‹ Histoire des sciences médicales v. 2Chapitre 106 sur 130 · LE LIVBB DES ÊTRES : ÊTBB DE DIEU · texte numérisé non relu

LE LIVBB DES ÊTRES : ÊTBB DE DIEU

et ce qui arrive avant ce temps est en dehors du principe posé (1). Les médecins ignorants sont les démons du purgatoire envoyés par Dieu aux malades; le médecin intelligent est celui des malades pour qui l'heure de la guérison a sonné par l'ordre de Dieu. Sachez hien que la prédestination ne saurait être précipitée, quelque empressé, quelque habile que soit le médecin; il faut (pour la guérison) que la fin du purgatoire soit proche. Celui à qui Dieu n'envoie pas un médecin messager de bonheur et de guérison, Dieu ne lui a pas donné de recouvrer la santé* » (Ghap. 3.)

Hais voilà que les conclusions ne répondraient guère aux prémisses, si le miracle ne venait pas sauver les apparences de la contradiction:

a Et quoique Dieu, puisque c'est lui qui nous a envoyé la maladie, puisse nous en délivrer sans médicaments d'aucune espèce, si l'heure en était venue et si la fin du purgatoire était proche, cependant il ne le fait pas, par la raison qu'il ne veut rien faire sans les hommes ou sans leur concours. S'il produit des miracles, c'est aussi humainement et par des hommes qu'il les manifeste ; s'il guérit miraculeusement, c'est par des hommes, et il le fait aussi par les médecins. Mais comme il y a deux sortes de médecins : ceux qui guérissent miraculeusement et ceux qui emploient pour cela les médicaments, il faut les distinguer ainsi : celui qui a la foi guérit miraculeusement ; mais comme la foi n'est pas aussi forte chez les uns que chez les autres, si l'heure du purgatoire est écoulée et que cependant la foi ne soit pas venue, alors le médecin produit (v0r' bringt-gaspille) le miracle que Dieu ferait merveilleusement si le malade avait la foi. » (Chap. !i.)

a Le malade en effet qui place sa confiance dans la médecine n'est pas chrétien; celui qui s'en rapporte à Dieu pour le résultat, qui lui laisse le soin de sa guérison, qu'elle se fasse miraculeusement par l'entremise des saints, soit par l'industrie particulière du malade, soit par les médecins, soit par les bonnes femmes, celui-là est chrétien I » (Chap. 5.)

« Dieu est le maître de la nature : il s'ensuit que le médecin, serviteur de la nature, ne peut guérir personne si Dieu ne l'envoie. Ainsi notez avec soin que l'ellébore conduit au vomissement. Mais il est faux de penser qu'on puisse être soulagé s'il est pris de la main d'un médecin quelconque; la raison en est que l'cfRcacité du remède n'a pas été prédestinée au premier médecin venu ; en effet, l'art du vrai médecin vient de Dieu, ainsi que la dose, la pratique et le principe. Alors le malade est envoyé au médecin et le médecin au malade. Toute cité qui nourrit un

(1) C'est-à-dire, comme on pensait au xvii* siècle : le malnda a guéri contre toutes les règles ; donc il doit toujours être malade, ou du moins il doit une réparation à la médecine orthodoxe.

Ué fÂBAGBLBB.

médecin habile qui a guéri pludeun de ses habitants, a le droit de vanter son bonheur bien plus que celle qui accueille un mauvais médecin. Entendons cela aussi des saints médecins que nous n'excluons nullement (i). » (Chap. 7.)

« Quant à chercher pourquoi Dieu a créé la médecine et les médecins, tout en guérissant lui-môme par Fentremise des médecins^ et pourquoi il ne guérit pas directement sans leur secours, ce sont là Ijbs secrets de IHeu : il ne veut pas que le malade sache que lui Dieu est médecin, afin que l'art et la pratique fassent des progrès, et pour que Thomme ne sente pas son aide seulement dans les miracles, mais aussi par les créatures qui guérissent au nom du grand Créateur de la médecine, toujours avec sa permission et en son temps, comme nous l'avons déjà dit ! » (Chap. 8.)

On ne pouvait rien trouver de plus ingénieux pour maintenir la science des médecins devant l'omnipotence de Dieu.

t Si Ton objecte, à propos des médecins païens, qu'ils soient chrétiens ou non croyants (car tous ceux qui ne suivent pas la vraie foi ne forment qu'une secte), qu'ils guérissent aussi bien les malades que les médecins fidèles, cette objection ne peut ni détruire ni affaiblir notre être divin. En voici la raison : Si quelque chose doit cesser ou airiver^ ceux-M doivent l'opérer {muss verbracfU werden) qui en ont le pouvoir et qui sont là. Il y a cette différence entre le médecin païen et le médecin chrétien que celui-ci n'opère pas contre la nature comme le païen. L'infidèle impose sa volonté, insiste, que le remède réussisse ou non, comme s'il était Dieu. Le médecin chrétien, après avoir fait le nécessaire pour le traitement, s'il ne réussit pas d'abord, laisse à l'heure et au temps de produire ce qu'il plaira à Dieu. » (Chap. 8, partie. 2.)

En vérité, je crois qu'à ce compte un médecin païen vaut cent fois mieux qu'un médecin chrétien. Paracelse est, du reste, aussi païen que possible ; car, plus que personne, il impose sa volonté et force les doses des remèdes quand le malade et la maladie résistent. On a dit de son christianisme qu'il était aussi faux que le catholicisme affiché par Voltaire en quelques occasions (2).

A la suite du Paramtrum^ on place VOpus Paramirum (l. I, p. 68 et suiv.), qui est d'une authenticité trés-douteuse. Dans le premier livre, intitulé De origine morbontm ex tribus substantiis^ et qu'on tient pour plus paracelsique que les autres, l'auteur,

(1) Ailleurs (voy. ps^es 432-33) il se montre moins accommodant.

(2) Voyex Bremer : Vita et opiniones Paracelsi, Hanidae, 1830, in-8, p. 61.

412 PARAGELSE.

Quant aux noms des maladies, il faut donner ceux qui représentent l'origine ou le traitement ; ainsi il n'y a pas de mélancoligues j mais des saturnins (chap. i); il n'y a pas à'ipilepsie^ mais un morbus viridellus^ parce que la viridelle guérit certaines espèces d'épilepsie (chap. 6). La chaleur fébrile n'est pas matière ou cause de la fièvre; cette chaleur n'en est que le signe. La fièvre est l'inflammation du nitre sulfureux, laquelle produit le tremblement, le frisson et l'intermittence (chap. 6.— Voy. p. 38&-385).

De natura rerum (De la nature des choses): « La putréfaction (1) est le premier degré et le premier principe de la génération. Or la putréfaction est produite par la chaleur humide (2), car une telle chaleur change la forme primitive, Tessence, les forces et Tefficacité des choses naturelles. De môme, dans le ventricule (estomac)^ la putréfaction transmute et réduit tous les aliments en excréments. Il est manifeste aussi, rexpérieace de chaque jour le prouve, que plusieurs choses bonnes en soi, salubres et données conmie remèdes, deviennent après la putréfaction mauvaises, insalubres, poison véritable. » (I. De generaL rer. nat,, p. 200.)

a Des hommes aussi pourront être produits de cette manière, sans père et mère naturels^ c'est-à-dire sans le concours d'une femme selon les lois de la nature, comme les autres enfants; par l'art et l'industrie d'un habile spagyrique, un être humain pourra nattre et croître (3). Il n'est pas contraire môme aux lois de la nature que des honmies naissent des animaux, et cela par des voies naturelles, mais non sans impiété et hérésie ! Il est possible également, et non contre les lois de la nature, qu'un homme et une femme engendrent un animal privé de raison. Et ici qu'on n'aille pas, à cause de cela, tenir la femme pour hérétique, comme si elle eût commis un acte contre nature ; c'est à son imagination qu'il faut attribuer ce résultat. » (ï, p. 201.)

« On ne doit pas ignorer que les animaux qui naissent de la putréfaction contiennent tous quelque poison et sont venimeux (A), les uns cependant plus que les autres, et sous telle forme plus que sous telle autre, par exemple les serpents, les vipères, les crapauds, les grenouilles, les scorpions, les basilics, les araignées, les abeilles sauvages, les fourmis (5). » (I, p. 202.)

(1) Ce qui suit est tire, sauf indication contraire, du livre De natura rerum (Opp,, U VI, p. 198 et suiv.),

(2) Voilà de bien vieilles idées pour un réformateur si implacable.

(3) Les partisans les plus hardis de la génération spontanée n'en sont pas encore là. — Voyei aussi plus loin une opinion analogie de Van Helmont.

