SON EXPÊRIEHGB BX SA SCIENCE. 57S
nilions. Ce qu'elle trouve ou possède eu lui^ ou tieut de lui, fonne la théologie tant dans la pratique que dans la théorie, lesquelles sont inséparables. Il en est de môme pour la médecine. Où est-elle? Dans la nature (1). Où est la maladie ? I>an8 le malade. De là procède la théorie médicale, laquelle se divise en deux : Tune est la théorie de Tessence du traitement, l'autre la théorie de l'essence de la cause. Ces deux théories doivent Otre ramenées à une seule et non rester divisées. » (Ch. 8, p. 162.)
« Beaucoup ont écrit sur les causes et l'origine des maladies, et ils ont eu leurs partisans et leurs disciples ; mais rien de bon n'a été dit sur le commencement. Quant au temps, il en est ainsi : La bouche même des malades l'atteste, les yeux le voient, les oreilles l'entendent. Quant au commencement ou origine, c'est un labyrinthe trompeur. Si, en elTet, la théorie ne procède [de l'idée] d'une semence, et si l'on n'élimine pas les humeurs, on perdra son temps et sa peine. Si l'on veut absolument admettre l'existence des humeurs, il faudra néanmoins dire qu'elles sont produites par les maladies, et non les maladies par les humeurs (2), comme si, par suite de leur prédominance, on devait leur attribuer les causes des maladies. Je suppose, par exemple, que quelqu'un soit pris d'un flux de ventre et que la fréquence des déjections jaunes et bilieuses fatigue beaucoup ce malade. Si vous voyez ces déjections, vous les attribuez à la bile, oubliant la présence d'une certaine semence qui s'est môlée tout à coup à cette matière. Cette semence se précipite d*elle-même sur la bile et la chasse ; et cette semence n'est pas la bile ; la couleur seule vient de la bile, la matière vient de la semence. » (Chap. 8, p. 16/k.)
« Toutes les médecines (médicaments) ont aussi leurs formes : l'une est visible, l'autre invisible; l'une est corporelle, élémentaire, l'autre spirituelle, astrale. Il suit de là que tout médecin doit être pourvu d'un herbier spirituel astral pour y apprendre de quelle manière cette médecine subsiste dans sa forme... Supposons une racine qui contienne dans son corps astral tous les corps des honmies; si on la prend, elle se fixe par tous ses membres correspondants dans ceux du corps de Thomme. C'est ce qui fait que les spécula pennarum donnés en boisson guérissent les mamelles des femmes; cela tient à ce que leur forme est dans les mamelles; l'image du médicament gagnant le membre qui lui est dévolu (3). Ainsi le dactiletus donné en boisson guérit le cancer, Timage de cette plante allant vers la partie du corps à laquelle elle est destinée par sa forme. Soyez bien persuadés que toutes les maladies chirurgicales peu-
(1) AiUeurs (%oy. page 369) il dit qu'eUe est en Dieu et de Dieu.
(2, Propositiou juste en certains points, mais bien Yite gâtée par des rêveries. — 11 n'y a, dans Paracclse, que des lueurs, immédiatement obscurcies par des nuages. En d'autres termes, i7 ne sait pas; U imagine, et parfois^ mais rarement, M>n imiigination n'est pas trop folle.
(3) Voilà bien la signature»
376 PABAGBL8E.
yent être guéries par les moyens physiques, si le physicien connaît et comprend Yancttomie de V essence ^ mais j'avoue que j'en ai peu i\x qui fussent dans ce cas. » (Chap. 10, p. 169.)
Ni vous, Messieurs, ni moi non plus, n'avons jamais vu un médecin possédant un tel savoir.
« Ce ne sont pas les éléments qui sont la cause des maladies, cette cause est la semence (1) qui germe dans les éléments et s'y accroît jusqu*à la dernière essence et la dernière matière ; c'est ce qui nous fait croître nous-mêmes, et de quoi aussi les maladies prennent accroissement. Cela même qui est accru est la maladie (2). » (Chap. 11, p. 172.)
« Le médecin doit savoir que les semences des maladies sont de deux sortes : la semence iliastrum et la semence cagastrum; en d'autres termes, toute semence, ou a été semence dès le principe, comme celle de la pomme, de la noix, de la poire, etc.^ et cette semence est dite iliastre; ou elle est née de la corruption, et on lui donne le nom de cagastre... Ainsi, les maladies iliastres sont Yhydropisie, la jaunisse, la goutte, etc.; les maladies cagastres sont la pleurésie, la peste, les fièvres, etc. » (Chap. 11, p. 17Zi.)
