SA DÉFENSE. ATTAQUES CONTEE LES AUTRES MÉDECINS
(|u'il ne peut pas supporter plus que celle de ses confrères laïques (1) . Cela ne semblerait guère s'accorder ni avec sa grande dévotion, ni avec cette proposition du Paramire {De origine morborum ex tribus primis substaniiisj chap. 7, p. 74), que des liens indissolubles unissent la tbéologie et la médecine, ni avec 1 explicalion mystique de la nutrition [ibid.^ chap. 7 et 8, p. 77); mais la dévotion et la théologie de Paracelse sont une dévotion et une théologie qui ne souffraient pas la concurrence active ; il accepte l'intervention de Dieu, parce qu'elle ne s'exerce qu'à distance et qu'elle n'éloigne pas le médecin.
« Eu la médecine la plus grande imposture est exercée par les prêtres ou vicaires des saincts qui métamorphosent les vlceres ouuerts, qui sont pruduicts des défauts de iialure, en la pénitence de sainct lean, les autres en la vengeance de sainct Kyriac, ou au feu de sainct Anthoine, et semblables choses. Ils enioigncnt de dire des messes, de faire des ieusnes et oraisons^ odorer ou sentir la main du sainct sur l'eau des fons baptismaux, luy faire tn>s-humblement des offrandes, luy vouer vn perpétuel service, et luy promettre de lui allonger la main tous les ans selon leur pouuoir et facultez, et estre de leur confrairie. Ils prescriuent de voir le sainct tous les ans, pour sçauoir s'il vit, s'il ne veut pas qu'on luy face des nopces, et s'il n'a point enuiede se marier! Quelques vns embrassent si auidement semblables meschancetez spirituelles, feignent les saincts médecins, et se font des apoliquaires de leurs eaux, pourquoy cela me déplaît. La raison de cette deplaisance en peut estre fort facilement cognui! : si ceux qui commettent telles choses veulent être médecins, qu'Us souhaitent d'estre plustost bons, vrais et honorables médecins, qu'entachez et chargez de telles malices et folies. Quei'excuse les saincts, et que l'appelle un tel vicaire sainct, la cause en est, qu'il a parfois tant soit peu a>guoissance de la médecine, comme de faire la décoction de chelidoine, de Teau des fueilles de chcsnes et autres semblables, par lesquelles la nature peut en partie guérir ces trous et vlceres. Mais afin qu'ils satisfacent à leurs impostures, ils font de l'honneur aux saincts, et lauent leurs mains aussi innocentes que celles de Pilate. Cependant ie tais quelque chose de beaucoup plus grand, et qui seroit plus digne de reuclation (quelle touchante charité!;, par exemple, qu'ils vsent de plusieurs opérations magicques, par lesquelles ils font quelques vues de leurs bonnes œuvres. Si Theophrastc Paracelse n'eust couché en cet Uostel Dieu, il eust demeuly aussi souuent ces charlatans qu'il en eust esté de besoin. »
(1; AiL<hi du Vcrdier écrit-il cd marge : « Paracelse semble sentir en ce lieu un jicu le fagot, o Voyez aussi uu écrit parucelsique : De iftiposiuris in morbo gai" lico, l, 18.
DAIBMBUC. 'iA
4M PAiACBLSE.
Ailleurs (1), Paraceise a ane façon toute particulière, mais assez amusante, de justifier la grossièreté de son langage et la violence de ses attaques. — Cependant, de ce qu'on est de la Suisse allemande, ce n'est pas une raison pour s'enorgueillir d'être mal élevé.
« La nature ne m'a pas tissé d'un fil subtil et l'on ne file guère la soie dans ma patrie* Les figues, le ^in miellé cuit et autres douceurs nous sont étrangers ; nous nous nourrissons de fromage, de lait et de pain d'avoine. Cela conviendrait-il à des hommes délicats? Nous restons attachés pendant toute notre vie à ce qu'on nous a appris à aimer d^s le herceau ; régime bien grossier si on le compare aux délicatesses de nos voisins. Nous qui sommes nourris dans les montagnes couvertes de pins, nous ne pouvons ressembler à ceux que l'on élève mollement dans les gynécées. 11 s'ensuit que l'on regarde comme grossier celui qui Test en effet* quoiqu'il soit, à ses propres yeux, assez délicat et assez aimable (!) Ceci s'applique aussi à moi; ce qui est de la soie pour moi n'est, pour eux, qu*uQ lin grossier.
« Quant à mes réponses dures et austères, voici ce que je dirai pour m'en excuser : Les médecins mes adversaires sont peu versés dans leur art. Pour compenser cette insuffisance, ils s'étudient à la politesse et emploient les paroles caressantes, les discours légers, et mettent dans tout une grande amabilité ; ils congédient poliment les visiteurs en leur disant : Cher monsieur, revenez bientôt me voir; ma chère femme, viens ici et donne la pièce au monsieur, etc. Moi au contraire je m'écrie : Que demandez-vous? Je n'ai pas le loisir. La chose ne presse pas. En ce moment, in patrios cineres minxi (2;. ils ont tellement ébloui, par leurs prestiges, les yeux des malades, que ceux-ci sont persuadés que l'art ne consiste que dans les flatteries et les paroles caressantes. Ils sont appelés gentilshofnmes quand ils sentent encore le trafiquant; seigneurs, quand ils ont encore quelque chose du cordonnier, ou peut-être d'une profession moins relevée encore. » (Def. 6, t. li, p. 132.)