(A) Voycx plus haut, page 398 (ens venenî)^ Tous les animaux, sans exception, sont relativement vénéneux.

(5) Suivent les plus étranges idées sur les monstres et leur origine. Dieu les

GÊNÈBATION, DESTRUCTION, RÉSURRECTION DES CHOSES NATUB. 613

Ce n*est pas l'air proprement dit qui vivifie tout corps ou toute substance, c'est une essence spirituelle, invisible, impalpable, un esprit occulte (je pense qu'on ne songera pas à l'oxygène), mais qui n'est cependant guère plus immatériel que l'esprit de sel.

«Que serait le corps sans Tesprit? Rien absolument. L'esprit donc et non le corps contient cachées en soi la vertu et la puissance. Car la mort est dans le corps ; il est le sujet de la mort, et Ton ne doit chercher autre chose dans le corps que la mort ; il peut, en effet, périr et souffrir de diverses manières, mais il n'en est pas de môme de l'esprit. L'esprit est toujours vivant et il est le sujet de la vie ; il conserve aussi son corps vivant, mais, quand celui-ci périt, il s'en sépare, le laissant mort, et retourne au lieu d'où il est venu, c'est-à-dire dans le chaos, dans l'air du firmament inférieur et supérieur. Il y a les esprits du ciel, de l'enfer (1), de la terre, des métaux, des minéraux, du sel, des pierres précieuses; les esprits arsenicaux, des substances potables, des racines, des liquides, des chairs, du sang, des os (2), etc. Sachez donc que l'esprit est vraiment la vie et le baume de toutes les choses corporelles .» (IV, De vita rerumnat,^ p. 213.)

« La vie des hommes n'est donc autre chose qu'une sorte de baume astral, une impression balsamique, un feu céleste et invisible, un air renfermé, une teinture d'esprit de sel. Je ne puis en donner de définilion plus claire, quoique plusieurs autres et avec d'autres expressions puissent en être proposées. » (IV, p. iiti).

Cela est vraiment malheureux, car une meilleure explication de la vie ne gâterait rien.

« La vie des métaux consiste en une viscosité terrestre cachée qu'ils reçoivent du soufre, ce que démontre leur fusibilité, car tout ce qui est fusible par le feu le doit à cette graisse latente. Si elle n'existait pas, aucun métal ne serait fusible. » (IV, p. 2IZ1).

La chimie vaut la physiologie.

d La vie des os est la liqueur de mumie (3) ; celle de la chair et du

(Icteste et les hommes les ont en horreur. — Les deux livres suivants ont pour Utre : De crescentt'hus et De ronservatione renim naturalium. Je n*y ai rien trouvé à noter ici.

(1) Mais voyez page Z|05.

(2) VoUà Fanatomie de Paracelse !

(3) C'est ou la synovie, ou quelque autre liqueur gluante^ indéterminée, qng Paracelse désigne par ces mots (cf. p. d87, note 2). — Voyei^pour ce terme iniMftr et

hih PAiACEuns.

tang n'est autre que Fesprit de sel qui les préservé de la ttaufkîse odeur et de la putréfaction, et qui de lui-même, comme l'eau , se sépare d'eux. • (IV, p. 215.)

<' Quant à la vie des éléments, on saura, par exemple, que la \\e de l'eau consiste dans son courant. En effet, lorsque, par suite du frud^ elle se solidifie et se couvre de glace, alors elle meurt et tout moyen de nuire lui est ôté, puisque personne ne peut plus s'y noyer ! — Le feu ?it d'un certain air; l'air vit de lui seul et donne la vie à toutes les autres choses. La terre par elle-même est morte ; mais ses éléments ont une rie invisible et occulte. » (IV, p. 215.)

« La mort de toutes les choses naturelles n'est autre que raltération et la destruction de leurs forces et de leurs vertus ; la prédominance da mal et l'anéantissement du bien ; la destruction de la nature première et l'origine d'une nature nouvelle (1). On doit savoir, en effet, que beaucoup de choses qui, pendant leur vie, étaient douées de qualités bonnes et utiles, après leur mort n'en gardent rien ou presque rien et ne sont plus d'aucun usage. » (V, De tncrie rerum naturaliumf p. 315.)

c La mort de l'homme n'est autre chose que la fin du travail de chaque Jour, la suppression de Tair et du baume, Textinctiou de la lumière naturelle, et la grande séparation des trois substances, corps, Ame, esprit (2), et le retour dans le sein maternel. Puisque, en effet, dans la nature, l'homme terrestre vient de la terre, la terre aussi sera sa mère, et il faut qu'il retourne en elle et qu'il y laisse sa chair terrestre naturelle, pour renaître, au dernier Jour, avec une chair nouvelle brillante d'une clarté céleste, conune le Christ le dit à Nicodème lorsqu'il vint à lui durant la nuit; on doit, en effet, entendre ces paroles de la régénération. — I^ mort et la mortification des métauv est la désagrégation de l'assemblage de leur corps propre cl de la graisse sulfureuse ; ce qui peut avoir lieu de diverses manières : par calciuation, réverbération, résolution, cémentation et sublimation (3) ».

« Il existe une grande différence entre les mots mort (Sterben) et mortification (tôdten), et Ton ne doit pas les confondre, car leur signification est tout à fait différente. Voyez en effet un homme qui meurt {stirbet)

pour beaucoup d'autres, Rulandus, Lexicon alchemiae; Dornaeu», Dictionarium Pnroce^i; Johnton, Lexicon chymieum. Quoique fort incomplets, ces ou\nige« fouruissent des renseignements utiles.

(1) Cette idée n'appartient pas à Paracelsc, mais à Arislote.

(2) On voit par ce passage, et par les précédents, que Paracelso se rapproche plutôt des vitaiistes que des animàte.f, puisqu'il admet un principe particulier pour expliquer la vie. Mais il faut se garder de chercher les rapprochements entre des idées aussi vagues et sans conscience d'elles-mêmes avec des s)'Btèmes plus ou moins

définis»

(3) Suivent des détails sur ces diverses opératiooi*

GÉNÉRATION, DESTRUCTION, RiSURRECTlON DES CHOSES NATUR. &i5

de la mort naturelle et prédestinée, que reste-t-il en lui de bon et d'utile 7 Rien : qu'il serve seulement de pAture aux vers. Mais il n'en est pas de même d'un honmie mort {(jet'ôdten) par le glaive ou de toute autre manière violente ; tout son corps, en effet, est bon et utile, et l'on peut en tirer une mumie très-précieuse. Car quoique l'esprit de vie se soit retiré de son corps, le baume cependant y demeure et avec lui une Tie latente,

ce baume qui préserve les autres corps humains de pourriture I Pour

tous les animaux qui n'ont pas de naissance propre, mais que produit la putréfaction, comme les mouches, s'ils périssent dans l'eau de telle sorte qu'aucune apparence de vie ne se voie plus en eux, et s'ils sont laissés ainsi, ils demeurent morts et ne reviendront jamais d'eux-mêmes à la vie. Que si on les couvre de sel ou qu'on les expose à la chaleur du soleil ou d'une fournaise, ils reviennent à leur vie première, et c*est là leur résuscitation. Sans cela ils restent morts (1). Vous voyez la même chose chez le serpent. Si on le coupe en tronçons, qu'on les mette dans une courge, et qu'on laisse le tout dans le ventre d'un cheval jusqu'à putréfaction, le serpent renaîtra tout entier dans le verre, sous la forme de petits vers ou de semence de poissons ! Que si ces petits vers sont nourris et élevés, comme il convient, dans la putréfaction, on verra souvent d'un seul serpent en naître cent, dont chacun est aussi grand que le premier; ce que la putréfaction peut seule produire. Comme je l'ai dit du serpent, beaucoup d'animaux peuvent être rappelés à la vie et reformés. C'est d'après ce procédé que Hermès et Virgile ont essayé, à l'aide de la nécromancie, de revenir à la vie après leur mort, et de renaître enfants, mais ils ne réussirent pas dans leur tentative qui tourna mal I » (VI, De resuscitatione rerum natur.j p. 22Zi.)

Si Ton veut avoir une idée exacte de Tanatomie (2) et de la chimie organique de Paracelse, il suffira de lire le passage suivant, où Ton voit en même temps que la thérapeutique de notre réformateur n'était pas moins extravagante que sa physiologie. Encore je vous fais grâce de tout ce qu'il dit sur la phystognomanie ^ la chiromancie, la signature des animaux et des plantes, la manière de préjuger de leurs astres; cela remplit le IX' et dernier livre.

