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PHYSIOLOGIE EXPÉRIMENTALE

On peut diviser isolément les muscles antérieurs, ou tout ensemble les antérieurs et les postérieurs, mais sans ouvrir la plèvre. Pour diviser les antérieurs seulement, on les détache de la côte inférieure avec des scalpels convexes sur leurs tranchants, puis on les dissèque de bas en haut, en évitant d’intéresser les nerfs et les vaisseaux logés dans la gouttière de la côte supérieure, La perte de la voix est proportionnelle au nombre de muscles intercostaux divisés. Quand la plèvre est ouverte, l'air entre et sort pendant l'inspiration et l'expiration ; l'animal est à demi muet quand l'ouverture n’existe que d’un côté; il l’est tout à fait quand elle existe des deux; mais si on la ferme, il recouvre la voix (1).

On va chercher les nerfs intercostaux sur les parties latérales de la colonne vertébrale ; une fois qu'on les a découverts, on passe sous eux un petit crochet, comme celui qui sert à l'opération des varices : ce crochet ne doit pas être trop mousse, pour pénétrer facilement sous le nerf, ni trop pointu, pour ne pas blesser les parties environnantes; aprés avoir attiré légèrement lé nerf, on remplace le crochet par le dipyrène ordinaire (stilet ou sonde terminée aux deux bouts par une olive), quile maintient au niveau des bords de la plaie : alors on passe une aiguille avec un fil de lin, etlon serre le nœud le plus prés possible de la moelle. Quand on répète ces expériences en public, on ne fait pas le nœud d'avance, mais on a plusieurs aides, qui, à un signal donné, étreignent d’un seul coup tous les nerfs; l'animal qui criait devient muet instantanément, puis crie de nouveau quand on cesse la constriction, et les spectateurs sont émerveillés de ces changements subits. Galien, qui ne craignait pas les effets de théâtre, ajoute qu’on peut varier ce spectacle attrayant : tantôt on serre un peu plus, tantôt un peu moins, tantôt tous les nerfs, tantôt un certain nombre, et la voix se modifie en proportion (27e La ligature ou la section du pneumogastrique le long du cou

(1) Des admin. anat., VII, 3.-=Voyez aussi trois chapitres fort importants, tirés par Oribase d’un livre de Galien dont on n'avait qu'un court extrait, et où il est traité du mécanisme de à respiration et de la voix, (Oribase, Colect. méd.) livres incertains, chap. 42, 49, 44: t, III, p, 249, suiv. |

(2) Loc, cit., 4.

fait disparaître la voix plus complétement et plus subitement encore (1).

En exécutant ces expériences sur les nerfs, si l’on venait à blesser une veine, et surtout une artère, dont le sang s'échappe en jaillissant, il faut en achever immédiatement la section un peu obliquement; parce que la loi commune à tous les vaisseaux ouverts, c’est que les deux bouts se rétractent chacun de son côté, et les chairs servent alors de bouchon à leur orifice béant; mais quand il n’y a pas de chairs, la division totale n’est pas utile à grand’chose : alors, que faut-il faire? Galien ne le dit pas ici (voy. p. 234, note 1); il ajoute seulement : Cet inconvénient n’a pas lieu pour les artères intercostales.

Pour couper les côtes, il prenait un animal maigre, et choisissait le moment de l'inspiration. On pourrait se servir d’un ciseau qui diviserait d’un seul coup la peau et la côte, mais on s’exposerait ainsi à pénétrer dans la poitrine si l'on frappait trop fort. Pour dénuder toute la côte des muscles et de sa membrane (le perioste), on se sert d’un instrument en forme de feuille de myrte, etrecourbé; on passe ensuite une spatule large entre le périoste et l'os, puis avec un ciseau dont les deux branches sont opposées, on incise la côte et on la détache, en ménageant la poitrine, les vaisseaux et les nerfs (2). Richerand a-t-il été plus habile dans sa fameuse résection de côtes?

