Histoire des sciences médicales v. 2
che à pas précipités ; l'œuvre de reconstitution commence ; elle commence par la physiologie, elle se poursuit par Tanatomie. Mais autant le mouvement est vif et dégagé pour la physiologie et pour l'anatomie, autant il est lent et entravé pour la patholo* gie. Cherchons ensemble les motifs de celte dissemblance si profonde et si remarquable ; ils sont multiples et de diverse nature. La découverte de la circulation du sang renverse, il est vrai, da moins en principe, la médecine ancienne ; mais elle ne suffit pas encore à créer une médecine nouvelle, quoique Harvey lui-même n'ait pas négligé d'indiquer les relations de sa découverte avec une réforme de la pathologie, et que ses partisans les aient également entrevues. On ne pouvait désormais, cela est incontestable, faire aucun progrès sérieux en pathologie et en thérapeutique générales sans cette découverte, mais il ne s'ensuit pas rigoureu* sèment qu'on se trouvât immédiatement en mesure d'en tirer toutes les conséquences qu'elle comporte. H y a même deux raisons, peut-être trois, pour qu'il n'en fût pas ainsi : la première est qu'après l'année 1628, et pendant un temps malheureusement assez long, tous les efforts des médecins furent consacrés, par les uns, à attaquer, par les autres, à défendre Tinvention d'Harvey; la seconde raison, c'est qu'un siècle a toujours à soi* der l'héritage d'un autre siècle ; or, tandis que, pour l'anatomie, le xvu* siècle relève de l'école positive des Vésale, des Fallope, des Fabrice et de tant d'autres, le xvii* siècle médical est le fils très-légitime du xvi*, qui était le siècle de l'alchimie, ou, si Ton préfère,de la chimie, mot moins compromis, mais alors non moins compromettant. Les doctrines chimiques sont, de toutes façons, trop séduisantes, et en même temps trop prêtes à tout expliquer pour qu'elles ne se soient pas très-fortement emparées des esprits. Les folles idées de Paracelse, rendues, pour ainsi parler, plus saines par Van Helmont et par Sylvius de le Boe, tenaient toutes les issues de la médecine avant que la circulation ait pu porter ses fruits. D'un autre côté, les attaques violentes de Paracelse, les discussions plus calmes et vraiment scientifiques de Vésale et d'autres contre la médecine hippocratico-galénique laissent debout et furieuse une meute de médecins dé» cidésà accepter tout plutôt qu'une noaveauté. Il est peu glorieux
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pour nous d'être obligés d'ajouter que cette meute hurlait priii-> cipalement dans nos écoles françaises.
Au moment où parurent les Exercilaliones de motu cordis et sanguinis circtdatione^ le domaine de la pathologie se trouvait donc partagé entre les progressistes, je veux dire les chimiatrcs, qui, ayant rompu avec Galien, acceptaient la circulation, mais sans en user convenablement, et les réactionnaires, qui ne voulaient pas plus de la chimie que de la circulation, parce que ni la chimie ni la circulation ne se trouvaient dans Galien. Quelle que soit la fausseté des théories des novateurs, il n'eu est pas moins vrai que ces novateurs ont la prétention de prendre Yea> périence pour base de leurs théories. Van Helmont et Sylvius se croient des observateurs^ autant que Sydenham pouvait le penser de lui-même. En tout cas, ces théories sont, en bien des points, tellement différentes des théories anciennes, qu'elles ont contribué, non pas autant peut-être que la circulation, à édifier la nouvelle médecine, mais autant que cette découverte à creuser l'abtme où s'est effondré legalénisme.
La dernière raison qu'il faille probablement ajouter aux précédentes, c'est que la doctrine de la circulation devait, pour exercer une influence décisive, être fortifiée et complétée par la découverte du cours du chyle et de la lymphe, par les recherches sur la struclure intime des glandes, par la poursuite et la mise en évidence sous le microscope ou par les injections des ramuscules vasculaires et des moyens de connexion des deux ordres de vaisseaux, finalement par une meilleure théorie delà respiration.
Il est bien avéré que, si l'on ne peut rien sans la bonne physiologie, la bonne physiologie à son tour ne peut rien contre des idées préconçues et qu'on ne veut pas vérifier. Il faut qu'un autre élément intervienne et lui prêle secours ; ce nouvel élément, c'est la clinique désintéressée, qui fait évanouir les systèmes et laisse le champ libre aux déductions qu'on peut légitimement tirer de la physiologie ; mais il n'y a eu au xvu* siècle qu'un grand clinicien (1), Sydenham (2). A lui seul il ne pouvait
(1) Bflglivi, le disciple et Téinulc de Sydenham, son rival, Morton, appartiennent à peine an xtii* siècle par la date de leurs ouTrages.
(2) Je sais tout ce que renferment de précieux les Recueils d'observations (ant«
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ni arrêter le torrent des hypothèses (il s'y laisse même parfois entraîner), ni mettre à profit la nouvelle physiologie pour une nouvelle pathologie. D'ailleurs Sydenham était heureusement trop peu instruit dans des théories contemporaines; il avait en même temps trop de bon sens pour se livrer sans frein aux aventures. Quand il s'égare, c'est plutôt avec les anciens, surtout avec Hippocrate, qu'avec les modernes.
Et voyez, Messieurs, combien la vérité est lente à se faire jour : les premières conséquences qu'on a tirées de la circulation et de la connaissance des vaisseaux lymphatiques ont été déplorables et désastreuses. Rien de plus faux, au xv!!"" siècle, que les explications physiologiques et pathologiques tirées par Wharton ou Glisson, par Sténon et par bien d'autres, du mou-* vement de la lymphe et des prétendus esprits animaux; rien aussi de plus fatal à la pratique quelVr^r de lieu de Boerhaavei fondée sur la circulation capillaire. De même nous verrons l'anatomie de texture des muscles et du système fibreux, ainsi que les recherches sur les nerfs et les centres nerveux, enfanter, en dehors de la méthode eitpérimentale et avant de fournir la notion des forces inhérentes à la matière organisée, les plus étranges théories (surtout les théories solidistes par réaction contre les théories humorales) avant de produire leurs effets légitimes.
Si le solidisme donne la clef des mouvements vitaux, c'est surtout l'humorisme, c'est-à-dire la circulation du sang et ses dépendances, qui explique les actes intimes de la vie plastique à l'état sain ou à l'état pathologique, et sinon l'action ultime, au moins les actions intermédiaires des médicaments. Mais ce sont là des conceptions trop élevées et des opérations trop délicates pour que les premiers anatomistes ou les premiers physiologistes en aient eu pleine conscience et les aient imposées aux médecins. Le vice des théories du xvii* siècle (le xvni* n'échappe pas non plus à ce reproche), c'est d'être successivement ou simultané-
logucs, mais supérieurs aux ConsUin du moyen âge et de la Renaissance)^ publics au xvii^ siècle, je fais même connaître plus loin les plus importants; mais dans ces faits, rassembles un peu au hasard, et dont beaucoup frappent surtout par leur rareté ou leur singularité, il n'y a pas de lien, et Ton n'y surprend pas un soufOe puissant et fécondant.
fië3 DiCSOCVBVTK DM LA GIBGULATION DU SAN&
ment, mais exclusivement, chimiques^ vitalistes, physiques^ mécaniques, jamais biologiques, et toujours exlra*expérimentales.