(1) Une vue assez juste sur h rûvivification, immédiateuient suivie de contes de ▼ieiUes femmes. Paracclsc a pris pour des résurrections de serpents^ sous la forme de vers, les vers qui naissent sur leurs tronçons pourris; il croit aussi que lef Uonccaux naissent morts, et qu'ils sont ressuscites par les cris formidables de leurs parents.

(2) Voyez aussi page 370 et suiv. Les livres VI, Vil et une partie du VIII* do traité De natura rerum, se rapportent à peu près exclusivement à la résurrection^ à la trammutaticm et à la séparation des métaux.

M6 PABACBLSE.

Si cette partie de l'ouvrage est de Paracelse, il y a oublié imprécations contre Tastrologie judiciaire, ou du moins il ne rejette là qu'une certaine partie de celte astrologie.

n Delà séparation des animaux. — La séparatioa des animaux doit précéder les opérations anatomiques, de sorte que le sang soit d'un côté, de l'autre la chair, d*un autre les os, puis la peau, les intestins, les tendons {haarwachss) ; ensuite chacune de ces choses doit être divisée par Tari spagyriquc. Il y a quatre divisions principales. La première sépare du sang l'humidité aqueuse et flegmatique (sérum). Le sang étant ainsi traité, il est préparé pour une admirable mumt>, ce spécifique si puissant qu'en vingt-quatre heures il guérit et consolide, avec UDe seule ligature, toute blessure récente I

« La seconde opération consiste à séparer la graisse de la chair. Après cette séparation se produit ce baume souverain qui apaise les douleurs de la goutte, de la contracture et d'autres affections de môme nature, si on l'emploie chaud pour en oindre les membres aff*ectés ; il est également utile en onctions pour les foulures des tendons des mains et des pieds ; il guérit même la gale et toutes les espèces de lèpre. Ce spécifique chirurgical est irrésistible dans tous les cas et convient à toutes les blessures.

« La troisième séparation est ceUe de l'humidité aqueuse et flegmatique d'avec la graisse extraite ^es os. En effet, si par Tart spagyrique, au moyen d'une distillation graduée, ces deux matières ont été séparées des os et qu'on ait réduit les os en cendre blanche par la calcination ; qu'enfin ces trois substances soient de nouveau unies d'une manière convenable, de façon à prendre l'aspect du beurre, on arrivera à posséder un grand et souverain arcane et un spéciOque avec lequel on pourra guérir sans douleur toute fracture avec seulement trois ligatures pourvu qu'on traite et dispose la fracture selon les règles de l'art chirurgical (voy. p. ^50 et suiv.) ; alors on appliquera le spécifique sous forme d'emplâtre, etc. Il guérit aussi en peu de temps les blessures du crâne et toute autre espèce de contusion des os.

« La quatrième et dernière séparation est l'extraction des résines et des gonmies de la peau, des intestins et des parties tendineuses. En effet, la résine qu'on en retire par Fart spagyrique, coagulée aux rayons du soleil, devient une glu brillante et transparente. Après cette extraction faite selon les règles, on obtient un secret et un spécifique styptique d'une grande puissance qui cicatrise en peu de temps une plaie ou un ulcère et en rapproche et réunit les lèvres de môme que deux planches sont réunies par de la colle forte. Il suffira d'injecter dans la plaie deux ou trois gouttes de ce spécifique après qu'on l'aura fait dissoudre. C'est aussi un remède excellent pour la perte de la peau, la chute, la congélation des ongles, et pour faire repousser une peau solide sur la chair dénudée, si l'on enduit les parties avec une plume. » (VIII, p. 2/^5.)

PHABMACOLOGIE ET THÉRAPEimQOC. &i7

Puis vient le jugement dernier, après la dissolution naturelle de toutes les choses terrestres.

Pharmacologie et thérapeutique. — Les principes de la pharmacologie de Paracelse sont longuement exposés dans le livre De gradibus et compositionibus receptorum ac natura^ Hum (1). L'auteur réduit les quatre complexions ou diathèses des anciens à deux, le chaud et le froid, attendu que tout ce qui est chaud est sec et que tout ce qui est froid est humide ; il insiste sur la relation qu'il suppose exister entre la couleur et les vertus des substances médicamenteuses ; il admet aussi des degrés dans les maladies, les couleurs, la chaleur.

« Outre les essences dont j'ai fait mention d&ns les livres précédentS| il existe une autre nature ou essence des corps qui est dite quintessence, ou, comme parlent les philosophes, accident élémentaire, ou encore, comme disent les anciens physiciens, forme spécifique. On rappelle cinquième essence parce que les trois premières en comprennent quatre (2), par conséquent celle qu'on nomme ici cinquième est un accident élémentaire (3); sa nature n'est ni chaude ni froide et en dehors de toute complcxion en elle-même. Un exemple nous fera mieux comprendre : la cinquième essence est la seule qui aflTermisse la santé ; de môme que dans un homme la force ou la santé est menée à bonne fin en dehors de toute complexion (7), ainsi la vertu est latente dans la nature. Car tout ce qui chasse les maladies n'est autre chose qu'une sorte de confortation, de môme qu'on repousse un ennemi par la force. » (III, 1.)

(1) Opéra, t. VII, p. 5 et suiv. — De cet ouvrage on ne possède qu'une traduction latine.

(2) Si Ton compare entre eui les chapitres 2 à 8 du I*' livre^ les chapitres î et 6 du II*, enfin les chapitres i et 2 du III*, on trouTera, si je ne me trompe (cette réserve est de rigueur en pareille matière), que les trois premières essences {accidents innés) sont les complexions chaudes et froides (les seules que Paracelse admette : Toyez ci-dessus, même page, l. 6), et le reiolleum (virtus ex complexione), la quatrième essence est peut-être le degré q}û correspond à l'un des quatre éléments (1, 4). — Voyei aussi pages 369 et Ail,

(3) Les idées que Paracelse se faisait de la quintessence (un extrait parfait, pur, incorruptible, dégagé de tout élément) ne sont pas fort éloignées de ceUes que Galien avait sur certains médicaments qui agissent, non par leurs propriétés élémentaires, mais par toute leur substance. Ce sont aussi des espèces de spécitiques. (Voyez aussi pages 392-393 et page 389. Gf jy.c^idox., particulier, le livre IV.) Le reste, dans Paracelse, est à peu près inc<iw ^^^tiensible, ou, mutùHs mutandis, se rapproche de la doctrine gtlénique.

Ai 8 PABACELSE.

« Tout ce qui fortifie ett tempéré. Tout spécifique est une quinteiience sans aucune corruption dans son corps. En outre la quintessence seule est tempérée ; tous les corps sont élémentés dans leur nature et leur accident. » (III, U.)

Laissons de côté tout ce qui regarde les tableaux fantastiques des degrés (on n'en trouverait pas de semblables dans Galien), elles calculs employés pour le mélange des drogues on la composition des recettes; notons seulement, au milieu de tout ce fatras, les remarques suivantes :

« Sachez que les choses de la nature (Us remèdes) ne sont pas graduées, quant à la dose, dans un rapport [proportionnel] exact (ex aequo) avec la maladie ; mais chacune de ces choses a son degré égal à sa maladie correspondante; c'est le degré de la dose Du reste, dans les choses de lo

Aature et dans les maladies, il y a de chaque côté un degré... Il faut surtout chercher V égalité entre la maladie et le médicament... La quantité (copia) de la maladie montre la quantité de la dose (1) ; en conséquence, le médecin doit savoir quel est le poids (pondus) de la maladie, car il fkudra un poids équivalent pour remède. On administre le poids, non le degré ; c'est là le principe à Taide duquel on trouve la dose... Quand la maladie est amenée & l'égalité, il en résulte aussitôt que la nature guérit ce qui lui est contraire (2). » (VI, 1 et 2.)

Appliquant ces beaux raisonnements sur la vertu des plantes, sur leurs arcanes ou quintessences, sur leurs degrés, à la thérapeutique spéciale, Paracelse se montre aussi détestable clinicien (3) que mauvais pathologiste.

(1) S*il y a une règle de proportion à établir entre la maladie et la dose du médicament, on doit encore tenir compte, quant à la dose du médicament, de la forme sous laqueUe il est administré, pour la déterminer et établir la proportion. Cela ressort, ce me semble, dei chapitres suivants.

(2) Paracelse n'est pas homme à persévérer lonf(temps dans les mêmes idées, et comment le pouvait-il faire, puisque ses idées viennent de la fantaisie, non de la science 7 Ainsi dans le traité Des causes et de Corigine des maladies vénériennes (voy.ll et 12, s'il est vrai toutefois que cet appendice de la Grande Chirurgie soit absolument de lui), on lit cette phrase : que l'acUon d'un médicament dépend non de la quantité, mais de la vertu (or, il ne semble pas probable, malgré beaucoup d'obscurité, que dans le passage du IJe gradibus, dose soit synonyme de vertu) ^ il compare l'action thérapeutique à un incendie allumé par une étincelle ; c'est presque de la vraie homoeopatbie, eu égard au système infinitésimal.

