LE LIVRE DES ÊTRES : ÊTRE DU POISON
rissons des au 1res animuux et des fruits, pur conséquent de puison. Us ne son! pour eux-mômos ni aliments ni poisons, mais, comme créatures^ ili partagent avec nous en eux-inOmes la perfection; ils sont du poison pour nrius, en tant que nous en faisons notre nourriture ; c'est pour cela que ce qui est poison pour nous, ne l'est pas pour eux-mômes. » (II, 1.)
Puis accordez ce qui suit comme vous pourrez :
« Sachez que le Oéateur n'enlève rien aux créatures, mais qu'il laisse chacune dans sa perfection; et, quoique tel aliment, dont on est forcé de se servir, soit un poison pour tel homme, le Créateur ne doit pas en <Mre responsable ni blAmé. » (Chap. 3.)
« Le paon dévore le serpent, le lézard et le stellion. Ces animaux sont en eux-mêmes parfaits et ne sont pas nuisibles, mais, relativement aux autres animuux, ils sont un véritable poison, si Ton excepte le paon. Cette diiïérence tient à ce que l'alchimiste (1) du paon est tellement subtil^ que l'alchimiste d'aucun autre animal ne concorde avec lui, cet alchimiste sépanint avec tant de soin le poison de ce qui est bon, que le paon peut se nourrir impunément de ces animaux (2). Sous un autre point de vue, il est également vrai qu'un aliment particulier a été assigné il chaque animal pour sa conservation, et, de plus, un alchimiste spécial qui est chargé de séparer le bon du mauvais. I/alchimiste donné à ruulruche sait isoler le fer, c'est-à-dire l'excrément du fer, de ce qui convient ù l'ulimentation, ce que nul autre ne pourrait faire. Le feu est la nourriture de la salamandre, et un alchimiste lui a été donné pour cela, l.e cochon se nourrit d'excréments, quoique ce soit du poison, et que, pur cette raison, ils soient exclus du corps de l'homme par l'alchimiste de la nature. C'est cependant l'aliment du cochon, attendu que l'alchimiste du cochon, étant beaucoup plus subtil que celui de l'homme, sépare dans les excréments ce que celui de l'homme n'a pu en extraire. Aussi, aucun animal ne se nourrit des excréments du cochon.» (Chap. U.)
« Maintenant que nous avons discouru sur l'alchimiste, il me reste à vous dire que cesl Dieu seul qui l'a créé, alln qu'il sépare dans notre corps le bon de ce qui lui est contraire, lorsque, selon la disposition divine, ce corps prend de la nourriture pour soutenir sa vie. » (Chap. 5.)
Voilà beaucoup de paroles pour dire que chaque être a en lui un principe propre de conservation. Encore Paracelse gâte-t-il
(1) C'est un siiccéilanê ou un adjoint de ÏArchéé;^ c'est-à-dire un nouvel être (rcs-inal hinité tt doiil lii fonction se rapporte à peu près uniquement a la digestion ou à la nutrition. 11 est Uuilùt un su^plôuut, un aide, ot tantôt un rival de U nature.
('i) C'est à piMi près le mot de Molière : L'opium fait dormir parce qu'il a mw ^^'Ui d4U'miti>e.
bOO PABACBLSE.
tout cela en accordant une intelligence à son alchimiste, iatolH* gence qui est à chaque instant mise complètement en délliut. Pour la doctrine où Ton ne voit que les mouvements de la nature, il n'y a ni bien ni mal dans le corps, mais seulement des résultats naturels. Du moment qu'un Archée préside» il n'y a plus que contradiction entre FiDspiration directe de rArcbée ou de l'alchimiste, et les résultats de leur intervention trop souvent désastreuse; de plus il ne reste aucun moyen d'expliquer un acte physiologique quelconque.
« Toute maladie engendrée dans l'homme par l'être du poison découle d'une digestion putréfiée, lorsqu'elle devait rester tempérée (i), afin que l'aichimiste ne sentit aucune flèche du Parthe. La digestion étant interrompue, Valchimiste n'est plus parfait dans son instrument (ne peut exercer convenablement son office), La corruption, qui est la mère de toutes les maladies, devra donc s'en suivre. L'eau, qui est claire et transparente, peut recevoir 'la coloration par tous les côtés. Le corps est comme l'eau ; la corruption est une coloration, et toute couleur vient d'un poison, car elle en est le signe et la marque. » (Ghap. 8.)
Dans notre auteur, la chimie et la physique ne valent pas mieux que la médecine.
« La corruption se fait de deux manières : localement et émonctortalement (emunctorialiter), de la façon suivante. Localement : si, comme nous rayons dit, la corruption est dans la digestion, et que l'alchimiste, dans l'opé* ration de la séparation, succombe par le vice de cette digestion, alors la pourriture, qui est un poison, se produite la place d'un bon produit. En efiet toute pourriture est un poison pour le lieu où elle naît, et mère d*un poison certainement mortel. » (Chap. 9.)
Pourquoi l'alchimiste laisse-t-il la digestion se vicier? il n'est donc pas à son poste et fidèle à sa consigne ? Parce que les astres, plus malins que lui, raCTaiblissent, le rendent comme mort, et ne lui permettent plus de remplir son office !
« Ce qui se fait émonctorialement est produit de la manière suivante, par une aberration de la force expulsive : quand l'alchimiste expulse chaque
(i) Ce mot est charmant ! Pourquoi donc n'est-elie pas restée tempérée, et pour* quoi le fameux alchimiste et l'Arcbée se voient-ils réduits à l'iiùpuissance? L'animisme, même le vitalisme, sous certaines formes, donnent lieu aux mêmes réflexions que Tarchéisme.
