‹ Histoire des sciences médicales v. 2Chapitre 87 sur 130 · OBSERVATIONS DE 6UA1NBRIUS. — JACQUES DBS PARTS · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS DE 6UA1NBRIUS. — JACQUES DBS PARTS

contre les piqûres venimeuses : Prendre un poulet dont on a arraché les plumes autour de l'anus, puis placer ledit anns dépouillé sur le lieu de la piqûre, en même temps qu'on tient le bec fermé pour que le malheureux poulet aspire ainsi le venin par Tanus! Aujourd'hui encore un poulet blanc ou noir, je ne me souviens pas exactement de la couleur, fait merveille, coupé en deux tout vivant et mis en cataplasme, surtout dans les fièvres malignes.

Autre histoire plus sérieuse, plus instructive malgré son triste dénoûment. Un écuyer du duc de Savoie était atteint d'une pleurésie très-grave. Les médecins ^m/s à qui il avait confié le soin de sa personne répétaient sur tous les tons (|u'ils répondaient de sa vie, puisque l'urine conservait bonne apparence. Guainerius, appelé en consultation, soutenait au contraire que l'urine ne fournit aucun signe certain dans la pleurésie (1), et que le pauvre malade était en grand danger de mort. Et voilà que tout à coup, au milieu de ces altercations (on était au onzième jour), l'écuyer fut pris d'étouffement et que son côté devint livide (2): il était déjà mort depuis longtemps, que les juifs affirmaient encore qu'il dormait profondément ! J'en passe et des meilleures ; surtout je ne voudrais ici ni rapporter toutes les pratiques immondes (3) que l'on conseille sans rougir pour différentes affections sexuelles, même pour les personnes engagées dans les liens de religion, ni raconter toutes les superstitions relatives à la stérilité ou à la conception : de pareils détails seraient plus à leur place dans un livre que dans un cours.

Tout le monde parle de Jacques des Parts, mais personne ne le connaît, parce que personne ne l'a lu (A), ni Quesnay, ni Spren-

(1) Jacques des Parts insiste aussi sur le peu de confiance qu'on doit avoir dans Taspcct des urines, surtout quand il s'agit de maladies épidémiqucs graves.

(2) Cela rappelle les frappent dont Hippocrate parle à propos de la pleurésie.

(3) Jean de Concorreggio^ dans sa Practica nova ou Lucidarium, indique aussi les plus étranges et les plus hideux procédés pour détourner de l'objet de sa flamme un amant passionné, mais éconduit.

(à) A propos des Anciennes écoles de médecine à Paris (voy. note 2 de la page 307), M. le docteur Chcreau a donné une bonne notice sur une partie de la vie de J. des Parts. En lisant les Commentaires , on peut ajouter plusieurs faits ignorés. Je reviendrai sur ce personnage et sur ses œuvres»

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gel, ni Hazon suivi par la Biographie médicalf, ni Eloy copié par le Dictionnaire historique de la médecine ancienne et moderne, ni les écrivains les plusrécenlS(|ui s'en sont occupés. Non, le Commentaire sur Avicenne en cinq immenses volumes in-fuHo (y compris ceux de Gentilis et d'autres) n'est pas seulement* un tissu rie lambeaux pris de Ga!ien,de Rhazès et de Haly i, c'est un livre très-érudil, oii sont cités une foule d'auteurs; c'est un livre très-instructif par tous les renseignements qu'il fournil sur la pratique médicale du temps, sur les épidémies conlemporaiaes ou antérieures (par exemple, la peste noire), sur les opinions en faveur, que J. des Parts critique assez librement, même sur les superstitions dont il se moque parfois. Je crois vous avoir prouvé, dans les trois leçons que je leur ai consacrées, que ces Commentaires ne sont ni aussi fastidieux, malgré leur prolixité, ni aussi dénués d'intérêt qu'on afTecle de le répéter pour se dispenser même de les parcourir.

Voulez-vous une preuve entre cent de mes allégations? La voici évidente, palpable :

A la page 19 des Pinanae Pravlectiones de Mercuriali, on lit : € Nec milii placet eorum sententia qui adeo recenter ortas fa- « ciunt peticulas... Jacobus de Parlibus, medicus non incele-

< bris... ipsarum clarissime meminît in Comtn. ad Avicen. € prima qvarti tract, h, cap. secundo, ubi appositîssime eas H deseribit alque similes morsibus non culicum, sed proprie

< pulicum facit. i

, En 1651, Riolati, à la page 218 de ses Curietise» recherches sur les escholes .en mifdecine, écrivait : t Je ne puis soulTrir que Fracastor, médecin italien trés-docte, parlant de la fièvre pourpre {typhus pétée hial), diss qu'elle n'était pas connue en France l'an 1520... A la tin duxv' siècle, un médecin de Paris, nommé Jacques des Parts, en a le premier écrit assez clairement et doctement, employant les saignées pour laguérison. »

En 1718, Hazon, dans sa Notice des hommes ks plus célèbres en la Faculté de médecine, répète à peu près les mêmes choses, mais, comme Riulan, sans indiquer le passage. Bursîeri, à son leur (en ses Instittitiones medicinae practicac, t. Il, p. '2Dà,éd. Hecker), s'en rapporte a MercuriaIr et ne remonte pas à la source.

