‹ Histoire des sciences médicales v. 2 (volume 2)Chapitre 92 sur 102 · HE18T£R. — PLATNER. — DE LA MOTTE · texte numérisé non relu

HE18T£R. — PLATNER. — DE LA MOTTE

sur les avantages du procédé de Celse pour pratiquer la taille (17A5) . La plupart des travaux particuliers de Heister sont résumés dans ses Institutions de chirurgie, publiées pour la première fois en 1718 (en allemand), traduites ensuite en latin et dans presque toutes les langues de TEurope. C'est le traité de chirurgie le plus ample, le plus savant, le plus érudit (1), le plus complet qui ait été donné jusqu'à la fin du xv!!!"" siècle, où nous trouverons, entre autres, le Système de chirurgie de B. Bell, et les Éléments de chirurgie de Richter. Heister a pris tout ce qui avait été écrit de bon avant lui (2), mais presque toujours il Ta amélioré d'après les résultats de sa longue expérience. Le texte est accom-* pagné de nombreuses figures. Les Institutiones chirurgiae sont donc un ouvrage à la fois dogmatique et historique ; il y en a peu qui soient aussi instructifs.

A l'époque où nous en sommes on ne peut guère rapprocher de ce traité que celui de Platner (1694-1747), de Leipzig (Institutiones chirurgiae rationalisa 1745, plusieurs fois réimprimées), où Tauteur use également de ses lectures et de son expérience, maïs pour un simple résumé ; et le Traité complet de chirurgie (1722, surtout Tédilion de 1771 donnée par Sabalier), de G. Mauquest de La Molle (1655-1737), quoiqu'il soit beaucoup moins complet que celui de Heister, peut-être aussi moins original. Ce qui distingue particulièrement ce traité, c'est qu'il renferme un grand nombre à' observations , et que l'auteur, fidèle aux principes de Magatus (3), a fait de louables efTorts pour simplifier la chirurgie. Peut-être pourrait-on lui reprocher cependant d'avoir trop d'aversion pour l'emploi du fer, aversion qui n'étonnera pas de la part d'un homme qui, dans sa longue pratique obstétricale (4), ne s'est presque jamais servi que de la main.

(i) Une bonne bibliographie chirurgicale est placée en tête de Touvragc.

(2) Mais pfeut-ètrc sans assez de ménagements : par exemple il copie presque le trutc de J. L. Petit Sur les maladies des os,

(3) Ghabert^ de Marseille, dans ses Observations de chirurgie (i72^) se montre 4<itii un partisan décidé de Magatus ; il en est de même de GuisaK, médecin de Montpellier, dans sa Pratique de chirurgie, 1735. On doit prérérer Téd. de 17A7.

(4) Voy. Traité des accouchements, etc. f 1722; plusieurs fois réimprime et améliore.

i2h6 CBIBUllGlB FftATIQUB AU ItlU* SlfeCLE.

Le Journal hebdomadaire de médecine et de chmttgie (Medicinische and chirurgisehe berimisehe Nachriehteny 17(M-I7â7), de Samuel Schaarschmidl (1708-1 7A9), professeur et prUicieD i Berlin, anatomiste aassi dislingué qu'habile cbirargien, renlenne un très-grand nombre de remarques et d'observations d'onbaot intérêt, relatives à la médecine et à la chirurgie. Haller appeOe Scbaarschmidt insignis clinictis. Quoique je n'aie fait que par* courir le recueil, j'ai été frappé de la richesse des matériain rassemblés par un homme mort à la fleur de l'flge (1). <— Le recueil (Sammlung) de remarques médicales et chirurgide! {deux séries, 1747-1772), de J. Fr. Henkel (1712^1779), méde cin militaire, puis professeur à Berlin, est du même feorequt le Journal de Scbaarschmidt (2). Cet auteur a aussi puUiéditers ouvrages sur la chirurgie , les opérations et les accoocbements (S) .

J. G. Gûnz (1714-1754), Kaltschmidt (1706-1760), Eller (1689-1760), Mobrenheim (1736-1807), HuDczoT5ki(— 1796). Scbmucker (1712-1766), Mursinna (174A-1882), Jos.-Jacqoe5 Plenck, et d'autres chirurgiens allemands de cette époque, nt me sont connus que par Haller, par Haeser, ou par les bio^

(1) Auguste Scbaarschmidt (1720-1 791) a écrit plusieurs tableaux aDatoini(|o<^fi ont été longtemps considérés comme classiques, ils ont été traduitt en Utis ^ J. Fr. Érasme.

(2) Le plus important des recueils périodiques de ce genre publiés en AHesu» pendant le xvm« siècle est la Chirurghche Bibliothek^ de Aug.-GoUL Richkr.A 1771 à 1797.