■f«l«dle« imrimrenmtm •« taHaréeues. — « Le nom (3) que je donne à.cette maladie (le calcul, ailleurs les diverses espèces de concrétions ou productions calculiformes) est tartara, ou maladie du tartare, ou maladie tartaréenne; ce qui est pris du tartare (tartre) véritable. On Tappellc tartare^ parce qu'il produit de l'huile, de Teau^ de la teinture et du sel, et que, comme la géhenne, il enQamme et brûle le malade. » (Chap. 1, p. 181.)
Cette partie des écrits de Paracelse est la plus célèbre; là, en effet, il a entrevu quelque chose de la médecine chimique rationnelle, et indiqué, mieux qu'on ne l'avait fait, une classe de maladies, en général héréditaires (&) ; mais il est loin d'en avoir
(1) Le sperme est la matière apparente de la génération, la semence correspond aux germes prérormés qui donnent la ressemblance; de même dans les maladies ce ne sont pas les éléments qui sont les causes, mais la semence qui est en eux, qui arrive à Tétat d'essence ou de matière première : aussi les maladies naissent du père (semence), non de la mère (éléments). Chaque semence est la source d'un produit toigours identique avec lui-môme, comme sont les poires qui naissent sur un poirier. Cette doctrine a été reprise en partie par Van Hclmont.
(2) Gela ne parait pas tout à fait d'accord avec les extraits du chapitre 3, p. 369.
(3) Tout ce qui suit est tiré du Uber de morbis tartareis (0pp., t. 11, p. 180 et suiv.), lequel fait suite au Labyrinthus.
(4) Voyei sur l'hérédité, Chir. magna, il, ii^ 2.
MALADIBS TARTARÈENNES. 377
tiré un bon parti, tant il mêle incessamment le faux à ce qui est à peu près exact. Il y a aussi sur ce sujet, parmi les œuvres de Paracelse, un autre traité en deux livres sur les maladies tartaréennes ; mais ce traité est d'une origine douteuse (t), et d'ailleurs ne contient rien d'essentiel qui ne se lise dans le Liber de morbis tartareis. Voyons ce qu'est le tartre ou tartare.
« Toute humidité terrestre a, incorporée en clic, une matière qui a été créée par la nature et disposée pour la coagulation (2). Un exemple vulgaire éclaircira ce point : le vin vient de la terre et porte, innée en lui, la matière susdite. Dans l'opération de la coagulation, le coagulé se sépare du vin et adhère ;\ Tintérieur du vase ou du tonneau. Cette substance s'appelle tartare du vin. L'eau contient aussi un tartare qui se sépare subtilement de l'eau et se nomme tartare de Veau. On appelle aussi tartare du lait ce qui so sépare du lait. On tire également un tartare du suc des fruits et des plantes, c*est le tartare des sucs et des plantes; les légumes et toutes les choses humides que nous mangeons ou buvons dégagent
(1] De rnorbÎM er torlaro oriundis. 11 se compose d'un texte et d'explications tirées des leçons de Paraccisc, en 1527. Il est probable qu'Oporin, qui a publié ce texte et ces explications (le tout en latin), y a mis du sien. On y peut du moins recueillir^ et aussi dans les Scfiolin, sur cet ouvrafçe, les éléments d'un lexique pour un faraud nombre de mots bizarres employés par Paracelse. On trouve aussi à la suite du traité apocryphe De morbis metaUicis^ en trois livres, un tableau de la génération de la podagre. — Voyez encore Paramir,^ III : De orig, morb. ex tort,
(2) En toutes choses^ existe un élément mauvais {venenurn^ stercus sen excre^ mentum) et un élément bon {essentid}, \ji premier est séparé des parties assimilables par la dig^estion et par les poumons, et rejeté, en vertu de la providence de VArchée, par les organes excréteurs, à l'instar du charpentier qui rejette un morceau de bois pourri; tandis que les bonnes choses s'assimilent immédiatement au corps. Lorsque le travail de la sécrétion, de la transformation est troublé, on voit se former dans les substances liquides du corps, surtout dans le sang, une nouvelle substance visqueuse, imprégnée de sels terrestres, le tartre enfln (voy. Lessing^ § 48). Lorsque l'organisme opère l'excrétion avec une force coustante, la nature^ séparant les substances anormales, empêche la naissance de toute maladie tartariquc. Les éléments morbides continuant à s'accumuler dans le corps, la nature a recours à des procédés impétueux, violents, c'est-à-dire à des paroxysmes tarta« riqucs ou podagyriques, afin de rejeter du sang la matière morbide, comme fait dans les tonneaux le vin qui fermente et donne ainsi naissance au tartre. Il y a quatre espèces de maladies tartariques ; mais cette division repose sur les caractères les plus vagues : toutefois la description des diverses espèces de goutte et des maladies calculeuses est assez originale. Paracelse| enfin, a reconnu que ces maladies sont le plus ordinairement héréditairef .
