SON EXPÊBIENCE ET SA SCIENCE
n'étant qu'une expérience longue et certaine, toutes ses opérations doivent avoir l'expérience pour fondement, cette expérience qui fait trouver ce qui est bon, utile et vrai. Tout médecin qui n'a pas appelé à son aide rexpérience et ne Ta pas soumise au critérium de la vérité, ne montrera qu'hésitation et incertitude. On doit, en ciTet^ admettre ou rejeter tout ce que l'expérience, qui est un juge sûr et incorruptible, admet ou rejette. Il faut dooc que Texpérlence accompagne la science: la science, en effet, est l'expérience. On regardera comme avantageuse l'expérimentation qui est justifiée par l'expérience, puis ramenée à l'expérience par la science ; mais si cette expérimentation se fait en dehors de la science, alors la science fait défaut. L'expérimentation et l'expérience diffèrent en cela. L'expérimentation sans la science procède au hasard, mais la certitude accompagne l'expérience si la science se joint à celle-ci. La science, en effet, est la mère de l'expérience ; et, sans la science, rien de solide. Ainsi la scammonée purge; c'est une expérimentation; la sophia guérit les fractures des jambes et les ruptures; c'est encore une expérimentation. Le saphir guérit l'anthrax, autre expérimentation (I). Voilà des expérimenté trouvés par V expérience^ mais la multiplicité, la diversité des maladies exigent que la science intervienne lorsqu'on y a recours. » (Chap. 6, p. 155.)
Qu'est-ce que cette science? Vous allez en juger :
« Si la scammonée purge, c'est en vertu d'une certaine science que Dieu a mise en elle, non-seulement de purger, mais de purger ceci ou cela et de telle ou telle manière. Si, en cherchant la science de la scammonée, vous trouvez que cette science est telle en vous qu'elle existe dans la scammonée, vous avez la science unie à l'expérience, et ce n'est plus une expérimentation. Si vous ne connaissez pas parfaitement la nature et la propriété de la scammonée, c'est une expérimentation à laquelle la science manque, et vous ne savez de cette plante que sa vertu d'exciter le ventre ; c'est pour vous un mot dont vous ignorez le sens. Ainsi, le Français, entendant parler l'idiome allemand, comprend qu'on parle allemand, mais la signification lui échappe. » (Chap. 6, p. 156.)
« D'où il suit que la magie (sagesse ou science occulte de la nature) révèle et manifeste les secrets de la nature, si cachés quils soient y par ses trois méttiodeSj à savoir, l'école des médecins, des philosophes, des astronomes et autres. Si la science ne se comporte en vous de cette façon, ce n*est quune idée fantastique et vide de sens, le propre des sots, et une pure confusion où la base manque.
« Mais notons une différence plus grande encore entre la science et rexpérience. La science est en ceux à qui Dieu l'a donnée ; l'expérience est le témoignage de ce don. Ainsi le poirier a sa science en lui, et nous qui voyons ses œuvres nous avons l'expérience de cette science. Nous portons donc, par l'expérience, témoignage que la science est parfaite dans cet arbre. » (Chap. 6, p. 157.)
37& PAIACELSE.
On n'a pas besoin de faire remarquer que les opérations naturelles sont ici confondues avec les opérations scientifiques, qae la science n'est rien autre qu'une révélation et n'a d'autres soutiens que des opérations empiriques prolongées et répétées.
Ici j'interromps les extraits du Labyrinthus pour montrer, par un autre livre (Préf. de la Petite Chirurgie ^ trad. de Du Vivier) , ce qu'il faut entendre par Vexpérience scientifique de Paracelse.
« La médecine a prins commencement des personnes laïcs, non clercs; il n'y auoit deuant nul art d'icelle ; s'il y en a eu quelqu'un, il estoit incognu aux hommes laïcs, et enfln trouué par Ondam (?} selon l'expérience, de sorte qu'aucun n'auoit cognu deuant l'auoir esprouué, que la centaurée et le harmel fussent purgatifs, ce que la pratique descouvrit; la ucrtu pareillement de la consolde fut cachée iusques à ce que l'usage la fit cognoistre propre à guérir les playes, et la réduisit en médicament: ainsi ont esté dccouuertes les propriétés de l'hipericon ou mile pertuis, et de la sophie que les autheurs ont depuis insérées en leurs escrits, de rvti s'auançant peu à peu à la cognoissance de l'autre. Et certes la vertu des simples ou des autres ingrediens que la terre produict, ne pourroit mieux cstre diuulguée, ny plus noblement estre cognue que par l'expérience qui l'a manifestée ; par le mesme moyen auons-nous cognu ce qui est purgatif, confortatif, consolidatif, mitigatif, incamatif, etc. Bref toute sorte de medicamens, lesquels selon l'ordre de nature qui nous donne libéralement, ont esté employé! aucc l'vlilité par tout, sans autre recompense que celle de l'honneur^ iutques à ce que le premier escriuain des recettes a donné moyen aux ignorans d'en abuser. Aussi tost qu'ils ont sceu que certains simples naissans es iardins auoient la propriété de guérir les playes, ils ont faict des cataplasmes de tous indiscrètement, afin de rencontrer en ce meslange celle qui auoit la force de donner la guerison ; dauantage quelques phantasques possèdes de l'humeur melancholique, se sont ingérez de corriger cet art tres-noble, que la seule nature nous auoit donné, et sous prétexte de le reformer ou de le rendre plus parfaict, ont changé tout ce qui n'auoit procédé d'eux. »
Voici maintenant le complément, le développement de cette idée mystique de la science.
« Afin (1) de vous faire bien comprendre le fondement de la théorie médicale, je prends cet exemple. D'où la théologie tire-t-elle sa théorie? De Dieu. C'est donc sur Dieu que roulent son enseignement et ses défi-
(i) Ici recommencent les extraits du Labyrinthut,