(3) Les Neue medicinische und chirvrgische Anmerkungen (1»* partie, 170:? n'ai pu me procurer que cette partie) du même Henckel, sont un i«ciifild' lions, encadrées dans des remarques pratiques et souTeot n rr empagiicct ée gnenicnts bibliographiques très-précieux. — Les retnnrques sont au oonkrt -k vingt-quatre. Les principales sont relatives au spina bifida^ à la putréfa^tioi ^ intestins et de Tépiploon dans une hydropisie aficite, au traitement de laSstllkitf^ maie, à la carie de l'os maxillaire inférieur, à la fracture de la rotule, au traittfviheureux d'une hydropisie universelle^ à divers cas de vices de conformatioB sbiin^ chez des enfants nouveau -nés ; enliu à des relations d'accouchements laboncsi- " Je connais encore un mémoire du même auteur Sur l'opération de In calfir«dr(l7^ où Ton trouve un bon historique, une exacte bibliographie des méUuMlcj» liflrî"* pour l'abaissement ou l'extraction de la cataracte, et une dissertatMo s«r i«^ verses autres espèces de cataracte.

BBAMfilLLA. — BILOOtlI. — TÉSOBH . l24l

ihies; la plupart ne se irouvenl même pas à Paris (1). — Bramlilla (1728-1800), que l'Ilalie et rAIIemagne se disputent, ne raat pas tant d'honneur ; c'est un homme de plus de savoir faire |ue desavoir, et qui étale sa vanité jusque dans la façon luxueuse lont il fait imprimer ses livres qui méritent à peine une mention, auf peut-être son Trattato chirurgico pratico sopra il /lemnane (1777); c'est un résumé assez exact, mais sans critique. Sa Siaria délie scoperte fisico-mediciMmatomictMihirutgiche ^aiie dagliuomini illmtri italiani (1777), est un plagiat près- |oe perpétuel, et la honte de l'érudition. Le Discours stir la préfminence et Futilité de la chirurgie ^ traduit en français par Lin- 2;aet, 1787, avec un long Avertissement du traducteur, est une déclamation sans valeur.

Bilguer (1720-1796), qui avait longtemps exercé à l'armée, est surtout connu dans l'histoire de la chirurgie par une aversion plutôt systématique que raisonnée des amputations {De tnembrarum amputatione rarissime administranda, aut quasi abrogimday 1761). Ni les violentes et incoercibles hémorrhagies, ni les os brisés n'ont pu le décider à amputer; il assure avoir traité à la suite d'un combat, 6622 blessés dont 667 seulement sont morts. Peut-être ce chiffre, qui représente surtout des fractures du fémur, dépose-t-il contre son système absolu. Il cite beaucoup d'autorités, et rapporte plusieurs observations^ pour justifier son abstention. — Ses autres ouvrages {Anweisung zur ausûbenden Wundarzneikunst in Feldlazarethen , 1768; Chirurgische Wahrnehmungen, 1768 ; Medicinisch-chirurgische Pra-^ genj 1/71), moins consultés, sont cependant recommandables par le grand nombre de remarques ingénieuses et de bonnes observa- Hans qu'ils renferment.

Theden (1714-1797), Mecklembourgeois , d'abord domestique, puis tailleur, puis garçon chirurgien, puis enfin chirurgien militaire, durant la guerre de Sept ans, finit par gagner la confiance du grand Frédéric et Famitié de Sam. Schaarschmidt;

(1) h^% Abhandlungen von der vornehmsten chirurgtschen Operationen du chirorgien danois Heuerraann, publiés en allemand en 1756, 1757 ei 1773 (j*ai ces trois 4f^f^ tous les yeux pour les deux premiers et le troisième volume) reflètent surtoat La chirurgie française et la chirurgie traditionnelle. Ce livre contient des remarqiiei sur les maladies elles-mêmes qui nécessitent les opérations.