(3) Dans toutes les œuvres authentiques de Paracelse, il n'y a pas une seule vériable observation ; les Consiiia qui portent ion nom ue paraisaeiit pai authentiqaeié

PHARMACOLOGIE ET THÉRAPEUTIQUE. U\9

a On compte plus de deux cents espèces de fièyrea, et cependant il n'y a en somme {per omnia) qu'une seule et même fièvre [par excellence]; d'où Ton inférera que le traitement doit (^tre de môme nature que l'espèce pour chacune d'elles (7) ; car autant il y a d'espèces d'une maladie, autant il y a de simples du mOme qui lui sont opposés. Il en résulte deux espèces de remèdes^ les naturels et ceux qui viennent de Texpérimentation (empiriques). Ce qui importe, c*est que la vertu aille à l'arcane. En effet, autant de maladies, autant d'arcanes (1). » (VU, 1.)

« [.a lavandule est le souverain magistère dans la paralysie; la mélisse aussi, mais à un degré moindre. Il peut se faire cependant que dans une autre circonstance, contre la paralysie elle-même, la mélisse l'emporte par ses vertus sur la lavandule. Il arrive donc souvent que dans une maladie le même simple soulage l'un et non l'autre; qu'il enlève quelque chose à la maladie sans la guérir entièrement. Dans la paralysie, en eiVet, l'or, s'il est bien administré, est un remède, ainsi que la viticelle, la bétoine, la masorce et plusieurs autres plantes : quelquefois en effet on donne la bétoine avec succès, d'autres fois sans succès. » (VII, 2.)

Va ainsi pour cent autres médicaments. Alors sur quoi se fonder pour choisir s'il n'y a pas plus de certitude sur leurs effets?

11 y a quelque chose d'un peu moins déraisonnable dans ce qui vsuit; mais on voit que c*est le hasard qui amène ces sortes de demi-vérités.

<x I/art d'un bon médecin ne consiste pas & savoir ce qu'il veut ou doit purger, la bile, le sang, le phlegme ou Tatrabile, mais il doit seulement veiller (\ ce que l'anatomie laxative (la vertu laxative) soit mise en prés<M)ce de l'anatomie (de la nature) de la maladie et la combatte. D*où il suit qu'on ne doit évacuer que ce qui, dans l'anatomie (le corps) (2), est roiitraire et nuisible. Car ce n'est pas en purgeant comme il a plu au médecin, que le traitement réussit, mais comme il a plu à la nature qui tigil sur elle-même. Que le médecin se conforme donc à cela : qu'il ne s'attache pas à expulser quelqu'une des choses susdites, comme la bile et K> phlegme, mais cela seulement qui est contraire à la nature, n (VU, chap. 5.)

Après avoir dit ce qu'est la faculté purgative, Paracelse expose

( 1 ) On suit que Paracelse^ outre les arcanes généraux, avait quelques préparatiuiis plus ou moius mystérieuses dont il $e disait Tinventeur : par exemple, un l^iwlanam qui n'a rien de commun avec celui de Sydenham^ des opiais, \w opo^ ueldoc/t.

[2) Ou voit encore ici combien de sens, excepté le bon, a ce mot anatonue.

420 t»ARÂCBLSE.

ce que sont les autres facultés, par exemple la faculté confortative.

« La nature peut pécher quelquefois par la vertu appétitive. En effet, avant que Mars (Ares : la guerre déclarée ?) soit produit tout entier, A rcheoi entretient en soi par son ilech (son principe occulte) une inimitié cachée contre le Microcosme. 11 en est ainsi pour celui à qui platt une femme et point une autre, quoique dans toutes deux soit l'un et le même. Mais le médecin ne doit point s^occuper de cela, car partout où Archeus simule du dégoût et prend en haine sa nature et son propre ouvrage, le médecin, comme son ministre, ne peut réprimer cet éloignement archéique. En conséquence il faut savoir que dans la manière de préparer les compositions, il arrive souvent qu'Archeus veut que son anatomie (1) soit composée en une chose et point en une autre (2). Ce mode de composition se connaît par les degrés spagyrîques : car si Archeus est vaincu, & savoir dans son ilech, il en est comme d'une femme qui ne plaît à quelqu'un qu'ornée de vêtements brillants et multicolores. On sait en effet par la philosophie que les arcanes n'ont été constitués que pour se servir envers Archeus de ces ornements pompeux ; souvent même il ne permet aucune opération aux arcanes avant qu'il ne défaille en lui-même. Ainsi, dans ce que nous avons dit, on doit entendre seulement la force et l'énergie tant d' Archeus que de l'arcane. » (VII, 7.)

Paracelse a une théorie fort pieuse (mais peu charitable envers ses confrères) pour expliquer les vertus curatives des bains (3).

« Comme la Providence divine voyait d'avance, dans le miroir de la prophétie, la venue de ces imposteurs (^ médecins), elle envoya la charité envers le prochain ; pour soigner le blessé de Jéricho elle chercha des médecins non dans les académies, mais chez les Samaritains laïques, et par le vin et l'huile elle sauva et guérit le blessé en dehors des recettes perfides des imposteurs. Dieu fait donc éclater sa puissance pour empêcher les faux médecins de tromper les malades, et aussi pour que ceux qui ont été trompés depuis longtemps soient directement, par lui, rendus à la santé, à l'aide des compositions divines que fournissent les thermes ou bains chauds, par exemple ceux de Piperino. » (Préf. 1, p. 200.)

«Toutes les productions de la terre, et tout ce qui s'y voit, consistent en trois choses : le soufre, le sel et le mercure (A). La philosophie le dé- Ci) Voyez plus haut, p. Ai9, note 2, et p. 370.

(2) Si cela est quelque chose, c'est plutôt du viialisme que du naturisme.

(3) De thermarum Piperinarum (Bad lu Pfe/fert) in superiori Heivetia siiarum virtutHnu^ operatûmiàui^ wtu et scatungine expHcatio {0pp. , t. V1I> p. 800 ettiiiv,} .

(4) Vojes page âii.

THÉBAPEtrnQUB. — BAUS IMB nmiHO. &9i

montre dans la génération des métaux, des pierres et des fruits qui nabsent de la terre ; d'où il suit qu'on doit trouver dans les demièies matières les trois principes qui forment la matière première; et de cette connaissance suivra celle des forces et des facultés. J'avance ceci parce que les bains qui se trouvent en Europe, du moins ceux qui me sont connus, trahissent d'eux-mêmes la nature de leur matière première et de leur corps. » (Chap. 1, p. 201.)

Paracelse explique ensuite rintermittence des jaillissements des thermes de Piperino.

« Tout ce que Dieu a créé est destiné à renaître : par la mort le Jeune renaît du vieux. Aussi à chaque créature a été fixé un terme qu'elle ne peut dépasser^ qu'elle soit bonne ou mauvaise. La lune se renouvelle toutes les quatre semaines. . . Si l'ortie dépassait le terme à elle fixé, de quelle âcreté, de quel feu ne serait-elle pas douée I De môme pour la rose, qui pourrait supporter son parfum 7 Dieu a donc fixé des bornes tant aux bonnes qu'aux mauvaises choses, afin qu'aucune ne s'élevftt trop haut; cela en effet serait nuisible. Il en est ainsi du renouvellement des eauv dans le bain de Piperino ; elles doivent renaître, et cela dans le but de conserver leur vertu à un degré égal, de façon à n'être ni meil» leures ni plus mauvaises. La renaissance des eaux conmience avec le printemps et finit avec l'hiver, c'est-à-dire en même temps que naissent et meurent les plantes sous l'action du soleil. » (Chap. i, p. 203.)

Après avoir parlé des diverses espèces de chaleur, de la variété des actions correspondantes et des putréfactions qui en résultent, l'auteur indique le mode d'action de ces bains. Ce petit livre est tenu pour un de ses meilleurs ; je dirai qu'il est un des moins extravagants et qu'il renferme quelques observations justes, mais toujours enveloppées des hallucinations d'un esprit déréglé.

