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HISTOIRE GÉNÉRALE

DES

Pour Hiistoirc les texte):.

Poar la Koieoo* leA faii».

Sommaire : Vicissitudes de renseignement de Thistoire de la médecine à Paris. — Utilité de cet enseignement. — Exposition des principes qui doivent guider l'historien. — Application de ces principes à la détermination des périodes de l'histoire de la médecine (1).

Messiedbs,

Quand un professeur se trouve pour la première fois en face de son auditoire, toute la curiosité est du côté de l'auditoire, et toute rémotion est du côté du professeur *, ce qui me rassure un peu, c'est que votre curiosité est bienveillante, et que Témolion, dont je ne saurais dissimuler la vivacité, vous rendra encore plus indulgents. Je puis même faire valoir mes droits à votre indulgence ; car si j'ai aujourd'hui l'insigne mais dangereux honneur de porter la parole devant vous, c'est à vous que je le dois ; si mon nom est arrivé jusqu'au ministre qui préside avec éclat aux destinées de l'instruction publique (2), c'est que vous avez répété quelquefois ce nom avec faveur, en y rattachant le souvenir, à

(1) Leçon d'ouverture, i3 décembre i86â.

(2) M. Duruy.

défaut d'autres mérites, d*un amour éprouvé pour des études toujours pénibles, parfois ingrates et trop négligées. C'est vous aussi qui, dans vos journaux, dans vos livres, dans vos entretiens, avez mis en avant les meilleurs arguments en faveur de l'institution d'une chaire d'histoire de la médecine; de telle sorte que ce serait à vous de répondre si Ton demandait ce que je viens faire ici, et pourquoi je monte aujourd'hui dans cette chaire.

Cependant, comme dans cette assemblée il pourrait se rencontrer quelques personnes qui ne fussent point au courant des questions qui s'agitent autour d'une chaire nouvelle, je rappellerai brièvement les fortunes diverses que l'enseignement de l'histoire de la médecine a subies à la Faculté de Paris, et les circonstances qui ont décidé H. le Ministre de Tinstruction publique à rétablir officiellement un enseignement interrompu depuis quarante ans.

Autrefois, sous Tempire des vieilles doctrines, dans nos anciennes Écoles et dans l'ancien Collège de France, personne n'eût songé à instituer une chaire d'histoire de la médecine ; l'étude de la médecine n'était elle-même que de l'histoire : on observait les maladies présentes avec les yeux des Arabes ou des Grecs ; on pliait la nature à l'autorité d'Hippocrate, de Galien ou d*Avicenne, mal compris, mal expliqués. Quelques révoltes partielles, quelques grandes découvertes combattues à outrance, l'exemple de quelques praticiens éminents, surtout parmi les chirurgiens, ne suffisaient pas à détourner le courant : les professeurs n'étaient pas des médecins, mais des commentateurs: on faisait de la clinique les yeux bandés et les Aphorismes d'Hippocrate dans la mémoire.

Lîi Révolution, qui semblait vouloir n'accumuler que des ruines et détruire toute science comme toute politique, avait semé, au milieu de ces ruines, des germes féconds; en rompant violemment avec le passé, et en ravivant au fond de tous les cœurs le sentiment peut-être exagéré du mérite personnel et de l'indépendance d'opinions, elle a du même coup ouvert de nouvelles voies aux sciences naturelles comme aux sciences sociales. Aussi nos Ecoles de 1794 sont-elles bien différentes de nos Ecoles de

ENSEIGNEMENT DE L'HISTOIRE A PARIS. à

1789, et nos professeurs de la fin du xviii* siècle ne ressemblent guère aux Docleurs-régents qui traitaient Louis XIV ou Louis XY.