1248 CHmURGlB PRànQtlE AU XflU^ SIÈCLE.

son principal ouvrage a pour titre : Keue Bemerlamgen m\d Erfahrungen zur Bereicherung der Wundarzneikumt und Mtdicin, 1771 et 1795. La première partie a été traduite en français par Ghayrou (1777) sous le titre : Progrès ultériew de la chirurgie. Theden rapporte surtout les résultats de sa propre pratique. Il était renommé pour ses succès dans la cure des plaies anciennes à l'aide de bandelettes ; il recommande l'emploi des bandages pour la cure de Tanévrysme faux consécalif; dans les affections des extrémités et dans les amputations des membres pour diminuer la douleur; il substitue, pour lootes les amputations, les tampons de charpie à la ligature, ce qui est une pratique fort aventureuse ; il proscrit la ligëlurt du cordon dans la castration et toutes les sutures. Tteden paraît avoir retiré de grands avantages des douches simp\es oo médicamenteuses tombant de très •'haut (de Aô pieds, par exemple) pour diverses affections des articulations, et se semil volontiers d'eau froide , intiis et extra]^ pour toutes sortes de maladies chirurgicales ou médicales, même dans les éropte aiguës. Les préparations de Goulard et Teau d'arquebosade lui ont paru trèseflicaces. Les débridements et les pansemenls émollients sont recommandés dans les plaies d'armes a feu; tous les spiritueux ou excitants sont proscrits. — En l/^â, Theden a ajouté deux nouvelles parties qui n'ont pas été traduiles et qui renferment des remarques avec observations sur les sujets suivants : Hydrocèle et sarcocèle, inutilité du trépan, commolion cérébrale, heureuse opération d'une énorme tumeur au cou, cas de rage sans morsure d'un animal malade, emploi du gaïac ou de l'asa fœtidadans la goutte et le rhumatisme, formes particulières de panaris; machines pour les fractures des membres inférieurs oo supérieurs et autres machines ou instruments pour diverses opérations, par exemple, une pince pour l'extraction des polypes du nci par l'arrière-gorge ; emploi du sublimé dans les maladies vénériennes pendant trente-quatre ans de pratique; plaies des articoLv tions, bons effets de la belladone dans la fièvre intermittente quarto et dans l'hydropisie ; rétroversion de l'utérus ; possibilité de t luxation des vertèbres (par le chirurgien Schack) ; testicule vén^ rien, etc.; chute qui entraîne une déchirure du foie, une în^

HlGRtfiR. — CHIRURGIENS HOLLANDAIS. 1269

ture de la jambe et la morU abcès de la main, singuliei^s effets produits par des éclairs sur le corps de plusieurs soldats (par le docteur Mayer) , etc.

Dans les Eléments de chirurgie {Anfangsgrûnde der Wandarzneikunst u. s. w.; 7 vol., 1782-180/1), A. G. Richter a embrassé comme Bell, comme Boyer, à peu prés tout l'ensemble de la chirurgie. Ce livre a servi de base à beaucoup de manuels de chirurgie en Allemagne, et il a été traduit en italien par Volpi, en 179& et années suivantes. On y distingue spécialement ce qui regarde les plaies de tôte, les hernies et les maladies des yeux, sujets sur lesquels Richter avait fait de savantes recherch3s. L'auteur donne une bonne description des divers genres de plaies de tête, et des accidents qui en sont la suite. Comme Pott, il veut qn'on respecte les lambeaux charnus et membraneux, dans les Tastes plaies par instruments tranchants ou déchirants; mais il ji'est pas d*accord avec le chirurgien anglais touchant l'emploi da trépan pour presque toutes les fractures du crâne. \\ énumère avec détails les signes à l'aide desquels on peut reconnaître la commotion ou la compression. C'est particulièrement la compression qui doit régler l'application du trépan. Richter ne permet Topération de la hernie que si la tumeur est étranglée et compléletnenl irréductible ; l'opération est grave par elle-même, et surtout par les accidents fortuits qui peuvent se produire. — Les trois fascicules des Observationes chirurgicae (1770-1780) renferment de précieux Mémoires sur la cataracte, les hernies, le cirsocéle, la trachéotomie, les abcès des sinus frontaux, l'amaurose, et diverses autres maladies des yeux (y compris la fistule), le cancer du sein, enfin sur une nouvelle méthode d'opérer la cataracte : abaisser ou extraire la capsule en même temps que le cristallin, suivant qu'on emploie l'une ou l'autre méthode (1).

La Hollande compte parmi ses meilleurs chirurgiens Palfyn, Tittsingh, Vylhoorn (élève de l'École de Paris), Schlichling, Van Gesscher, dont les ouvrages, tous écrits en hollandais, ne me sont connus que par Haller qni les a longuement analysés.

(1) Yoy. aussi Von der Augziehung (1er grauen Staares, 1773.

DAinUBlG. 79

1250 CHIRURGIB PRATIQUE âU XVIII* SIÈCLE

La Syslema clùruryiae hodiernae (1798) de Heoii CaUlsen (L7A0-182&), brille plus par la clarté de l'exposilioa et la sûreté du jugement, que par la nouveauté des recherches. C'est un résumé succinct des connaissances chirurgicales du temps^ on texte sous forme aphoristique, pour des leçons pubUques. La classiû* cation des maladies y est très-systémaliqae et ne repose ni sur un diagnostic toujours rationnel, ni sur les résultats d'une exacte anatomie pathologique, car on y trouve des alfections qui oui i peine une existence réelle, indépendante. C'est, pour la chirurgie, avec plus de science positive, un livre analogue aux Âj^rismes de Boerhaave pour la médecine.