«< 11 faut convenir que la chaleur attractive de l'eau dans le bain de Piperino l'emporte de beaucoup sur celle des autres attractifs. En effet. resbcncc de la chaleur augmente la force attractive, et dans cette opération aucun autre médicament ne peut lui être comparé. La chaleur doit donc être prise en grande considération et à l'instar d'un arcane.— Notons i*ii outre qu'il est des maladies qui ne sont pas ramenées aux purgations externes, comme la goutte des pieds, la goutte des articulationS| la contracture, les blessures, etc. Voyons pour quelles raisons les bains soulagent ces maladies. Le bain de Piperino offre toutes les vertus que l'on trouve dans la Terpentine subtile ou les liqueurs des mâchoires (liquores der Mendibel). Cet effet ne résulte ni de la chaleur ni du /roid, mais d'une

4S3 PABACELSE.

aotre vertuparîiculièredo9mé$par Dieu pour U iolut du malade. Od troQTe en effet ici la vertu de VlvapotabU (médecine contre Us contractures). Dtns ce cas le médecin ne peut donc expulser la maladie prétente ni par les purgations internes, ni par les purgations externes, mais il doit la ramener aux arcanes de VIva arthétique (médecine contre les membres amtractés) qui se trouve ici en assez grande abondance. La chaleur innée est aussi ici très-utile, car par sa douceur elle approche beaucoup de la chaleur humaine. La chaleur innée produit en effet des choses merveilleuses, comme on le voit dans la poule dont la chaleur fait éclore les poussins. C*est aussi la chaleur qui donne la vie aux vers à soie* Ainsi la chaleur des vierges ou des femmes prolonge la vie dans le corps des vieillards ! Puisque donc cette chaleur est innée, l'eau de Piperino sera d'une efficacité merveilleuse et surpassant tous les simples de môme nature qui n'ont aucune chaleur sensible. » (Chap. 2, p. 205.) . a L'effet de ce bain sur les maladies se produit de deux manières : d'abord par l'extraction, puis par consomption de la matière morbi* fique. Prenons un exemple : De môme que Dieu a donné à l'aimant la vertu d'attirer le fer, ainsi il a doué ces eaux d une force attractive pour extraire des membres du corps (1) toutes les maladies qui sont du domaine de la chirurgie. Cette eau est un remède dont le chirurgien doit faire usage dans tous les cas désespérés. Si la nature ne suffît pas à l'opération, ce bain la remplace. Comment ? demanderez-vous : Par la vertu magnétique, n (Chap. 3, p. 205.)

Suit une longue et curieuse liste des maladies contre lesquelles il convient de conseiller les bains de Piperino, qui guérissent aussi sûrement que la piscine de Siloë. La cure durait de neuf à dix jours. L'opuscule se termine par l'indication du régime à suivre quand on prend les eaux de Piperino (2).

La Réponse à quelques accusations (3) est un des écrits les plus curieux de Paracelse. Le caractère de l'homme s'y montre dans

(1) C'est-à-dire, d'après le glossaire qui se trouve à la fin de Topuscule: les cavités de la chair et du corps.

(2) C'est peut-être le seul livre, avec ceux qui sont consacrés aux maladies tartaréennes, où Ton trouve une certaine ordonnance de régime ; partout ailleurs notre anteur en parle beaucoup, mais il n'a pas l'air d'en tenir grand compte, même ^uMÏtiGrande Chirurgie, où il blâme si amèrement celui que prescrivaient ses confrères. — Du reste, il n'y a rien dans Paracelse qui rappelle, même de loin, les admirables préceptes d'Hippocrate.

(8) Responsio ad quasdam accusationes et calumnias suorum aemulorum et obtrec^ UUorum (0pp., U U, p. ii2 et sui?.).

SA DÉFENSE. ATTAQUES CONTEE LES AUTRES MËDIGDIS. &2t

son plein jour ; on y trouve sur sa vie aventureuse beaucoup de détails qui révèlent le désordre de son esprit et Fettrava* gance de son caractère. Il est le Christ de la médecine ; ses con^ frères sont les faux prophètes et les Antechrists qui tiennent du diable le pouvoir de faire des miracles et de tromper le public. Lui qui, tout à Theure, ne voulait pas qu'on brusquât la volonté de Dieu dans la cure des maladies, il s'emporte contre leurs lenteurs qu'il prétend être calculées en vue du gain. — Il se vante d'avoir décrit le premier, et guéri le premier aussi, avec des remèdes spécifiques, la danse de Saint-Vit, l'apoplexie ^l'épilepsie» la manie du suicide, les maux qui viennent de maléfices, d'incanlalions, de possessions. — Il doit toutes ses connaissances et ses sucr:ès à sa science en astronomie. Les recettes et les dénominations nouvelles qu'on lui reproche sont nécessitées par les révélations qu'il a eues.

« Ce que je dis des obsessions paraît à mes confrères fort confus. Mais voici pourquoi j'ai écrit ainsi : Puisque le jeûne et la prière chassent les esprits immondes, je pense que le médecin doit avant tout chercher le royaume de Dieu, ensuite se servir de ses propres ressources. S'il lui est donné de guérir un malade par des prières, qu'il ne méprise pas ce moyen de guérison. S'il lui est donné de guérir par des jeûnes, ce sera pour lui un confortatif précieux. Répondez-moi : La médecine n'est-eUe conti^nue que dans les plantes, les arbres et les pierres, et non aussi dans les paroles?

« [Si vous voulez agir en conformité] alors je vous expliquerai ce que sont les paroles. Quel est ce mot, Ne fais pas {Nicht thue)l Réponse: telle osl la maladie, tel est le remède. Si la maladie est confiée aux plantes, les plantes la guérissent ; si aux pierres, les pierres soulagent ; si au jeûne, le jeûne la chasse (l). L'obsession est une très-grande maladie. Si le (Christ lui-même en indique le traitement, pourquoi ne scruterais-je pas riricriture qui contient et donne les recettes pour cette maladie? Le ciel engendre les maladies, le médecin les chasse. » (Def. 2, p. 119.)

Puis Paracelse ajoute» sur l'usage thérapeutique des poisons^ quelques réflexions, les unes qui ont un semblant de raison, les autres qui sont tout à fait fausses, et qui toutes, du moins, ne dépendent d'aucun principe scientifique, malgré les réflexions

(1) V(»ilà une tliérapeutiqut' bien simple et biei^ conuDode.

496 PABACBL8E.

de Tautear sur les changements que les préparations amènent dans Taction des substances vénéneuses et médicamenteuses. — Du reste, cela avait été dit avant lui.

« Outre les accusations dont J'ai parlé jusqu'ici, les médecins inhabiles et ignorants me poursuivent encore de leurs clameurs en disant que mes recettes sont des poisons^ des corrosifs et un extrait de toutes les malignités toxiques de la nature. Pour repousser cette accusation, je leur demanderais, au cas où ils fussent eux-mêmes capables de répondre, d'abord s'ils savent ce qui est poison et ce qui ne Test pas, ou si aucun mystère de la nature ne se cache dans le poison. Sur ce point, en effet, et sur les vertus natureUes ils sont eux-mêmes tout à fait ignorants. Parmi les choses créées par Dieu, quelle est celle qu'il n'a pas douée de qualités étonnantes et en même temps salutaires ? Pourquoi en exclure le poison, quand surtout ce n'est pas du poison lui-même, mais de la nature qu'on s'enquiert? En confirmation de mon dire, prenons cet exemple : Jetez les yeux sur un crapaud ; quelque venimeux et horrible à voir qu'il soit, la grande vertu mystérieuse qu'il renferme est souveraine pour le traitement de la peste I Si l'on oubliait cette vertu à cause du venin du crapaud et de l'horreur qu'il inspire, quelle honte, je vous le demande ? Qui est l'auteur de cette recette naturelle? N'est-ce pas Dieu 7 Pourquoi donc en dédaîgnerai-je,en rejelterai-je la composition? Et ai Dieu en est l'auteur, qu'y pourrai-je trouver à reprendre ? C'est lui dont la main renferme toute sagesse et qui sait à qui il doit donner chaque mystère. Pourquoi donc m'étonner ou avoir horreur de ce qui contient quelque poison, mais en même temps un précieux mystère ?

« Celui qui dédaigne le poison ignore ce qui se cache dans le poison. En effet, telle est la bénédiction et l'efficacité de l'arcane du poison, que le poison lui-même ne peut rien en enlever ni y ajouter. Mais comme je ne vous crois pas encore assez convaincus^ je veux pour ma défense m'étendre davantage, puisque j'ai entrepris une fois pour toutes de traiter des poisons.

m Vous savez que la thériaque est tirée du serpent vipère : pourquoi donc n'attaquez-vous pas votre thériaque qui contient le venin de ce serpent? Mais vous gardez le silence parce que vous avez éprouvé que la thériaque est utile et n'est pas dangereuse. Maintenant, si ma médecine est comme la thériaque, pourquoi la rejeter uniquement parce qu'elle est nouvelle ? Pourquoi son efficacité n'égalerait-elle pas celle d'un système ancien ? Et si vraiment il vous convenait d'examiner chaque poison, que trouverez- vous. Je vous le demande, qui ne soit pas un poison? Tout est poison et rien n'existe sans poison (1). La dose seule fait que le poison est insensible. Prenons un exemple : La nourriture et la boisson^ quelles

(1) Voyei pages 398 et A12.