Après des expériences si bien menées, des préceptes si judicieux, n’a-t-on pas lieu de s'étonner que, pendant quatorze siècles, la physiologie expérimentale ait été oubliée, que même après Harvey et Haller elle n'ait pas trouvé partout une grande faveur jusqu'à ce qu’enfin, par un commun essor, les Bichat, les Magendie, les Flourens, les Longet, les CI. Bernard, en France; en Angleterre, les Ch. Bell; les Burdach, les Müller, en Allemagne, eussent ramené définitivement la science à son véritable principe.

(4) Des admin. anat., NUL, 5. — Il en est de même pour les nerfs laryngés

récurrents (Des lieux affect., T, 6). ; (2) Admin. anat,, VIN, 7.

SOMMAIRE, — Suite et fin de Galien : sa pathologie et en particulier son traité Des lieux affectés. —— Ce que devient la médecine après Galien. — La culture scientifique se continue encore activement durant quelque temps. — Du preumatisme et de la secte épisynthétique. — Arétée. —— Des médecins compilateurs : Oribase, Aétius, Paul d'Égine. — Des routes diverses que suit la médecine après Oribase. — Médecine latine et commencements de la médecine néo-latine, — Coup d’œil sur la période suivante.

MEssiEuRrs,

Si de l'anatomie et de la physiologie nous passons à la pathologie, notre attention est aussitôt attirée et fixée par le traité Des lieux affectés, celui qui a le plus de renom, et qui, en réalité, mérite le plus sa réputation. L'économie de ce livre doit être d’abord très-nettement exposée. Galien cherche autant à reconnaître l'affection ou la diathèse que le lieu affecté ; mais, n'ayant à son service presque aucun des moyens de diagnostic qui nous permettent de pénétrer dans l'intérieur de l’organisme, et se trouvant ordinairement réduit à interroger les phénomènes extérieurs, spontanés, il constitue un diagnostic rationnel ou médiat plutôt qu'un diagnostic physique ou immédiat (1); il néglige même volontairement le diagnostic de toutes les maladies apparentes; son but n’est pas de décrire les maladies, ni surtout d'en étudier tous les symptômes; il se propose uniquement d'établir, par une méthode particulière dont il emprunte l'idée à Érasis= trate, et qui repose sur des connaissances quelquefois précises d'anatomie et de physiologie, la relation qu’il croit exister entre le lieu affecté, la nature de l'affection et certains symplômes déterminés, aussi bien ceux qu’on a sous les yeux que-:ceux qui ont

(£) Parfois cependant il y a un vrai diagnostic direct ou local, par exemple pour déterminer avec le cathéter et le toucher la présence de la pierre ou de caillots dans Ja vessie. — Voy. VI, 3-4, et aussi pour diverses autres affections, I, 4,

disparu et que lon connaît par la relation du malade ou de ceux qui l'assistent y.

C’est un traité dogmatique bien plus qu'un traité descriptif. Les faits et les exemples particuliers ne servent qu’à la démonstration des thèses générales; il est fondé sur cette proposition remarquable : jamais aucune fonction n’est léséesans que la partie qui lui donne naissance, qui en est le siége, ou qui lui fournit la matière, soit affectée (2).

Il y a dans ce traité de grandes lacunes, de nombreuses répétitions et des digressions fatigantes : SOUS prétexte de diaonostic, Galien fait de la physiologie, et, sous prétexte de physiologie et de diagnostic, il se livre à tous les emportements de la polémique; les hypothèses y abondent et l'anatomie pathologique y fait à peu près défaut. Tout ce que Galien peut contrôler par la physiologie expérimentale ou par l'observation directe des organes, est le plus souvent juste ; le reste est frappé de stérilité par la théorie des éléments, des humeurs et des facultés.

Quelques propositions générales suffiront à montrer dans quel système ce livre à été conçu :

4 Le diagnostic exige un homme d’une intelligence exercée dans la science des fonctions et des utilités des parties, par conséquent dans l'anatomie, car anatomie nous apprend entre autres choses la propriété de la substance de chaque partie (8).

(4) «Gertains symptômes, # dit-il, conduisent à un diagnostic parfait : ce sont ceux qui manifestent clairement la qualité propre de la substance affectée; certains autres sont sous la dépendance d'une conjecture logique inductive. » Aïlleurs : « Trois voies conduisent au diagnostic des lieux affectés : l'examen des parties du corps, celui des causes des affections, enfin la différence des symplômes (IL, 41). »

(2) Lieux affecte, V, 23 NOYe aussi chap. 6, et plus loin, n°$ 4 et 5, sur les’affections consécutives liées à des états pathologiques qui occupent des lieux éloignés.