En Italie, nous trouvons avant le célèbre Bertrandiplosieuns chirurgiens de distinction, entre autres Ant. Benevoli (1(585-1156) qui a écrit Sur la cataracte lenticulaire (1722); sur les caroocules, les carnosités ou les rétrécissements de Turèthre (172i), qu'il traite volontiers par de simples bougies, de préférence aux escharotiques; enfin sur les hernies (17A7) dont il attribue la cause à la laxité du mésentère. — Ângelo Nannoni (i71ô-17M], disciple de Benevoh et à qui Ton doit des Dissertations sur k fistule lacrymale (il y blâme la perioration de Tos unguis) ttk cataracte (1748) , un Discours sur la cfdruryie^ où il est surtoat question de Thistoire et de la pratique des amputations (1750i, un traité Sur les maladies de la mamelle (17(52), a aussi publié, en 1771, un Trattato chirurgico sopra lasimplicita di medican i mali d'attenenza délia chirurgia^ que Ualler appelle majui opus. L'ouvrage de Nannoni se divise en deux parties : la première comprend des considérations sur la simplification du tiaitemeai des blessures, des plaies, des tumeurs, etc., avec des observations à l'appui ; la seconde partie se compose de cinquante observations, accompagnées de quelques réflexions pratiques. Dans ù première partie il est traité du danger de laisser les corps étrangers dans les plaies, surtout dans celles des parties tendineosef ou fibreuses, à la main, par exemple; de la prompte réunion de? lambeaux de chairs dans les plaies de la face ou du cràn^r avec ou sans suture, même s'il existe une perte de substanc;;du traitement par l'incision et la réunion immédiate de tumeiu^

t'BENETOLI. — NANNONI. — IIOLINBLLU 1251

OU d'ulcères cancrénoïdes des lèvres ; des hernies étranglées réduites avec succès sans opération, et de celles qui réclament riutervenlioa du fer; enlin de toutes sortes de tumeurs anévrysmaies ou autres. Dans la seconde partie {observaiions proprement dites) on peut signaler les observatiom qui sont relatives aux tumeurs du sommet de la tèie ou du scrotmu; à la carie des os; à de vastes sarcomes du tronc et des membres ; au charbon; à de nombreuses maladies des yeux. L'auteur aime tant les observalions (et nous ne devons pas nous en plaindre) qu'il en insère dlntéressan tes jusque dans sa Frél'ace.

Son lils, Laurent, élève de Paris, lut aussi un chirurgien distingué; il a publié en 6 volumes, 178ô, un Trattato di chirurgialeoricopratica^ediostetriccia.iQ counais de lui un Trattato deil'idrocele (1779). De toutes les méthodes préconisées pour la cure radicale de cette allection, Nannoni semble prélerer Tincision qui permet de voir le mal dans toute son étendue et Tétat du testicule. 11 a égalementpublié, en I7b i , un traité Sulla regeneraùone délie parti siinilari^ et eu 1780, une Dissertazione aulla eaiaretta. — Tanaron, un élève de Paris, et qui s'était pert'ectionné dans les camps, a écrit, en i75A, un Traité de chirurgie où il cite volontiers les chirurgiens fran^^ais. — Dans un traité des plaies cutanées de la tète, M ic. Cappelietti, de Lucques, se montre un partisan très-instruit de la rèlorme deMagalus; uiTun ni l'autre de ces ouvrages n'existent, que je sache, dans nos bibhothèquoSy ttl je n'ai jamais pu les rencontrer dans le commerce.

Mohnelh (l(59»-i7bA) et Bertrand! (1725-17(5ô), deux célèbres chirurgiens italiens, appartenaient, comme membres correspon* cbntfi, à l'Académie de chirurgie; c'est en raison de cet honneur, tort recherché en France et à l'étranger, que Louis a prononcé leur éloge. Moliuelli est un des meilleurs élèves des écoles et des hôpitaux de Paris, où il se montra d'une rare assiduité (1). il a écrit plusieurs mémoires de chirurgie (particulièrement sur la lisluie lacrymale, les anévrysmes et les ruptures du tendon d'Achille), de physiologie expérimentale sur le sys*

(i) MoUaelli a foudé a Bologue un coun d'opératious à l'instar de c«ux qu il avait suivis et admiré< à Paris. — Où qu'où jette les yeux à celte époqua» c'est Paris qui gouverne l'Europe, comine autrefois c'étaient l'italie ot l'ficoU ds t4|dfl«