Au moment où le Comité de Tinstruction publique réorganisait l'École de santé, on ne voulut ni maintenir, comme autrefois, la suprématie de l'autorité sur la nature, ni rompre avec la tradition, comme on l'a fait depuis; en conséquence, aux dix-sept chaires dans lesquelles siégeaient les plus illustres représentants des théories nouvelles et de la pratique moderne, on adjoignit une dix-huitième chaire où Ton réunit, en instituant deux professeurs, la médecine légale et Y histoire de la médecine, association singulière qui réduisait la médecine légale et l'histoire de la médecine à de fort mesquines proportions ; mais alors on ne pouvait pas avoir une idée bien nette de la dignité et de rétendue de ces deux sections de l'enseignement. Il parait toutefois qu*on voulut, au moins sur deux points, établir une compensation ; car, peu de temps après l'institution de ces cours jumeaux, le bibliothécaire de l'École, Pierre Sue, fut chargé d'enseigner la Bibliographie médicale (1), et le directeur Thouret reçut la double mission d'expliquer la Doctrine dllippocrate et de commenter les faits qu'on observe rarement dans la pratique {Clinique des cas rares).

Hier aucune des branches de l'érudition médicale n'était officiellement représentée, et en 1794 l'École comptait trois cours historiques; encore Thouret n'était pas satisfait. A la rentrée solennelle de l'École, le 14 octobre 1799, après avoir célébré les avantages de Thistoire de la médecine, c si recommandable

(1) Séance publique de TÉcole de nnté^ discours du citoyen Sue {Sur futttité de la bibliographie médicale), 25 irendém. an IV (17 octobre 1795) : Eloge de la santé ; beaucoup de phrases et beaucoup d'erreurs sur Uippocrate ; comparaison de quelques théories modernes avec celles du médecin de Cos ; attaques coutrc ia chimiatrie ; utilité pour l'histoire de la médecine des livres non médicaux, même des « ouvrages sublimes » de Voltaire et de Rousseau que la nation reconnaissante doit faire placer d'office dans la bibliothèque de TEcole. Sue prouve qu'il ne connaît guère les ouvrages de nos maîtres en médecine^ mais en même temps il ne sait ni dans quels livres non médicaux il faut chercher notre histoire^ ni quel genre de services ils peuvent rendre. — Au 27 germinal an VI (16 avril 1798); Suc se vit dans l'obligation de défendre son cours, près des membres du Corps législatif, contre les insiouations malveillantes du citoyen Calés.

h INTRODUCTION.

par les utiles exemples qu'elle nous propose, plus instructive peut-être par les erreurs qu'elle nous apprend à éviter que par les enseignements qu'elle transmet; si féconde au moins parles germes d'émulation qu'elle répand » , l'insatiable directeur réclamait une chaire de philosophie de la médecine, « de cette science mère qui devait rendre de si grands services à l'art médical en lui apprenant à perfectionner les différentes méthodes de l'enseignement >. Mais Thouret choisissait mal son moment. Le pouvoir, qui voulait favoriser les provinces, ne se montrait pas très-disposé à augmenter la prépondérance de l'École de Paris, et la chaire ne fut pas créée.

Le cours sur la doctrine d'Hippocrate finit avec Thouret, en 1809 ; celui de bibliographie, supprimé en ISOS par suite d'une permutation, fut rétabli dès les premiers temps de la Restauration (1816), en faveur du bibliothécaire Moreau (de la Sarthe) ; quant à la chaire d'histoire, réunie (d'après YAlmanach royal) en 1821 à la chaire de bibliographie, elle subsista jusqu'aux fâcheuses ordonnances de 1822 et 1823 qui sacrifièrent l'École à des préventions mal fondées (1).

