LE LIVBE DES ÊTRES : ÊTRE NATUREL
ptômes des maladies pour les guérir, qu'on ne s'occupe de la fumée pour éteindre le feu I Ce sont les médecins qui, prétendant guérir les contraires par les contraires, prennent les symptômes en coDsidération. 11 nes'enquiert pas du pouls, dont il dit seulement : Dans le pouls git le corps de la vie. Lui, si habile chimiste, il ne sait pas interroger les urines ; il ne tient aucun compte du diagnostic différentiel des maladies; il ne se doute même pas de ce qu'est le diagnostic. Reconnaître les origines et le traitement des maladies, et faire concorder les noms avec celte double notion; s'occuper surtout des formes apparentes et de la forme intime ou nature minérale (on sait ce que cela signifie pour notre auteur) des maladies, cela suffit au médecin pour adapter la forme et la nature des médicaments.
« Le corps est double : firmameatal et terrestre. Je vous le dis en vérité, rhomme se compose de deux espèces de créatures : de ceUes qui [se] nourrissent et de celles qui manquent de nourriture. (Chap. 2.) — La nourriture se comporte dans le corps comme le fumier dans un champ. Le fumier réchauffe et engraisse le champ d'une manière occulte; la nourriture produit le même effet dans le corps d'une manière corporelle, mais elle n'agit pas sur ce qui est dans le corps. » (Chap. 3.)
« 11 y a sept membres dans le corps qui ne demandent aucun aliment, mais se suflisent à eux-mOmes, comme les sept planètes qui se nourrissent elles-mêmes, sans que l'une demande son aliment aux autres et sans rien emprunter aux astres. La nature de la planète de Jupiter est telle, qu'elle n'a pas besoin de fumier pour entretenir son corps ; elle a reçu dans la création assez de subsistance. De même, le foie n'a pas besoin d'être
fumé : ii possède sa substance sans aucun fumier Après ce que
nous avons dit de Jupiter et du foie, il faut croire également que le fiel est Mars, que le cerveau est la lune, le cœur le soleil, la rate Saturne, le poumon Mercure, les reins Vénus (!)• Et, comme les firmaments supérieurs ont leurs mouvements, de même les firmaments inférieurs. Si vous ^oulez apprendre à connaître la crisBy il vous faut d'abord observer le cours (mouvement) naturel qui a lieu dans le corps ; si ce mouvement vous est inconnu, vous ne pourrez jamais amener les maladies naturelles de l'être naturel à la crise. 11 y a, en effet, deux crises: l'une pour les maladies terrestres, l'autre pour les maladies célestes; or ces crises sont tout à fuit distinctes. » (Chap. 4 et 7.)
(1) L'action de Vénus est dirigée vers les productions de la terre, et la vertu des reins \ers le fruit humain (chap. 7). Paraceisc sait si peu d'auatomie et de physiologie, qu'il attribue aux rein» des fonctions qu'ils n'ont pas.
flOh PABACEL8E.
• Suivent des considérations parfaitement ridicules sur les mouvements de ces sept parties en rapport avec les sept planètes correspondantes. Avouez, Messieurs, qu'il faudrait un bien grand miracle pour que quelque semblant de réforme puisse sortir d'un cerveau qui enfante de telles conceptions.
« Le cœur, continue notre auteur, répand son esprit dans tout le corps, comme le soleil sur tous les astres et sur la terre elle-même. Cet esprit est seul utile au corps pour sa subsistance, et non les sept membres. Le cerveau pénètre seulement jusqu'au cœur, et du cœur regagne son centre spirituel; ce but est le seul auquel il tende. Le foie, par son esprit, marche seulement vers le sang et n'atteint pas autre chose. La rate se dirige vers les flancs et les viscères. Les reins s'ouvrent un passage à travers les lombes, les parties voisines et les voies urinaires; le poumon autour de la poitrine et de la gorge; le fiel a son mouvement vers l'estomac et les intestins. A l'aide de ces indications, vous connattres si l'un de ces organes s'écarte de sa route et pénètre dans une Ycie étrangère, par exemple, la rate dans celle du fiel, car alors, de toute nécessité, U s'engendre des maladies. Il en est de môme pour les autres conduits. Mai 8 tout cela vous sera présenté plus clairement (7) dans le livre Sur ia génération des maladies* » (Ghap. 8.)