1252 «CHIBURGIE PRATIOITE AU XVIII* SifeCLfi.

lème nerveux, d'anatomie pathologii|ue relative aux plaies de télé et aux abcès du foie ou d'autres parties qui eu sont la conséquence (1). C'est à propos de Fétonnement qu'on manifestait snr l'élégance du style de Molinelli, quoique chirurgien, que Louis s'écrie avec un noble et légitime orgueil : c Pourquoi s'allcndait-on moins à trouver ce talent dans un chirurgien que dans tous ceux qui cultivent les autres sciences? Y a-t-il quelque profession qui exige plus d'esprit, d'études, de lumières, de jugement et d'expérience, que la chirurgie? La précision, la justesse et l'élégance du style ne sont point des ornements étrangers i notre art. > Qui a donné les modèles les plus accomplis de toutes ces qualités, n'est-ce pas l'illustre secrétaire de l'Académie de chirurgie? 11 lui était donc bien permis de se révolter contre un jugement aussi injurieux que mal fondé ; et Louis n'a-t-il pas fait une bonne action en profitant de l'occasion pour engager les élèves en chirurgie à ne se pas négliger sur les talents littéraires dont ils doivent éprouver journellement le besoin dans les consulta* tions et dans la rédaction des faits que la pratique leur présente; il leur cite en même temps tous les noms des médecins ou chirurgiens qui ont illustré à la fois la science et les lettres.

Bertrandi, formé d'abord aux meilleures disciplines littéraires, se livra de bonne heure à Tétude de Tanatomie et de la chirurgie. Il acquit une si grande habileté dans les dissections que Bianchi, comme Louis nous l'apprend, lui demanda de l'aider dans ses études sur la structure des viscères; mais lorsque ce médecin, d'un caractère peu recommandable, dévoila à Bertrandi le dessein où il était de se servir de ses travaux contre Morgagni, l'élève marqua au maître la ferme volonté de ne pas se prêter à une pareille manœuvre ; aussi Bianchi ne lui pardonnat-il jamais d'avoir refusé de servir ses rancunes pour prix des services qu'il prétendait lui avoir rendus en le recevant chez lui chaque année. Une pareille conduite est aussi fréquente que honteuse. Bertrandi vint compléter ses études en France, où il contracta d'illustres amitiés, et en Angleterre. Outre plusieurs

(1) Cette seule recherche de la concomitauce des abcès du foie et des plaies^ U tête prouve queUe nouvelle et exceUente marche avait suivie Tanatomie pathok»fique, même depuis Morgagni.

BERTBANDl. — CHfiSELDBN. 125S

inémoires anatomiques sur le foie et sur l'œil, elc, il a publié en 4763 (trad. en français en 1769) un Traité des opérations de chirurgie qui comprend les sutures, surtout celles des intestins, la panicentèsc, l'opération césarienne, le cathétérisnie, la taille» riiydrocèle, et quelquesautres opérations, où je n'ai rien trouvé de bien nouveau. En effet, quand on étudie les ouvrages mêmes de Bertrandi, on est tenté de croire que Louis l'a un peu surfait, comme chirurgien. Les divers ouvrages de Bertrandi ont été réunis après sa mort (de 1786 à 1802), en lA vol. in-8'' (1).

W. Cheselden (1698-1752) (2), dont nous avons déjà parlé plus haut (p. 1009) comme anatomiste, se recommande à l'historien

