‹ Histoire des sciences médicalesChapitre 72 sur 260 · ÉCLECTIQUES · texte numérisé non relu

ÉCLECTIQUES

vues ingénieuses d'embryogénie et surtout par ses beaux chapitres sur l’hygiène physique et morale qu'Oribase a recueillis. Mais, dans ces divers fragments, il serait difficile de trouver une trace manifeste de méthodisme. C’est par une voie détournée qu'on arrive à regarder la doctrine d’Athénée comme un syncrétisme. En effet, Magnus d'Éphèse (1), son disciple, est compté par Galien parmi les pneumatistes; il a sur le pouls les mêmes opinions qu'Athénée; Soranus dit de son côté qu'il est un des leurs (2), preuve sans réplique qu’il appartenait aussi au méthodisme. On arrive, en rapprochant les textes, àrattacher également à ce même syncrétisme deux autres disciples d’Athénée, ÂAgathinus et Hérodote, surtout ce dernier, pour qui les preuves abondent (3).

Archigène (sous Trajan) ne peut pas être rangé aussi sûrement dans cette secte, quoiqu'il soit l’élève d’Agathinus; c’estnon pas un syncrétiste, mais un véritable éclectique qui, lassé de cette multitude de cercles qu’on traçait successivement autour de l'esprit, les rompt et cherche dans les débris de tous les systèmes ce qui lui semble à la fois le plus utile et le mieux démontré. L’éclectisme est le propre des époques fatiguées, épuisées et de celles où s'exerce la critique. Galien vante trop Archigène pour qu’il ait eu quelque chose à redouter de sa renommée qui a-pu être un instant contemporaine de la sienne propre. Cependant on a beaucoup à apprendre en étudiant les fragments qui nous restent de ses ouvrages, fragments plus remarquables par l’abondance des détails que par la profondeur des vues. N'oublions pas

(4) Auteur d’un ouvrage intitulé: De ce qui a élé découvert depuis Thémson.

(2) « Ex nostris. » Cael. Aurel. Maladies aiguës, I, 10.

(3) Peut-être faut-il ranger dans la secte des Épisynthétiques, où du moins dans celle des Éclectiques, un médecin du nom de Philumène, dont on trouve de nombreux extraits dans Oribase et surtout dans Aëtius. Ses moyens de traitement dérivent évidemment des doctrines méthodiques, mais son méthodisme n’est pas parfaitement pur. On ignore l’âge de cet auteur ; les uns le placent au temps d’Athénée, et d’autres le font vivre seulement dans la première partie du 1v® siècle, Cette dernière opinion est la plus probable, car Philumène n’est cité ni par Soranus ni par Galien. On sait maintenant par une scholie sur Oribase (t. IE, p. 681,1. 44), que Philumène avait écrit un ouvrage Sur /es maladies des femmes, etaussi, p. 688, 1. 47-18, que le chirurgien Mégès était disciple de Thémison. É

ARCHIGÈNE. — ARÊTÉE. 239

surtout qu'Archigène semble être le premier qui ait écrit un livre dogmatique sur les lieux affectés.

Arétée fait plus grande figure dans l’histoire qu'Archigène, mais sa personne esi encore plus embarrassante que celle du médecin d’Apamée ; on ne sait ni le lieu ni l’époque de sa naissance, ni, ce qui est plus grave, dans quelle secte il faut le ranger. On peut admettre, avec M. Érmerins, qu’Arélée a été contemporain des dernières années de Rufus et de Soranus, car son nom n’est pas arrivé aux oreilles de Soranus ni à celles de Galien. Jai prouvé, je crois, qu’Arétée n’est ni plus ni moins pneumatique que la plupart des auteurs de la Collection hippocratique ; il ne l'est certainement pas à la façon d'Athénée ; c’est chez les Hippocratistes qu'il à pris ses principes de pathologie générale ; c’est aux méthodistes qu’il emprunte une partie, mais une partie seulement, de ses méthodes de traitement (4); c’est done, à proprement parler, un éclectique.

On répète à l'envi qu'Arétée mérite la palme sur tous ses CONfrères de l'antiquité pour la précision, l'exactitude et la beauté de ses descriptions nosologiques, qu'on appelle des tableaux vivants, tant ilsemble, après l'avoir lu, qu'on à le malade et la maladie sous les yeux ; mais il y a dans ces éloges beaucoup d’exagération, et cette exagération tient à trois causes.

On n’a pas assez comparé Arétée à ses devanciers et en partiulier à l’un deses contemporains ou prédécesseurs, à SOranus; — on n’a pas fait sur Arétée d'études médicales assez suivies; — on n'a pas comparé ses descriptions à celles que nous fournit la science actuelle, de sorte qu’il n’est pas placé à son vrai jour, ni au point de vue ancien ni au point de vue moderne ; en d’autres termes, on ne peut admirer Arélée sans réserve qu’à deux conditions :

(4) Ce dernier point a été déjà signalé par Daniel Le Clerc en comparant Arétée et Caelius Aurelianus. 1 y à là un nouveatt et curieux sujet d'études. = Il faut, du resle, savoir tirer bon parti de ces emprunts successifs des médecins les uns aux autres ; en effet, lorsque, par une longue étude de Vantiquité, on est parvenu à cette certitude qu'ils se copiaient, on est moins tenté de supposer des lacunes, et l’on est plus assuré de retrouver à peu près complète, sauf les questions de détail, la suite de la tradition médicale. e

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