Si Ton veut bien ramener ce verbiage à sa plus simple expression, on y reconnaîtra quelques débris de la vieille physiologie galénique. Au chapitre 10, Paracelse attribue aux humeurs à peu près les mêmes qualités que Galien leur attribuait, seulement il ajoute des explications plus inacceptables que celles du médecin de Pergame. Dans un même chapitre (le 11*), il attribue les bonnes ou les méchantes qualités morales non à une étoile quelconque, mais à une humeur fictive, et la gaieté ou la tristesse à un esprit igné également fictif : deux causes pour des effets si analogues I
« U y a dans le corps quatre espèces de courants {Leuff^ ou Lauff) : le firmament, les éléments, les complexions et les humeurs. Là est la cause et l'origine de toutes les maladies. Car c*est selon Vétre naturel que se fait la division de toutes les maladies en quatre espèces: Tune est celle des astres, ce sont les maladies chroniques ; l'autre espèce vient des éléments, ce sont les maladies très-aigués ; la troisième est produite par les complexions, ce sont les maladies natureUes; la quatrième vient des humeurs, ce sont les maladies colorantes (tingentes). Et vous devei
LE LITRE D^ ÊTRES : ÊTRE SPIRTrCEL. &05
apprendre à disposer {susetzm) les maladies de Vétre naturel d'après la manière d'être de ces quatre espèces de maladies. » (Chap. il ; partie, i.)
On conviendra que cette nosologie est bien digne de la phy-> siologie dont elle découle.
IV. De ente spiritualis (De l'être spirituel). — « Pour définir Vétre sfnrituel^ nous dirons que c'est une puissance parfaite ou complète (i) par laquelle tout le corps peut être affecté et précipité dans toutes sortes de maladies. Quels que soient les assauts qu'on ait tentés et les objections qu'on ait faites contre cette déOnition, nous leur montrons... le dos, car elles se réfutent elles-mêmes (!) En commençant la définition de Vétre spirituel, nous vous engageons à quitter la manière de parler que vous appelei théo^ logicale. On ne peut, en effet, nommer saint tout ce qui porte le nom de théologie, ni pieux tout ce dont elle se sert, ni vrai tout ce qu'emprunte à la théologie celui qui ne la comprend pas. Mais il est vrai que les théologiens définissent cet être avec plus de puissance que personne. La connaissance de cet être ne vient pas de la foi chrétienne ; il est pago}/um (païen) pour nous ; mais il n'est pas non plus opposé à cette foi qui fait que nous mourons chrétiens. Vous devez reconnaître en vous-mêmes et savoir que vous ne devez concevoir aucun être parmi les esprits, comme si vous disiez, par exemple, que tous sont des diables. Ce discours est insensé et inspiré par le diable. Réfléchissez que ni le diable, ni aucun effet ou inspiration venant de lui, ne peut être compris ici (2). En effet, le diable n'est pas un esprit, un esprit n'est pas non plus un ange. Ce qui est esprit, c'est ce qui se produit dans le corps vivant de notre pensée sans matière. Ce qui naît de notre mort, cela est l'Ame (3). » (IV, 1.)
a Les trois êtres précédents regardent le corps, tandis que Vétre «ptrituel et Vétre déal {de Dieu) se rapportent à l'esprit. N'oubliez pas que si l'esprit souffre, le corps souffre en même temps. Cet être se manifeste à la vérité dans le corps, et cependant il n'est pas dans le corps. Pour expliquer ceci, nous dirons qu'il y a en tout deux sortes de maladies (4)9 les maladies matérielles et les maladies spirituelles (5) : les matérielles sont
(1) C*cst-à-dire sans bornes. — Les autres êtres ont des paissances qui ne sont guùrc moins étendues et souveraines. Chaque être devient ainsi cause de tout, i'iinciin au même degré l'un que l'autre. — Yoy. page 388, note 2.
