ÉCOLE MÉDICALE D'ALEXANDRIE. — EMPIRISME
vulgaire déraisonne ou ne raisonne pas à\k tout; le médecin empirique raisonne de la façon la plus subtile pour prouver l'inanité des raisonnements, si bien que l'empirisme devient sans le savoir ou sans le vouloir un véritable dogmatisme.
Dans toutes les espèces d'empirisme, la médecine se réduit k une question de thérapeutique plus ou moins élevée suivant le degré de l'empirisme, comme si la thérapeutique était séparable de la pathologie. Il s'agit, une maladie étant donnée (mais donnée par les dogmatiques!), de trouver un remède qui guérisse. Pour la plupart des empiriques vulgaires,il y a un remède unique contre tous les maux; pour les empiriques d'Alexandrie, il y a autant de remèdes que de maladies, car le raisonnement étant banni de la médecine, il ne peut y avoir ni médication fondée sur les analogies des aiTections et sur celles des médicamentSt ni groupes ps^-» thologiques, parce qu'on ne peut ni rapprocher ce qui se ressemble, ni séparer ce qui diffère, attendu qu'on se guide seulement sur les apparences extérieures, et que ces apparences, variant à l'infini, multiplient les espèces morbides ; on ne tient compte ni des causes, ni des lieux affectés, ni de mille autres circonstances qui fournissent les indications et déterminent les médications ; point de classification ni pour les remèdes ni pour les maladies. L'empirisme est, entre les mains des médecins, comme entre celles du vulgaire, la négation de toute pathologie et de toute thérapeutique générales. 11 n'y a plus que des maladiçs isolées et des médicaments spécifiques avec des étiquettes correspondantes, Le cadre nosologique et les formulaires sont également ss^ns limites^ puisqu'il n'existe plus ni unité morbide ni indications rationnelles.
L'empirisme primitif, celui des peuples sauvages, n'a jamais rien produit; quoi qu'en dise Bordeu, rempirisme des peuples civilisés, loin d'être l'origine d'un développement scientifique quelconque, est au contraire l'enfant bâtard et dénaturé de la médecine dogmatique, aux dépens de laquelle il vit. Oui, on peut admettre qu'il y a quelques remèdes précieux fournis par l'empirisme, mais jamais l'empirique n'usera judicieusement da ces remèdes ; en tout cas, il n'y a pas une médecine empirique régulière. Quelque effort que fassent les mêdcicins pour cmno*-
172 ÉCOLE MÉDICALE D*ALEXÂMORIB
blir Tempirisme prétendu scientifique, il leur est difQcile de se retenir sur ]a pente glissante du charlatanisme.
Arrivons maintenant à l'empirisme de Sérapion et de Phili* nus, à Tempirisme alexandrin. Il y a deux sources principales pour son histoire : Celse, qui est un juge; Galien, qui est un accusateur (1). Qu'il nous suffise de chercher les traits caractéristiques de l'empirisme dans ces deux écrivains.
Trois voies ont constitué l'art :
I. Faits naturels ou d'expérience (épistaxis, sueurs, diarrhée), qui, en se produisant spontanément, ont entraîné soulagement ou nuisance.
Faits du hasard ou d'observation y mais non spontanés : hémorrhagie à la suite d'un coup ; prendre dans une maladie un breuvage ou un aliment qui ait nui ou soulagé.
Ces deux espèces d*expériences n'en font qu'une, puisqu'il n'y a nulle intervention de médecins.
II. Partant de ces données, on essaye par expérience improvisée ou analogisme^ dans un cas semblable, le remède qui a réussi et qui a été découvert, soit par un mouvement spontané de la nature, soit par le hasard.
in. Expérience imitative. — Celle-là est le vrai fondement de l'art ; elle consiste à essayer à diverses reprises les choses qui ont nui ou soulagé, et qui ont été suggérées par la nature, le hasard, ou de propos délibéré {analogisme). Entre la seconde et la troisième voie la différence est, comme on voit, peu considé* rable, puisqu'elle ne porte que sur le propos délibéré.
Tout cela constitue Vautopsie ou Vexpérience. Mais, d'abord, on ne peut pas tout voir par soi-même, et alors on s'en fie aux relations des autres : c'est Y histoire. Puis on peut avoir affaire i des maladies qu'on n'a pas encore vues ou pour lesquelles le pays où l'on exerce ne fournit pas de médicaments déjà expérimentés; alors on passe du semblable au semblable ^ c'est-à-dire on passe d'une maladie, ou d'un remède, ou d'une partie aune maladie, ou à un remède, ou à une partie qui ont de l'analogie.
(1) Chose bizarre, ou a mis parmi ses œuvres le traité De aikhfiyurationc an^ rica^ celui-là même qu'il réfute mot pour mot