« On m'oljjecte que quelques-uns de mes serviteurs et de mes discipies, fatigués de ma rudesse, se sont séparés de moi. Je réponds : mes disciples au nombre de vingt et un sont morts de la main du bourreau (3). Dieu les assiste I Mais comment pouvaient-ils demeurer avec moi, eux que le bourreau attendait? En quoi mes rigueurs leur ontelles nui? L'art véritable pour eux aurait été d'éviter les rigueurs du
(1) Hesponsio ad qtiasdam accusettiones .
(2) Tiré d'Horace, Ars poetica, 471. L.e texte donne une autre locution proverbiale équivalente {nwic in piper cacavi): fetzt hab ich in den Pfeffer gehoffiert.
(3) Belle recommandation, en vérité 1
SA DÉFENSE. ATTAQUES COMTRE LES AUTBES UÊDEaNS. 435
bourreau lui-môme. Que si d'autres miens serviteurs, pareils aux premiers, qui ont su se soustraire jusqu'ici à ses mains, se plaignent de mes emportements, qu*importe 7 Comment ne pas s'emporter lorsque le serviteur refuse de faire son ofGce de serviteur et veut se donner des airs de maître? S'ils me remplacent en secret auprès des malades en médisant de moi, et pour un honoraire de moitié moindre, alléguant qu'ils connaissent tous mes secrets, comment ne serais-je pas indigné d'une telle conduite 7 C'est ce dont se sont rendus coupables envers moi docteurs, chirurgiens-barbiers, baigneurs, disciples, serviteurs et garçons. Et après tuul cela je devrais être un agneau? 11 y a lieu de s'étonner au contraire que je ne sois pas devenu plus cruel qu'un loup. En attendant je vais à pied, tandis qu'ils ont des chevaui. Ce qui me consolera toujours, c'est que je puis me montrer tel que je suis, tandis qu'ils sont obligés de prendre lu fuite chargés de forfaits énormes. » (Def. 6, p. 133.)
Les mêmes reproches à ses disciples ou confrères et à ses amis les apothicaires {décocteurs) sont reproduits, sous une autre forme, dans la Préface déjà citée de \sl Petite Chirurgie {i) :
<f le me puis <\ iuste tiltre vanter d'auoir fait par mes veilles et par mon Irauail de tels médecins (c'est-à-dire des médecins qui n'ont pas su ou voulu imiter leur maître et profiter de ses leçons). De cent escholiers que j'ay eus il s'en est seulement trouué deux Ires-capables de Pannonie, des confins de Polongne trois, du païs de Saxe deux, un seul de Sclauonie, autant de Boi^mc, de l'vne et l'autre Alemagne vn, de Sueue point du tout , ni d'ailleurs non plus , bien que j'en eusse de toutes nations, parce que chacun s'est voulu scruir de ma doctrine à sa mode, Tvn pour remplir sa bource, l'autre pour acquérir de la réputation, et satisfaire à son orgueil, l'n autre interprète cette doctrine par des gloses et des commentaires que j'ay trouués bien esloignés de mes conceptions; quelques-uns presumoient d'eux -mesmes au-dessus la portée de leurs esprits, les autres se vantoient de sçauoir ce qu'ils n'ont iamais entendu ; plusieurs d'entre eux l'ont entendu, mais le meilleur leur a manqué. Il est bien difficile de sçauoir ce qu'ils peuuent auoir appris, mais il est aysé de sçauoir ce qu'ils pratiquent fidèlement, car plusieurs ayant pénétré dansles secrets de mon artet demamedecine, ont ensuite tiré d'icelle quelque faux fondement, et deuieuncnf vagabonds et triacleurs, chacun desquels gesne le malade, selon qu'il a de la pa-
(i) Voycx auai De iumori/fus, pust. et m/c. morbi f/nifici^\ il y 9. Cî. l, 7, cl surtout De imposiur,, \, 22. Dans un traité attribue h ParaQ^|$c : De itestc arf ctm'totew Herzingefuem^ il est dit qu'on ne lui reprochait q|| ^^tiiàiUis et ege.^tos. Va rime y cst^ mais que faut-il entendre ptar profitas tmf^ a% Aeittbie qu^par^fiiliiM n'avait que celle dit îltamiDisqaiagiMBtcottraK tes ^^^< ^liU^'v^nW rlDtfW^
^36 PARACBLSE.
