COUP D*CBIL GÊNÊBAL SUR LE XII' SIÈCLE
Des horizons nouveaux s'ouvrent à nos regards ; mais avant que les vrais principes de la médecine remportent une victoire décisive, il nous faut assister encore à plus de trente années de luttes, d'autant plus acharnées, que cette Tois Tespril de système revêt les franches allures de l'esprit d'observation. Broussais, le dernier des réformateurs et le premier des médecins qui aieot appliqué l'anatomie pathologique et les lumières du diagaoslic à débrouiller le chaos de la nosologie, à localiser déûnitivemeat beaucoup de maladies, que, peu de temps avant lui, on considérait encore comme des affections primitivement générales; Broussais, entraîné par la fougue naturelle de son caractère, el peut-être aussi, comme tous les révolutionnaires qui, par la crainte de laisser subsister quelques abus de l'ancien régime, veulent abattre d'un seul coup les plus fortes tètes en lesquelles se personnifie la réaction, Broussais frappe la vieille médecine dans ses fondements les plus solides; au nom de l'observation il attaque, les armes à la main, tous ceux qui ont légitimement inscrit celle même devise sur leur drapeau, mais avec le dessein de ruiner ses affirmations à la fois hasardées et pernicieuses.
Dans le camp opposé à celui du Val-de-Grâce la pas:^ion u'esl pas moins vive, mais elle est mieux contenue ; la bonne cau^e n*a pas besoin de violence, assurée qu'elle est du triomphe du droit et de la raison.
Quel temps fertile en hommes de premier ordre, en productions savantes, que celui où maîtres et disciples, également prompts à l'attaque et à la riposte, tenaient l'Europe médicale suspendue, pour ainsi dire, à l'extrémité de leur plume ! Quoi temps que celui ou notre Faculté, où la France, comptaient à côté de Broussais, Bouillaud, un disciple qui est devenu égal au maitre, Bayle, Corvisart, Halle, Laennec, Chomel, Andral, P.C.A* Louis, J. Cruveilhier, et Trousseau, venu après eux. Plusieurs ont disparu de ce monde; d'autres, fatigués par d'opiniâtre> travaux ou par l'âge, ont presque abandonné le champ Ae bataille, et nous n'entendons plus que Tccho de leur voix si ferme, si grave, si imposante et si respectée ; ils ont du moins des élèves qui, à leur tour, continuent la grande école de la chniqu«
COUP D*aBir GÉNÉRAL SUR LE XIX* SIÈCLE. 1297
médicale» en élargissant encore la porte pour y faire pénétrer toutes les conquêtes les plus récentes.
J'ai beau jeter les yeux autour de moi, en Angleterre, en Allemagne, en Italie, je ne vois aucun nom qui le dispute en réputation et en autorité, si ce n'est ceux de Rasori et de Tommasini, aux grands noms que l'histoire offre, en France, à noire admiration pendant les quarante premières années du XIX* siècle. On ne nous opposera sans doute ni le nuageux Schelling, ni son illustre disciple Schônlein, cet esprit fort ingénieux sans doute, mais ou l'imagination dépasse le jugement ; ni même Hufeland, qui est le Tissot de l'Allemagne, avec plus de science et moins de préjugés; ni surtout Hahnemann, qui avait débuté par des expériences et qui a Gni par Tilluminisme.
Et pour la chirurgie, à côté des noms justement retentissants de A. Cooper, de Dieffenbach, de Langenbeck, de Graefe, nous pouvons placer, sans craindre la comparaison, le plus grand des héros qu'ait eus la chirurgie, Dupuytren, qui à lui seul vaut tout un bataillon.
Boyer et Pelletan sont surtout les propagateurs fidèles des doctrines de l'Académie de chirurgie ; Dupuytren suit également ces grandes traditions, mais il y ajoute une anatomie pathologique plus savante, un diagnostic plus exact, un manuel opératoire plus brillant et plus assuré, enfin le coup d'œil du génie. C'est en vain qu'on voudrait déprécier Dupuytren ; il restera aux yeux de l'histoire c le grand chirurgien du xix* siècle > , et ses élèves ou ses disciples, qui font aujourd'hui l'ornement de notre École, se plairont toujours à placer leur renommée sous l'égide de ce nom puissant. Ici je m'arrête; je ne veux ni ne puis nommer personne dans la crainte de méconnaître et de mélanger les rangs, ou de ne pas paraître juste en ne mettant pas tout le monde au premier.
A côté de Dupuytren, quoiqu'ils ne se rangent pas tous sous sa bannière, il est permis de compter Breschet, P. J. Roux, L. J. Sanson, L. J. Bégin, Anl. Dubois, Lisfranc, Blandin, J. Delpech, Lallemand, Jobert de Lamballe, J. Leroy d'Étiolles, Civiale, Malgaigne, Michon, A. Bonnet (de Lyon) ; et, parmi les plus nobles représentants de la chirurgie militaire, Lombard (de Strasbourg), Percy et J. D. Larrey.
DARBOIRG. i2
1298 CONCLl'SION.
L'analomie» la physiologie , la chimie organiiine, d'abord moins favorisées depuis Uichal, Lavoisier et Fourcroy, se relèvent bieatôt. Si TAngleterre possède Charles Bell, ei l'Allemagne J. Mueller, nous avons Mageudie» Et. et Isid. GeolTruy Saint- Uilaire, P. A. Béclard, G.Cuvier, deBlaioville, Flourens, Leuret, qui font certes grande ligure à côté de Meckel, de Burdach, àt Treviranus et de Blunienbach. Dumas dont le nom appanient déjà à la poslérilé, Ttienard, dans des travaux qui ont moins d'originalité, mais qui sont également solides. Donné, par ses ingénieuses recherches sur le sang, la salive, le laii, elc , ont agrandi le domaine de la chimie organique; Raspail lui-iuèuie, qui depuis longtemps ligure sur d'autres thédires, Raspail, en ses bons jours, a répandu d'assez vives lamières sur ce sujet; tous le disputent, à des degrés divers, au savant Benelius.
Sur tous les points, dès le commencement de ce siècle, nous avons pris une éclatante revanche de l'état d'infériorilé où nous étions restés si longtemps, à plus d'un égard, en face des autres nations de l'Europe. Ce serait une tâche séduisante mms difficile, périlleuse peut-être, et certainement trop hardie, que de continuer celte revue jusqu'au temps présent; le jugement de riiistoire n'est pas encore venu pour cette brillante cohorte de médecins, de chirurgiens, d'anatomistes, de physiologistes, qui sont aujourd'hui la gloire de TÉcole française et qui rivalisent avec toutes les célébrités des pays voisins. Ce qui fait aujourd'hui la force des scienc<îs médicales, ce qui assure leurs futures destinées, si l'on veut bien ne pas négliger ni la tradition ni Diistoire, c'est que tous les savants dignes de ce nom, d*un boula l'autre du monde civilisé, oubliant les rivalités de système, et secouant l'omnipotence d'une autorité routinière, d'où quelle vienne, se recherchent et se rencontrent sur le terrain comuiuo de l'observation , de l'expérience et du libre examen.