COLONNES DE LA MÉDECINE : ASTRONOMIE
puisés sans retour? Jamais et nulle part les Éléments ne tout p«i
malades, mais le corps est malade. Ainsi le scorpion guérit son scorpioDi le rôalgar son réalgar, Mercure son mercure, la mélisse sa mélisse, le cœur le cœur, la rate la rate, le poumon le poumon ; non le cœur d'an porc, la rate d'une vache, le poumon d'une chèvre ; mais membre à (pour) membre de l'homme lui-mOme et aussi de l'intérieur (de l'homme ezté^ rieur et intérieur?). » (P. 27.)
Deuxième colonne de là médecine : Astronomie. — Après avoir montré que Thomme est semblable aux astres, que le ciel opère en nous, que le médecin doit connaître le ciel et les astres; après avoir tourné en dérision les humoralistes^ qui se plaisent dans la sentine des humeurs, n'étudient que les excréments, et dont toute la science est dirigée vers les clystèrcs, les purgations et autres remèdes semblables, Paracelse s'efforce cbaritablemeoi (rélever leurs regards vers le ciel (1). C'est là qu'est caché le principe fondamental de la médecine; c'est là que, jusqu'alors dévoyés, les humoralistes trouveront le chemin qui conduit à la vraie thérapeutique et les détournera des traitements pleins de déception qu'ils ont appris de leurs maîtres. Puis il ajoute :
« (}uoi de plus beau, en effet, quoi de plus honnête, de plus excellent (\\\ un méi^cin certain et pénétré de son art? Ce ne sont ni une parole ronflante, ni le capuchon, ni un nom prétentieux qui constituent l'art; cria ne sert qu'à écorcher les malades ; aussi, à votre honte, vous appellel-on bourreaux et corrupteurs. Ne croyez pas que, par Avicenne, vous soyez suffisamment instruits, que par (àalien tout vous soit connu, que paf Mfsué rien ne vous échappe. Avec tout cela, vous ne devenez pas, à beau- K'i}\\\\ prùs, aussi utiles (et vous en conviendrez, si vous voulez être francs), qui' Pierre de Crescenliis, aux paysans; c'est exactement comme si, pour devenir musicien, on se contentait d'étudier Dannhauser (Tannhauser), ou la noble dame de Weissembourg. » (P. 33*)
Tout cela serait peut-être bon si ce n'était pas Paracelse qui voulût se substituer à Galien; les vrais réformateurs, ceux qui ont détrôné Galien, ont opposé des faits et des expériences aux raisonnements, et non pas des diatribes et de pures rêveries.
(( Nous en sommes venus, s'écrie Paracelse (comme autrefois Pline^ poursuivant les médecins grecs de ?u haine et de son mépris); nous en sommes venus, par le fait des écrivains, à être forcés d'aller chercher au
(i) Voyez plus loin, page 395, ce qui est dit d€ Vêtu
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delà des men la rhubarbe et les dattes (hermodactyles). De ce béamsmt est née la témérité des apothicaires qui négligent la nature et la sdence des médicaments. Il en est de cela comme de quelqu'un qui prendrait un avocat, lorsque lui-même a une bouche et une langue suffisantes, parce qu'il lui manque l'habileté et l'habitude de la parole. Mais la gentiaoe peut devenir rhubarbe, comme un rustre peut devenir docteur. N'oubliez pas que, de môme que l'organe de chacun peut être formé et dirigé, de même la nature peut être disciplinée. Les médicaments poussent dans les Jardins près des maladies auxquelles ils conviennent. Lorsque parurent les expérimentateurs et les humoralistes, ils osèrent imposer aux Allemands la médecine grecque. Mais il en est de cela comme des étoffes: plus elles viennent de loin, plus elles sont estimées ; celles que nous avons sous la main et qui garantissent également du froid, sont négligées et à vil prix. En quoi les unes sont-elles préférables aux autres? L^opinion et la volonté, ou plutôt la stupidité y trouvent seules une différence ; ce n'est également que par suite d'une illusion d'optique qu'on sait discerner une plante qui natt à une distance de plusieurs centaines de milles et qu'on ne volt pas celle qui est à ses pieds. Mais le ciel est aussi bien à nos pieds qu'à mille milles plus loin. V Ascendant peut trouver le malade pour l'étrangler, V Ascendant peut aussi trouver le malade pour le sauver. Ces deux termes : là où est la maladie, là est le remède ; là où est le remède, là est la maladie, sont similaires. » (P. 40.) — Yoy. plus loin, p. 398.
Tous ces mots, à peu près vides de sens, sont faits pour toucher les sols et les ignorants, mais non les médecins, qui sont fort heureux d'avoir le quinquina conlre les fièvres intermittentes; Paracelse lui-même se servait de trop de substances étrangères pour avoir parlé sérieusement. Ce sont vaines déclamations de charlatans, éclats de voix ronflants dont Paracelse se moquait tout à l'heure (1).
