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ÉTAT DE LA MÉDECINE EN OCCIDENT

de Soranus, d’Oribase, de Paul d’Égine, d'Alexandre de Tralles, de Galien, d'Hippocrate etc., faites sur le grec, en mauvais style, je l'accorde, mais encore compréhensibles. On jette à ses pieds ces précieux instruments de travail; au lieu de choisir dans la littérature médicale arabe ce qui pouvait compléter et expliquer les anciens, on se laisse séduire par une masse qui avait plus de superficie que de profondeur, on ouvre toutes les portes, on accepte tout de toutes mains; l'esprit s’affaisse, perd son ressort, le feu s'éteint sous ce monceau de bois mort, et l’on voit s'établir pour de longs jours la domination de l’Aristote et du Galien arabes. Les chirurgiens seuls, aux xn°, xin° et x1v° siécles, échappent presque partout à cette torpeur universelle; au xvir° siècle, nous les voyons également se distinguer de la tourbe des Purgons et se rendre dignes de la régence, tandis que nos docteurs ne l'étaient pas de la matrise. On en pourrait donner deux raisons : la première, c’est que les chirurgiens, au moyen âge comme au xvir° siècle, mal vus des médecins, ont conservé leur rang à force de luttes et de travail, luttes et travail qui maintiennent l'esprit en éveil ; la seconde, c’est que dansl’exercice de la chirurgie, l’activité des sens est constamment et rigoureusement requise pour le diagnostic et pour la thérapeutique, de sorte que les chirurgiens sont restés, comme à leur insu, en possession de la méthode d'observation, quand les médecins v’usaient guère que de la méthode dialectique. C’est un fait que je constate historiquement, et non pas un privilége que j’accorde à la chirurgie; car aujourd’hui il n’y a plus, à cet égard, aucune distinction entre ces deux sections des sciences médicales : les disciples de Laennec usent autant de leurs sens que les élèves de Dupuytren.

Ce qu’il y a de vraiment étrange dans l'enthousiasme aveugle, irréfléchi, avec lequel furent accueillies les traductions des auteurs arabes, c’est qu’au moment même où les livres arabes envabissaient l'Europe, Occident en armes se précipitait contre les sectateurs du Prophète. Du reste, les croisades ne furent pas plus favorables au développement de la science médicale que ne l’avait été la multitude des traductions ou compilations arabes; on rapporta d'Orient plus de reliques fausses que de manuscrits

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