SA DÉPBUSE. attaques OCNITU les AUTIBS MftlIRCIlW. A9S

qu^elles soient, ai tous dépasiei une juste quantitét seront dn poison. L'éfénement le prouve. Bien plus, j'accorde que le poison est du poison, mais je n'accorde pas qu'à cause de cela on doive le rejeter. Pourquoi donc n'existe-t-il rien qui ne soit du poison ? et pourquoi le corriges-vous 7 Afin que le poison ne nuise pas. Que si moi aussi je le corrige dans ce but, pourquoi me blAmez-vous ? Vous savez, je pense, que le vif-argent est un poison; l'expérience de chaque jour le prouve. Cependant vous avez coutume d'en frotter le corps des malades {contre la syphilis) avec plus de soin que les cordonniers n'en mettent à oindre de graisse le cuir qu'ils emploient. Vous faites des fumigations avec le cinnabre du vif-argent, vous lavez avec son sublimé, et cependant vous ne voulez pas qu'on nonmie poison ce qui est du poison et que vous introduisez dans le corps de Vhonmie en disant que c'est quelque chose de bon et de salutaire, quand il est corrigé parla céruse, comme s'il cessait ainsi d'être poison. Faites examiner à Nuremberg mes recettes et les vôtres, vous saurez alors qui de nous administre des poisons. Vous ne connaissez ni la dose ni la correction du mercure, mais vous frottez jusqu'à ce qu*il pénètre.

« Je vous demanderai encore une chose : à savoir, si vos recettes, que vous dites ne pas contenir de poison, peuvent guérir le mal caduc ou ne peuvent pas le guérir? ou la goutte? ou l'apoplexie? Est-ce avec votre sucre aux roses que vous guérirez la danse de Saint-Vit, ou les lunatiques et autres maladies semblables? Jamais I Que si donc il faut d'autres remèdes^ pourquoi me blâmer parce que j'emploie ce que je dois employer, c'est-à-dire ce qui est destiné au traitement de ces maladies?

« Si le bien peut produire le mal, le bien peut aussi naître du mal. On ne doit point rejeter un produit dont on ne connaît pas la transmutation et dont on ignore comment s'opère la séparation. Si tel produit est un poison, cependant il peut être facilement ramené à quelque chose qui n'en soit pas (1). L'arsenic, par exemple, est le plus grand des poisons, car une seule drachme d'arsenic fait périr un cheval. Brûlé avec du sel de nilre, il cesse d'être un poison. Si vous en prenez dix livres après cette modification, vous ne sentirez aucun mal. Voyez la différence et ce que produit la préparation. » {Def, 3, p. 121.)

« Quant à mes recettes, remarquez seulement que tout ce que j'emploie dans leur composition contient un arcane qui sert à expulser ce qui est contraire. Voyez aussi comment je procède. Je sépare ce qui est arcane de ce qui ne l'est pas, et j'assigne à l'arcane lui-même la dose fixée. Il me parait maintenant certain que j'ai suffisamment défendu mes recettes; ce n'est que par jalousie que vous les calomniez, leur préférant les vôtres quoiqu'elles ne soient bonnes à rien. Si votre conscience était loyale,

(l)',Un peu plus haut, lignes 13 et lA, il avait presque dit le contraire à propos du mclangrc du mercure et de la céruse. La logique n'est pan dans les habitudes lie Paraculse.

436 PABAGELSB.

voui TOUS abttiendriei détonnaift de cette mamère d'agir. • {Ik(, S, p. 123.)

Pour excuser sa vie errante, Paracelse dit, dans un langage assez vif et coloré:

« Les arts n'ont point de pieds au moyen desquels on puisse les conduire vers vous comme le boucher conduit les moutons. On ne peut noa plus vous les offrir enfermés dans des vases. Vous devez suppléer à ce qui leur manque. Les Anglais n'ont pas les mômes humeurs que les Hongrois, ni les Napolitains que les Prussiens. Pour vous en assurer, il faudra vous transporter parmi eux. Plus vous les verrez de près, plus le jugement que vous en rapporterez sera sûr (1). — Maintenant le médecin doit aussi se montrer alchimiste; pour cela il faut qu'il voie la mère qui donne naissance aux minéraux. Les montagnes ne viendront pas à lui, il doit aller aux montagnes (2). Là où se trouvent les minéraux, on trouve aussi ceux qui les mettent en œuvre. Cela étant ainsi, qui me fera un crime d'avoir étudié tous les minéraux, d'avoir, pour ainsi dire, pénétré dans leur cœur et dans leur esprit, et dérobé leurs secrets de mes propres mains? C'est d eux, dis-je, que j'ai appris à dégager le métal pur de la scorie, prévenant ainsi bien des maux autrement inévitables. • (Def, il, p. 126.)

L'extraction et la purification des métaux étaient connues bien avant Paracelse.

Paracelse se vante ensuite de son désintéressement, et, s'adreasant aux médecins de son temps, il les provoque en ces termes:

«Aujourd'hui les médecins ont coutume (j'ignore sur quel passage de rÉcriture ils se fondent) de demander un florin par chaque visite. L'exa* men de l'urine a sa taxe, ainsi que beaucoup d'autres choses. Celte exigence ne s'accorde pas avec la charilé; elle est môme contraire aux lois; mais on ne connaît plus qu'une loi : Prends, prends toujour:^, que cela te sieie ou ne te sieie pas {es reim oder nicht). Ainsi ils prennent des colliers, des anneaux d'or; puis ils séparent d'étoffes de soie, donnant ainsi à tout

(1) C'est pour cela que le médecin doit être voyageur (c'est-à-dire vagabond), philosophe et astrologue.

(2) Tout raisonnable que cela parait, il n'en est 'pas moins vrai que c'est précisémeiit le langage dont se servent les charlatans, célébrant leurs voyages lointains pour captiver les badauds. Les médecins qui, eux aussi, connaissent la diversité des tempéraments, n'en discourent pas ainsi ; d'ailleurs cette diversité n'est pas telle qu'elle exige qu'on coure le monde conune le Juif erranU

SA DÉFENSE. ATTAQUES GONTRB LES AUTRES MÉDECINS. kll

le monde le spectacle de leur honte ; puis, comme si ce spectacle était à leur honneur, ils s^avancent parés comme des chflsaes, ce qui n'est que grande abomination aux yeux de Dieu. » {Def. 5, p. 130.)

« Lorsqu'on voit le Juif menteur et perfide exercer l'art sacré de la médecine, et Olre tenu en grande estime par des hommes pharisaïqces, qui maintenant, je le demande, honorera une profession exercée par de tels adeptes ? Mais comme, par une loi fatale, les hommes veulent être trompés, il arrive que la corruption envahit jusqu'à la vraie médecine. Les sages s'abstiennent de tels procédés; et si les hommes ne préféraient ceux qui se moquent d'eux d'une manière ou d'une autre, la médecine aurait certainement des représentants plus dignes et plus purs. C'est une loi éternelle du monde qu'il ne puisse supporter ceux qui sont bons, habiles et sages dans leur art. » (Def. 5, p. 130.)

Tout cela n'est malheureusement que trop vrai de notre temps, comme cela Tétait du temps de Paracelse. — Que lui ne mérite pas de tels reproches, je le veux bien, mais il ne suffit pas d'être charitable pour être un vrai et bon médecin, il faut encore avoir le sens commun.

Voici encore un passage dirigé contre les médecins juifs, si fort recherchés au moyen âge, plus peut-être pour leur science cabalistique que pour leur science médicale ; je trouve ce pas* sage dans la préface du Labyrinthe (1).

n Les Juifs aussi vantent leurs connaissances en médecine, et ne rougissent pas de dire faussement que cet art est très-ancien chez eux. Ces impudents sont à lu vérité le plus ancien de tous les peuples. Mais quelle est leur médication? que savent-ils, que donnent-ils, que tirent-ils de leurs livres? Toutleurart consiste dans l'imposture. Hinnemis autrefois de Dieu et de son Fils, ils le sont encore. Et comment, je le demande^ la nature leur serait-elle si favorable, quand Dieu leur a retiré sagrflce et a fait d'eux le rebut du genre humain, comme il punit dans leurs corps et dans leurs biens ceux qui les protègent ou ont quelque commerce avec eux? Ce qu'ils ont de bon vient des étrangers. Dieu ne les a pas créés pour exercer la médecine, mais pour l'honorer et le servir. Telle était leur vocation. En dehors de là, tout ce qu'ils ont tenté n'est que dol et imposture. La médecine a été donnée aux Gentils. C'est chez eux qu'on trouve les premiers et les plus anciens médecins. Il en est résulté que les Grecs ont embrassé la médecine à l'cnvi et par des causes diverses. Mais ils ont fait de tels progrès dans le mensonge, qu'après eux les Arabes voulurent, eux

(i) Tome II, p. IftO.