(3) Bien différent, quoique non moins minutieux, est le diagnostic aux yeux des Hippocratistes : « Faire le résumé du mode de production ef du point de départ; discours multipliés, explorations détaillées ; reconnaître les concordances des symptômes entre eux, puis les discordances.… jusqu'à ce qu'il résulte une concordance seule et unique. De cette façon, on vérifiera une appréciation exacte et l’on trouvera le défaut d’une appréciation vicieuse. » (Épid.. VI, M, 122)

2 La connaissance des fonctions des parties ou de ce à quoi servent ces parties nous permet de découvrir le siége du mal, quand l’une de ces fonctions vient à être lésée, ou quand les parties ne servent plus à quoi elles doivent naturellement servir, car la lésion de la fonction propre est le symptôme pathognomonique de la lésion de chaque partie.

3° On n'arrive pas toujours par déduction certaine au diagnostic, mais souvent par une suite de raisonnements qui sont du genre de la conjecture logique déductive, laquelle tient le milieu entre une notion exacte et une ignorance complète. 4 Les affections locales sont de deux sortes : les unes sont constituées par une diathése permanente ou idiopathique, les autres par une diathèse passagère sympathique (ou mieux consécutive) et qui tient à une autre affection, comme l’ombre tient au corps. Dans l’un et l’autre cas, il n’y en a pas moins un lieu affecté puisqu'il y a des fonctions affectées ; il cite en exemple les symptômes de suffusion dans certaines affections de l'estomac.

5° Il n’y a pas de lésion de fonctions sans lésion d'organes; mais l'affection organique qui produit l'affection de la fonction n’a pas toujours. pour siége le lieu où se passe la fonction, il faut aller chercher plus loin: par exemple, certaines altérations soit de la respiration ou de la voix, par suite de paralysie des muscles intercostaux, soit du sentiment ou du mouvement, par suite d'affection de la moelle ou du cerveau. C’est ce qu’on a appelé des affections sans matière, et ce que Galien appelle des affections par manque de la matière propre à la fonction (1).

6° D'un autre côté, comme il existe une partie propre à chacune des fonctions, la fonction doit être lésée quand la partie qui l’engendre éprouve quelque altération.

7 La persistance de la lésion fonctionnelle dépend de la persistance de la lésion organique qui est cause par rapport à la lésion fonctionnelle.

(1) On trouvera au chap. 6 du livre I® des exemples de ce diagnostic à distance, — Voy. aussi ILE, 14, 14 (où le grand danger de l’apoplexie estrapporté à l’asphyxie); IV, 2, 7, 8-14 (diagnostic différentiel des rejets de sang) ; V, 8 (hépatite),

8° Quand on ressent une douleur très-aiguë à l’intestin, il est positif que la partie est affectée; néanmoins il est également positif qu’une évacuation subite d'une humeur particulière dissipe et la douleur et en même temps l'affection. Toutefois Galien, qui prend ici la douleur pour l'affection, va trop loin quandilen conclut que c’est l'humeur qui causait la douleur, et par conséquent l'affection.

9° Il y a deux espèces fondamentales de maladies : les rnaladies simples ou élémentaires, considérées en elles-mêmes et dans les tissus : l’inflammation, les dyscrasies; qu’elles soient intenses, fixes ou légères et passagères, elles n’en sont pas moins des affections; — et les maladies organiques, c’est-à-dire les maladies simples considérées dans la diversité des organes, qui changent non d’essence, mais de siége, détendue, d'intensité, et qui demeurent ou ne demeurent pas.

10° En même temps qu’on cherche le lieu affecté, on trouve aussi le plus souvent la nature de l’affection, et par conséquent l'indication thérapeutique, qui, à son tour, sil’on réussit, confirme le double diagnostic. — Galien en fournit des preuves nombreuses pour les affections des diverses parties des voies digestives.

11° La recherche de la nature de l'affection fait partie essentielle du diagnostic.