ET LA riÈTlB rtTfiCBlALE. 8&7

Sprengel (dernière édition allemande de son Bistaire pragmatique de la médecine) déclare qu'il n'y a pas un mot de la fièvre pourprée dans le Commentaire de Jacques des Parts. Mon savant ami M. Haeser, influencé sans doute par l'autorité si usurpée de Sprengel ; M. Haeser, qui semble cependant avoir pris la peine d'ouvrir le Commentaire, confirme (dans ses Matériaux pour servir à r histoire des épidémies, p. 167-168) le jugement de riiistorien de Halle, et soutient que Borsieri n*a pas lu le chapitre auquel il renvoie, car on n'y trouve aucun trait qui se rapporte à la fièvre pourprée (1). Je ne fais pas difficulté de reconnaître que personne, pas plus Mercuriali, qui donne cette fausse indication, que Borsieri, qui ne la rectifie pas, ne trouvera rien à Canon IV, tractatus iv, fen. i, caput 2. Ni moi non plus, je n'aurais rien trouvé à cet endroit, si la suite d'une lecture attentive ne m'eût amené au premier chapitre (2) avant de me conduire au chapitre second. Voilà tout le mystère dévoile! C'est dans le chapitre premier que Jacques des Parts mentionne la fièvre pourprée. Une erreur de Mercuriali lui-même ou des imprimeurs a mis nos historiens en déroute.

Le texte que je transcris ne laisse, ce me semble, rien à désirer.

(1) J'ai vu, au moment où je relisais cette leçon^ que M. Haeser, averti par un (k; ses amis^ le docteur Pfeufcr de Zurich, donne dans les additions du second vo« hime do l'ouvmijrc ci-dessus indiqué le vrai passage de Jacques des Parts. Toutefois il n'eu tire aucune conclusion contre Sprengel et en faveur de Borsieri; il ne croit mc*in(' pas qu'il s'agisse de la fiè\re pétéchiale, mais des éruptions cutanées dans les nial.ulics fébriles (voy. p. 317 de son Hist. de la méd, — Lehrburh der Gnsc?i, d. Mediciuj 1853, 2® éd., où il cite de nouveau le vrai passage), opinion que je ne saurais partager. — Consulté par moi il y a peu de temps, M. Haeser me répond : a Nunc in loco Jacobi de P. duo symptomata in cute apparentia ab Avicenna des- « cribi puto. 1° Sudamina fehrilia et forte ro^eolam typhomm (pustulae albae sa- « uiosae, quandoque rubeae, etc.) ; — 2° petechias quae in omnibus febribus exan- « tticnmticis oriri possunt ex. gr. in variola haemorrhagica, in morbillis et scarla- « tiua, in typho, praesertim in peste genuina. Hac de causa (quia veras petechias « exnnihemalicas a Jacobo vel Avicenn daescriptas esse nego)m libro meo De fMoria « morborutn epidemicorum, p. 338 seq., de loco nominato verba non feci. » — Je « reprendrai cette importante question dans Thistoire de la pathologie.

(2) Voyez encore IV, I, i, 3, une épidémie de typhus des camps au siège d*Ar» ras. Cf. aussi Monstrelet, cbap. 127 (dysenterie), t. III, p. 32 de l'édit. de la Société de l'histoire de France, et Coyttarus^ De febre purpurea epidemiali, p. 169.

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Parmi les vingt-six signes de la pestilence (ce mot comprend beaucoup de maladies ùpidémiques fort diverses, et la plupart des prétendus signes communs à toute peste correspondent à des espèces particulières), on lit au dix-septième : < Decimum septimum est t quûd in febre peslis aliquando accîdit bolhor subalbîda et ru- € Lea, id est parve pustule in superficie corporis. quandoque c albe saniose, quandoque rubee, similes varJolis ex ebullitione « putrefacti sanguinis. Et circa istas pustulas notât (Avicenna) ( quod inlerdum velociler apparent, et etiam interdum cîlo oc- « cultanturetdelitescunt, secundum quod pulridussanguisebul-

■ liens nunc foras erumpil, nunc intra retrahitur. El sub hoc ( sigm quedam cutis macule intclliguntur nigre aut virides K aut violacée vel siibrubee similes illis ijtie cuti coiUingunt ex ( morsibus pulicum que vulgariter soient dici plane {\); et sunt ( de signis malis et mortalibus, precipue nigre vel violacée vel « coloris viridis, quoniam altestantur super magna humorum

■ corruptioQe non emendabili. »

Lorsqu'on voit un personnage aussi considérable qu'était Jacques des Parts, si légèrement apprécié, quelle place pouvaient avoir des auteurs du second ordre comme Sermoneta(Çtf(es(io7is très-subtiles sur les Apkorismes), Bagellardus {Sur les maladies des enfants (2), Villalobos (i'oniîHoiVe de médecine, en espagnol, tiré d'Avicenne en conservant même l'ordre des chapitres), Ârdoynus {De vertenis), Christophorus de Honeslis (Sur Mésué), Saladinus {Compendium aromatariorum), Manlius de Bosco (Luminare majus apothecariorum (3), YAmicun medicorum.

(1) « Vuljtus Iciiticulns lui puacticulnftppcllïl, quod jiiiciiIh» proFcrnnt lonticulis K aut pUDcturii pulicum liinil es. u (Frnfoslor, Jfi»-6i' contag. Il, 16; cf. III, 6.) — On les appcliit aus^i petieulae, palidtioe {d'onpélickies), peut-élrc iliminutirde peslis. ~\o\tt ausii Cojltarus, lie febre purp. epidem.,p. i, A5-AG, 161, 169, 170. — Bnpproïliei d'ATiceane et de J. des Parts le chapitre {PmIuIuc iafebribta) emprunté ii Hérodote parAi'lius, V, 120.

(2) Il faul noter uu cbupitrc sur la liernic ombilicale, et l'emploi de la pouilre d'amidon pour les ècliau/fenienli chea lea enrants.

(3] Il ï H peu d'ouvrafces aussi in^trucliri que celui d'Ardoynus pour l'IiUtoire de la toïicolitf ic : uue Toule d'auteurs y sont cilés; il conlieni toulcs wrles iIl- reniei.

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