ASS PARAGELSE.

aussi, trafiquer de cet art, comme toutes les autres nationB. Le rétaltat fut cependant, comme il arrive en toutes choses, que plus il y eut de sagesse iWitz), plus il y eut de fausses voies. •

Après les plus belles phrases sur les qualités et le rôle des vrais médecins (parmi lesquels il se range» bien entendu). Pancelse nous trace un tableau pittoresque, mais peu flatteur, des autres médecins de son temps (c'est celui des charlatans d'aujourd'hui), où il faut cependant reconnaître l'exactitude de plus d'un coup de pinceau (1).

o [11 y a beaucoup de gens qui, sans être médecins, se mettent àTombre de la médecine par pure gloriole et pour paraître savants.] Semblables médecins cbarlatanesques (surtout d'ordinaire riches et bien à leur aise) sont et se font valoir dans des monastères, et parmi ces gens oisifs qui ont de coustume de se vanter, estant très-pleins de vaine gloire, et n'espargnent leur peine et leur industrie à la guerison des religieux, sans autre apparence de guerdon que celle de leurs prières.

« Il s!en trouue d'autres qui exercent la médecine comme on mène la charrue, ou pour des présens, et pensent faire tort à leur dignité s'ils reçoiuent quelque argent de leurs malades ; ils me font souuenir des luifs baptisez : tels sont aussi certains moynes apostats, ou ceux qui d'autres fois ont esté bouchers, bourreaux, ou mareschaux, qui refusent les dons qu'on leur présente en qualité de médecins, se croyant indignes d'en porter le titre, vu qu'ils ont leu fort peu de liures, mais qu'ils ont appris ce qu'ils en sçauent d'vn tel roy, d'vn tel empereur, d'vn tel prince : courroye digne d'un si beau soulier. Tout cela n'est que fumée et vanité, encore bien que leur finesse n'est pas des moindres ; car si le malade vient à mourir (estans aduoûcz des grands) leur faute est excusable, et c'est contre l'expérience ordinaire qu'un tel accident est arriué ; que s'il recouure la santé, quels cris de ioye n'entend-on pas^ combien haut font-ils resonner la certitude d'vn art qui ne sçaurait estre mauuaist et comme ils procèdent de l'authorité du serenissime prince, les voila après puissamment establis, et bandés sur les estrieux, comme un escuyer de Franconie. Telle est la condition de ceux qui veulent faire la médecine, et ne veulent estre médecins, comme ceux qui veulent estre moynes et médecins sous un habit bastard, manquant la condition de l'yn et de l'autre : ceux-cy ont accoustumé de se seruir de personnes apostées, qui disent, ce médicament couste beaucoup à monsieur mon maistre,

(1) Petite Chirurgie, Préface. — J'ai cru devoir, pour ces anciennes traductions naïves, mais paraplirastiques, changer certaines expres.<ion$, rajeunir quelques formes^ et même les moditicr d'après rallemand.

SA DÉFENSE. ATTAQUES CONTRE LES AUTRES MÉDECINS. Û2ft c'esl pourquoy dy à Ion raaisire qu'il Tate présent en récompense d'ïn cbeual, ou de quelque abbaye ou priorë, et non pas de l'argeat, dont Vvsage esl infâme el défendu. Quelquefois ils feindront que leur maison esl grandement pauure, qu'il taudroil achepler quelquesbonscarpilloiis pour en faire faire collation le vendred; soir aux frères auani s'aller coucher, pour les ayder à supporter l'auslérité du ieusne ; ainsi Monsieur le docleur médecin (fait à la haste, FuiU HUft/inîî) pourra se rendre plus soigneux et plus diligent après le malade.

" Apres ceux-cy suiuenl quelques vus dont les habits et la bource sont plu6 pertuisez qu'un crible, et pourtant ne sont pas moins prompis à extorquer le lésion (pièce de monnaie) que le coupeurde bources : Us se ïanlentd'auoir esté grandement riches d'autrefois, mais maintenant par l'injure de la fortune onl perdu toutes leurs commoditez : au cabaret, sans doute. 1! y en a d'autres qui se vantent d'auoir autrefois tenu rang parmy les seigneurs de marque à fort beau train, qui toutefois se sont remis au seruice des princes, ayant & la suite de quelque bataille perdu tous leun moyens demeurez pour butin au vainqueur. Les autres ont été chassez par le Turc de la VallachieetdelaTraoailuanie; d'autres, comme les apostres allantplanlerrBuangile, ont abandonné leursfemmes, leurs enfans et maisons: d'aulresse vouent k vne pauurclé volontaire, parce qu'ils ne troutien t personne qui leur face du bien! Le nombre n'est pas petit d'îceux qui changent bien souuent d'habits pour se rendre incognus ; l'tn marche les pieds nuds, l'autre porte la hcrefi demi veslu,celuy-cy n: dit de tel ou tel ordre religieux, celuy-U porte des sandale: ou des sabots, l'un ne mange point les os de la viande, l'autre faict abstinence, et n'oserait manger les aresles des pobsoDS de peur qu'elles ne l'étranglassent ;rvn faici son licl sur va banc ou sur vne lable, l'autre change de logis chaque nuicl, etc> Ces Messieurs là, quand ils parlent de la médecine, disent la posséder par l'inspiration du sainct F^prit (l), et veulent faire a croire qu'il yaplus de vertus aux plantes que dedans le ciel, ou dans le paradis mesme. Ne sonlce pas là de braves médecins î

" Il s'y en Irouue d'autres qui meslent à leurs receples, el se seruent en leurs cures de l'aslronrimie, les autres de la geomance, pyromance, chiromance, hidromance. D'atilress'essorantplus bauten leursepeculations, comme plus mystérieux, usent de la narromanee,c'esl-â-dire necromance, ou lourdomance, el stultomance, comme ces vagabonds el coureurs du mont de Venus, qui venant au lieu où ils auoient appris leur art, l'ont baptisé du vin de Rhetie, ont chanté matines aitec frère Eckart, et mangé du boudin rouge el des saucisses grasses auec les Danbutiens. Depuis ils ont eu la science de guérir les bestes et les hommes de toutes fleures,

(1) Paracelse oublie, daiis le tvu de ses railleries, nn'w esl pTéciséineut de ceux

le disent médecias pur lagrice rfe Die», el croies pn-**^'*""^"' * ** ">"'*"

Fraiueté rocdicaledeE simples, mais encore i l'^IEcu;)^ naiol^^C^I-P''^'^

èlO PAKAGILSB.

maux caduct, et autres maladies, de descouurir les tbreson enfouis sont terre, qui n^est pas peu d'honneur à si vénérables médecins. Quelques-uns ne se seruent absolument d'aucun aromate, d'aucune herbe, ni des escrits de Valescus ; le simple papier su fût à leurs receptes, sur le< quel ils escriuent, pour desguiser les mystères de leur art^ iœis pro fixU ietragrammaton^ loarvMs in Dolio^ lod, vau, ante postque, au haut et au bas, au pied et à la teste marquent une croix à la Gn, de peur que le diable n'emporte celuy qui le peint. Parmy les villageois ils parlent latin ; parmj les Alemans^ italien. Quelques-uns d'entre eux ont eu le fouet en Italie, après auoir esté bannis des Alemagnes ; d'autres au contraire chassez de l'Italie ont reçeu le mesme traitement en Alemagne ; quelques autres, après auoir esté chassez au delà du Rhin, ont esté derechef rechassez après auoir eu le fouet» et certains au delà et au deçà du Danube. L es aduantures de ces caualiers errans sont merueilleusement plaisantes, et me font enuie de rire : ils se disent Ebrieux chez les Grecs; chez les Ebrieux, nati& de Grèce ; chez les curez de village ils sont des théologiens, et des docteurs en médecine auec les maistres d'estuues et bains; chez les iuges, iurisconsultes ; dcuant les commediens, poètes ; auec les artisans, historiographes; en Alemagne ils se disent d'Italie, en Italie d'Alcmagne, eu Portugal ils sont Hongrois, en Hongrie Portugais : enfm en ce lieu-cy natifs de ce lieulà, en celui-là de l'autre, tousiours de bonne et illustre maison, peu riches toutesfois, certes de noble race, à gçauoir de celle qui n'a produict que de la canaille, remplis de ruses et de tromperies, qui leur font gaigner beaucoup d'argent.