LE UVBE DBS ÊTBËS l tiBE DU POISON. &0i
poison par rémonctoire qui lui est propre, le soufre blanc par les narines, Farsenic par les oreilles, Texcrémeot par l'anus, et les autres poisons d» môme par leur émonctoire ; si, dis-je, un de ces poisons, soit par la faiblesse de la nature, soit qu'il trouve un obstacle en lui-même ou dam d'autres choses, n'est pas expulsé, il produit toutes les maladies qui sont sous sa dépendance. » (Chap. 9.)
« Parlons maintenant des diverses espèces de poisons. Tout ce qui transsude substantiellement par les pores de la peau est une dissolution de mercure ; un soufre blanc sort par les narines ; un arsenic par les oreilles ; un soufre dissous dans une eau, par les yeux ; un soufre dissous, par la bouche ; un sel dissous, par la vessie ; un soufré putréfié, par l'anus. Et, quoiqu'il vous importe de savoir la forme et l'apparence de chacun de ces poisons, ce n'est pas ici le lieu de vous en instruire; mais vous trouverez dans le livre Sur la construction humaine (1) les fondements da la philosophie qu'il est nécessaire à un médecin de connaître; vous y trouverez aussi les remèdes convenables dans plusieurs cas, et beaucoup de détails sur les putréfactions. Vous apprendrez aussi conmient le poison se cache dans ce qui est bon {les aliments). » (Chap. 12.)
Ici quelques réflexions à peu près justes sur Tindépendance primordiale de chaque créature :
« Le bœuf a été créé avec la forme que nous lui voyons, pour lui d'abord essentiellement, puis pour servir de nourriture à l'homme. Mais remarquez que le bœuf est pour l'homme un demi-poison* S'il avait été créé à cause de l'homme seulement, et non aussi à cause de lui-même, il n'aurait pas alors besoin de cornes, d'os ni de sabots, car il n'y a pas d'aliments à en tirer, et leur usage ne serait pas indispensable (2). Vous voyez donc que le bœuf a été créé sagement pour lui-même» et qu'il n'y a rien de trop en lui, ou dont il puisse se passer. » (Chap. 13.)
Bientôt les rêveries recommencent :
tt Si rhomme fait servir le bœuf à sa nourriture, il mange en même temps ce qui lui est contraire et empoisonné, mais qui ne l'est aucunement pour le bœuf (3). Ce poison doit être séparé de la nature de
(t) Ce livre est peut^tre le même que le De natura rerum dont on trouvera ci-après (p. 412 et suiv.) des extraits reiaUfs à quelques-unes des questions que Paracclse indique ici.
(2) Sans os, le malheureux bœuf ue serait plus qu'une monstrueuse limace.
(3) C'est comme si Paracclse disait: La chair qui constitue le bœuf n'est pas un poison pour le bœuf; ou, ^^i le bœuf mangeait sa chair, il ne serait pas empoisonné ! Il dit aussi quelque part (Defensio 3), que tout, même la nourriture, est poison ; que rien n'est sans poison (vo\ez le début de VEns venem, p. 39S). Il n'y a que la dose qui fasse que le poison ne soit pas poison.
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U^ PAEÂCELSE.
UhiHDQiiiAy c*eit Tofflce de Talchimiste. Chaque poison est envoyé par Talchimiste dans ses émonctoires, et ceux-ci en sont remplis. Si, panni les hommes, un alchimiste peut faire ce qu'exécute l'alchimiste dans le eorps, celoi-là est arrivé à la perfection de l'art. » (Chap. 13.)
Voilà tout le secret de la thérapeutique de Paracelse ; être un bon alchimiste, c'est-à-dire savoir isoler et neutraliser les poisons morbides, et par conséquent conjurer toutes les maladies,
puisque toutes viennent du poison.
III. De ente naturali {De Pitre naXurel). — o L'astronomie apprend à connaître les influences, le firmament et tous les astres, les étoiles, les planètes et le génie du ciel (1). Ceci nous conduit à dire que cette constellation, ce firmament et le reste que vous étudiez dans le ciel, se retrouvent dans l'homme. Vous appelez l'homme microcosme^ et nous ne rejetterons pas cette dénomination: elle est juste, mais vous ne la comprenez pas bien ; votre interprétation est obscure et pleine de ténèbres. Écoutez la nôtre: Conune le ciel, avec son firmament, ses constellations et le reste, est en lui et par lui-même, ainsi l'homme sera constellé puissamment en lui-même et pour lui-même. De même que le firmament, dans le ciel, est pour lui et n'est régi par aucune créature, ainsi le firmament qui est dans l'homme n'obéit pas à d'autres créatures, mais il est par lui-même un puissant et libre firmament; d'où vous induirez qu'il y a deux espèces de créatures: d*un côté le ciel et la terre^ de l'autre Thonmie. » ((II, i.)
Il y a ici ou une énigme ou une contradiction : Tindépendance des deux firmaments, celui du macrocosme ou du monde et celui du microcosme ou de Thomme, n'est pas absolue dans la pensée de Paracelse, du moins en rapprochant de celui-ci tous les autres passages où il est question des astres. Cette indépendance est admise par l'auteur pour l'astrologie judiciaire, mais non pour l'astrologie médicale ; les astres ne président ni à la formation fti aux qualités de l'homme, mais ils sont en correspondance incessante et irrésistible quant à la production des maladies et même à la manifestation de leurs symptômes ou au succès de leur traitement.
Ailleurs (2) il dit qu'on ne doit pas plus s'occuper des sym-
(i) « On ne peut pas ôtre bon médecin si l'on n'a pas appris l'astronomie, n (111. 2.)
(2) Chir, magna, pars II, tract, i, cap. 8; Uber retpons,f defensio 2 ; — CAiir.. magnat P^urs 111; lib. VII du traité De ulceribus {Defist,)*