‹ Histoire des sciences médicales v. 2Chapitre 77 sur 130 · DE LA GHIBURGIE EN FRANCE AU XIII* SIÈCLE · texte numérisé non relu

DE LA GHIBURGIE EN FRANCE AU XIII* SIÈCLE

Paris, il est entouré, recherché; le doyen, Jean de Passavant, et plusieurs vaillants bacheliers (1) le pressent de faire un cours sur la chirurgie, de décrire dans un livre les opérations, et dé donner le résultat de son expérience. Cet ouvrage, la Grande chirurgie^ était achevé en 1296. De cela, nous pouvons tirer les conclusions suivantes :

1*" Qu'en France, et en particulier à Paris, les esprits étaient bien préparés et cultivés, puisque la venue d'un étranger en renom mettait toute la Faculté de médecine en si grand et si favorable émoi.

2** La chirurgie n'était peut-être pas la partie la plus cultivée, puisque, de tous côtés, on presse Lanfranc d'écrire sur ce sujet : du mcffns il le dit, et même il se plaint que la chirurgie soit en triste état, à cause de Vinvasion des laïques {2),

Andry, dans ses notes manuscrites sur le pamphlet de Quesnay (3), remarque, avec beaucoup de raison, que les clercsmédecins ou chirurgiens faisaient souvent faire les opérations par des ouvriers; y en ai trouvé une preuve dans Lanfranc lui-même. De là est résultée la formation d'un corps de chirurgiens d'un

(1) I^iifrauc a pu voir aussi Jean Pilard, sur lequel nous a\()ns un lénioif^nagc positif qui remonte à 1292 (le dernier se rapporte à l'année 1326), et Henri de Mandevillc, médecin de Philippe le Bel^ qui rép^na de 1285 à 131â. C'est notre confrère M. Ghéreau qui a arraché Pitard à la légende pour le rendre à l'histoire, et qui nous a donné une bonne monographie sur Henri de Mandevillc.

(2) Dans ranliquitc, la chirurgie, héritage direct des temps héroïques^ était tenue pour très- noble ; on avait alors un grand souci de la conservation des blessés, tandis qu'on faisait moins état d'un homme malade qui ne répondait plus à l'idéal divin, artistique et guerrier. La chirurgie a conservé en Grèce cette dignité que la médecine n'a pas tardé à partager ; en Italie, au contraire, la gravHas romann a semblé longtemps incompatible avec Texercico de la médecine, surtout avec celui de la chirurgie. Au moyen âge^ et plus particulièrement en France, les c/^rcv finirent par accaparer prestiue toute la médecine; mais se considérant comme les seuls lettrés et comme cîe trop grands personnages, ils abandonnèrent la partie manuelle et même plus tard la partie théorique de la chirurgie aux laïques ou ycna iynares, qui bientôt prirent leur revanche.

(3) J*ai copié ces notes sur les marges d'un exemplaire des Wt'c/fercA^y, . . sur la chii'uryw. en France, Cet exemplaire, placé dans la licsercc de la Bibliothèque impériale, n'avait été utilisé par personne.

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rang inférieur et Tbabitude du public de s'y adresser : touterois, on voit par Guy de Chauiiac, fort bien renseigné sur l'état de la chirurgie de son temps, c'est-à-dire environ 70 ans après Lanfranc, que ces opérateurs^ comme il les nomme, n'étaient pas tout à fait étrangers aux connaissances médicales.

3"* Puisque Lanfranc était appelé à faire un cours aux médecins, cela prouve que si la chirurgie n'était pas bien florissante, du moins elle n'était pas bannie de la Faculté de médecine, comme cela eut lieu plus tard.

Pour les chirurgiens du xiir siècle, Guy de Chauiiac avait mieux vu que nos historiens modernes : suivant lui, Brunus (1) a copié Abulcasis, Avicenne et un peu Galien ; Théodoric a pillé Brunus en ses livres et Hugues en sa pratique; Guillaume de Salicet est ann plus vaillant homme >,plus original ; Lanfranc a beaucoup «pris à Guillaume. Guy divise toute la chirurgie d'alors en cinq sectes, eu égard à la thérapeutique :

1<» Roger et Roland et les Quatre maîtres (2) : — les hwnidesy d'après l'aphorisme d'Hippocrate : Les taxes bofis^ les a'uds mauvais.

2* Hugues, Brun (3) cl Théodoric : Dessèchent avec le vhi, se fondant sur le dire de Galien : Le sec approche plus du saiti.

(1) Toutes vériGctitions Taitcs, Bruniis n'était pas aussi savant qu'on le dit; il tire, en effet, ses chapitres (i^énénuix irAvicenne, (t'Ali Abbas ou de Galien par les traductions latines faites sur l'arabe, et les chapitres spéciaux d'Abulcasis.

(2) J'ai découvert à lu bibliothèque Mazarine et publié pour la première fois en 1854, dans la Co/ieciio saierniinna, les Ghit's des Quatre maîtres sur la Chirurgie de Hogreret de Roland; dans une introduction, j'ai relevé les p>u<sages des Quatre maîtres cités par Gu> et toutes les particularités de leurs commentaires. M. Puccinotti a aussi imprimé en 1865 le même commentaire d'après un manuscrit italien ; mais le texte me parait un peu abrégé et remanié, comme est celui des manuscrits de Munich, d'Oxford ou de Londres que j'ai collaiiounés. Les historiens français, même parisiens, de la chirurj^ie avaient souvent parlé des Quatre maîtres; ils déploraient la perte de leurs Gloses, et pas un d'eux n'a songé, soit ù ouvrir nos catalogues, soit à aller chercher les manuscrits qu'on savait exister en Angleterre.

