‹ Histoire des sciences médicales v. 2Chapitre 74 sur 130 · DES OUVRAGES ARABES DE MÉDECINE · texte numérisé non relu

DES OUVRAGES ARABES DE MÉDECINE

(luire : mais ce qui est traduit sulïil à exercer notre courage, sinon à nous donner une pleine connaissance de la littérature médicale arabe. Si les ouvrages grecs trouvent peu ou point de traducteurs en langue moderne, qui donc se chargera de traduire les médecins arabes, juifs, syriaques ou persans? Cependant quelle riche moisson on pourrait faire encore, au profit de l'antiquité, dans ces champs à peine explorés !

L'analyse que nous avons faite devant vous des ouvrages arabes de médecine (1) vous a prouvé que dans les compilations, dans les commentaires ou dans les traités d'une forme plus originale, c'est la médecine grecque qui domine (2); quelques exemples décisifs ont établi, de plus, qu'on pouvait combler en partie les lacunes de la médecine grecque par l'étude attentive des monuments de la médecine orientale, puisque les Arabes ont eu à leur disposition un nombre assez considérable d'écrits qui depuis longtemps ont disparu pour nous. Aussi c'est un grand malheur pour notre histoire que les auteurs arabes, syriaques, juifs, persans, ou soient si mal publiés (le plus souvent dans des traductions informes), ou restent enfouis dans les bibliothèques.

Si à cette importance tout historique qu'ont les médecins arabes, nous ajoutons quelques détails de mœurs, quelques pratiques spéciales en médecine ou en chirurgie, quelques remèdes

(1) Dans cette exposition, nous a\ons toujoui*s tâché de concilier un certain ordre des niati>>ros (anatomic, physiologie, patliologie, thérapeutique, hygiène), avec Tordre chronologique. Pour la hiographie et la bibliographie, nous avons suivi Wùztenfeld et llnmmer Piirgstall^qui ont traduit ou abrégé les ouvrages originaux dos historiens, annalistes, biographes ou bibliographes arabes.

(2) On s'en \a. répétant^ par exemph'; (|ue la chirurgie d'AlmIcasis est infiniment plus originale que sa médecine. Quen sait-on ? qui a pris la peine de confronter chapitre par chapitre, ligne par ligne, celte chirurgie a>ec celle de Paul d'Égine? J'ai pris celle peine, et j'ai n'connu que, sur les 190 chapitres qui forment l'ouvrage d*Abulcasis, il y en a, outre les chapitres sur la cautéi-i<ition, à peine 30 qui ne M)nt pas une trailuction ou un remaniement de ceux du VI* li\re de Paul, traduit lui-même antérieurement en arabe. Je mets à part h-s chapitres sur la cautérisation quWbulcasis a probablement empruntés en grande partie à la chirurgie nationale des toubibs, et j'ai pu déterminer ou s4mp(;onuer la provenance delà plus grande partie des 33 chapitres non représentés dans Paul. — Le Continent de Khazès est une compilation, une encyclopédie, comme celle d'Oribasc, mais où les textes ont subi d'assez grands changements de rédaction. — On ne peut faire un pas dans le Canon

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nouveaux, une flore médicale plus riche, la description de la variole et de la rougeole (mentionnées seulement en Occident), et des discussions théoriques sur les propriétés de certains médicaments, ou sur certains points de la physiologie et de la pathologie, discussions qui oscillaient entre Hippocrate, Aristote et Galien, nous aurons fait connaître les vrais mérites et la nouveauté des ouvrages de ces médecins; or, ce sont justement ces mérites-là, et surtout le premier de tous (la conservation de la médecine grecque), qu'on prend le moins de soin de relever, sans doute pour avoir mal lu les Grecs et peu lu les Arabes.

