DÉCOUVERTE DES TAI8SEAUX CHTLIFËRES
bres par la renommée de son nom et sa grande science. Celui 40e j*ai déjà nommé, et que, pour lui faire honneur, je nomme une seconde foii, le sénateur Septalius, non moins célèbre par son talent que par celai de son père, m'a toujours favorisé de sa présence. J'ai aussi à me félidler de l'assiduité et de l'attention de Quirinus Cnoglerus, mon ami bien cher à plus d'un titre, et dont le nom n'est inconnu en Italie à aucune des célébrités littéraires et scientifiques. »
Les nouvelles choses demandent de nouveaux noms. Aselli appelle donc les nouveaux vaisseaux venae albae et lacteae; cependant ce dernier nom ne leur est pas donné en raison de leur contenu, le chyle d'apparence laiteuse, mais bien plutôt en raison de leur provenance, les intestins qu'on appelait les lactés {i)* Gela ressort de tout le chapitre xi.
Après avoir décrit sa découverte, Aselli recherche (2) dans ses prédécesseurs ce qui s'en rapproche, et il dit avec raison que plusieurs ont vu, mais non reconnu {visa, sednon cognita), les vaisseaux lymphatiques; il les excuse par toutes sortes de bonnes et charitables raisons, mais il ne montre pas la même indulgence pour Galien, qui avait eu tant et de si belles occasions de sacrifier toutes sortes d'animaux vivants, et dans les meilleures conditions.
Ajoutez qu*Âselli a bien indiqué l'existence des valvules à leur point de départ des intestins et sur tout le parcours des chylifères (â) , et qu'il a écrit cette phrase remarquable, si elle n*est pas tout simplement un souvenir de Scrvcl (â) :
f II ne serait peut-être pas absurde de supposer que le sang porté au poumon par la \e\ne Birléricusc {artère pulmojiatre) ^ mélangé avec l'air, atténué par le mouvement du poumon pour produire l'esprit vital, revînt au ventricule gauche [par Tarière veineuse, veines pulmonaires]. Peut-être n'y a-t-il pas besoin des pertuis imaginés par Galien dans la cloison inlerventricu-
(1) C/csl aussi le tilrc du livre : De laclibus sive lacleis vents,
(2) Chap. xii^ XIII, XIV.
(3) Il remarque (ch. xviii) que Columbus {Anat., 11^ 1) a vu de semblables Tal- Tilles sur les veines mésaraïques, et que celles* là forts intro feruntur^ tandis que celles des chylilëres intus foras spectant. Quelle belle occasion de trouver la circulation par l'anatomie, si l'anatomic seule pouvait conduire à la physiologie !
(4) Chap. VI.
ASELU. — GASSENDI. 625
laire» et ne pouvant servir à rien. » Âselli se propose d'examiner celte question plus tard, en même temps qu'il parlera de ses recherches rectificatives sur ladistribution des vaisseauxombilicaux. Hais, cela dit, tout le reste n'est qu'une suite de discussions stériles, parce qu'elles restent au fond galéniques, sur la température radicale, sur la marche du chyle vers le foie (1), et sur le rôle de ce viscère dans la transsubstantiation du liquide nourricier en sang, opération déjà préparée dans les chylifères euxmêmes, comme elle Tétait pour Galien dans les veines entéromésentériques.
Quelle constante sobriété dans Harvey,quel flux de paroles dans Aselli lorsqu'il cesse d'exposer sa découverte pour expliquer les conséquences théoriques qu'il en veut tirer ! On sent aussi, à lire comparativement ces deux auteurs, qu'Aselli n'a fait que voir et reconnaître une minime partie d'un Tait; qu'il n'a pas le sens de la méthode expérimentale; que le doute n'a pénétré dans son esprit que depuis les intestins jusqu'au foie, tandis que chez Harvey un regard appelle un autre regard, une expérience est suivie d'une autre expérience : ici un demi-jour, là une éclatante lumière. Aselli se laisse toujours aller à expliquer la fonction par la structure, encore par une structure incomplètement connue et par la vaine recherche des causes finales.
Comme complément de l'histoire de la découverte des vaisseaux chylifères, et pour montrer combien à cette époque les savants et les philosophes, préludant à la fondation de l'Académie des sciences, s'intéressaient à des questions que la plupart des médecins négligeaient alors, je transcris une note manuscrite que j'ai trouvée sur une des gardes d'un exemplaire du livre d'Aselli (édition originale posthume de 1627), et qui provient probablement des papiers de Peiresc.
«De Paris, 26 may 1628... n« 138, (. II. « M. de Gassendi écrit à M. de Peiresc (2) qu'il existe un petit livre
(1) Les chylifèrcà sucent (comme des san^ues) les intestins; le foie attire à lui le chyle qui est en même temps poussé par le mouvement péristaltique des intestins et par celui des chylifères eux-mêmes. C'est ce qu' Aselli Appelle tracius et pulsxAS.
(2) Voyez aussi Gassendi Vita Peircskii.Q\ïeA\\nh,y 1706, in -8, p. 23^.