(1) Les Ohservazioni di chirurgia (en deux parties) : Precetii^ Esempliy publiées «u 1784, par Mulacarne, occupent aussi un rang^ distingué dans la littérature chirurgicale du iviii'^ siècle. Dans les Esempi ou Observations, on trouve plusieurs relations importantes d'hydrocéphalie, d'anévrysmes, de néphrotoniie, etc., avec beaucoup de remarques anatomiques. Son mémoire Deile operazioni chirurgiche spettanti aUn rùiuzione, 1796, renferme d'utiles préceptes pour la réduction des parties molles et des parties dures. — Rappelons aussi le traité de Troja, De novorum (fs.tium regenerntione expérimenta (1775), qui a. préparé les voies, par d'ingénieuses expériences, aux belles recherches des modernes sur ce sujet. — Enfin citons le beau travail eipérimental de Fontana Sur le venin de la vipère ^ etc,, 1781, et surtout les savants Mémoires de Pallelta (1747-1832) qui ont été publiés en partie au commencement du xix' siècle et en partie a la fin du xviiie, et qui portent sur des sujets très-nombreux. Les Adversaria chirurgica de Palletta renferment : !<' un trèsimportant mémoire sur la claudication congénitale, sur les diverses causes et sur les lésions anatomiques dont elle est la conséquence ; 2® une série d'expériences sur le saog, au moment où il vient d'être tiré de la veine, a%ec les cantharides en poudre ou en teinture, et avec d'autres substances, afin de s'assurer de leur action sur ce fluide ; à ce propos il étudie avec grand soin les effets des vésicatoires sur l'économie animale; 30 des oltservations anatomo- pathologiques sur le mal de PotL — Les Exercitationes pathologicaey publiées de 1820 a 1826, renferment plusieurs mémoires spéciaux, sur les polypes utérins, la phlébite, la scialique, les maladies de la hanche, les tubercules des os, le sarcocèle, les abcès sanguins, les morts rapides, la dyspbagie, les fractures des vertèbres, les maladies des femmes en couches, les hernies» les affections de la vessie, etc. Parmi ces mémoires, il doit s'en trouver qui avaient été disséminés dans des recueils périodiques. — Du reste, je n'ai eu entre les mains que les Adversaria et les Exercitationes, — Tous ces travaux sont marqués au coin de l'observation pratique la plus attentive.

(2) Cheselden avait acquis une telle habileté qu'il opérait dans l'espace de quelques minutes, on dit même d'une miniite, avec l'appareil Utéralisé. Un des Colot

12M GHIRURGIB raATlQUE 40 IfllT 8IÈGLB.

de la chirurgie, non-seulement par ses travaux sur l'opération de la taille, mais encore par son recueil d'instruments (t7&9) et par toutes les remarques ou représentations figurées d'anatomîe pa* thologique touchant les maladies des os qu'il a consignées, soit dam son Ostéographie^ soit dans son Traité d'anaiomie du corps humain. — Cheselden a publié (i72S) un traité où il célèbre les a?aii« tages de la taille par le haut appareil ou taille 9us*pubienne imagi* née par Franco, et où il rapporte d^s observations à l'appui ; mais, finissant par y reconnaître d'assez graves inconvénients, il adopta en 1730, et perfectionna la méthode de Raw, qui lui-même Tavait empruntée au Frère Jacques, en la corrigeant très -heureusement (taille latérale ; — trad. franc, par Guérin, en 1818, avec un mémoire où Thompson expose les modifications qu'il a fait subir aux instruments et aux incisions, et l'opinion deDupuytren sur le même sujet). Le premier traité de Cheselden a éti traduit en français par Noguez (172/i), à la suite de l'ouvrage de Jean Douglas. — Cet ouvrage de Jean Douglas, publié d'abord en 171 9y comprend une brève histoire critique des divers procédés usités pour l'opération de la taille, et la description, avec observations^ du haut appareil qu'il préfère à tous les autres. — Jacques Douglas (1675-1742), son frère, a publié en 1726 (avec appendice en 1731) une Histoire de la taille latérale sans intéresser l'urèthre, la prostate et les vésicules séminales. Les deux Douglas sont frès-âpres contre Cheselden. — Dans une thèse soutenue en 1730, sous la présidence de Falconet, Malouin a vanté la taille latérale.

Alexandre Monro (l'ancien, 1097-1767) tient un des premiers rangs parmi les chirurgiens anglais. Ses différents mémoires sur la paracentèse, les anévrysmes, les maladies des voies lacrymales, les hernies, Thydrocèle, le sarcocéle, la carie, l'exarthrose, la cataracte, etc., ont été publiés dans les Actes delà Société d'Edimbourg,

Sharp (—1765), un ennemi acharné de la routine, était disciple

(Français), qui vivait à cette époque, préconise le grand appareil et rejette aNoltment le haut appareil. — Aujourd'hui quelques chirurgien», adoptant le pr(»c«U de M. le professeur Dolbeau, réunissent avec succès la taiUe périnéâlt et U hiho* tritie (roy. Dolbeau, Traité pratique de la pierre, 1864).

DOUGLAS. — MO!fia — 8BABP, BTG. 1355

de Gheselden» mais supérieur à son maître ; il a publié deux ou* vrages : ses Opérations de chirurgie (i) et ses Recherches critiques sur Pétat présent de la chirurgie {il hO) y qui lui assurent une des premières places dans Thistoire de la chirurgie. Voici quelquesr uns des points les plus importants à signaler dans ses Opérations de chirurgie : il défend d'ouvrir les abcès avant leur maturité ; il proscrit les tentes pour les abcès profonds, les accusant avec raison de produire des trajets fistuleux; il employait hardiment la pierre infernale pour raviver les vieux ulcères ; il use aussi volontiers de Veau de chaux ; il brûle mais ne coupe pas les. fongosilés ; déjà il avait imaginé des canules de drainage dans les fistules ; il guérit les abcès des articulations par l'immobilité qui procure l'anchylose; il ne veut pas enlever les amygdales avec l'instrument tranchant, mais avec la ligature, comme Cher selden etLevret; dans le cas d'épanchement de sang ou de pus dans la cavité thoracique, il ouvre dans la région moyenne, entre répineet le sternum. Sharp a donné au trépan sa forme cylindrique actuelle.