auMi un tartare 1 . Ti:ile esl la géaératioo du Urtu«, Laqueile 2c5:^ la mémo qu»,- «l'i-îlô tiei pierKs. Le aom de tartjr-*, d-xmi a-cal.w.^-. pris de 11 rnati»r»: du lartare, doni les ^ariété^ sont co'^sti'.zér-i z^ 'j, nature ♦:t U: i'»::irc d»;* humidiî^s particulirrre*: es d autre* îeraicî. il": autant de tarlares rpath'i-I.-zique*] que d e^zt^ies de îarîares "i-hjîix:gique«j dari« le micrûcijâme '2). • ;Chap. 1. p. 1S3.}
« Tne 4»rtaine espèco de larian.- nait chez les femmes: il est de ce^\ espèces. r'ril'.i'd'iTK- q:.; il 5c produit de deux znaaières chez elle*: ci:':r: par lamaniiTii ordinaire, ii cst-i-dîre par la nourriture et lab.î»rc o : puis en rccc^arit et conreiunt le tartare des hoznmei ^par la cohabiutioa ei la conceptiusi] ('i . » Hhap. •>, p. 193.)
« Le tartare se transmet à IVnfant de la manière suivante: d ab^id par la nourriture, do s-^rto que, par elle, le fu-tus le conçoit dans le fein maternel, de la même façon que ce tartare s'engendre hors de l'ut tris [chez les personnL-s fixantes] -^5. ; ensuite par la force d'une semcoie corrompue disposée au tartare cl contenant le tartare en germe i«>\-, Cluand il s agît de la i^emence, on doit entendre tout cela du tartare dii sang, non du tartare étranger; en effet, ce dernier nest pas un héritage du sang : mais le tartare du sang se transmet héréditairement par !e sar.?: c'est une pnjpri-jté et unr affinité de l'homme, comme celles de latra^?mission [fjnmf&) du nez, des pieds, des yeux, etc. » i.Chap.7, p. 20*2.
(1) C't'St lu ffrnoratio eltimeuiina ou fxterna tnrtari quae descendit a mfitnf^.^.*u eiementorum (uoiirriturc, hoisïons;; par opposition à lu generatio c*yrp(>rfa ou interna, celle (|ui a s.'i sourrc dans uos humeurs mémos et qui tient à l*hérvtliie. {De morh,€J' tari, or,, I, i, 2 et 3. En lisant ce livre, on voit que le tartan' deTu-nu pour ain*>i dire, un^* fittion nu une abstraction,, qu'il t^st partout, dans \et \\fif'ert^^ sou» toiili- il"' tMriiii<. inêinc* sous ctlU'S qui ressemblent le moins à des comn-titits. ft qu'il t\pli(|uc It.'s maladies K's plus diverses. C'est aiuiçi que chaque idée qui vient à l'esiprit di; P.iracelsir l'Sl :iii<.«itôt transformi^e en l'ause universelle des maladies.
(2) Voj. 1h> morh. ps. tnit, or., 1, i, 1. — L'auteur explique ensuite à sa faroo. dans une siiito de clmpitres, le inod(> de formation de ces lartares^ même leur mi- (fration d'un point du corps à un autre. — Voyez aus<i dt'S doTeloppements analosues ilans le livre dont jr donne des extraits (chap. 2-5).
(3) Voir It's (iiiip. 10 et H. on l'auteur expose comment les aliments en^*ndrent le tarlare. et roininent: les aniniaux que nous mangeons deviennent eux-^mèmes tartarcux. An cli;i|ntre 12^ il affirme (juil n*y a pas de tartare qui ne contienne unt matière de sel miiuTal. Le*' maladies et les douleurs tartareuses ùifTèrcnt, eu égtrd à la nainn* [iropre du tartare, au mriiwi de l'esprit de sel et aux choses acridentelles.