Cet enseignement de l'histoire, créé à très-bonne intention, n'a pas rendu de très-grands services ; il n'a laissé que de faibles traces et de plus faibles souvenirs. L'Histoire de la médecine clinique de Mahon (180A) est de peu de valeur ; les Discours de Cabanis (180ù) Sur les révolutions de la médecine sont plus ornés que solides; les opuscules de Sue attestent plus de bonne volonté que d'érudition ; je ne sache pas que Leclerc ait jamais rien écrit sur l'histoire de la médecine ; Moreau (de la Sarlhe) ne s'est guère occupé que de ces questions générales et creuses que l'on appelait alors et que l'on appelle encore philosophie médicale; Lassus a publié, mais en 1783, un essai estimable Stir les découvertes faites en anatomie (2) ; Goulin seul parait avoir pris sa tâche au sérieux, puisqu'il a laissé en cinq volumes in-folio,

(i) La discussion réccmmeni soulevée au Sénat (juin 1868) a prouvé que certaines personnes^ enflammées d'un zèle plus ardent que réfléchi^ provoqueraient irolontiers le renouvellement de l'Ecole, comme aux beaux jours de la Restauration.

(2) I^ssus^ Essai ou Discours historique et critique sur les découvertes faites en anatomie par les anciens et parles modernes, Paris, 1783, in-8.

ENSEIGNEMENT DE L^HISTOlRE A PARIS. S

eilcore raanascriis, les matériaux de son cours de Tan VI à l'an VIII (1); toutefois Goulin était plutôt un érudit qu'un historien. Au Collège de France l'histoire des sciences médicales était, vers la même époque, représentée, non dans la chaire de médecine, mais dans celle de philosophie ancienne, par Bosquillon, qui expliquait et commentait Hippocraie avec une connaissance plus étendue du grec que de la médecine.

Il y a plusieurs raisons qui expliquent le peu de faveur ou du moins le peu de succès et la chute de renseignement de l'histoire ; je n'en veux indiquer que trois : deux fondamentales, tirées de l'état même où se trouvaient la médecine et l'histoire ; une accessoire.

Ni la médecine ni l'histoire n'étaient assez avancées pour se prêter de mutuelles lumières ; on était trop près de la médecine ancienne pour la bien comprendre ; on en avait trop souffert pour la juger avec impartialité. Le champ de l'observation était encore trop limité, et l'interprétation des textes était trop arbitraire ou trop systématique pour qu'on pût établir de fructueuses comparaisons. D'un autre côté, l'enseignement de la médecine était si neuf, la génération présente était si mal préparée, les besoins étaient si urgents, qu'il fallait courir au plus pressé, et rechercher l'instruction clinique qui fait les praticiens, avant de songer aux avantages des études historiques qui constituent le savant et qui donnent au praticien conQance et sûreté. Ceux que leur goût entraînait vers ces études n'avaient eu ni le loisir ni le recueillement indispensables pour s'y préparer avec fruit ; les connaissances préliminaires et les vues générales leur faisaient également défaut; l'érudition et la critique n'avaient ni déblayé ni éclairé la route, et l'on se traînait péniblement dans les ornières du passé.

Un enseignement qui pouvait à peine se défendre par ses propres forces ne put résister longtemps aux attaques violentes dont la vieille médecine, et par conséquent Thisloire, était

(1) Les manuscrite de (loulin^ au nombre de 30 vol. in-f° cl in-4°^ bout tonservés à la bibliothèque de la ville de Reims.

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l'objet de la part de l'impétueux réfonnateur, qui à toutes les pages de son Examen des doctrines médicales, répétait : La mèdecine^ c'est moi. Broussais ne pouvait souffrir de rival ni dans le passé ni dans le présent ; la gloire d'Hippocrate ou de Galiea l'offusquait presque autant que l'offensaient la renommée et It résistance de Laennec, de Chomel ou de M. Louis. Ses disciples» qui avaient alors le haut du pavé, joignant leurs anathèmes» il demeura convenu que l'histoire ne servait à rien autre chose qu'à surcharger les étudiants et à gêner les professeurs.