tience. Or de ma patrie, que je nomme la dernière, il n'en a réussi aucun: quoy qu'ils s'estiment d'ordinaire fort capables, ic les mets au pair auec ceux de Sueue, et de ces médecins perdus qui ne peuuent iamais rien valoir. »
Chirurgie. — Je pense que les anatomistes, les physiologistes et les médecins sont suffisamment édiGés sur la science de Paracelse et sur le rôle qu'il a joué comme réformateur. Il n'est pas un médecin, ce me semble, qui ne reconnaisse tout d'abord que le sens pratique lui manque absolument, qu'il ignore la science des indications, et qu'on trouverait à peine, dans tous ses livres, quelques directions absolument bonnes pour le traitement d'une maladie quelconque. Il ne suffit pas, en effet, comme qiiel(|ues personnes se complaisent à le faire, de rassembler les belles sentences de Paracelse sur Tart, la nature, le médecin et la puissance des médicaments, il fallait rechercher si la théorie et la pratique correspondent aux paroles. Ce n'est pas le verbe, ce sont les œuvres qui font le médecin (1).
Voyons maintenant quelle pourra être l'opinion des chirurgiens.
« Venez donc ici (2), 0 vous tous chirurgiens, parmilesquelsje n'en ai pas jusqu'ici trouvé un seul qui mérite ce titre; hûtez-vous d'accourir tous ensemble, ô imposteurs^ afin d'apprendre à connaître chaque degré sépa* rément selon la prescription, dont vous vous êtes éloignés depuis quelques siècles, pour vous livrer à la composition de vos réceptioncules mendiées successivement de porte en porte au\ Baucis couvertes de haillons et qui ne valent pas une écale de noix. Venez, je vous en conjure, à résipiscence, et, laissant vos onguents, vos sparadraps et vos cataplasmes, que Ton trouve çà et là dans un mélange confus, retenez à la vraie manière de guérir. »
Voici les extraits de la Petite Chirurgie ou Berthéonée^ dont j'emprunte la traduction à Daniel du Vivier (Paris, 1(523) :
(i) Il faut remarquer, du reste, que dans les ouvragées de Paracelse réputés authentiques, excepté pour les maladies tartaréennes^ et les aflections chirurgicales, il n'y a que très-peu et de très-brèves descriptions de maladies. Il perd sou temps et ses paroles en vaines spéculations. Il serait également facile de prouver quclu bonne partie de sa chirurgie est presque toiûours empruntée.
(2) De gradibus et compositwnibvSf Ixi. lll, cbap. 8 {Opp*, U VU» P* 23).
GHIBUB6IE : LA MUMIE. &37
« Je ne veux pas que ceste mienne chirurgie soit intitulée le Hure de$ playes, mais Iture de mumie ou de la mumie. Que le Hure des apostemes soit dit tel, mais le Hure du baulme. Et je veux que le liure des vlceres, s'inscriue le liure des liqueurs. Et le liure des esthiomencs, celuy du real^ gar (I). »» (Petite Chir., Préf. p. 3.)
< Qu est-ce que mumie? — La mumie est une liqueur esparse par tous les membres du corps, de telle vertu et force qu'il est requis, diuisée toutefois de cesle façon : en la chair selon la nature de la chair, en l'os selon la nature d'iceluy,aux artères et ligaments selon leur nature, en la moelle, aux veines et au cuir, comme es autres (2). »
« I) où s'ensuit que la mumie de la chair guérit les playes de la chair, la mumie des ligaments les playes d'iceux, de sorte que chaque partie a besoin de sa propre mumie; car de là prouient la contracture {para^ lysie, estropiement), des ligamens et des artères, si elle doit estre guarie d'vne mumie d'autre nature, ou estrangere; de là aussi naissent les inflammations et pourritures des playes, à sçauoir si vue autre mumie est attirée à la chair, que celle de la chair, car chasque partie ne se guarit et ne se couserue que par sa propre mumie (3). » (I, i, § 2, p. 10.)
(( le vous proposeray cet exemple, par lequel vous vous pourrez mieux fier à la propre nature : considérez le chien qui guérit sa playe en la léchant de sa langue, à cause qu'en léchant il conserue la mnmie en son humidité et température. C'est pourquoy toutes les fois que la mumie est contrainte de se corrompre à cause de la sécheresse de l'air qui l'entoure et de Taccident, le chien la Icche derechef, et ce faisant il entretient la mumie en sa température iusques à la guerison (U). » (1, 15, p. il.)
« L'intention et fondement que ie me propose en la cure des playes est, que les medicamens s'appliquent seulement aux playes à raison des accidens, non pour ayder la nature du corps, mais pour repousser et
(1) C'est l'application du principe par lequel débute le Paramire, à savoir, qu'il faut surtout considérer le traitement et non les causes. — C'est aussi de ces trois snt)slauces que les maladies chirurgicales tirent leur origine.
(2, Si mumie signiQait autre chose qu'une humeur visqueuse des chairs ou une liquiMir balsamique hypothétique qu'il appelle mercure doux, ce serait la lymphe pla-lh|ue (voy. plus haut, p. 413, note 4); mais cette lymphe semble plutôt désignée tn's-\a};uement, aux chapitres 0 et 12, sous le nom de synovie ou humeur visqueuse firs ftcrfs (gaines tendineuses). Paracelsc regarde son épanchement comme un acridcn\ qu'il faut combattre (chap. 7), et qui se rapporte peut-être aux fausses mcnibranes auxquelles il donne quelque part le nom d'esquinancie de plaies,
(3) Quand elle n'est pas flétrie, comme chez les vieillards, ainsi qae notre mtenr li' dit plus loin.