Dans ses Recherches sur Pétat présent de la chirurgie^ Sharp compare la chirurgie française (il avait fait un voyage à Paris) avec la chirurgie anglaise. — Dans l'opération de la hernie il défend d'inciser l'intestin au moment de le remettre en place, et de le recouvrir de glace, mais il ne veut pas non plus qu'on fasse rentrer le sac avant qu'on y ait pratiqué une petite incision, contrairement à la coutume de beaucoup de chirurgiens français. Sharp est partisan de la taille latéralisée. Il se plaint que les chirurgiens français ne soient pas assez explicites sur les signes de la commotion du cerveau; il rejeUe la ligature de l'épiploon gangrené avant de le réséquer ; il n'y a pas d'hcmorrhagie h craindre. En général il se montre peu favorable aux Français.

Bromfield (1712-1792), chirurgien de moindre renom que Sharp, mais fort estimable cependant, a donné en 1773 un recueil de précieuses Observations qui est encore consulté. — G.Arnaud, Français d'origine, obligé, en suite de quelques calomnies, de

(1) Loudres, 3« éd., 1740, — C'est la meilleure édition de ce livre; U première a paru fers 1737. Les Opérations de chirurgie et le» Recherchée critiques ont été IraduitM su Crauçais par Jaolt.

i956 GHIBtJRGlE PRATIQOB AU XVIII* SIÈCL1L

quitter son pays, se réfugia en Angleterre^ où il a écrit k la fois en anglais et en français. Ses Mémoires de chirurgie (il^S) renferment en français de savantes recherches sur les hernies (hernies congénitales; hernies de Tépiploon ; hernies crurales chez l'homme ; inconvénients des descentes chez les prêtres), les anéyrysmes, l'hermaphrodisme, les différences locales des testicules, sur divers instruments ou machines, sur les avantages de fanatomie, enfin sur la vie de W. Hunter, mais je n'y vois pas Ggoreries Instructions pour les maladies de la yessie et del'urèlhK (1768 et 1764).

Le Practical treatise on woundsand other chirtirgical suhjects (2« édit., 1767, 3 vol. in-8'), de Gooch (mort vers 1780 Ans un âge très-avancé), comprend d'abord (1" vol.) ud recueil d'observations qui sont dues pour la plupart à Gooch lui-même, et qui portent sur toutes sortes de sujets de chirurgie; plosiears sont fort intéressantes. Des planches nombreuses, représentant surtout des machines que l'auteur appelle simplifiées, accompagnent le texte. Il est impossible d'analyser un pareil ouvrage. Le second volume s'ouvre par une pitoyable Histoire de la cUrurgie et de Panatomie qui comprend 62 pages; il renferme ensuite des remarques générales sur les plaies, sur leur proiioslic; sur les principales indications à remplir dans le traitement, sur les bandages, les sutures, etc., et sur les plaies ou aflectioosde diverses parties du corps, avec quelques renseignements historiques. Ce volume est une espèce de commentaire du premier. — Le troisième volume contient de nouveau des observatim chirurgicales, ou relatives à quelques fièvres épidémiques qui ont régné de 1739 à 1741, soit sur terre, soit sur des vaisseaui.

John Hunier (1728-1793) est un des plus habiles praticiens qu'ait eus l'Angleterre ; il est surtout célèbre, comme chirurgien, par ses Leçons sur les principes de la chirurgie^ par son Troit^ du sang et de rinflammation et par ses Mémoires sur les plaies d'armes à feu, sur la phlébite, ranévrysme poptité, rhydrocèle, etc. On reconnaît dans ces ouvrages, non-seulement le gran»^ chirurgien, mais aussi l'homme verse dans l'élude des quesliofl? générales d'histoire naturelle et de physiologie. &ms mépriser les faits, Hunier insiste sur les principes qui conduisent à U

600GH. — i. HUMTBB. — ALANSON. 125!^

connaissance des causes^ lesquelles, à leur tour, sont la source des indications et de la bonne direction du traitement. En lisant les Principes de chirurgie, on est émerveillé de tout ce que Tao^ leur a vu et admirablement décrit; quand on parcourt le Traité de r inflammation^ on est frappé de la profondeur, de la sûreté de ses observations et de son habileté à manier la méthode expé* rimentale.