Lorsqu'en 1830 on voulut réparer Tinjustice et le dommage causés par l'ordonnance de 1823, on remit à l'ordre du jour la chaire d'histoire de la médecine ; mais Tancien titulaire était mort, et, à vrai dire, on n'avait sous la main personne pour le remplacer ; d'ailleurs les circonstances n'étaient pas beaucoup plus favorables en 1830 qu'en 1823, et les choses en restèrent là jusqu'en 1837, où M. Dezeimeris» bibliothécaire de la Faculté, réclama énergiquement, et avec toutes sortes de droits pour lui-même, devant la Faculté et auprès du ministre, le rétablisse* ment de la chaire d'histoire : les questions de personnes semblent avoir prévalu en cette occasion sur les questions de principes ; la chaire ne fut pas instituée.

Dans sa séance du 3 novembre 1845, le congrès médical vint en aide, sinon à M. Dezeimeris, du moins à la réorganisation de l'enseignement historique dans les facultés ; tout semblait alors préparé pour le succès de cette nouvelle démarche; mais les apparences sont souvent trompeuses, et parmi les vœux, en grand nombre, que le congrès avait exprimés, celui de la création d'une chaire d'histoire n'est pas le seul que l'autorité supé* rieure n'exauça pas ; de légitimes ambitions avaient été mises en éveil, aucune ne fut satisfaite.

En 1859, la Faculté de médecine, consultée par M. Rouland, alors ministre de l'instruction publique, sur la question de savoir s'il existait des lacunes dans l'enseignement et s'il y avait lieu à les combler, répondit, par Torgane de M. Gavarret, remplaçant le doyen empêché (1), qu'il n y avait pas de bonnes raisons pour

(i) Voyez U Gazette hebdomadaire de médecine et de chirurgie du 13 mai

UnUTÊ DE L'BISTOIBE de la MÊDEaNE. 7

introduire ofâciellement dans la Faculté Fenseignement de spé^ cialités auxquelles le ministre faisait une allusion évidente dans sa lettre du 15 janvier; le rapport insistait au contraire sur les avantages que pouvait offrir la création d'une chaire d'histoire de la médecine. Comme la Faculté proposait ce qu'on ne lui demandait pas et refusait les cadeaux qu'on avait grand désir de lui faire, on ne voulut ni lui donner trop d'ennuis en introduisant des spécialistes dans son sein, ni lui causer trop de plaisir en lui accordant un professeur d'histoire.

Une des premières pensées de M. Rayer en entrant h la Faculté comme doyen et comme professeur fut de tirer profit de cette mémorable délibération de 1859 ; et il n'a pas manqué, quand les circonstances lui parurent favorables, de mettre sous les yeux du nouveau ministre de l'instruction publique, M. Duruy, l'auteur justement renommé de X Histoire des Romains et de V Histoire de la Grèce, le fondateur du cours d'histoire générale à l'École polytechnique, les motifs pressants, les arguments décisifs qui ne permettaient pas, suivant lui, de retarder plus longtemps une création toujours ajournée par des fins de non-recevoir. Il ne parait pas, cette fois, que la requête du doyen ait été appuyée par la Faculté; c'est ainsi que le mi^ nistre s'est décidé à instituer au Collège de France un enseignement que l'École de médecine avait réclamé et dont elle ne se souciait plus.

Je ne connais pas le texte du rapport que M. Rayer a dû présenter à l'appui de sa demande, mais je suis bien certain d'en rendre au moins le sens dans les considérations que je désire vous soumettre maintenant sur l'utilité de l'histoire de la médecine :

La médecine a un passé des plus glorieux ; le génie de la Grèce et le génie de Rome ont été mis à son service par les meilleurs écrivains ou les auteurs les plus savants : Hippocrate, Hérophile, Celse, Rufus, Soranus, Galion ; — puis, lorsqu'on croit que les sciences et les lettres se sont perdues dans les décombres de l'empire romain, l'histoire, mieux informée, nous montre la médecine scientifique toujours debout, et produisant, sinon des

s . UmOlHJCTIOll.

chefs-d'œuvre, au moins des ouvrages considérables où la tradition se perpétue et se développe dans des écrits originaux, dans des compilations ou dans des traductions qui sont comme les derniers reflets de la grande antiquité. Les Arabes nous apportent ensuite tout un corps de doctrines empruntées aux Grecs, et qui servit à l'éducation médicale de la seconde période du moyen âge. Les Écoles se constituent; elles ajoutent chaque jour quelque observation nouvelle au fonds primitif; enfin quand la Renaissance ramène à la lumière les textes grecs et latins, les médecins prennent partout la direction du mouvement scienti^ fique et littéraire.