(A) Paracelse, ù propos des bœufs, se figure que, che^ ^es anîmam, ImMcm comme les maladies se guérissent en général par la i^^ft
àS8 PABACEISt.
chasier les choses qui ont esté infectées par les éléments externes, soit par les métaux ou autres minéraux, par l'air ou par tous ceux-là ensemble. C'est pourquoj pour ester cet accident il y a un plus ample fondement de cest œuure en toute la chirurgie, non pour engendrer par art les chairs. » (1, 2, p. 25.)
« Les chirurgiens anciens ont failly en ce qu'ils ont creu que l'aristoloche ronde, la grande consolde, la serpentine (i), etc., engendroienl les chairs ou les faisoient croistre : comme lors que quelqu'un mange des herbes, racines, semences, pain, choux, chair, etc., il s'en engendre de la chair humaine, ou bien elle s'augmente : ils ont de mesme pensé qu'il y auoit un estomach [et un foie] aux playes, qui auoil la vertu de conuertir en chairs les medicamens qui y sont mis dessus selon les conditions de l'Archée. • (1, 1, 7, p. 16.)
Je ne sais où Paracelse a vu cela, si ce n-est dans les livres de médecine populaire, où Ton dit que les chancres se nourrissent de la chair qu'on met dessus. Les chirurgiens ont toujours pensé que les médicaments aidaient les mouvements de la nature, comme incarnalifs, cicatrisants, etc., mais ne produisaient pas directement, et par eux-mêmes, les chairs et les cicatrices.
c La préparation des playes est que le sang soit arresté cependant qu'il sort oncores d'icelles, et que la mumie y soit après mise ; et ne te doîbs soucier que les fragmens des os ou autres choses y soyent demeurées, lesquelles tu n'essayeras en façon quelconque d'oster auec ferrements, ù cause qu'il faut laisser la charge de pousser hors et purger ces choses à la mumie: car icellc chasse plus d propos les choses qu'on veut arracher que les fers ou instrumens. » (I, 3, p. UU»)
Je crois que pas un chirurgien, à moins de circonstances spéciales, ne ferait une pareille recommandation. — Suivent quelques préceptes assez bons sur le temps pendant lequel peuvent demeurer les emplâtres ou poudres qui recouvrent les plaies; puis l'auteur ajoute que, si Ton veut extraire les corps étrangers, on doit le faire avant la manifestation des accidents inflammatoires, car il faut tout abandonner à la mumie. Quand ces accidents ?e sont développés, il conseille d'élargir la plaie avec des sub-
(1) Paracelse ne se prive pas ce]>endant d'employer toutes ces substances et même la glu (les vers de terre, après quoi il dit à ses confrères : AUez au diable ! je fuis cas de TOUS comme d'un fétu de paiUe. Aves^vous des recettes pareilles aux miennes? (Chap. 3.)
CHIRURGU : HÊHOtRHAGIES. Mè
Stances qui putréfient et corrodent les chairs, si ces corps étrangers ou fragments d'armes ne cèdent pas à la moindre traction ; il est, en tout cas, difficile de savoir s'il permet jamais une incision.
Les moyens employés par Paracelse contre les hémorrbagies témoignent qu'au moins sur ce point, il ne mérite guère le titre de TéformateuT.
n Pour ce qui est de la suppression et rétention du sang, lorsqu'il boult, il faut donner en breuuage vn scrupule de bon laudanum (voy. p. &19, note 1) et bien préparé, et certes c'est par luy que rébullition estesteinte, et le sang arresté, ou vne once et demie de semence préparée d'yuraye blanche dans du laict, de semence de chanure. Semblablemont ceste ebullition s*estcint auec des linges trempez et imbus de la décoction d'escorce de iusqiiiame appliquez sur la partie. 11 ne faut nullement reprimer le sang en ces flux L% mais pour ce qu'est de l'autre flux, ie le commets aux forces de la cornaline, pierre sanguine à la mousse, et de plusieurs autres qui sont communs, c'est pourquoy ie ne les mets pas en ce lieu. » (I, 7, p. 62.)
Comme complément, voici un passage tiré du chapitre 10 du II' traité de la première partie de la Grande Chirurgie :
« Si le sang ne s'arreste par ces remèdes (poil de lapin, mousse des crânes des cadavres, cendre de grenouUle, carneolus suspenstts velin manudetentus), principalement par les deux premiers (croct» Martis^ aes ustum), k grand peine s'appaisera-il iamais : parquoy il ne faut rien essayer plus outre, ains i'aut attendre qu il s'arreste soy-mesme(!). Cependant il ne faut pas mespriser les opérations célestes qui se font par caractères, qu'il sera permis d'essayer aux dernières extremitez, où les autres remèdes ne profitent pas. Il faut encore diligemment obseruer, si lors que tu veux arrestcr le flux de sang, lu vois point qu'il veuille couler aux parties intérieures et s'y retirer, car si tost que tu t'en aperceuras, cesse incontinent de l'arrester et le laisse couler, de peur qu'il no face quelques absces es parties intérieures. »
Il suffira de lire les extraits suivants du chapitre de la Petite Chirurgie sur les fractures et les luxations, pour juger de ce qu'on peut attendre d'un chirurgien qui écrit de telles choses.
