MÉUBGINE ET CHIRURGIE EN ESPAGNE
n'est pas toujours trés-amusante ; mais les prétextes à. un complet oubli ne sont plus permis depuis que nous possédons les histoires analytiques, ou plutôt les bio-bibliogra{diies de Morejon et de Chinchilla (1), quelque opinion que Ton ait sur leurs procédés historiques et quels que soient les jugements qu'ils portent sur leurs compatriotes, leurs livres n'en sont pas moins fort instructifs.
Morejon remarque que , malgré les tristes auspices sous lesquels s'ouvrit le xviii'' siècle (guerre de la succession d'Espagne), ce siècle fut fécond en tous les genres de littérature. Philippe V se montra protecteur des lettres et des sciences ; il fonda l'Académie espagnole, la bibliothèque de Madrid, l'Académie d'histoire, des musées d'histoire naturelle. De plus les calamités de la guerre servirent à quelque chose. Beaucoup de médecins et chirurgiens arrivèrent en Espagne à la suite des armées étrangères et répandirent les connaissances acquises déjà depuis longtemps dans les autres pays.
Il faut placer au premier rang des médecins espagnols durant le xvm* siècle, Piquer (1711-1772) médecin, érudil et philosophe; il a traduit Hippocrate, publié un Traité des fièvres (lequel a été traduit à Montpellier) ; des ouvrages de philosophie morale et de logique. Dans les premiers il montrait les rapports de la science et de la religion; malgré leur orthodoxie, ils lui attirèrent toutes sortes de désagréments de la part du clergé. Piquer fut de plus un botaniste distingué et un écrivain habile. Il décrit plutôt qu'il ne définit la fièvre; pour lui elle ne réside essentiellement ni dans l'augmentation de la chaleur ni dans l'accélération du pouls; il adopte une division particulière des fièvres en éphémères, putrides et hectiques ; les fièvres putrides sans inflammation se subdivisent en ardentes, sinoques, malignes, hémitritées et quotidiennes; division imparfaite et fausse en plusieurs points. L'auteur étudie d'abord la fièvre en général dans ses causes et dans ses symptômes, puis les fièvres ardentes, sinoques, malignes, hémitritées, quotidiennes, éphémères, tierces
(i) Déjà, avec les seules Bibliothèques de Hailer, il était possible de parler sommaireroent de la médecine espagnole au iviii® siècle; mais au xvii* la disotte de f enseignement s est plus grande pour la Péninsule,
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el quartes;. il semble qu'il ne range pas la qooiidieiiae parmi lei intermittentes. Piquer tient Hippocrate en grande estime et fait consister la certitude de la médecine dans rezactîtnde des observations ; /nais il ne se conforme pas toujours à cette proposition. *— Les Institutiones medicae^ 1762, renferment en deox partiel un traité de physiologie générale et spéciale, et un traité deptthologie générale, le tout d'après les hippocratistes et les galénistes (1).
Gaspar Casai a Tait la topographie médicale des Asturies i h façon d'Hippocrate. C'est Casai qui, le premier, au moins ei Espagne, a parlé du mal de la rose ou pellagre. Il était en correspondance avec plusieurs médecins de Montpellier. On loi doit aussi une bonne description de la lèpre. — Alcinet avait deovvert un moyen d'ôter au quinquina son amertume, sans lui lîei enleverde ses vertus fébrifuges.— José Ignacio de Torres a trooré également, à ce qu'il parait, le secret, perdu, d'empêcher le mercure de produire la salivation ; il s*était beaucoup occupédes maladies syphilitiques. — Ânt. Gapdevilla, un des médecins les plus érudits, et possesseur d'une riche bibliothèque, était le correspondant de Haller pour la bibliographie médicale espagnole. — Ânt. Franseri a publié de précieuses observations sur la danse de Saint-Gui. — Au nom de Ignacio Luzuriaga se rattache Tbistoire de la colique de Madrid. — Masrlevall a écrit des remarques pratiques sur la fièvre putride qui a sévi en Catalogne depuis 1764 jusqu'en 178S. — C'est à Lafuenle, Salva, Arejula qu'on doit les premières descriptions européennes de la Gèvre jaune (qui apparut en Espagne en 1725) et les discussions sur son caractère et sa contagiosité. — Amar, Gil et Salva ont eu le trèsgrand mérite de propager, en Espagne, dans ce pays rétrograde, la nouvelle invention de Jenner ; c'est à peu près en même temps qu'ont eu lieu, comme dans tout le reste de TEurope, de violentes disputes sur l'inoculation ; enfin Solano de Luque a poussé l'étude (lu pouls jusqu'en ses derniers détails.
La chirurgie n'est pas restée non plus en arrière : on prali-
(1) Voy. aussi dans Guardia, Médecine à travers ies siècles^ p. 274, la curit'UM Relation de In dernière maladie de Ferdinand T/, roi d*Espagne^ par son tnedecin ordinaire Andres Piquer,
MÉDBCINB ET GHIRUieiE EN CSPA6MB« ittti
quai! hardimenl les opérations les plus redoutables : ligature de raorte dans le ventre, comme l'avait fait Cov?per,la trachéotomie, l'extirpation de Tutérus, la ponction du péricarde. — Les plaies d'armes à feu sont l'objet de travaux particuliers et où l'on simplifie beaucoup le traitement d*après les méthodes suivies à l'étranger. — C'est un Espagnol, Gimbemat, qui a donné une description du canal crural et de l'expansion fibreuse, qui porte encore le nom de ligament de Gimbemat (1). Charles III l'avait chargé de visiter tous les hôpitaux du continent et de rapporter en Espagne le fruit de ses observations ; il fut particulièrement apprécié en Angleterre par Hunter, pour son procédé opératoire de la hernie.
La première moitié du xvuf siècle fut occupée par une discussion des plus vives, à la fois populaire et médicale, sur Temploi de l'eau froide naturelle comme remède universel. De là le fameux médecin Sangrado(2). Comme une conséquence à peu près naturelle de cet enthousiasme pour l'eau, certains médecins en vinrent à proscrire entièrement la saignée et les purgatifs dans les cas où cependant ces remèdes sont le plus clairement indiqués; tout cela sous prétexte de bien interpréter Hippocrate. L'hémophobe Don Miguel Marcelino Boix y Moliner publia Bipocraies defendido; Corral lui répondit dans VHipocrates vindicado, — Morejon remarque encore que durant le xviii* siècle les médecins espagnols s'occupèrent activement des eaux minérales, et qu'on a publié un grand nombre de monographies pour les décrire et en indiquer les vertus thérapeutiques.
Le plus habile des anatomistes espagnols est Martin Marlinez, qui a écrit, en 1 716, un traité sous forme de dialogue ; cette anatomie est surtout destinée aux chirurgiens. Il a publié aussi, en 1722, un traité de médecine opératoire, et plusieurs mémoires sur la chirurgie.
Les diverses parties de l'histoire des sciences médicales ont eu aussi des représentants distingués dans le xvni° siècle ; il
(1) i:n long: extrait de son Mémoire (1793), a été traduit dans les Archives générales (le médecine, I" sér., t. VIIl, 1825 ; p. 119 et suiv.
(2) Voy. plus haut, p. 831, ce que je dis de Grescenxo.