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ÉTAT COMPARATIF DE LA MÉDECINE EN ORIENT ET EN OCCIDENT

et toujours s'est montré réfractaire à la vraie médecine. Aujourd'hui encore les Orientaux attendent des mirades des totibibs ^ et ils en demandent aux médecins européens ; les musulmans suiventy pour la plupart, la médecine du Prophète^ comme beaucoup de Juifs allemands ou espagnols se conforment à la médecine de Salomon. C'est en vain qu'aux jours les plus brillants de l'empire des Arabes, Rhazés, dans son livre à Almansor, tonne contre les charlatans et qu'il dévoile toutes leurs dangereuses et mensongères pratiques ; l'éclat de sa voix n'est pas arrivé jusqu'au peuple, et même il s'est brisé contre les murailles des palais.

Les choses se sont passées autrement chez les Occidentaux ; instruits par les Romains, les Ibères, les Celtes, les Germains, n'ont pas tardé à s'adonner aux sciences. Chez eux, sans doute, la médecine populaire a trouvé de trop nombreux adhérents, mais elle n'a jamais réussi à supprimer la médecine scientifique : dans les siècles les plus barbares ou les plus agités, on voit surgir des œuvres importantes. D'un autre côté, quelques entraves que l'Église ait mises trop souvent à l'émancipation de l'esprit, elle a plutôt cherché à diriger les sciences dans le sens de ses doctrines et des textes de l'Écriture qu'à briser les ressorts de la pensée et à suspendre le mouvement des études. Elle comprimait, mais elle n'étouffait pas; jamais, non plus, le fatalisme, le plus mortel ennemi de la médecine, n'a régné en Occident. Chez les Orientaux, les savants, ordinairement à gages, n'étaient bien vus que des grands, qui en tiraient vanité et agrément; chez les Barbares et au moyen âge ils étaient bien vus de tout le monde. Des deux côtés, chez les Arabes comme chez les Germains, la médecine était une science d'emprunt; mais, chez les uns, il n'y avait pas cette force assimilatrice qui dominait chez les autres. La vie scientifique manquait en Orient et abondait en Occident.

Sommaire. — Etat de la médecine en Occident^ au moment de la venue dus livres arabes. — Des diflfércntcs écoles médicales à cette époque. — Caractères des écrits médicaux et chirurgicaux des xiii' et xiv* siècles. — Des voies diverses où s'engage la médecine : médecine populaire, médecine i>cientiQque« — Les encyclopédistes.

Messieurs,

Le moyen âge, encore plus maladroit qu'ignorant, s'est pris d'enthousiasme pour une médecine de quatrième main (1) dont il ne comprenait pas l'importance réelle, quand il avait en sa possession toutes sortes de livres moins chargés que les livres arabes de ces discussions scolastiqucs qui ont si fort compromis la méthode d'observation (2), moins embarrassés par des théories physiologiques, aussi vaines que subtiles, quand Salerne lui avait légué des démonstrations anatomiques prescrites surtout eu vue de la chirurgie, mais dont la médecine profitait également, des institutions cliniques qui ont donné naissance aux recueils à^ observations^ et plus de cinquante ouvrages qui représentent l'ensemble des connaissances médicales. Le moyen dge avait en outre, et sans compter Celse, des traductions de Dioscoride,

(1) Ce sont surtout les Juifs^qui ont travaillé à répandre la littérature arabe en Occident^ ou du moins qui en ont inspiré le goût. Voyez, à ce sujet, les recherches très-éruditcs publiées par M. Steinschncidcr (cf. p. 261, note), dans les Archives «le Virchow, t. XXXVII, et tirées à part (1868). — Los Juifs ont été longtemps fort recherchés comme médecins et comme traducteurs.

(2) La scolastique, on peut le dire pour sa défense, a maintenu le lien qui rattachait les sciences les unes aux aulri'S, ou leurs divei*ses parties; de plus, elle a entretenu^ par un exercice journalier, l'iustrunient de la dialectique qui devait plus tard servir aux faits positiïs comme il avait servi aux idées préconçuei»