« 11 faut donc que le chirurgien sache Qu'^q toute finetnie ' faut rechercher toute la douleur qui vient de I . raUl^ pTen^sM
fracture; car la nature ou condition de telles fistules et fragmens est telle qu'elles attirent à soy toutes les douleurs. C'est pourquoy aux fracturer des os il ne faut auoir nul esgard aux symptômes, chalour£(, froideurs ny autres, ny se soucier si les medicamens sont humides ou chauds : car entre toutes les cures celles qui sont semblables aux fractures sont très-faciles et desquelles on doit auoir moins de soin, à cause que la nature garde de soy mesme l'ordre d'icelles, et que le dommage est situé au milieu d'iceluy, auquel il n'arriue rien de mal, d'où vient que les humeurs qui sustentent ceste partie soyent elles-mesmes les médecins de Tos. Tu entendras cela en ceste façon : il n'y peut arriuer aucun danger à l'os rompu (!), mais il doit nécessairement eslre pansé et guery par la mumie du corps qui est dans la chair, ligamens et moelle : au milieu desquels l'os est situé et enfermé, par tous lesquels il est aussi guery : d'autant qu'il n'y a rien d'ouuert, par où les accidens externes puissent eslre portez. C'est pourquoy estant bien dnêment liez, et nature estant en sou repos, il y a en eux un certain médicament, et une guerison asseurée.
« Que si toutefois il y a fracture aue3 playe, par lesquelles quelques fragmens apparoistroient disioincts et déplacez des tuyaux des os, tache de les tirer par les medicamens vulnéraires, et ne tache en façon quelconque de les tirer par ferremens, ou quelques autres instrumens en les perçant (voy. plus huut, p. /i38-/i39). Car la vraye mumic peut attirer tout ce qui est contraire à la nature, laquelle mumie guérit aussi de soi les demy-fentes. » (I, 8, p. 65.)
« [.a douleur qui est aux iointures disloquées, ne vient d'ailleurs que de la liqueur qui est sortie hors du lieu de son anaiomie, et les douleurs des parties naissent de cette aigreur, car lors que les liqueurs des articles se corrompent, elles se tournent en feu : pareillement ranatomiedu corps ne peut sans douleur supporter les dislocations ou oITences des parties, à cause qu'elle reçoit une bonne disposition en sa santé, et sa nature est telle qu'estant enchainee aux nerfs, artères, veines, elle veut et y doit demeurer selon cest ordre, duquel si elle est troublée, elle reçoit une douleur semblable à celle qui se fait de la playe, fodication, ou de la fracture. • (I, 10, p. 69.)
Paracelse explique ensuite les accidents qui surviennent aux plaies par le combat que se livrent les éléments minéraux internes et les mêmes éléments externes.
Voici maintenant un spécimen des remèdes souverains que notre auteur employait dans les aiïeclions chirurgicales. Ce (|u*il y a de bon dans ces nombreuses recettes se retrouve dans les traités de chirurgie du temps.
« Pour la contorsion^ spasme, et tetane. —29^ Sandal de mer, amigdales
CHIRimGIE : FRACniBES, PLAIES, ULCÈRES. kfA
OU amandes de Heures ; soit faîcte poudre, de laquelle on donne à boire auec de l'eau de basilic : si les spasmes voulolent revenir après la première polion, donne leur la seconde, (u la pendras au col du malade, et luy donneras en la main iusques à ce qu'elle soit bien chaude. » (1, 13, p. 85.)
Ces absurdités sont heureusement rachetées par quelques conseils relatifs au régime des blessés et qu'on trouve dans le chapitre dix-septième. Au chapitre dix-neuvième, il y a aussi un assez bon traitement pour les brûlures^ avec le blanc d*œuf, la cire et l'huile; mais il était déjà connu.
La théorie des ulcères, contenue au livre II de la Petite Chirurgie^ repose sur la supposition qu'il existe naturellement et originellement dans le corps des sels plus ou moins corrosifs, terreux ou réalgaux; mais Paracelse a une façon à peu près incompréhensible d'expliquer la formation des ulcères , en raison de la présence des sels. Voici, en efTel, ses propres paroles :
« Ln vlcôre ne peut pas ûtre produit, si ce n'est par les corrosifs, et il n*y a pas de corrosifs en dehors des sels. H est nécessaire que tous vlceres prennent leur origine des sels, mais non certe de ceste façon que le sel se change^ qu'il devienne meilleur ou pire, comme on seTimagine pour les tempéraments : c'est pourquoy il faut que vous sachiez que rien n'est rendu pire au corps, mais que le mal qui s'y trouue vient de la naissance. I.e sel peut demeurer (c'est-à-dire sans produire de maladies) en son tempérament, de façon que sa substance n'est nullement manifestée. » (il, i, p. 136.)
