‹ Histoire des sciences médicalesChapitre 99 sur 260 · COUP D'OEIL GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

COUP D'OEIL GÉNÉRAL

pour les lettres et pour les arts ; c’est même, sur ces deux chefs, la vraie renaissance nationale dans presque toute l’Europe civilisée : mais pour les sciences (et le xrv° siécle n’en diffère pas à cet égard), c’est une époque de transition, époque assez pauvre en documents et indécise en ses allures; çar elle vit d’abord aux dépens des Salernitains, puis des traductions des auteurs grecs, puis enfin elle se courbe sous le joug de la médecine arabe. Cependant, rassemblant les noms, les faits et les textes, nous avons pu constater que la médecine a suivi trois routes, sinon toujours nettement séparées, au moins reconnaissables : la médecine théorique et pratique; — la médecine populaire et superstitieuse; — la médecine des amateurs ou des encyclopédistes. Les envahissements de l'empirisme, l'omnipotence des saints, l'intervention de la théologie ou de la philosophie pure dans les doctrines, la réglementation à outrance par le pouvoir civil et par le pouvoir ecclésiastique, en venant s'ajouter à l’autorité des Arabes, sont autant de lourdes entraves dont les esprits les plus actifs et les plus puissants de cette époque ne se débarrassent pas aisément. C’est dans l'anatomie et dans la chirurgie que la médecine trouve un point d'appui pour franchir ces temps mauvais et arriver, sans de trop fortes avaries, au milieu du xiv° siècle, où commence à circuler une séve un peu plus vigoureuse et qui finira par mettre en pleine végétation tous les germes de l'âge moderne. Cependant le xm° siècle n’est pas si dépourvu d'intérêt qu’on wait à y signaler aucun progrès : l'administration intervient par des réglements d'hygiène publique (voyez, par exemple, les Statuts de la ville de Sienne en 1240); l'habitude des consultations entre médecins se répañd, les hôpitaux s'ouvrent pour les malades et non plus seulement pour les infirmes ou les pauvres; il y a des médecins publics pour les communes, des médecins chargés de suivre les armées, et d’honnêtes praticiens (1) qui font

(1) Au premier rang il faut placer Thaddaeus de Florence, le dialecticien subtil, léminent professeur, le clinicien zélé qui fit école et inaugura la précieuse littérature des Consultations médicales. M. Puccinotti, dans son Histoire de la médecine, nous a révélé de curieuses parlicularités sur la vie et les ouvrages de ce médecin, Seulement, il n’a pas vu que sou Régime de santé n’est guère qu’une paraphrase en prose des vers de la Schol« salernitana.

un heureux contraste avec les médiocrités qui abondaient en ce siècle. « Vêtus d'habits précieux, les médecins font la chasse aux clients à travers les rues; servants de la philosophie, ils lui subordonnent la thérapeutique; en procurant le bonheur et la santé, ils peuvent se vanter et se réjouir d'être les ministres du Seigneur. » C’est ainsi que nous les représente un bon bourgeois de Senlis du commencement du xiv° siècle, au retour d’une excursion qu'il venait de faire à Paris.

Somwarre. — Des divers groupes en lesquels on peut diviser les écrivains médicaux du xiv* siècle. — On insiste sur Pierre d’Abano, sur les Pratiques médicales, sur les chirurgiens et les spécialistes, en particulier sur Brunus, Guy de Chauliac, Jean d’Ardern et Benevenutus Grassus. — Résumé du x1v® siècle. — Considéra tions générales sur les deux siècles suivants.

Le xiv° siècle offre à notre étude environ vingt personnages que nous ayons groupés d’après l’ordre des principaux sujels qu’ils ont traités.

Premier groupe : les lexiques médicaux. W y en a beaucoup au moyen âge, chez les Néo-Latins, à Salerne durant la première période, un peu partout durant la seconde. Geux de la premiére période sont restés pour la plupart manuscrits (1); j'en ai copié ou extrait plusieurs. Parmi ceux de la seconde période, il en faut signaler deux qui sont imprimés : la C/avis sanationis de Simon de Gênes (1270-1303), et les Pandectes de Matthaeus Sylvaticus qui florissait vers 1317. Les termes grecs, latins, arabes et de basse latinité relatifs à la matière médicale y dominent; ils sont accompagnés d'explications tirées d'auteurs peu ou pas connus. Simon de Gênes est un des premiers qui aient entrepris de voyager en l'honneur de la botanique; sa préface est curieuse par les détails qu’il donne sur les livres qu’on lisait à son époque; avec cette préface, celle d’Ali Abbas, et une précieuse Bibliographie par Richard de Furnival (le manuscrit existe à la bibliothèque de la Sorbonne), on a une liste incomplète sans doute, néanmoins fort instructive, des livres recherchés par les Arabes et

€ (1) J’ai copié sur deux manuscrits de Paris et M. de Renzia publié dansla Collectio salernitana un vocabulaire de matière médicale connu sous le nom d’A/fita, du mot par lequel il commence dans les manuscrits,

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