12° Il y a des matières excrétées, par exemple, les fausses membranes, qui sont identiques, bien qu’elles appartiennent à des affections de siége différent, il faut, par conséquent, examiner par quelles voies elles sont rendues pour établir un diagnostic différentiel sur le siége du mal (1). Mais aussi 1l y a des signes propres à des affections de nature et de siège déterminés. Ainsi le dégoût, les nausées, désignent une affection de lorifice de l'estomac; — des déjections sous forme de lavures de chairs signifient atonie du foie; dans les excréments, des matières semblables à des grains de citrouille, indiquent le taenia, et par conséquent une affection des intestins. La rougeur des pommettes accompagne la pneumonie. Il y a aussi des symptômes

(4) « Les lésions de la fonction indiquent seulement la partie affectée ; Les différences de lésion révèlent l'affection de la partie, »

spéciaux qui révélent des affections particulières. (Vous voyez que nous passons du diagnostic à la symptomatologie.) Ainsi, l’incurvation des ongles estun signe d’affection de longue durée ; le frisson sans motif, au milieu d’une fièvre, annonce la formation du pus.

Voici maintenant quelques remarques particulières qui, pour les casles plus simples, conduisent également au diagnostic local :

1° Dans les blessures du périnée, au premier jour, il n’y a point de signes pathognomoniques; mais peu de temps après l'urine sort par la plaie; donc il existe une blessure de la vessie. Dans un cas observé par Galien, le malade n’avait pas d’abord uriné et il éprouvait un grand poids.

2° La sortie d’excréments par une plaie prouve que l'intestin a été blessé.

8° L’air qui s’échappe de la plaie indique que l’arme a pénétré dans la cavité de la poitrine.

4° Si l'épiploon ou une anse d’intestin s'échappe, à nu, au dehors, nul doute que le péritoine n’ait été ouvert.

5° On reconnaît les ulcères de la vessie aux lamelles qui s’échappent avec les urines, et ceux des reins aux corps charnus qu’elle entraîne également.®

Autres cas d’une espèce différente, mais également simples :

1° Dans les plaies du crâne, un fungus qui apparaît prouve que la dure-mère est lésée.

2 Dans les affections des os, le pus est d’une nature particulière.

3° Les fausses membranes expulsées par la toux prouvent que les voies aériennes sont enflammées.

° [est clair aussi que ce n’est pas du côté du foie ou du poumon qu'on dirige son attention dans les phénomènes qui regardent lémission des urines. — Il n’est pas moins certain que, sans l’anatomie et sans la physiologie, on ne saurait pas si le mal réside dans les reins, les uretères, la vessie ou le canal urinaire. Toutefois il faut bien reconnaître avec Galien lui-même, très-explicite sur ce point particulier, que la rétention d'urine, par exemple, ou l’émission involontaire de ce

23h GALIEN.

liquide peut tenir à une affection de la moelle. Elle pourrait tenir aussi à quelque tumeur développée en dehors des voies urinaires, mais sur leur trajet.

5° [ly a enfin des signes qui dépendent essentiellement et uniquement de la présence de certains corps étrangers qui ne peuvent exister que dans des parties déterminées, par exemple les calculs.

Terminons, en l'accompagnant de réflexions, par une observation que Galien rapporte plusieurs fois d’abord aux chapitres 1 et 9 du livre III des Administrations anatomiques, pour établir Vutilité de l’anatomie dans la pratique de la médecine aussi bien que de lachirurgie, puisauxlivres Let IE, chapitres 6 et 44, des Lieux affectés, pour montrer à quelles conditions on arrive à déterminer le siége ou le point de départ des maladies. À elle seule, cette observation prouve que Galien pouvait se permetire de donner à ses confrères des leçons de diagnostic local, sans justifier toutefois, ni la dureté de ces leçons, .ni la vanité de celui qui les donne.