Si les sels ne changent pas, ne se corrompent pas, ne deviennent pas pires, alors comment survient-il un ulcère? Paracelse ne le dit pas^ d'ailleurs, Teût-il dit, nous ne serions pas beaucoup plus avancés. Cependant il semble, quelques lignes plus loin, vouloir donner une explication à propos de certains sels, mais il n'est pas aisé de la raccorder avec le passage trèsabsolu que je viens de citer.
n I/origînede quelques autres vlceres se faict de ceste sorte : il y a quelques sels subtils et liquoreux qui se corrompent par leur propre subtilité, à cause qu'ils sont en des autres liqueurs, qq sont séparez par après en ceste façon. Le \in semble entier et bon et ç^*| sel n'est pas recoga*^ en luy, à cause qu'il est doux, bon et trcs-puj^^ ^(i sa substance*, k
Ul PA1ACEL8B.
est prodaict ptr après en son tems par luj, et prodoict le tartre toi costez du vaisseau ; ce tartre est un sel tres-aigu. Pareillement au corpsU liqueur quiluy est nécessaire, l)arprogrùs de tems se tourne en telle séparation ; sa peau est le vaisseau auquel le tartre s'attache comme au tonneau, toutesfois auee sa difleredce ,et ronge le corps. De mt^me, le vin s enaigritàcause que sa substance se sépare de luy,car il arriueautrementaai liqueurs du corps qui sont diuersifiées cent fois au double ; lors qu'elles tombent en semblable aigreur, incontinent le corrosif s'y trouue.
« Et ne faut pas que quelqu'vn s'estonne de la multitude des sels du corps, vcu que la variété des vlceres du corps le demonstre également, ce corps dans lequel toutes les générations des éléments se trouuent. > (/6td., II, 1, p. 136.)
A chaque espèce de sei correspondy non-seulement pour la nature, mais pour la forme même, une espèce d*ulcère ; et si Ton veut avoir une idée des assimilations les plus grossières en ce genre, on n'a qu'à lire le passage suivant, extrait d'une des annexes de la Petite Chirurgie ^ annexe qui vient probablement des leçons de Paracelse, et où l'on a décrit chaque ulcère en particulier, du moins les affections rangées sous ce nom.
« Les écrouelles viennent du sel de millet; chaque trou a son centre particulier; et son opération est semblable â celle du sel lapille de gr^le. Lorsque l'alun se résout en eau il retourne en sa matière premit^re et ensuite se cristallise de nouveau en grains; chaque goutte fait son trou, et l'alun demeure ramassé en la partie. »(ni, 28, p. 285.)
Les ulcères sont guéris (au moins en théorie, car Paracelse commet, dans la pratique, beaucoup d'infidélitésà ses principes), par l'usage des sels mêmes qui leur ont donné naissance. Cette proposition pourrait être regardée comme une des origines de rhomœopathie,mais origine très-détournée. En tout cas, un tel père ne serait pas une bonne recommandation. Je conseille aux homœopathes de chercher des ancêtres moins compromettants.
M. Malgaigne a dit, dans son Introduction aux œuvres d'Ambroise Paré, que la Grande Chinirgie est « plus calme et plus sensée > que la Petite Chirurgie ou Berthéonée. Plus calmer ce n'est môme pas juste, comme nous Tavons déjà vu ci-dessus (1)
(1) Page 868^ et Grande Chir,^ \\, ii, il et 12, à propos de VArchée qu'il ap. pelle aussi Vulcain ou le fofideur^ le destructeur des corps.
CHIRURGIE : PLAT», ULCÈBES. hht
I et comme on peut s'en assurer dans maints chapitres 6b Paracelse
' compare ses confrères à des pourceaux; plus sensée ^ cela n*est
J pas acceptable non plus, car cette Grande Chir^trgie repose sur
\ les mêmes principes que la Petite : ce sont toujours les sels qui
t engendrent et guérissent les ulcères; c'est toujours aussi Texal-
\ tation de la vertu curative essentielle du baume naturel ou mu-
miey à laquelle les médicaments servent d'aliment pour qu'elle
remplisse bien son office. Les extraits suivants, relatifs également
aux ulcères, le prouvent surabondamment (1) .