« Il y en a encore une autre secte outre celles dont nous auuns faict mention, qui est des luifs conuertis au christianisme, plus uns et pires que tous les autres ; j'y comprends aussi les Aon baptisés, dont aucun ne sait éteindre le mercure dans la graisse d'ours (1). Des iuifs, nos médecins ont apprins aussi à connaître les pustules de la grande et petite verolle, eux qui désirent et taschentd'estrebeaucoupplus excellons et experts que leurs maîtres, encore que couuerts de mesme peau, et que l'vn se moque de l'autre ; les médecins Iuifs rougissent le mercure auec du sandal, et le rendent odorant auec le macis ou fleur de canelle : ce qui les faict estimer capables de traiter toutes sortes de maladies. Si par hazart ils viennent à guérir ▼n, ou deux, ou trois de ceux qui se mettent entre leurs mains, ils ontaussitost priuilege et pouuoir d'en abuser deux ou trois cens. Ils font acroire aux foibles esprits que la source et le fondement de la médecine est en la langue hébraïque, sans cependant considérer qu'entre les Iuifs il n'y a iamais eu nul médecin. Ils mettent en ieu,pour prouuer leur dire, le rabin Moyse,et le livre de Nebulohn, qui contiennent descanons tres-excellens,par lesquels il enseigne de cueillir dans les prez les racines de réponces pour en faire des salades. Maintenant ils disent que la cugnoissauce de la médecine est en leur seule race comme héréditaire, encore que tous ceux qui

(i) Le latin dit juste le contraire, et, je crois, non sans raison. (Gf, p* à57.)

SA DÉFENSE. ATTAQUES CONTRE LES AUTRES MÉDECINS. ftSi

en sont descendus ayent esté des fols, des sots, et sans esprit quelconque. Les autres disent, que leurs ancestres la tiennent du bon père Adam, quelques vns que le bon bomme Noé la cacha dans un trou qu'il fit entre la paroy et la fenestre de l'arcbe. 0 fols que vous estes ! que ceste ostentation et que ccsto vainc gloire vous mcsciet, et s'accorde mal auec vostre gueuserie ! Tantost vn vieux luif se présente, tantost vn ieune^ la mère duquel tient bourdel ouuert, et faict gain d'vne si sale marchandise. Ceste marmaille errante me fait souuenir des boêmiens, qui disent auoir appris leur art en Egypte.

« Il s'en trouue d'autres, imitateurs des precedens, et toutefois de plus grande considération qu'eux, qui sçauent beaucoup de logique vulgaire, mais de rhétorique point; tels sont les vendeurs de thériaque et mi- Ihridat, qu'on appelle vulgairement batheleurs, theriacleurs. Ceux-cy, si la vipère leur manquoit, ne feroient point scrupule de mettre en son lieu des chauue souris. Ils vendent pour un remède souuerain contrôla fieure la coloquinte, pour les poulmons et maladies d'iceluy le rapontic, du guy de chesne pour les infirmitez des femmes, et quelques remèdes tres-cachez pour toute sorte de maux plus dangereux, lesquels toutefois après eux Dieu et tout le monde ignorent, et qu'ils n'enseignent qu'à l'oreille, sous pacte de ne les reueler. C'est la gentiane qui faict ces miracles là. Quelques vns sçauent chasser et faire sortir les vers, comme un certain qui en Silesie, à Bresl au, .chassa un vers du corps d'un malade, qui fut après trouué à la foire de Strasbourg, l'ayant porté enfermé dans une boëtc depuis là jusqu'i-l Basle, de sorte qu'il se pouuoit vanter, non seulement de l'auoir chassé, mais encore de l'auoir poussé et envoyé à quatorze mille loin. Il y a des vers qui sont de deux ou trois aulnes de long, plus ou moins, plus gros que le trou duquel ils les disent estre sortis, qu'ils ont prins dans des bayes et des buissons, puis se vantent de les nuoir chassez des intestins ou de l'estomach des hommes. Apres ceux-là marchent ceux qui guérissent les escroûelles, par la composition d'vn sel magistral qu'ils sçauent faire : ou les autres qui sçauent chasser le ver panaris des doigts (1), pourueu qu'il ne face ny soleil ny pluye;8afis prciudice des arracheurs, ou plutost maistres briseurs de dcnls^ qui en laissent les racines aux genciues, au lieu de les tirer. Bref à peine s'y peut-il voir d'autres médecins auiourd'hui que de ceste façon, à qui la disme des mouches appartient iustement. Quelques uns d'entreeux csleuez en l'cscholc des bateleurs ou loueurs de farces, se sont acquis le pouuoir de raoniir impudemment, par vue perpétuelle habitude d'en conter au monde, et pur l'usage continu de l'enjolerie.

(t) Dans le livre III, clLip. 17, de la Petite Chirurtjie^si toutefois ce lU' livre est bien (le lui, Paraceise parle aussi du ver qui couslitue le panaris, qui se nourrit de soi-même, et qui doit son origine au sel de nitre. Seulement, il rejette les remèdes superstitieux des son^creux et 8*en tient an traitement naturel^ par exemple a la tiente de pourceau !

(l32 PABACELSE.

« Il y en a d'autres qui, n'ayant l'esprit de mentir d'euz-mesmes» s'en ▼ont à Montpelier pour en apprendre l'art des escrits d'Auicenne, ou i Paris la doctrine de Galien. Quelques vus sont de si bon esprit, que sans autre instruction que de celle de leur nature cauteleuse, deuienneot parfaicts en la science de donner du plat (de la langue donner de IMa fuiroUs). Il ne servira pas peu non plus à l'vn d'auoir esté maistre es arte pour s'aduancer en médecine, à l'autre d'auoir esté apothicaire, à cestaycy d'auoir esté un mathématicien, à l'autre physicien. Monlagaana est agréable à l'vn, Viaticus plaist à l'autre, et entre tous autres autheois lean de Garlandia. A les oûir parler il n'y en a point de plus employei. Toutefois en leur boutique faineans, ne sçachant que faire, semblables! ces sépulchres blanchis, qui sont beaux au dehors, et dedans sont pleins d'infection et de pourriture, ceux d'entre eux qui se plaisent naturellement à la vanité disent : Sans moy en Hollande vu comte se feust rompu le col du plus haut des degrez en bas; un autre : J*ai esté vingt trois ans ou enuiron au seruice d'un tel prince en qualité de médecin, qui se fust bien trouué en peine, et ne se fust iamais bien porté sans Conrad des Roses et moy. Vn autre aura professé par l'espace de vingt cinq années dedans les vniversités,elinterpreté les bons autheurs, qui se fussent bien passés de lui, s'ils eussent peu eslre expliquez par d'autres. Tantost pour faire les capables, et se faire estimer grands Grecs, ils appellent le haut mal epilepsie; quelquefois pour montrer leur suffisance en la langue arabique, ils nomment la coloquinte alhendal. Ils sçauent iusques à treize langues, outre celles dont les Pandectes font mention, et celle qui leur est la moins connue est Talemande. Maintenant ils n'ont d'occupation qu'à descouunr la nature des choses, et d'icy à quelque temps ils seront gueux et misérables à la suite de quelque chetif régiment. Quelquefois ils changent plustost les yeux des dames bleus ou pers en couleur de charbon qu^en noir; des laides ils les rendent belles; de brunettes blanches, et de teint délicat; de boyteuses et contrefaictes, de taille droicte et bien proportionnée ; enfin ils leur estent la morve du nez. Maintenant ils font despomes d'ambre odoriférantes, et semblables ioliuetés des petits presens propres à attirer les sots et badaux, auec lesquels ils s'introduisent dans les palais des grands. Aux académies ils veulent estre attentiuement escoutez; on les entend s'écrier (cela est en latin dans le texte allemand) : In calendris meis tuis, domini auditoresy quarta fen pn'mt, de porcis, scripsit noster Avicenna. ly. theriacae (cum longa descriptione scilicet Galeni), etc. »

Molière n*a rien imaginé de plus plaisant que cette spirituelle boutade de Paracelse.

Dans celte même Petite Chirurgie (II, 7, De curis patentium ulcerum) on trouve une page curieuse par la colère que Paracelse montre contre les saints qui lui faisaient une concurrence

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