Comme tous les doigts ne reçoivent pas le mouvement et le sentiment du même nerf, ce qu’il faut se rappeler pour diaonostiquer et traiter les diverses paralysies, il importe beaucoup de suivre avec le scalpel et de décrire les différents troncs qui parcourent les membres. Galien recommande aussi de ne pas oublier les rapports des nerfs, non plus que ceux des artères et des veines; autrement on s'expose à les atteindre tous les jours dans les opérations, ou bien à ne pas savoir d’où vient le mal quand ils sont blessés par une cause accidentelle. Il raconte, à ce propos, l'histoire d’un chirurgien téméraire qui, ayant enlevé une partie du muscle externe du bras, et voulant sottement montrer son adresse, plongea son scalpel en dedans du muscle antérieur, fit un tour de main, coupa le médian, le radial, le cubital, l'artère et la veine humérale. Étourdi par la violence de lhémorrhagie, il n’eut que le temps de /er les vaisseaux ouverts (L);

(4) Hy a dans Galien et dans d’autres auteurs de la même époque plusieurs textes non moins positifs sur la ligature ou la torsion dés artères ; je n’ai pas manqué de vous les signaler toutes les fois que l'occasion s’en est présentée,

le malade n’en perdit pas moins complétement le mouvement et la sensibilité; furieux contre son chirurgien, il le poursuivait partout en criant : « C’est vous qui m'avez coupé les nerfs!» Galien, en confrère obligeant, ajoute : «Je me suis souvent trouvé à même de guider la main des chirurgiens mal habiles dans l’anatomie, et je Les ai sauvés ainsi du déshonneur public.»

Voilà pour la chirurgie; quant à la thèse médicale, elle est prouvée par cette fameuse cure qui fit tant de bruit dans Rome, et que Galien opéra sur un sophiste, Pausanias, affecté d’une paralysie du sentiment aux deux derniers doigts, et à la moitié du doigt du milieu, Ce sophiste eut d'abord recours aux médecins de la éroësième secte, qu’on appelait les méthodistes. Is appliquérent force topiques émollients sur les doigts, ne voyant pas que la source du mal était à la moelle épinière, au point d’émergence du nerf. Comme leurs émollients ne servaient de rien, ils eurent recours aux astringents, ainsi qu'ils les appellent (4). « Tous ces moyens restant infructueux, et le mal augmentant, le patient me fit venir, dit Galien. Je lui demandai s’il avait reçu quelque coup ou blessure au bras ; il me répondit que non. Je dirigeai aussitôt mes recherches du côté de la moelle : j’appris alors de ce sophiste qu’il était tombé de voiture sur une pierre anguleuse, et que le coup avait porté entre les deux épaules; qu’il avait d’abord ressenti une violente douleur, qu’elle s'était calmée pour faire place à une insensibilité qui augmentait de jour en jour. Je n’eus pas besoin de plus de renseignements : je devinai que le mal était entretenu par un reste d’inflammation de la moelle. Je transportai donc à la région dorsale les médicaments doux, et j'obtins la guérison de mon malade. »

Galien avait été, dit-il, conduit à placer le siége du mal près de la septième vertèbre cervicale, parce qu’il savait que chaque nerf naît par une origine distincte de toutes les autres, qu'il se mêle ensuile avec ceux qui sont à côté de lui, mais qu’il n’en conserve pas moins ses attributs spéciaux, et qu'enfin, au niveau de la septième vertèbre cervicale, procède le nerf (cubital) qui va aux deux petits doigts et à la moitié du médius, ce qui lui expliquait la

(1) Voy. Cael. Aurel, Malad. chron., U, 4, De paralysi, où l’on recommande plutôt les excitants que les émollients,

cause de l’hémiparalysie de ces doigts. « Après la guérison du malade, il s’éleva une violente discussion entre les médecins et moi, ajoute Galien, pour savoir d’où pouvait provenir une paralysie de la sensibilité seulement. Je leur répondis d’abord, comme les anciens médecins, que le mouvement étant actif, il fallait beaucoup de force pour l’exécuter, et un grand mal pour l’abolir ; qu'au contraire, le sentiment étant passif, il disparaissait sous l'influence de la moindre cause (1). Ils furent très-satisfaits de ma réponse. Mais je voulus les embarrasser, et je leur demandai comment alors ils expliqueraient la perte seule du mouvement. Voyant qu’ils ne pouvaient sortir de là, je leur expliquai qu’il y à des nerfs destinés aux muscles et d’autres à la peau : quand les premiers sont affectés, le mouvement est anéanti; quand ce sont les seconds, la sensibilité est abolie. » Galien démontre ensuite, par l’anatomie et la pathologie, qu’on peut arriver à reconnaître positivement, non-seulement quelle partie de la moelle, mais quel nerf est malade.