Après avoir rappelé que le chirurgien, comme le médecin, doit être parfait en philosophie, astrologie, alchimie et médecine, Paracelse continue en ces termes :
« Finalement (2) ie monstreray comment le ciel est cause efficiente de plusieurs \lceres par sa puissance attractrice. Nous voyons que Taimant, l'ambre, le mastic, les résines et plusieurs autres choses, attirent le fer, la paille et clioses semblables. Ainsi il y a plusieurs estoilcs au ciel qui attirent et amènent de l'intérieur de Thomme iusques à l'extérieur ce qui estoit caché au dedans qui leur est familier, soyent humeurs ou autre chose : car il est bien certain qu'il n'y a rien dedans la concauité de la lune, qui ne soit contraint de communiquer aux estoiles quelque chose de sa nature, à son grand détriment et dommage, de mâme que nous voyons que le soleil tire l'humide des choses humides, et les seiche par ce raoyon, ainsi chacune esloile tire quelque chose du corps sur lequel elle domine, et cela fait on voit que le corps se meurt. Il est bien certain que ceux qui y prennent garde ne couppent iamais le bois, et ne Ibuysseut la terre qu'ils n'ayenl premièrement considéré la position du ciel, d'autant qu'ils n'ignorent pas que la vermoulure et autres vices en dépendent. L'expérience a aussi enseigné que la pierre de saphir ouure l'antrav ou le charbon par son attraction iusques à faire vlcere manifeste. Or si la nature de ces pierres est telle, pourquoy n'attribuera-t-on pareille force aux astres, assauoir qu'ils font le charbon, l'antrax, les apostumes et antres maladies, veu que les pierres n'ont telle vertu que des astres. »
L'implacable ennemi des anciens, Paracelse, recommande pour les ulcères une pratique qui se rattache directement à la
(1) J'emprunte, en la modifiant parfois, la traduction à Dtriot (2* édit*^ Paris, 1603). Comme les chapitres sont courts, je n'ai pas indiqué le» pages. Le pieinicr chilTre indique le linre^ le second le traité ou partie, le troisième le cha^ pitre.
(2) Grande Chirurgie^ II, u, 14, — Voyez aiusi plus haut, p. 378.
kkU PARACEISE.
théorie des flux catarrhaux. Comme on voit souvent, dit-il (1), que les parties supérieures envoient leurs excréments aux inférieures, et qu'ainsi il arrive que des ulcères naissent aux jambes, quand l'origine du mal est en haut, il convient d'arrêter le flux, soilen incisant, soit en cautérisant, soit en liant les veines, et même les ?ierfs (parties fibreuses), au-dessus-du genou. Il y met toutefois une restriction : on a recours à ce moyen seulement dans les cas où les matières des parties supérieures pèchent p<ir quantité, et non par une qualité vénéneuse ; autrement ces excréments vénéneux, n'ayant plus de cours, pourraient ou remonter au cœur, ou s'exaspérer sur place et mettre l'individu en danger de mort, inconvénient qui n'a pas lieu si les matières ne sont que surabondantes.
Voici un autre échantillon des théories de Paracelse sur les ulcères qui sont produits par le chaos ou l'air qui est en nous :
« I.a tbcorique (2) et spéculation du grand monde nous enseigne que la rétention des >enls et de l'air peut faire des vlceres. Or l'air est vncerlain chaos qui contient en soy la cause de corruption. Donc Tair extérieur qui est enuironné par le firmament^ est reserré dedans sa circonférence, et là en trauersant toutes choses qui y soûl contenues, il agit en l'homme pareillement : car puis qu'il est cause de la corruption, voire que luy mesme estant corrompu, conçoit vu venin, lequel il communique après à tous les corps qu'il allouche : de là, la pourriture vient es pommes, la vermolure au buis, les vlceres aux hommes. Ainsi la peau de l'homme est le firmament du petit monde, dedans lequel le chaos {l'air) est contenu, chaos qui est corruptible tant de soy-mesme que par celuy du grand monde. Les vlceres des parties intérieures naissent de ceste corruption, lesquelles sont plus fréquentes et plus malignes que né sont celles du dehors : car le sentiment y, est plus aigu, ioinct que les excremens et immondicitez s'y amassent plus aisément. Or la generaiion de la putréfaction se faict quasi en cesle manière : aussi lostqu\nc partie a conccu ce venin, aussi tost elle commence à s'enflammer et à suppurer, et de là Tvlcere demeure, toujours A l'intérieur, sans soy manilester au dehors, ce qui faict que telles maladies sont périlleuses, et sont estimées cslre incurables et mortelles. »
Les opinions de notre auteur sur la lèpre ne sont pas plus acceptables :
(1; Grande Chintr^t'p, 11, m** traité, m* partie, rliap. 5.
(2) drnnde Vhinn'ijiPy II, ii, 21. !