(2) u L'homme ne trouve rien^ ni le diable non plus; mais Dieu trouve tout. » {Pnragr., columna iV.)
(3) C'est-à-dire, sans doute, ce qui se sépare après notre mort.
(â) Plus haut il dit: « subjecia^ id est matertas, morborum dupliciaesse. » (5) A chaque page, Paracelse déplace les bases de sa nosologie ; à chaque ligne
il subdivise les maladies de façons différentes; mais il ne réussit pas itrottveriine
bonne classification.
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délies qui eont teintes {imprégfiéBs, fbrmées?) matâriellement, cémme les th>is premiers êtres; les spirituelles, celles qui ne sont pas teintes mstériellement; ce sont les spirituelles et les déaies. » (Chap. 2.)
« Nous avons dit que l'esprit infligeait des maladies aux corps. Cela se peut faire de deux manières: l'une, quand les esprits s'attaquent mutuellement^ sans la volonté ou l'assentiment des hommes, excités par la haine ou l'envie qu'ils se portent (1), ou par les autres stimulants du mal. La seconde voie par laquelle les esprits envoient les maladies est celle-ci : par nos pensées, par nos sens, par notre volonté ; lorsque tout cela est bien d'accord, nous cherchons à infliger (et nous pouvons le Ihire) quelque dommage à autrui. Cette volonté ferme et déterminée est la mère qui engendre l'esprit [malfaisant]. » (Chap. 5.)
Cette manière de jeter les sorts et les charmes, car il ne s'agît pas d'autre chose, est développée un peu plus loin :
« Vous savez que, selon la volonté d*un esprit en lutte avec un autre esprit, si Ton couvre de terre et de pierres une image en cire, l'honmie en vue duquel l'image a été faite est inquiet et tourmenté dans le lieu où les pierres ont été amoncelées, et n'est soulagé que lorsque l'image a é(é remise au Jour; alors il est délivré de ses anxiétés. Notez encore que Si l'on brise une Jambe à cette image, l'homme se ressent de cette fracture ; il en est de même des piqûres et autres blessures semblables faites à l'image. Maintenant, apprenez la cause de ce phénomène; elle est dans la néoromanoiêy qui ne vous est sans doute pas inconnue. La nécromancie peut façonner des figures et des images qui paraissent réelles et ne le sont pas^ mais elle ne peut nuire à un corps, à moins que Tcsprit d'un autre homme ne soit en lutte avec Tespril de ce corps. Ainsi le nécromancien fabrique un arbre et le plante en terre : celui qui frappera cet arbre se blessera lui-môme, parce que son propre esprit est blessé par l'esprit de l'arbre, supérieur au sien. Cet esprit a, comme toi, des pieds et des mains; si tu le frappes, il te frappe, car toi et ton esprit vous n'êtes qu^un. » (Chap. 7.)
«Vous ne devez ni ignorer ni oublier que l'opération de la volonté est d'une grande importance en médecine. En effet, il peut se faire que celui qui se hait lui-même soufTre réellement le mal qu'il s'est souhaité. La malédiction, en efTet, dépend de l'esprit, et il peut arriver aussi qu'après des imprécations les images soient attaquées de maladies, comme de fièvres, d'épilepsies, d'apoplexies, etc., si ces images ont été bien préparées. Ce n'est pas une plaisanterie, ô médecins! vous ne connaissez aucunement la force de la volonté : la volonté est la mère de ces esprits avec
(i),Mais^ co vérité, il s'a^t ici de vrais combaU de diables, de ces diables auxquels^ plus haut(pag A05), Paracelse ne recoanaissait aucune puissance, et qn'U se* parait si rigoureusement des esprits.