ORIBASE. — AÉTIUS, — PAUL
le médecin et l’ami de l’empereur Julien, maître et modèle des compilateurs.
Oribase a laissé trois ouvrages : un traité de médecine domestique adressé au philosophe Eunape (Ewporistes), c’est le premier en date; une vaste encyclopédie en soixante-douze livres (Collection médicale ou Synagoques), comprenant toutes les branches des sciences médicales, et composée avec des extraits à peu près textuels, d’abord de Galien, puis de tous les grands écrivains de l’antiquité depuis Hippocrate et (Gtésias jusqu'aux contemporains d’Oribase lui-même. Il est à jamais déplorable que les deux tiers environ de cette Collection médicale aient succombé sous les injures du temps, car nous avons perdu à la fois les ouvrages qu’elle a contribué à faire disparaître et les fragments qu’elle nous en avait conservés. Le troisième ouvrage a pour titre: Synopsis; c’est un abrégé du précédent, dédié par Oribase à son fils Eustathe. — Dans les trois ouvrages, la main de l’auteur ne paraît que pour les préfaces ou préambules ; partout ailleurs il coupe et ajuste (4).
. Les Tétrabibles d'Aétius (milieu du vi siècle) suppléent aux livres perdus de la Collection médicale d’Oribase, car ils sont tirés pour la plus grande partie, soit de cette Collection, soit des autres livres d’Oribase, soit enfin, à ce qu'il semble, directement des ouvrages que le médecin de Julien avait eus lui-même
de ses écrits relatifs à l'hygiène thérapeutique (où l’oñ surprend des traces manifestes de méthodisme), au manuel opératoire de la saignée, aux abcès, aux tumeurs, aux fistules, aux résections dans la continuité ou la contiguité, aux varices, aux anévrysmes, à la réparation des pertes de substance, aux maladies des yeux, des reins et de la vessie, aux hydatides, etc. — C’est'aux mêmes sources qu’on peut puiser le peu de renseignements qui nous restent sur Philagrius. Oribase à extrait de Jui ce qui regarde les boissons médicamenteuses. On voit, d’après Rhazès, qu’il avait écrit sur la phthisie, le diabète, la goutte, la pierre, la surdité, qu’il attribuait à uné lésion du nerf, quand rien de local n’expliquait cette affection. De Possidonius on possède encore moins de fragments ; comme ils se rapportent tous à la médecine pratique (partie perdue d’Oribase), c’est surtout Aétius qui nous les fournit.
(4) Dans notre édition d’Oribase (tomes I-V), M. Bussemaker et moi avons réuni, autant qu'il était en nous, les secours nécessaires pour la compréhension du texte, et pour fournir aux lecteurs des moyens prompts et faciles de retrouver tous les passages extraits de Galien.
à sa disposition. Dans Aétius les extraits sont plus courts et rédigés; cependant on voit, en consultant les très-anciens manuscrits des Tétrabibles, qu'Aétius n’a pas tout à fait effacé les traces du style des auteurs ; ce sont les copistes de la Renaissance qui ont eu, comme cela est arrivé si fréquemment, la malheureuse idée d’affaiblir toutes cesteintes originales; j’en ai acquis la certitude par de nombreuses confrontations de manuscrits à Paris et à l'étranger. On doit remarquer encore que dans cette compilation plusieurs écrivains sont parfois mis à contribution pour un seul chapitre, ce qui n’a pas lieu chez Oribase, et de plus que l’indication des sources manque souvent.
Le Manuel de Paul (vers 660) est un autre abrégé plus court, plus sec encore, sans originalité, quoi qu’on en dise, et également tiré, pour la majeure partie, des livres d’Oribase. D'abrégés en abrégés, nous arrivons aux livres décharnés de Théophanes Nonnus et de Léon, dont M. Ermerins a publié une Synopsis médicale, et qui avait également écrit un abrégé de l’Anatomie de Mélétius, abrégé que j'ai fait copier dans un manuscrit de l'Escurial où personne n’en avait soupçonné l'existence (1).
En ces temps de misère et de bouleversement, on court au plus pressé, et l’on tâche de donner sous le plus petit volume possible, et dans la forme la plus accessible, les notions suffisantes pour conduire à la connaissance des maladies et pour en assurer le traitement. Nulle part cependant les études ne sont interrompues complétement ; les routes qui nous conduisent de l’ancien monde au nouveau sont difficiles à suivre et semées de ruines ; ces ruines du moins ne sont ni si complètes, ni si profondément enfoncées dans le sol qu’on ne puisse çà et là les reconnaître comme les débris des monuments du génie médical antique.
Entre l’époque où Galien achevait sa brillante carrière, et celle
où s’évanouissent les dernières traces de la médecine active, c’est *
(4) Dans mes, Nofices et extraits des manuscrits médicaux (Paris, 1853), on trouvera d’assez nombreux renseignements sur les ouvrages anonymes ou signés des médecins byzantins. — Voyez aussi, pour plusieurs textes, Ideler, Physici et medici graeci minores (Berlin, 1841-1842, in-8), et Ermerins, Anecdota medica graeca (Leyde, 1840, in-8). C’est là que se trouve Léon.