(4) J'éparunr ;in lecteur le temps qu'il prendrait à parcourir, si je les mettais sous ses yeux, lis (Iiva}ration< de Paracelse sur la semence et sur le»* vaisseaux qui la contiennent. — Voy, an«5>i le cliap. 8, et /V morb, rx tari, or., I, iv, i et suîv,
(5) Le tartare imprègne renfanl du premier au troisième mois, et même plus tardivement, snivant que la formation du foîtus est plus ou nu>ins rapide. '^Cbap. 7.)
(6) Voy. l)e morbis ex tart, or,, 1, iv, 3.
MALADIES TARTARÉENNES. 87*
« Après la coction, la nourriture se divise en deux parties : Tune passe dans la cliair et le sang {ou se transforme en chair et en sang)\ elle devient uno liqueur familière à toutes les parties ou h tous les membres; l'autre partie est cxcrémentitielle, et Thomme l'expulse. Si cette opération se fait vite et bien, la nourriture ne cause aucun dommage et il ne se produit aucun tarlare. Mais, comme tout ne se passe pas toujours selon Tordre établi, on voit {dans la digestion comme dans la cuisine), que beaucoup de coctions pècbcnt par la cbaleur, quand la nourriture n'est pas transmutée selon Tordre naturel, et que, par suite, elle est, pour ainsi dire, brûlée et à moitié corrompue. » (Chap. 10, p. 212.)
a Quand le médecin voudra entreprendre la cure des maladies tartaréennos (1);, il devra d'abord mettre l'estomac en état do consumer tout ce qu'il rc<;oit, comme le feu consume le bois. On devra employer pour Testomac los rectificatifs^ les confortatifs et les altératifs ; autrement, on ne réussira point (2). Pour mieux me faire comprendre, je proposerai deux modes de préservation : Tun regarde le ventricule {estomac); Tautre consislo dans Tablation du tartare externe {celui îles aliments), afin d*empécher qu'il ne pénètre à l'intérieur. La préservation du ventricule s'obtient par les acetosa esurina, c'est-î^-dire par les acides artificiels ou naturels {eaux minérales) qui provoquent Tappétit (3). » (Chap. IC, p. 235.)
Après avoir blâmé l'emploi de prétendus dissolvants des productions larlaréennes disséminées, il vante ses mysteria, ses arcana, c'est-à-dire des solutions alcooliques de certaines substances dans Talcool, lesquelles opèrent en raison de la scientia signa ta (signature), ou science des analogues:
(1; Parncelso comprenant des maladies fort différentes^ calculs^ gfoutte^ afiectioni viscénilrs, donne (les signes et des pronostics très-confus. (Voy. chap. 13-lâ.)
(2) Le premier traité du li>re U De moi Ois ex tart, or., est en partie consacré au .s'tof une fins tnrtarowi et aux moyens de le rectiiicr. — Le reste du livre n'a que des Tjipports très-éloigués avec les maladies taHorcwses ; Tordre n'y règne guère ni le bon sens; on peut s'en assurer en lisant ce qui regarde la peste [maladie arsenicale), les jours critique'* mis en rapport avec les sels, les lièvres du foie et des reins cxpliquik>s cette fois par le tnrtare (11^ ii, 3, d, 1, et ni, d).
(3) Purueelse recommande les bains d'Kgcudin près Saint-Mauriti, ceux de Pfeffers, de ToepliU, suivant les degrés et les formes du tartare. Ces prescriptions ne s'accordent guère avec celle du De morbix ex tart, or, ; « Non bibct vinum acctum » reddens vel fèces ponticas cum ucetositate; nam in eo subjecta est tartari natura » per spiritum congelanda (I, v, 2). » L'auteur défend également Tusage du lait, du fromage et des eaux alcalines. De telles différences, portant sur des points si précis^ semblent prouTcr que leê deux ouvrages ne Tiennent pes delà même nain«
MA PABAGBLSE.