S'il n'y avait dans l'enseignement de l'histoire de la médecine d'autre intérêt que de montrer aux élèves cet imposant spectacle du développement continu de la science depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, l'utilité d'un tel enseignement serait déjà pleinement justifiée ; mais à côté de ces raisons gêné* raies et spéculatives, on peut faire intervenir d'autres arguments non moins considérables et d'une application pratique plus im« médiate.

Les observations en médecine ne ressemblent pas aux observations en physique ou en chimie : dans ces deux dernières sciences les phénomènes, parfaitement définis et fixes, se reproduisent à volonté; au contraire, en médecine les phénomènes organiques, physiologiques ou morbides, portent trop fortement l'empreinte des lieux, des temps, des races, des tempéraments, des saisons, des circonstances de toute nature ; ils sont trop incessamment modifiés par les mouvements de la vie pour que l'observation d'aujourd'hui ressemble exactement à l'observation d'hier. On ne peut ni créer de toutes pièces une pneumonie, ni se flatter d'en voir deux cas identiques ; nous ne sommes pas maîtres du terrain, et pour qu'il ne manque pas absolument sous nos pas, il faut avoir, non pas la prétention de tout refaire chaque jour, mais la volonté ferme de profiter de l'expérience du temps passé, en la soumettant à un contrôle sévère. C'est là ce qui constitue une partie de la critique historique.

Quand on parcourt les Observations ^ trop peu nombreuses du

UnUTÊ DE LteSTOlRE DE LA MÊDEaNE. 9

reste, que nous ont laissées les anciens, ou les recueils plus riches que nous devons aux auteurs de la Renaissance et des temps rapprochés de nous, il n'est pas malaisé d'y découvrir pour Tes maladies les plus simples des ditTérences considérables dans leurs manifestations, différences qui, rapprochées des phénomènes que nous avons sous les yeux, éclairent à la fois le diagnostic et la thérapeutique. Ainsi, soit pour tracer le tableau réel et complet d'une maladie, soit pour en avoir le signalement plus authentique, soit enfin pour la traiter avec plus de chances de succès, il importe de retrouver par l'histoire les diverses formes sous lesquelles elle se produit et les divers agents thérapeutiques qu'on a mis en usage, suivant les temps et suivant les climats ou les saisons. Cette pathologie comparée, qui embrasse les maladies sporadiques aussi bien que les maladies épidémiques, est une des faces les plus curieuses et les plus instructives de l'histoire.

Les exemples ne manqueraient pas pour prouver combien l'histoire a rendu ou peut rendre de services à la pratique, car l'histoire n'a pas seulement la vertu négative que lui attribuait Thouret; il ne lui suffit pas de faire éviter des erreurs, ce qui serait déjà un grand mérite ; elle a de plus la prétention justifiée de donner des enseignements positifs.

Est-ce un médecin praticien ou un médecin historien qui a démontré que les fièvres décrites par Hippocrate dans les Épidémies sont non pas des fièvres malignes ou typholdeSy comme on l'avait cru, mais des fièvres rémittentes on pseudo-continveSj de même nature que celles qu'on observe encore dans les pays chauds ? Non, ce n'est point un médecin praticien ; car en arrivant sur les côtes de la Grèce et de l'Algérie, nos médecins militaires ne savaient trop à quelles maladies ils avaient affaire; c'est à un médecin historien, c'est à M. Littré qu'on doit cette assimilation rigoureuse et inattendue. — C'est encore M. Littré, et non pas un simple médecin praticien, qui a reconnu dans X Épidémie de Corint/iCy décrite par Hippocrate, diverses espèces d'angine accompagnées de ces paralysies consécutives sur lesquelles l'attention est éveillée depuis quelques années seulement. — Qui a établi par des témoignages authentiques l'influence de la ligature