(3) lingues de Lucques traitait les blessures ovec le vin, les étoupes et un bandage : ce n'est donc pas Brunus, qui écrivait à peu près au moment où mourut Hugues, qui a imaginé cette méthode ; ce n'est pas non plus Hugues, car elle est indiquée dans Aogcr et décrite par un bippocratiste, au moins pour le vin.

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3"* Guillaume et Lanfranc : tiennent le milieu, et usent d'emplâtres desséchants, mais doux, s'appuyant encore sur Galien.

A*" Gendarmes, chevaliers teutoniques : emploient les conjurations, les breuvages, les huiles, la laine, les feuilles de choux, pour toutes les plaies, se fondant sur ce que Dieu donne vertu aux paroles, aux herbes, aux pierres.

5"" Femmes et \à\o{s,{idiotae, le populaire) qui s'en rapportent aux saints, se fondant sur cela : < Dieu me Va dœiné. Dieu me ta ôté. >

Voulez-vous une preuve des précautions qu'il faut prendre pour étudier un auteur de cette époque, et combien on doit se défier du je ou du 7noi? Voici quelques-uns des nombreux exemples que j'ai mis sous vos yeux.

Dans le traitement de la fracture de la clavicule (1, 19, 2), Brunus dit : Operatio mea est. Eh bien, ouvrez Abulcasis au livre m, chapitre 5% et vous trouverez queYoperafio mea est celle du médecin arabe qui, lui-même. Ta empruntée textuellemerU au médecin grec Paul, lequel l'a empruntée de quelque autre chirurgien (1).

Haller, dans sa Bibliothèque chirurgicale, donne comme une particularité de la chirurgie de Brunus, que, dans la putréfac* tien ou corrosion des membres par ulcère gangreneux, il faut amputer; mais c*est le précepte d'Abulcasis, de Paul, de Galien et de bien d'autres I C'est dans Avicenne et dans Rhazès AdAlmansorem qu'on trouve la guérison radicale de la hernie par la cautérisation jusqu'à l'os de la région inguinale, et non dans Brunus, comme semble le croire le même Haller. Si l'on avait lu à la fois Abulcasis et Brunus, on n'eût pas dit que c'était Brunus qui avait le premier renoncé aux moyens violents pour la réduction de Thumérus, car ses procédés ne sont ni plus ni moins violents que ceux de Paul et d'Abulcasis, attendu que les trois chapitres sont identiques, et que dans tous les trois il s'agit de la main, du talon et de l'échelle.

Comment peut-on attribuer à Brunus l'excision des vaisseaux

(Ij Quand Brunus écrit Saftt>ntesdixerunt, cela doit s'cnlendrc d'Abulcasis tout simplement.

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variqueux de l'œil, quand cela se trouve tout au long dans Abulcasis, (|ui Ta emprunté à Jesu Ali. Il n'y a peut-être pas une lij^ne originale dans toute Tophtlialmologie de Brunus.

Une remarque générale à faire sur la chirurgie de Brunus et des autres auteurs de cette époque, c'est que cette chirurgie semble plus complète pour le traitement topique que les livres de Paul et d'Abulcasis. Mais cette infériorité de Paul et d*Abulcasis est relative, parce que la chirurgie dans Paul et dans Abulcasis ne forme qu'un livre de traités qui embrassent toute la médecine et où le traitement topique est compris dans d'autres livres sous la rubrique pharmaceutique. Toutes ces chîrurgies, du reste, sauf celle de Guillaume de Salicet, sont des compilations et non des cliniques; on voit, à lire la description des procédés, qu'ils n'ont presque jamais été mis en pratique; que c'est à peu près uniquement un travail de cabinet.

Au XIII' siècle, vers 1260, nous trouvons en France plusieurs médecins sur lesquels M. Littré(i) a fait des recherches toutes nouvelles et d'un grand intérêt. Ces recherches nous prouvent qu'en notre pays la médecine n'était pas à cette époque aussi délaissée qu'on le dit; elles nous apprennent très-manifestement au^si (|uc la domination arabe n'est pas encore exclusive, que les Salernitains sont tenus en grand honneur et continuent à faire autorité. Jean de Saint-Amand, prévôt des chanoines de Hons et maître en médecine, a commenté ou abrégé un grand QdUibn) de livres dllippocrate et de Galien {abbreviaiiones et vuêHvniautine) : dans ses livres de matière médicale les Grecs ul les Salernitains tiennent plus de place que les Arabes. Dans U<M «urits des deux Richard, le Parisien et l'Anglais, qui ont iiNUié divers sujets, dans le Laurier ou Pratique de Gilbert l'Anglais, qui a exercé et peut-être professé en France, la ba- Ihuvo est tenue à peu près également entre les Grecs, les Arabes ol loM Sjtli^riiitains. Gérard, qui cite presque exclusivement les Aiaboii. doit être certainement plus récent, car les citations sont uuo pioi'ie de touche pour la chronologie; quant à Gautier, il

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