‹ Histoire des sciences médicales v. 2 (volume 2)Chapitre 100 sur 102 · DESAULT · texte numérisé non relu

DESAULT

kireni les chirurgiens ni les médecins. Le chapitre le plus ampleil encore le meilleur, a pour titre : De la rétention d'urine (1). Sous cette rubrique très-générale l'auteur traite de toutes les causes et particulièrement des causes mécaniques (qu'elles soient 3a dehors de l'appareil urinaire lui-même, ou qu'elles tiennent k des affections propres à cet appareil) qui peuvent ralentir ou suspendre le cours des urines. Desault y fait preuve de plus le jugement critique que d'érudition ; il a plutôt vu les inconvénients ou l'insuffisance des moyens de traitement employés avant lui ou par ses contemporains, qu'il n'en a proposé de par* railement efficaces (2). Du moins il a appelé l'attention du chirurgien sur les services que rendent les sondes de gomme élastique inventées par Bernard (3) ; mais il leur accorde une conGance Irop absolue, trop peu restrictive ; pour le traitement des rétrécissements, il penseque, laissées longtemps en place, ces sondes en Iriomphent sûrement par la compression qu'elles exercent et par la phlogose résolutive qu'elles excitent, et qui finit cependant comme Desault lui-même en rapporte des exemples, par produire de véritables abcès ou dépôts dans l'épaisseur du canal. De plus, il n'a pas appris par l'anatomie pathologique quelles sont les diverses espèces de rétrécissements, et sa classification n'est plus admissible aujourd'hui. Il a toutefois remarqué que ce qu'il appelle les c brides > se forment particulièrement vers le bulbe de Furèthre, qu'elles sont quelquefois incomplètes et qu*elles siègent à des distances plus ou moins éloignées les unes des autres. Il est fort opposé d'une part à l'emploi des caustiques dans les cas ordinaires et surtout à la ponction de la vessie pour le rétrécissement en apparence infranchissable, et il en donne de bonnes raisons que voici :

« Il est des praticiens qui, découragés par les obstacles qu'ils rencontrent, et prenant le défaut momentané de succès pour l'impossibilité d'introduire la sonde, ne balancent pas à faire la

(1) Voy. aussi les paragrraphes spéciaux consacrés aux boufries et à laponctioD de la Tessie.

(2) II ne connaissait pas les procédés employés déjà par les chirurgiens grecs, teb que Texcision, et remis en honneur de nos jours, etc.

(3) Voy. plus haut, p. 1289, note 2.

iSM CHIBURGIE PRATlQDft AU XVIlI* SIÈCLE.

ponction de la vessie. Mais à moins qu'on n'ût acquis la prem qa*une bougie laissée dans le canal ne détermine point Is lortie des urines, et que les accidenls dépendant de la réusnûonse soient très-urgents, nous pensons qu'on doit différer cetie opération et ne la pratiquer qu*à le dernière extrémilé. Car, lans parler des dangers où elle expose toujours le malade, elle est ea pure perte pour la guérison de la maladie de l'urèlbre. H fadri toujours en revenir à l'introduction de la sonde; et les difficollès que Ton a rencontrées dans les premiers essais ne diminoeront pas par la ponction de la vessie.

» L'opération connue sous le nom de boutonnière, quoique es apparence mieux adaptée à la nature de la maladie, est preape toiyours inutile ou dangereuse. Elle est inutile si, pour ta pratiquer, on peut passer un cathéter ou une sonde cannelée dimb partie rétrécie du canal, puisque Ton aurait pu de même y porter une soodo creuse. Elle est dangereuse si Ton ne peut être guidé par ces instruments, puisqu'alors on fait les ineisions an baiani, et que l'on peut manquer le canal et diviser des parties dont b lésion est suivie d'accidents plus ou moins graves.

> Les caustiques, recommandés par Iluuter, nous paraissenl tout à la fois incertains dans leur effet et très-dangereui Am leurs suites. Quoique ce praticien nous assure en avoir obtenu des succès qui ont surpassé ses espérances, nous n'avons jamais osé faire usage de ce moyen. Le caustique dont il se sert est la pierre infernale. Pour rappliquer immédiatement sur la partie rétrécie du canal, il a inventé une canule presque semblable aui algaliesà bouton proposées par Petit. Après avoir introduit ju$- ({u'à l'obstacle cette canule fermée par le stylet à bouton, il retire le slylel et en substitue un autre terminé à son extrémilé par une espèce de porte-crayon dans lequel est fixée Li pierre infernale; il enfonce ce dernier jusqu'au bout de la canule. De celte manière le caustique ne peut agir que sur la partie du canal où la sonde est arrêtée. 11 recommande de ne le tenir appliqué que pendant une minute, de le retirer ensuite et d*injecter aussitôt de Teau par la même canule, pour cntrainer au dehoi^ toutes le^ parties du caustique qui auraient été dissoutes dans le canaUt qui pourraient l'irriter. Il réitère cette application tous les jours

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oa tous les deux jours, selon que l'escbare est plus ou uicnns de temps à se séparer, et il en continue l'usage jusqu'à ce que la sonda puisse pénétrer dans la vessie. Enfin il termine la cure avec les bougies.

» On ne peut disconvenir que ce moyen ne soit très-ingénieux; mais qui garantira que ce caustique agira toujours dans la direo* lion du canal, qu'il ne percera pas ce conduit et ne formera pas de fiiusses routes? Hunter a senti cet inconvénient et n'en prend aucune inquiétude, pourvu qu'on rentre dans Turèthrei et qu'on parvienne avec les bougies jusque dans la vessie. U regarde ce nouveau conduit comme aussi propre à donner passage aux urines que le canal naturel. Nous croyons bien aussi que, si l'on continue longtemps les bougies, cette portion factice du canal restera pendant leur usage assex dilatée pour que les urines y passent librement ; mais il nous parait douteux que cette route nouvelle se conserve toujours dans le même état, et qu'il ne s'y forme pas dans la suite un rétrécissement plus difficile à vaincre que le premier. D'ailleurs, n'est-il pas à craindre que, lorsque le caustique sera une fois sorti du canal, on ne puisse pas le rame* ner dans la direction de ce conduit? Et alors plus on avancera, plus on aggravera la maladie. »

Ce n'est pas seulement pour ses mérites personnels et pour la sûreté de sa pratique que Desault est digne des hommages de la postérité, mais surtout parce qu'il a le premier constitué une École clinique pour les étudiants, à l'Hôtel-Dieu, et qu*il a suggéré à son élève et ami, Corvisart, l'idée d'une même institution pour la médecine, à la Charité.

An moment où s'ouvraient, dans toutes les grandes villes de l'Europe, et pour ne plus jamais se fermer, les porles des hôpitaux et des amphithéâtres de dissection, on a pu dire que la consommation des siècles anciens était accomplie, que le régne de Fautorité avait pris fin, que la parole était aux faits, à l'olMerva* tion, à la science expérimentale; que la médecine et la chirurgie avaient enfin conquis cette indépendance, cette spontanéité que l'anatomie et la physiologie avaient reprises depuis un siècle et demi/

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