« Les médecins (ch. 19, p. 243) citent ce vers en fonne de proveibe: Nescit nodosam medicus curare podagram;
proverbe absurde et sans raison; la goutte n*estpas noueuse, mais tartaréenne. Ces grains, en effet, sont des grains de tartare; et Ton devrait plutôt les appeler tartare. Puis^ dans ce vers, le mot médecin est oiseux. Ceux qui se disent médecins et ne savent pas guérir le tartare, ne sont pas des médecins, mais des rluMdes, ou médecins vétérinaires (Rossàrtze)^ qui ne sont pas encore arrivés à la maturité, comme des prunes sauvages avant l'automne (1). Donc, si, ce que je ne suis pas du tout, j'étais poêle, je corrigerais ainsi ce vers :
Nescit tartaream rhoades curare podagram.
« Quant au traitement du calcul vésical qui vient de cause interne (2), et de ceux qui s'engendrent dans tout autre lieu, vous savez que c'est du tartare seul, duquel naît le calcul, que la médecine tire son efficacité (3); en d'autres termes, le mystère de l'arcane qui résout cette pierre et la ramène à sa matière primitive, réside dans le sang. En conséquence, le sang doit être immédiatement coagulé dans une fiole de verre au moyen d'eau bouillante, puis bien calciné ; on l'extrait avec son eau propre et on le rend volatil, afin qu'il ne reste rien en lui qui tende à monter. Ajoutez à cette préparation, par moitié, le liquide de la glace dure^ et administrez avec une seringue [dans la vessie]. La subtilité de ce remède est telle qu'il ne peut pénétrer dans les boissons (?], mais qu'il se dissipe et ne monte pas! 11 est bon et convenable de prescrire un régime et des bains, et, en outre, d'observer le processus du tartare étranger dans la vessie et les reins. Mais on ne doit point négliger les injections par la seringue ; c'est, en effet, l'arcane principal dans la pierre tartaréenne du sang natal. » (Cbap. 21, p. 2/i8.)
(1) Au chapitre 10^ il se moque des médecins subtils, ces humoristes qui s'imaginent expliquer avec leurs humeurs, même épaissies ou corrompues, ce que lui explique si merTcilleusemcnt avec son tartare, ne s'apercevant pas qu'il se paye de mots comme les anciens, n'ayant pas d'autres moyens qu'eux (et encore moins) de changer les explications qu'on donne des maladies.
(2) Dans le chapitre 20, Paracelse appelle la médecine une caverne de voleurs, car les baigneurs, les barbiers, les chirurgiens, et autres gens de même volée, méprisent les spécifiques contre la pierre dans la vessie qui vient des aliments (le meilleur est : Oieum feUis terrae, liquor iyncis, spongia, judaicus, canari), taillent à tort et à travers, ayant soin, touterois, de se faire payer moitié d'avance, car ils sont bien sûrs de l'insuccès dans la plupart des cas.
(3) En vertu de la science de signature ou des semblables par les semblables, mais dans un sens différent de celui des homœopathes.
COLONNES DB LA MÊDBailB. SM
Il Tout Ce qui liquéfie l'or et le réduit eu résine (et ce ne sont pas seu^ lement les corrosifs) peut aussi réduire les tartares siliceux, marmoréens, etc., tels qu'ils sont engendrés dans les reins et la vessie. » (Chap. 21, p. 2/i8.)
Contre le tartare goutteux^ granuleux (que les rhoades appellent noueux), il y a cinq arcanes souverains : la gomme, la résine, le mariyana, le masticatorium olivum, l'extrait de téréniabin {graisse de manne) ; ils résolvent cette espèce de tartare en liqueur et aquosité. (Chap. 19, p. 2&A.)
DeH véritablcA toademeiito on eoloiuie« de la médeeine. — « Nous savons (1) qu'il est libre à chacun, en mettant en avant, sur quelque point que ce soit, dès idées plus saines et meilleures, d'attaquer en même temps les opinions contraires comme fausses et dangereuses, et de les réfuter. Mes écrits renferment des choses tout à fait supérieures à celles qu'on lit dans les autres auteurs. Ce n'est, en effet, qu'aprôs une longue observation et une aussi longue expérience (!) que j'ai tracé la dernière lettre de mes ouvrages. Je me crois donc assez garanti contre toute attaque. Selon moi, j*ai trop peu écrit ; mes adversaires trouvent que j'ai trop écrit. J'ai écrit surtout contre les imposteurs et contre les remèdes grossiers et sans valeur que les médecins tirent des bois, du vif-argent et autres ingrédients violents (2). J'ai attaqué les chirurgiens pour la témérité et la cruauté avec laquelle ils corrodent, coupent ou brûlent (3), et, par amour du bien public, j ai dévoilé l'ignorance des uns et des autres. J'ai aussi écrit d'autres ouvrages que la calomnie n'a pas épargnés, mais dont mes adversaires rongent les miettes sans oser mettre la main jusque dans le plat. A cause de cela, ils me couvrent d'un tel mépris et d'une telle ignominie, que peu s'en faut qu'ils ne me relèguent aux iles de Ponce-Pilate. Mais étant en sûreté dans la Germanie et croyant pouvoir être utile à ma patrie, j'expose devant vous tous la base et le fondement sur lequel s'élèvent et s'appuient les colonnes de ma médecine. » {Préf., p. 2.)