Âlanson a préconisé comme le meilleur de tous, pour éviter la saillie de Fos, un procédé d'amputation (1), qu'on a trouvé cependant compliqué, douloureux et auquel on a renoncé. Voici en quoi consiste ce procédé : Appliquer le tourniquet ; faire relever fortement la peau par un aide (car l'auteur proscrit la ligature du membre); inciser circulai rement la peau; la séparer du tissu cellulaire et de ses attaches à une assez grande hauteur; couper les muscles obliquement (c'est-à-dire en cône dont le sommet est dirigé vers la racine du membre) , la pointe de Tinstniroents étant toujours en contact avec l'os; inciser circulairement le périoste à la pointe du cône ; scier l'os; attirer les artères avec une pince, et pratiquer la ligature immédiate aDn d'éviter tous les inconvénients attachés à la ligature médiate ou en masse avec Taiguille. — Alanson usait de la méthode à lambeaux pour l'amputation au-dessus de la malléole (2). Après Bromfield, il a pratiqué avec succès l'amputation dans l'articulation scapulobumérale. Son livre contient beaucoup d'observations.

On peut dire de Benj. Bell qu'il est le Boyer de l'Angleterre; des deux côtés même bon sens, même respect pour la tradition, et en même temps égal désir de mettre à profit les découvertes, les divers genres de progrès que l'expérience personnelle peut constater; mais des deux parts aussi, peu de goût pour les trop récentes nouveautés; les préjugés nationaux, ou le manque d'érudition, ne leur permettent pas non plus de se tenir toujours au courant de ce que font les étrangers ou même leurs conci-

(1) Practical observations ujton amputation and the after trcatement, 1779; traduit en français par Lassus en 1784. — Voy. plus haut page 967.

(2) Alanson cite pour l'amputation à lambeaux L.owdham, 1679 (dans le Currus Iriumphalis e terebintho, de Young). Déjà Wbite en 1669 avait fuit l'amputatioii circulaire aa-dessus des maUéoles; il ne dit rien de Verduyn.

1358 cmmuAGU piatiqus au xvm* siIclb.

toyens ; ainsi Bell reproche aax Français de pratiquer trop iaâ\e« ment l'opération de la hernie ; et lui, qui cite Pott si voîonliers, ne se souvient pas que ce grand chirurgien se vante d'avoir pratiqué très-fréquemment la kélotomie, qu'il regarde du reste comme une opération aisée et sans grande conséquence, quaad elle est faite à temps.

Bell semble avoir eu, en écrivant son Système de chirurgie (I), le dessein de substituer ce livre à celui de Heister que la science avait de beaucoup dépassé; il s'est proposé, avant tout, de donner un ouvrage où Tétat actuel de la chirurgie fût exactemenl présenté, et dans lequel il donnait en même temps le résumé de sa grande pratique. Le Système n'a pas beaucoup d'ordre; finteur n'a même prétendu donner qu'une suite de monographies. Ainsi il traite successivement des sutures, de la saignée, ^es anévrysmes, des hernies, de l'hydrocèle et des autres nudidîes des organes génitaux et urinaires, y compris les calculs ; des hémorrhoïdes, de la fistule, de l'empyème, de la bronchotomie, de l'œsophagotomie, du cancer du sein, des plaies de tète, dis affections des yeux et des autres organes de la face et du cou; dsi fractures el des luxations, des plaies en général, des brûlures et des tumeurs, sans oublier Yinoculation, alors fort en vogue. Comme Pott (voy. plus loin p. 1260), Bell veut qu'on fasse dans les fractures, surtout dans celles de la cuisse, l'extension quand le membre est au moins dans une demi-flexion, afin qu'on a'tit pas à lutter contre la contraction des muscles.

Quand on lit avec attention les ouvrages de Percival PoU (1713-1788), réunis par son disciple Earle, qui y a ajouté une biographie (traduits en français, 1777-1792, en 3 volumei in-8°), on ne peut qu'admirer ce dont est capable le génie de l'observation chez un homme bien doué d'ailleurs, placé dans ui milieu vraiment scientifique, mais qui avait plus étudié les malade que les livres, dont il ne connaissait guère que les plus récM^

(1) System of surgenj, 1783-1787 ; traduit en français par Bosquillon, 1796.- On doit aussi à Boll un Traité des ulcères^ 1779; un Traité lie la gonwrh^ft* la maladie vénérienne^ 1793, égralemont Irad. eu français, enfin uii Mémmrr rr les maladies des tesitcule^ ; 1794.

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