<:hiriirgi£ : ulcères. Ufio
« Pour uuoir plus ample intelligence de la ladrerie (1), il Taut auunt touîc chose obserucr la différence qui est entre la putréfaction lépreuse et les autres. Car le corps ladre est pourry, priué de baume et de sel : ayant neanîmoins la vie auec le soufre et la liqueur. Mais les autres po:irritures aduienent sans la mort du baume, ou du sel, ce qui est cause qu'on les estime moins périlleuses. 11 faut donc s<;auoir que quand le baume n'a plus de vie, que le sel est aussi perdu, les autres deux, assauoir la liqueur et le soufre commencent de trauailler selon leur naturel et condition, et engendrent ainsi ce que nous nommons lèpre et ladrerie. L'affection toutefois et maladie de lèpre est telle, que combien qu'elle puisse de sa nature aduenir à tous les animaux et les appréhender, toutefois elle a coustume de s'attacquer à l'homme seul : ou parce que l'homme seul est destiné à telle corruption, ou parce que c*est l'effecl de certaines viandes : d'où nous voyons que les pourceaux, lesquels entre tous les animaux aprochent l'humaine nature de plus près en tempérament, ne sont pas pour ceste occasion asseurez de ce mal. le n'estendray pas d'auantage ce discours touchant la ladrerie de l'homme, parce qu'on ne l'en peut preseruer, ni la guérir quand elle est faite. »
Écoutez maintenant comment et avec qui Paracelse a fait son éducation pharmaceutique :
« Dés ma ieunes?e (2) désirant fort d'aprendre, i'ay diligemment estudié sous des maistres excellens, qui estoyent exactement versez en la plus retirée et secrette philosophie, qu'ils nomment philosophie adepte ou acquise. Or mes maistres ont esté premièrement Guillaume Hohenhemius mon père, qui a eu tres-diligent soin de moy, et plusieurs autres, qui m'ont lidelemenl enseigné sans rien me cacher. Mais auec ce i'ay esté aidé par les escrits de plusieurs grands personnages, la lecture desquels m'a beaucoup profité, assauoir ceux de Scheyt Euesque de Sergach,d'Erard Lauaulal, Nicolas Kuesque d'Hypponense, Matthieu Schacht, lesulTragant de Phreysinge, l'abbé Spanhaic^ et ceux de plusieurs autres grands chimistes. I'ay esté auec ce beaucoup enrichi par plusieurs et diuerses expériences, que i'ay aprins des chimistes, desquels pour honneur, ie nommeray le trcs-noble Sigismond Fucger de Schwak, lequel a beaucoup adiousté à la chimie, et la fort enrichie, ayant entretenu à grans frais plusieurs seruiteurs, qu'il y a fait trauailler. le ne reciteray pas les autres, de peur que je ne ^is trop long. Parquoy pui.<que ie suis premièrement fourni d'expériences, et que i'ay la cognoissance tant de la vraye philosophie que de l'art vulcauique et du corps phisic, i'ay à bon droit eutreprins de corriger les fautes. »
(1; Grnmic Chirurgir, II, II, 20. — Voyez, pour Panmité ilc la lèpre cl de la syphilis, la préïace de la IIP partie de la Gran'ie ^hirn^Qip^ (2) Grande Chirurgie 1 m, 1. ^
M6 PAIAGELSB.
« S'ensuiucDl les simples desquels on prépare la teincture : l'or, le mercure, l'antimoine^ le sel des philosophes, le baume, le curai roogc, la mumie, la mélisse, la chelidoine, la valleriane, la germaodree, la chichorée» rasclepias. •
Voici maintenant quelques passages du même ouvrage relatifs aux plaies récentes :
c Parquoy le chirurgien se souuiene,que ce n^cslpas luy qui guérit les playcs, mais que c'est le propre baulme naturel, qui est en la partie mesmc. Ce ne seroit donc pas faute légère, si le médecin s'atribuoit la guerison : car roffîce du chirurgien est d'auoir soin de conseruer nature en la partie ofTencce, et garder que la playe ne soit point irritée parles causes externes, tellement que la puissance curatrice du baulme ne soit point empeschec, ains qu'elle estant aydée par l'industrie du medecio puisse faire son office sans empeschement aucun : et qu'on puisse iustoment dire, que le chirurgien estseuret bon gardiateurdu baulme naturel (i> : et parce nous dironsque le chirurgien est la garde et defence de la nature du baulme radical, à rencontre de l'action des éléments extérieurs. > {Grande Chir,, 11, i, 2.)
Le précepte d'écarter des plaies tout ce qui peut les irriter, et, plus bas, celui de les tenir en grand état de propreté, sont excellents, mais ne sont pas nouveaux. Puis il faut remarquer qu'il semble bien inutile, pour un chirurgien qui a tant de confiance dans les effets de la nature, de substituer aux vieilles formules des formules qui ne sont guère moins compliquées (2). Les chirurgiens modernes sont beaucoup plus conséquents avec leurs principes en cherchant, autant que possible, à obtenir la réunion immédiate des plaies simples, et, en évitant, autant que possible, pour les plaies récentes compliquées, l'emploi des formuler
(1) (c le désire encores que tu »çacbcs, qu'il ne se peut ni doit faire aucune guerison par putréfaction : parquoy les playes se doiuent guérir par clioses qui résistent à la pourriture, d'autant que les remèdes qui guérissent les pUiyes, représentent le sel. Or le sel est un certain baulme extérieur, lequel se doit préparer et extraire des choses qui contiennent la nourriture de la partie blessée, soit des entrailles, des nerfs, des os ou des iointures.Yoila nostre tliuinc méthode (une vraie humilité ceUc fois!) sans laquelle il est impossible qu'aucun acquière honneur eu médecine. »
(2) Voyez, pour ces formules et leur préparation, la plut grande partie du