A part de sages préceptes d'hygiène (encore s'appliquent-ils à des cas très-particuliei^) de la législation mosaïque, et divers textes sur les accouchements, ou sur le respect qu'on doit au Qiédecin à cause de la nécessité, la médecine dans la Bible ne devait pas nous arrêter longtemps ; mais nous avons recherché et nous avons trouvé des traces plus manifestes et plus nombreuses d'une médecine nationale dans la traduction latine des Talmudy dont nous avons rassemblé un très-grand nombre de passages en nous servant, pour les interpréter, des savants commentaires de Wunderbar. En ce qui regarde spécialement les accouchements, nous avons usé d'une dissertation fort érudite de

d'Avicenne ou dans les ouvrages d*Isaac^ d'Ali Abbas^ sans y rencontrer Galien. La botanique médicale d'Ibn-Beiiliar est composée d'après les mêmes principes que la Co/iection médicale d*Oribase. M. le docteur Leclerc, qui s'est si longtemps et si fructueusement occupé de cet auteur^ n'y a trouve qu'un nombre comparativement restreint d'observations originales. — Avenzobar, né près <le Séville, et mort en celle ville Tan 1162, paraît avoir travaillé d'après des sources en partie perdues; c'est ce qui donne de l'intérêt à son Théisir, un des livres les plus curieux de la littérature arabe. L'auteur, qui a eu pour principal maître son père, dont il rapporte les opinions et les traitements, est en même temps l'écbo des anciens médecins, qu'il .ippelle à chaque ligne en témoignage sous la formule : Dicunl medici. Avenzobar semble donner quelquefois les résultats de ses propres observations ; il nous instruit ussi sur une foule de détails de la pratique médicale et des mœurs du temps. Ou voit, par ses déclarations assez fréquentes, que la chirurgie était alors peu florissante.— Quand une société d'arabisants fort au courant de la médecine ancienne voudra bien examiner à la loupe les ouvrages arabes, elle rendra un service au moins aussi grand à la médecine grecque qu'à la médecine arabe.

ÉTAT GOIIPA&ATIP DE LA MtDEGllIE EN ORIEIIT ET EN OGCIDERT. 275

M . Israels, et de celle plus ancienne de David Hansfeld (1). Dans les Talmud, la médecine est un peu plus indépendante que dans la Bible, car tout en admettant que les maladies viennent de Dieu, on a des théories pour les eipliquer et des remèdes pour les guérir; quant aux accouchements, c'est la question religieuse et civile qui leur donne une aussi grande importanoe et une place si étendue dans les Talmud.

Plus on étudie la médecine des peuples orientaui, des Sémites comme des Aryens, plus on reste convaincu qu'il n'y a dans la monde ancien qu'un seul peuple qui ait possédé le privilège et la puissance de l'esprit scientifique, un seul qui, par ses propres forces, soit arrivé à tirer la médecine de son état primitif, qui Tait fait passer de la main de tout le monde dans celle des savants, et cela très-promptement : c'est le peuple grec , ce peuple privilégié qui a éclairé le monde entier. Il n'y a rien, dans le domaine de la philosophie et des sciences, qui ne vienne directement des Grecs; c'est par les Grecs que les Indiens, les Perses, les Arabes ont été instruits dans les sciences naturelles et médicales, comme les Romains l'avaient été quelques siècles plus tôt; c'est par les Grecs aussi que les Juifs ont pris part à la grande culture intellectuelle comme traducteurs et compilateurs.

Lie fait de l'infériûrilé scientifique de l'Orient est évident quand on étudie les textes, et frappant quand on compare ce qu'était la médecine chez tous les peuples de la terre, excepté chez les Grecs. En suivant celte lumière qui éclaire l'histoire et empêche de chercher la science médicale là où elle n'a jamais existé, combien de déceptions on s'épargne, que d'erreurs on évite 1

Non-seulement il n'y a que les Grecs dans l'antiquité qui aient été en possession de la médecine; non-seulement on doit les tenir pour les instituteurs de tous les autres peuples, mais, à l'exception des races latines ou indo-germaniques, qui sont en Occident les plus proches parents des Grecs, l'Orient tout entier

(1) Wunilcrbar, Bihlixch'tnlmudisdœ Medkin. Riga, 1850-1860. — Israels, Coiiectauea yynaecologicn ex Talmude Bahyl, Groningt?^ 18A5. — Mansfeld, Veier dwf Alter des Bauch und Gebaet*mu(terschmttens an Lebenden ; 2* édit. Hrauoschwcig, 1825.

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