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de la carotide dans le traitement de certaines maladies ? Ce n'est pas non plus un médecin praticien, mais un bibliographe distin* gué, M. Dezeimeris. — Entre les mains de M. Alalgaigne, qui a rerois en honneur l'histoire de la chirurgie, le traité d*Hippocrate Sur les fractures et les luxations est devenu pour ainsi dire un traité moderne. — Enfin, un des émules de H. Malgaigne, M. Pétrequin, de Lyon, a retrouvé dans les anciens des méthodes de traitement ou des thèses de pathologie chirurgicale qui passent aujourd'hui pour nouvelles. — Si l'on s'était souvenu que Galien a fait de très-belles expériences sur le système nerveux, on n'aurait peut-être pas attendu si longtemps pour remettre en honneur la distinction des nerfs du mouvement et des nerfs du sentiment- — Si l'on avait plus soigneusement consulté les archives de la médecine, on aurait depuis longtemps trouvé dans Hippocrate les germes de l'auscultation ; — dans Rufus, dans Soranus, dans Héliodore et dans Galien la torsion des artères ; — dans Hérophile et dans Rufus toute une théorie des mouvements du pouls, mouvements qu'on apprécie aujourd'hui à Taide d'instruments ingénieux ; — dans vingt auteurs anciens et du moyen âge l'emploi d'anesthésiques puissants; — dans Héliodore le traitement par l'excision des rétrécissements de l'urèthre; — dans Antyllus la preuve que l'extraction de la cataracte était une opération familière aux anciens ; — dans Albucasis l'opération par succion de cette cataracte, opération que M. Laugicr a imaginée de nouveau; — dans un écrit salernitain la mention de capsules glulineuses destinées à dissimuler le mauvais goût de certains médicaments. — La description de l'érysipèle typhoïde gangreneux et épidémique ; celle de la phthisie aiguë sous forme endémique, se lisent tout au long dans Hippocrate ; et pour parler de temps beaucoup plus rapprochés de nous, c'est-à-dire de quelques mois, on a vu combien l'histoire a efficacement aidé à résoudre le problème soulevé à l'Académie de médecine par les discussions sur la variole et sur la vaccine chez Thomme et chez les animaux.

Ce n'est pas la faute de Thisloire, mais la faute des médecins, si l'histoire ne rend pas plus de services à la médecine. Qu'on l'interroge avec persévérance et avec discernement, et il n'est

rriLiTÉ DE l'histools m la médecine. 11

pas un point important de la science ou de Tart sur lequel elle ne fournisse une réponse décisive ou un renseignement utile.

U ne faut pas, du reste, faire consister uniquement Vhistoire de la médecine dans l'examen de nos plus anciens monuments, et ne la voir jamais apparaître que chargée de la poudre séculaire des bibliothèques. L'histoire est de tous les temps; le livre qui a paru hier sera demain de son domaine. Le xv!!!"* siècle vient de finir ; le connaissons-nous ? Savons-nous ce que nous devons et ce que nous pourrions encore emprunter à l'Académie de chirurgie, à la Société royale de médecine (1) 7 Qui lit maintenant Bicbat, même Broussais, même l'immortel traité de Laennec Sur ramcultation ? Qui se souvient de Haller ou de Franck, de Sydenham ou de SloU? Qui consulte aujourd'hui les anciens recueils périodiques français ou étrangers ? Savons-nous même exactement quels systèmes dominent à Berlin, à Florence, i Vienne ou à Londres 7 Connaissons-nous les faits qu'on observe en Russie, en Angleterre, en Hollande, en Amérique, en Italie ou dans les colonies, quoique ni les journaux ni les publications de toute nature ne fassent défaut? Sortons-nous de nos hôpitaux et dépassons-nous les Manuels du médecin praticien? Cependant qui serait assez présomptueux dans une science d'ob^ servation pour prétendre sérieusement qu'il n'est l'élève de

