JUGEMENTS PORTÉS SUR SA DOCTRINE
que Paracelse a pour la nature médicatrice un respect tout platonique, car il y a peu de médecins qui aient employé plus de remèdes violents et perturbateurs, tant externes qu'internes. Il serait du reste encore plus naturiste qu'il ne Test, Paracelse n'en acquerrait pas un titre de plus à mes yeux. Quant à la recherche des spécifiques, il me semble que c*est la marque, non pas du progrés,' mais de Tenfance de Tart. En fait, il n'y a pas un seul médicament spécifique, pas même le sulfate de quinine, ni le mercure, ni l'iode (1), non certes parce qu'ils ne guérissent pas toujours toutes les maladies contre lesquelles on les dirige, mais parce qu'ils en guérissent plusieurs d'un genre très*différent; — en théorie, il n'y a pas davantage de spécifiques, car la physiologie moderne tend à expliquer l'action des médicaments par des lois générales et des actes biologiques, qui éloignent l'idée de spécificité proprement dite. D'ailleurs Paracelse n'est pas l'inventeur de cette recherche des spécifiques; Galien parle souvent des médicaments qui agissent par leur substance entière et non par leurs qualités élémentaires, sur une maladie déterminée, et
(1) M. Fiockenstcio^ dans de très-bons articles: Ueber den Einfluss der Chemie ouf die Medicin des xvi' uwrfxvii* lahrh [Deutsche A7t>itA, années 1866 et 1867), dit' de la médecine spécifique de Paracelse, que c'est une des idées les plus malheureuses (|ui puissent jamais entrer dans la tête d'un homme, surtout d'un homme comme Paracelse, qui ne savait ^crc la chimie positive, et encore moins la physiologie, l'anatomie, et qui, sur la pathologie, n'avait que peu d'idées réellement fondées. — M« Chcvrcul {Journal des savants, nov. 18&9, p. 665 et suiv.) n'est pas moins sL'vëre pour Paracelse, considéré comme chimiste : « Paracelse, cet homme bizarre, n'a rien d'original au point de vue de la science ; il tient de la manière la plus intime à Basile Valentin et aux deux Isaac hoUandais, par les principes qu'il met en avant, aussi bien que par les remèdes qu'il préconise, et, d'un autre côté, comme applicateur de la chimie à la médecine, il ne vient qu'après Rhazès et les autres médecins arabes. » M. Ghevreul aurait pu dire après Galien, car il suffit de lire sa Méthode thérapeutique et ses ouvTages sur les médicaments, pour être assuré que la médecine métallique n'est pas une invention du xvi* siècle ; seulement le point de vue était différent. Stahl est, au dire de M. Ghevreul, le fondateur de la première théorie chimique ; le même auteur explique très-bien tout le bruit qu'a fait Paracelse, plus par le savoir-faire que par le savoir. On est eu droit d'igouter qu'il doit une partie de sa réputation à l'habitude, à la nécessité où il se trouvait, faute d'instruction suffisante, de parler et d'écrire dans la langue vulgaire. Son style, émaiUé de mots bizarres, tantôt animé, tantôt burlesque, toujours provocant, attirait et retenait la foulo.
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les alchimistes prédécesseurs de Paracelse, pour ne pas parler des charlatans, avaient aussi leurs spécifiques. La quintessence elle-même, qui est, avec quelques observations justes sur les maladies dites tartariques, un des meilleurs fleurons de la couronne de théâtre de Paracelse, ne lui appartient pas en propre. Toutefois M. Bouchut a bien fait d'insister sur ce point, avec M. Bordes-Pagés ; il y avait là une échappée vers la vraie chimie. En 1857y M. le docteur Louis Cruveilhier a donné, dans la Revue de Paris (1), et toujours avec la prétention de nous faire assister à une révolution scientifique, une étude sur Paracelse. Une seule phrase peut faire juger des opinions de l'auteur : t Paracelse, qu'on a si libéralement taxé d'extravagance et de folie, est le type de ces novateurs hardis qui, bravant les obstacles, s'élancèrent à travers mille chimères et mille rêves à la conquête d'un idéal nouveau. > Pour ma part, Je n'ai jamais vu que les chimères et les rêves aient mené à quelque chose de bien ; ni Vésale et ses émules, ni Harvey et ses successeurs, n'étaient des rêveurs. Ils cherchaient, non un c idéal nouveau >, mais des faits nouveaux; ces faits, la nature observée attentivement les a révélés d'ellemême, ou bien ils en ont provoqué la manifestation par l'application intelligente de la méthode expérimentale. M. Cruveilhier est, lui aussi, plus attentif à trouver un idéal historique qu'à chercher l'histoire vraie, et s'il a recours aux textes, ce qui lui arrive souvent, il est tellement préoccupé de l'idée que Paracelse est la source de tout progrès, et le chef de toute réforme médicale, qu'il tire de ces textes les conséquences les plus inattendues ou les rapprochements les plus hasardés. Ce n'est certes pas la conscience qui manque à cette Etude, mais Tindépendance du jugement. Ainsi, M. Cruveilhier déclare que cla chirurgie de Paracelse, jugée au point de vue moderne, n'a pas le sens commun, — et que ses théories médicales ont au premier abord aussi peu de sens que sa chirurgie >; néanmoins, € sa chirurgie renferme des signes avant-coureurs du nouvel esprit d'observation qui va bientôt surgir et des révolutions qui se préparent ; sous le fatras d'incohérences qui distingue sa médecine se cache (mais
(1) Numéros des !•' et 14 juillet: Philosophie des sciences. — Étude sur Paracelse, et la révolution scientifique du XVI* siècle.