JUGEMENTS POSTÉS SUR SA DOCTRINE
bien profondément t) une doctrine scientifique parfaitement coordonnée. Quelque absurde qu'en soit le point de départ, on ne saurait contester à la doctrine de Paracelse d'être conforme aux lois constitutives de la science. » Accorde qui pourra les prémisses et les conclusions. Jamais je ne pourrai reconnaître dans les œuvres du célèbre aventurier ni € la notion de Tunité organique», ni «l'analyse des principes constituants du corps humain par la chimie f.
Lorsque M. Cruveilhier esquisse le portrait de Paracelse, lorsqu'il raconte sa vie errante» quand il peint les enivrements de sa folie sublime, et qu'il rapporte avec complaisance ses invectives contre la médecine et les médecins, il a presque des larmes pour les « nobles souffrances > de son héros. Paracelse a été outrage, calomnié même; mais il subissait la peine du talion; jamais personne ne s'est montré plus injurieux, plus provocant contre ses adversaires, ou ses contradicteurs, ou contre les simples dissidents. 11 semble que l'énergumène d'Eînsiedeln ne s'est abaissé à lire quelques livres, à écouter quelques professeurs, que pour dissimuler ses larcins sous un torrent de grossières déclamations (1).
L'histoire des sciences est, comme la vie des nations ou des individus, partagée entre le positif et Timaginaire; il n*y a pas de siècle où limagination ait joué un aussi grand rôle que le xvf; personne dans ce siècle n'a plus sacrifié que Paracelse à la folle du logis, et par conséquent plus caressé les préjugés et les passions populaires.
On peut, de prime abord, apprécier ce que vaut la médecine de Paracelse par la manière dont il Ta apprise. Son procédé est très-expéditif ; il consiste à se passer de tout maître vivant et de tirer la science de Dieu seul, car toute la médecine vient de Dieu et est en lui (2). Tous les livres écrits avec une plume étant
(1) M. le docteur Clément Jobert a pris Paracelse pour si^et de sa Thèsê (Paris, 4866^ in-4); mais^ comme cette thèse est rédigée, en grande partie, de seconde niaio; je ne puis que la signaler.
(2) Lah\frinthus, préface. Dieu lui-même, dit-il au prenûer chapitre, eat le parce qu'il est la Sagesse,
défectueux, le preuiier livre de la médecine doit être la Sagesse uu Dieu lui-même.
On objectera peut-êlre que Paracelse a beaucoup voyagé, el l'on cilera à ce propos un passage de la prérace du premier Irailé de la Grande Chirtirgie; mais il sufBl de lire avec quelque altention ce passage, pour voir que Paracelse a voyagé cotnnie les circumforanei ; il parle cumine eux, enlre deux coups de grosse caisse, et non comme parient les voyageurs savaats :
■ Ayant vofugé par la Praoce, l'AlGinad'ne el l'Italie, cl visité les vniversitez pour a^auair leurs préceptes et rondemens, il ni'a semblé touletois qu'il u'eeloit euf^ores loisible de m'arrealcr à leurs opinions pour plusieurs causes : maïs ajant marché plus outre, et Irnuersé l'Espagne, Portugal, Anglclerrc, Dannemarc, Pologne, Lituanie, Prusse, Hongrie, Transsiluanie, voire visité presque toutes les nations de l'Europe, i'ai diligemment cerchû ot me suis cuquis non EeulemenI des Medtdus, ains aussi des Chirurgiens, maistres d'estuues, femmes, mages, Alchymisles, aux monastères cl maisons nobles el ignobles, quels estoient les meilleurs et plus escellens remèdes, desquels ils vBuyenl et auojcnl usé pour guérir les maladies. Uais ce faisan! ie n'ay eslé que plus incilâ à croire que la médecine estoil incertaine, incooslanle el défendue, ayant opinion que c'esloit illusion diabolique, lellemenl que le la quillois entièrement pour m'adonner à suture autre estai, iusques à ce que lisanl cesie sentence de lesus Christ qui dit en l'EwmgUe, les sains n'auoir besoin de Médecins mais les malades : i'ay lors commencé d'cnlendre, qu'il ne se pouuoil faire suyuanl ces paroles de lesus Christ que cest art no fusl, voire certains ferme, véritable et perpétue! : el qu'en iuy il ni? faloit allribuer aucune chose à l'aducDfure, à la superslilion ni au Diable. Parquoy ayani derechef reprins puis délaissé ce que î'auois aulrefois oui des professeurs d'icelle, el ce que les anciens en «uuyenl laissé par cscril : i'ay cognu que la vrayc source de médecine, et la racine d'où elle procedoil, n'auoit eslé cognue par aucun d'eux et ne l'auoyent escrite, et qu'ils s'esloyent arruslcx aux ruisseaux seulemeu!, sans monter iusques il la source, de façon queux-mesmes n'enlendoyeal pas ce qu'ils enseignoyeni en leurs escoles, ni ce qu'ils dispuloyent pour les malades e^i leurs consultations, n'ayans aucune cogooissance des remèdes propres à guérir leur mal: mais bien ay recognu qu'il u'y auoil autre chose en eux qu'orgueil et ambition, de façon qu'à bon droit ie croy qu'on les peut appeHer(auect'Aposlre)porois blanchies. Estant donc poussé el solicité, à cercher la source el fontaine de la vraje médecine, i'en ay fait l'essay en chirurgie, parce que iusques il cette heure i'ay creu el aprins, qu'elle csloit plus certaine qu'aucune ■ulre partie de médecine. ■