(1) Il est regrettable que l'Acadéinie de médecine, faute de ressources suffisantes, ne puisse pas faire sortir de ses cartons les papiers des deux compagnies dont elle a été instituée l'héritière: la Société de médecine, et surtout VAccuiémie de cAtrurgie. Une commission ferait aisément un bon choix au milieu de ces papiers dont j'ai le premier signalé Timportancc^ et réparerait ainsi les dommages que les discussions intestines ou le malheur des temps ont faits a la science en ne permettant pas de publier en leur temps de très-précieux travaux. — La Société de chirurgie ne rendrait pas un moindre service en donnant de nouvelles éditions des œuvres de nos plus grands chirurgiens du xviii* siècle, et en réunissant les divers mémoires qu'ils ont dispersés dans les recueils périodiques où il est, pour les médecins de Paris comme pour ceux de province, parfois difficile de les trouver et toujours très-long de les chercher. M. Guardiu a donné^ dans la Gazette médicale de Paris (année 1864, 4 février 1865 et année 1868), une série d'articles intitulés : Les autographes de r Académie de chirurgie, tirés des Archives de l'Académie de médc" due. M. Verneuil a aussi publié des Documenta inédits tirés des Archives de Vmicienne Académie de chirtirgie {Paris, 1860-1861). Deux fascicules, contenant diverses pièces sur les polypes et la stapliylorhophic, oui seuls paru.

12 INTftODCCriON.

personne et qu'il ne doit rien qu'à ses propres recherches? Celui qui est maître aujourd'hui était disciple hier ; et pour me servir, en la détournant, d'une heureuse expression qu'on prête à Âristote : « toute science vient d'un œuf » -, pour aucune il n'y a de génération spontanée.

Faire prévaloir tant et de si forts arguments, c'est tracer en même temps tout un programme; et quel programme, s'il faut s'y conformer rigoureusement ! Réunir dans une seule chaire les connaissances médicales anciennes et modernes ; tout lire, tout méditer, tout comparer, tout rassembler en des aperçus généraux, et préparer ainsi l'essor de l'avenir par le rapprochement incessant du passé et du présent !

Accepter sans réserve un tel programme après en avoir mesuré rétendue et reconnu les difficultés, ce serait affecter une grande présomption; mais prétendre qu'on ignorait, quand on s'en est chargé, combien la tâche est lourde et périlleuse, ce serait montrer beaucoup d'imprévoyance et marquer peu de respect pour son auditoire. Lorsque j'ai recherché l'honneur qui m'est fait aujourd'hui, je n'avais point oublié le mot de Pline, € qu'il est aussi malaisé de donner de la nouveauté aux vieilles choses que de l'autorité aux nouvelles >, mot profond qui rend plus difficile pour soi-même et moins exigeant pour les autres. Je savais doue à quoi, et dans quelles limites, je m'engageais; je n'ai certes pas plus le droit de me plaindre que la volonté de m'enorgueillir ; je ferai de mon mieux pour ne pas rester audessous de votre attente : voilà ce que je puis promettre sans trop de présomption et sans trop d'imprévoyance. Vous ferez le reste, Messieurs, et aussi les circonstances me viendront en aide.

Je vous indiquais tout à l'heure les raisons qui, suivant moi, n'ont pas permis que l'enseignement de l'histoire prît au commencement de ce siècle ni l'autorité ni Timportance qu'il comporte, je veux maintenant vous dire pourquoi cet enseignement ne peut manquer de réussir sinon par moi, du moins par d'autres ; je retrouve comme cause de succès précisément les motifs opposés à ceux que je signalais comme causes de discrédit.

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