C'est bien là le ton d'un professeur de place publique.
« L'art lui-môme, ajoute notre énergumène, ne crie point contre moi. 11 est, en effet, immortel et s'élève sur un fondement tellement solide,
(1) Ce qui suit est tiré du Paragranum (0pp., t. 11^ p. i et suiv.).
(2) Paracelse lui-même se sert de tous ces remèdes.
(3) Nous Terrons tout à l'heure ce qu'il faut penser de la chirurgie de Paracelse^ dont Haller {Bibl. chir.) a dit : « Certe arti pluriroum nocuit, cnm a maKOla manut opéra ad emplattra et alia medicamenta animos bominuin revocaret. »
M2 ffAlAGELSE.
que la terre et le ciel teront anéantis avant qu'il périne et dûputiHe. Mais, puisque la médecine elle-même m'offre la paix, pourquoi seraii^je ému par les clameurs de médecins caducs 7 » {Prif.^ p. 3.)
Le ciel et la terre demeurent, et les rêveries de Paracelse ont passé.
« Cet écrit repose sur quatre colonnes, à savoir : la philosophisy Vattroncmie, Valchimie et la vertu. Mes adversaires méprisent la philosophie^ l'astronomie, l'alchimie et les vertus. Comment donc le malade ferait-il cas de ceux qui rejettent ce qui doit le guérir 7 La mesure dont ils se servent sera employée contre eux, et ils seront confondus par leurs propres œuvres. Le Christ était le fondement du salut, et cependant il élait méprisé. Mais ce méprisé finit par si bien opprimer ses contempteurs, qu'ils furent anéantis et Jérusalem avec eux. » {Préf., p. 3.)
On ne saurait montrer une plus profonde humilité ; elle se révèle encore dans les lignes suivantes :
« La même raison qui me fait proposer ces quatre colonnes doit vous les faire admettre aussi. Vous me suivrez et Je ne vous suivrai pas. Vous me suivrez, dis-Je, toi Avicenne, toi Galien, toi Rhasès, toi Montagnana, toi Mésué. Ce n'est pas njioi qui vous suivrai, mais vous qui marcherez à ma suite, vous médecins de Paris, de Montpellier, de Suède, de Hisnie, de Cologne^ de Vienne, des bords du Rhin et du Danube, des îles maritimes, médecins italiens, dalmates, athéniens, grecs, arabes, juifs. Je ne vous suivrai pas, mais vous me suivrez, et aucun de vous, en quelque lieu qull se cache, n'évitera que le chien ne lève la cuisse sur lui. Je serai monarque, j'administrerai une monarchie. Voilà ce Cacopkraste, comme il vous plaît de m'appeler. Vous mangerez de cette m » [Préf.^ p. à.)
Le mot y est ; mais il faut être Paracelse ou poète pour oser récrire.
« Je le dis une bonne fois: vous n'êtes pas des médecins, mais des sophistes; et je le prouve par ce seul fait que vous tous ensemble^ et à l'aide de tous vos livres, vous serez embarrassés pour juger ce que présage la moindre partie d'urine qui vous sera présentée. Si vous ignorez la science uroscopique, que serez-vous, sinon des serviteurs qui recevez d'une dame docteur des aumônes pour acheter des sandales, ce qui est aussi le propre de l'entremetteur 7 La nature de la médecine est telle qu'elle exclut toute ambiguïté et tout mensonge. '— Rien de ce qui vient de Dieu n'est imparfoit; il a créé le médecin parfait, il ne l'a pas livré à l'incertitude (I). » {Préf., p. 7.)