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de Soranus, d'Orîbase, de Paul d'Égine, d'Alexandre de Traites, de Galien, d'IIippocrate etc., faites sur le grec, en mauvais style, je raccorde, mais encore compréhensibles. On jette à ses pieds ces précieux instruments de travail ; au lieu de choisir dans la littérature médicale arabe ce qui pouvait compléter et expliquer les anciens, on se laisse séduire par une masse qui avait plus de superficie que de profondeur, on ouvre toutes les portes, on accepte tout de toutes mains ; l'esprit s'affaisse, perd son ressort, le feu s'éteint sous ce monceau de bois mort, et l'on voit s'établir pour de longs jours la domination de l'Aristote et du Galien arabes. Les chirurgiens seuls, aux xii% xiir et xiv^ siècles, échappent presque partout à cette torpeur universelle; au XVII* siècle, nous les voyons également se distinguer de la tourbe des Purgons et se rendre dignes de la régeme^ tandis que nos docteurs ne Tétaient pas de la maîtrise. On en pourrait donner deux raisons : la première, c'est que les chirurgiens, au tnoyen âge comme au xvif siècle, mal vus des médecins, ont conservé leur rang à force de luttes et de travail, luttes et travail qui maintiennent l'esprit en éveil ; la seconde, c'est que dans l'exercice de la chirurgie, l'activité des sens est constamment et rigoureusement requise pour le diagnostic et pour la thérapeutique, de sorte que les chirurgiens sont restés, comme à leur insu, en possession de la méthode d'observation, quand les médecins n'usaient guère que de la méthode dialectique. C*est un fait que je constate historiquement, et non pas un privilège que j'accorde à la chirurgie ; car aujourd'hui il n'y a plus, à cet égard, aucune distinction entre ces deux sections des sciences médicales : les disciples de Laennec usent autant de leurs sens que les élèves de Dupuytren.

Ce qu'il y a de vraiment étrange dans Tcnthousiasme aveugle, irréfléchi, avec lequel furent accueillies les traductions des auteurs arabes, c'est qu'au moment même où les livres arabes envahissaient TEurope, l'Occident en armes se précipitait contre les sectateurs du Prophète. Du reste, les croisades ne furent pas plus favorables au développement de la science médicale que ne l'avait été la multitude des traductions ou compilations arabes; on rapporta d'Orient plus de reliques fausses que Je manuscrits

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authentiques, et plus de maladies nouvelles que de remèdes jadii inconnus.

Avec les Arabes nous sommes revenus en Occident vers la fin du xir siècle; après une assez longue absence, nous avons trouvé ici les ruines des édifices anciens, et là les fondements des édifices nouveaux. Pendant que Salerne subissait l'action du temps et que les écoles irlandaises ou celles de Sainl-Gall et de Ravenne perdaient de leur antique renommée, Naples, Padoue, Bologne (1), Montpellier, Paris, Oxford, Cambridge, puis Valence, puis Salamanque, et un peu plus tard Vienne, attiraient les écoliers et entretenaient des professeurs parmi lesquels on distingue ceux de la médecine.

Les écoles italiennes et les écoles françaises sont au premier rang. A cette époque la France ne doit rien à Tltalie pour la médecine ; les deux nations étaient au même niveau, ayant puisé aux mêmes sources; mais, par suite de circonstances extérieures et d'une organisation médicale vicieuse, nous sommes Italiens pour la chirurgie. Bien que Lanfranc nous ait ouvert la porte des écoles de la haute Italie, nous avons néanmoins conservé pendant assez longtemps une certaine infériorité à cause de notre répulsion systématique pour Tanatomie.

Ici se place naturellement une remarque qui blesserait peutêtre notre orgueil national si l'histoire ne mettait pas la vérité absolue au-dessus des rivalités de frontières. La France n'est pas, chronologiquement, à la tête des autres nations par ces découvertes qui ont transformé la médecine, soit en exerçant une influence notable sur le progrès des idées scientifiques, soit en donnant plus de sûreté a la pratique ; c'est même la France qui s'est montrée le plus longtemps routinière jusqu'au moment où le flot d'idées qui agita la fin du xv!!!"* siècle vint tout changer de face. A dater de cette époque, elle a donné l'impulsion; avant, elle la recevait de toutes parts, mais elle y résistait éner-

(i) On cite en cette >ille, an xii* siècle, 31 médecins praticiens ou prorcsseurs;^ au XIII* siècle, 47. Kn Lipurie, on compte 6 médecins au xii" siècle, et au xiii« 17, «lont un rhirurgus phlehotomator, et un mayUii'r chirurginc. En Italie, comibe autrefois en Grèce, la médecine se transmettait volontiers du père aux enfants^

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