MÊDECINB POPULAIRE AU XIII* SIÈCLE. S
suit Gilles de Corbeil pour le pouls et les urines, et dans sa Somme^ qu'il a rédigée surtout en vue des signes que fournissent les urines, il ne nomme après Gilles que des auteurs arabes, et Constantin.
Tandis qu'en Italie la médecine était divisée, d'après les doctrines philosophiques, en deux camps, représentés au centre par Bologne (école galénique de la tradition), au nord par Padoue (école averrhoîstique du progrès) (1), en France il y avait accord tacite entre les médecins pour prendre aux Grecs et aux Arabes tout ce qui semblait bon, sans trop s'occuper des questions fort secondaires d'orthodoxie, quand il s'agit de médecine. C'est le caractère des écrits que nous venons de signaler et de bien d'autres. Mais ce qu'il y a de commun dans toutes les sectes, en France comme à l'étranger, c'est la croyance en l'astrologie; nous la retrouvons partout. Cependant il y avait un certain choix dans les pratiques extra-scientifiques. Ainsi un des auteurs de cette époque les plus superstitieux, et qui ne dédaignait pas l'astrologie, Bernard de Gordon (il commença à enseigner au troisième tiers du xiif siècle), dit qu'il ne faut pas avoir trop confiance aux alchimistes, «quia modus chimicus in mullis est utilis < in medicina, in aliis vero est ita tristabilis, quod in ejus via € infinitissimi perierunt. >
La médecine populaire côtoie de bien près la médecine scientifique. De tout temps et en tout pays a existé la médecine populaire, mais il semble que jamais elle n^ait pris tant de développement et tant d'autorité que dans la période qui nous occupe. Elle s'étale dans l'église, dans le cloître, dans le palais des grands, dans les étuves des baigneurs, dans la boutique des barbiers ; et c'est aussi dans ces derniers établissements que commence à prendre ses ébats la petite chirurgie qui avait aussi ses représentants chez les Romains.
Au temps de Técole de Salerne, on rencontre des traces assez nombreuses de médecine superstitieuse dans la médecine scientifique, mais il n'y a, pour ainsi dire, pas assez de médecine
(i) Voyei plus loin, pages 293^ 294.