Ainsi Galien admettait des nerfs distincts pour le mouvement et le sentiment, mais il ne savait pas que chaque nerf, par sa double origine sur les parties antérieures et postérieures de la moelle, contient des filets destinés au sentiment et d’autres aux mouvements (découverte due à Magendie), puisqu'il dit (2) que, quand le mouvement et le sentiment sont abolis, la moelle est malade; quand c’est l’un des deux, c’est la racine de l’une ou l’autre espèce de nerfs qui est seule affectée; encore l’une ou l'autre paralysie peut-elle être localisée suivant le nombre des cordons atteints. Toutefois il croyait reconnaître (3) que les nerfs du sentiment viennent, les uns de la moelle, les autres des gros ironcs nerveux; mais que ces branches ont leur fonction spéciale ; en un mot, que les nerfs de la peau ne sont pas les restes de ceux qui se distribuent aux muscles. Galien n’avait plus qu’un pas à faire pour découvrir les usages spéciaux des racines antérieures et postérieures, et pour répondre par avance à la queson de Boerhaave : Quis dicet : hoc movet, hoc sentit ?

(1) Voy. aussi Des lieux affectés, IV, 5,

(2) Lieux affectés, T, 6. — Voy. aussi plus haut, p. 221 et suiv. (3) Des lieux affectés, IV, 7, fine.

PNEUMATISME. —— SECTE ÉPISYNTHÉTIQUE. 237

Combien le médecin de Pergame aurait hâté le perfectionnement de la science, s’il avaitsu mettre un frein à son imagination, s’il ne s'était pas « laissé emporter comme un cheval indompté » par son goût pour les systèmes et les explications, et surtout si ses successeurs n'avaient pas négligé le côté vraiment pratique de ses volumineux ouvrages (4), pour s’égarer avec lui à la poursuite de vaines théories !

Mais revenons un peu en arrière. Après la constitution du méthodisme, il s’est formé à Rome une secte fort équivoque (secte épisynthétique), entrevue par Le Clerc, et sur laquelle j’ai rassemblé devant vous une série de témoignages qui prouvent, si je ne m’abuse, que, sans s'éloigner absolument du méthodisme, elle en diffère cependant par l'influence particulière qu’on y accorde au gneuma dans la production des maladies. Athénée d’Attalie ou de Tarse (environ 50 ans après J. C.), qu’on regarde comme le créateur du pneumatisme, et dont la doctrine rappelle à la fois les anciennes écoles de philosophie et le stoïcisme, admettait, outre les qualités élémentaires créatrices et motrices, un cinquième élément, une sorte d’air igné qui pénètre, anime et conserve toutes choses; c'était aux altérations, aux souffrances de cet élément qu’Athénée rapportait les causes premières des maladies. Ge célèbre médecin nous est surtout connu par ses recherches sur le pouls, qu’il considère comme un mouvement automatique de dilatation du pneuma contenu dans les artères, par ses

(4) Si l'on voulait, sans être obligé de lire cinq volumes in-f° ou vingt-deux volumes in-8°, prendre une idée en raccourci, mais parfaitement suffisante et exacte, des opinions de Galien sur les aliments, les boissons, les influences atmosphériques, les exercices, les émissions sanguines, les vomitifs et les purgatifs, les bains, les habitudes, les tempéraments (ce qui composait pour les anciens la matière de l'hygiène), sur les médications topiques, sur les qualités élémentaires et thérapeutiques des médicaments simples, sur une foule de questions de physiologie générale et spéciale, sur la structure des parties du corps, sur une notable partie de la chirurgie et spécialement sur les tumeurs, les fractures et les luxations, on n'aurait rien de mieux à faire qu'à étudier les chapitres de la Collection médicale empruntés par Oribase au médecin de Pergame, sur ces divers sujets. Pour la pathologie spéciale interne, on pourra recourir avec fruit à la Synopsis, aux Euporistes du même auteur, et aussi aux Téfrabibles d’Aétius.

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