la mauvaise physiologie traditionnelle, qu'on pouvait oublier par instants, mais qu'il était impossible de réformer, puisque rien n’était préparé pour une pareille réforme, ni cans les méthodes d'investigation, ni dans les résultats acquis. Ge qui doit même nous élonner et commander notre respect, c'est qu'avec des instruments si peu nombreux où si imparfaits, les auteurs de la Collection hippocratique aient fait de si grandes œuvres. Les moindres ressources sont mises à profit, et les erreurs mêmes finissent par exciter à des recherches fructueuses. Cest là une preuve sans réplique de l'efficacité de la méthode d'observalion partout où elle exérce son empire, car c’est au fur et à mesure que se perfectionne celie méthode que les acquisitions positives se régularisent et que les hypothèses s’évanouissent.
Une science vaine, comme quelques-uns affectent de représenter la médecine, ne procède pas ainsi ; rien n’a changé ni dans les procédés essentiels ni dans les résultats définitifs de la cabale, de la magie, du magnétisme ou du charlatanisme, depuis qu'on fait de la magie, du magnétisme, de la cabale ou du charlatanisme. Au contraire, en médecine, même dans les périodesles plus obscures, il y a un progrès d'un siècle sur un autre, et les choses ne restent pas au même point. Gest avec raison que l’auteur de l'Ancienne médecine ($ 2) s’écriait: « Depuis longtemps la médecine est en possession d’une méthode qui assure le présent et qui prépare Vavenir. » Voilà la vraie tradition : que ceux-là qui parlent tant de cette tradilion la cherchent patiemment dans les monuments écrits, qu’ils la suivent pas à pas. En pareille matière les phrases sont stériles, les textes seuls sont féconds.
Tout en recueillant ces précieuses traces de diagnostic dans la Collection, il ne faut pas oublier que ce diagnostic se rapporte