Troisième colonne de là médecine : Alchimie. — « Sans une connai»sance parfaite de l'alchimie, le médecin emploiera en vain toutes les ressources de son art (2). La nature est tellement active et subtile dans ses œuvres, qu'eUe ne se laisse pénétrer qu'au moyen d'un art profond
(1) Bremer (p. 49] remarque que Paracelse^ d'une insupportable prolixité, forge ou emploie souvent les mots^ comme le font les enfants, sans que ces mots, qui ne dérivent de rien, représentent aucune essence des choses. — A. F. Hecker avait dit, de son côté, qu'on ne fonde pas un système quand on se sert d^un pareil langage et qu'on n'a pas de culture scientifique.
(2) Il y a bien^ au dire de Paracelse, quatre colonnes pour soutenir la médecine ; mais il semble que chacune de ces colonnes suffisait à soutenir l'édifice, car, à propos de chacune d'elles^ il dit que c*est tout l'art.
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et sublime. Elle ne produit rien qui soit instantanément parfait, mais elle laisse à Thomme le soin de perfectionner. On donne à cette perfection le nom d'a{cAtfnie(l). Le boulanger est alchimiste en ce qu'il cuit le pain; le vigneron^ en ce qu'il fait du vin; le tisserand» en fabriquant des étoffes. Ainsi, celui qui prépare, pour Fusage auquel elles sont des* tinées, toutes les productions que la nature fournit à l'homme pour son utilité, celui-là est un alchimiste.» (P. 43.)
« Puisque la médecine (le remède) n'est rien sans le ciel, il faut qu'elle soit dirigée par le ciel ; et cette direction n'est autre chose que la destruclion par toi de la terre qui existe en elle ; le ciel, en effet, n'aura d'influence sur la médecine qu'après la disparition de cette partie terrestre. Après cette séparation, la médecine, entrant sous la dépendance des astres, est régie et protégée par eux. Ainsi, celle qui a trait au cerveau est conduite au cerveau par la lune ; celle qui concerne la rate y est amenée par Saturne; celle qui est consacrée au cœur y est conduite parle soleil. Vénus régit les reins, Jupiter le foie, Mars la bile. Il en est de môme des autres organes. Car, remarquez : que sera le traitement que vous employez pour la matrice d'une femme, si ce traitement n'est pas dirigé par Vénus; le traitement du cerveau, s'il se fait sans l'influence de la lune? De môme pour tout En dehors de ces influences, les remèdes resteraient dans l'estomac, et, rendus par le bas, ne produiraient aucun effet. D'où il suit que, si le ciel t'est moins favorable et se refuse à diriger ton traitement, tes soins seront inutiles. Le ciel doit en ôtre le modérateur. Puisque l'art est ainsi constitué, il ne faut donc pas dire : la mélisse est une plante matHcaU; la marjolaine est capitale ;c*es{ le langage des ignorants. Ces qualités viennent de Vénus et de la lune. Voulez-vous avoir ces qualités telles que vous les souhaitez, il faut que le ciel vous soit clément et propice; autrement l'effet sera nul.» (P. 45.)
« Puisque le ciel, et non le médecin, dirige par les astres, il faut que la médecine {le remède) soit réduite en air pour qu'elle puisse ôtre convenablement régie par les astres. Quelle pierre est attirée par les astres 7 Aucune^ mais seulement ce qui est volatile. D'où plusieurs ont cherché, par l'alchimie, un cinquième ôtre qui n'est autre chose que la séparation des quatre corps élémentaires d'avec les arcanes ; ce qui reste est un arcane (2).
(i) Les mots sont presque toiyours détournés, sans doute à dessein, par Paracelse, de leur signification ordinaire.
(2) La quintessence ou esprit de vie. On a voulu voir, dans cette recherche de la quintessence, un des principes fondamentaux de la médecine moderne, qui oppose aui éléments morbides les éléments des remèdes ; mais de quels nuages impénétrables cette idée n'est-ellc pas enveloppée dans le cerveau de Paracelse ? Pour lui, c'est plutôt une question de spécifiques ou remèdes secrets : Une seule chose est nécessaire, dit-il, faites des arcanes et dirigez-ies vers ia ^cJ^die ; avec cela on guérit l'apoplexie, la paralysie, la léthargie, le mil cadn^ u nMffile, U phréaéiiè
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. « Que mes écriti ne soient point pour vous une pierre d'achoppemenl. parce que je suis seul, que mon enseignemeut est nouveau^ et que je saiîi Allemand; c'est par mes écrits et non par d'autres qu'où peut apprendre l'art de la médecine; tout ce que je vous demande, c'est de les lire atec attention. ■ (P. 57.)
C'est ce que nous avons fait, et cette lecture ne nous a pas engagé à souscrire pour la couronne que Paracelse se tresse.
Quatrième colonne de la médecine : De la propriété^ cesià'dire des qualités^ des vertus du médecin. — Je n'aî point à m'arrêter sur ce chapitre. On y voit que Paracelse possédait toutes les qualités requises pour constituer le bon, le vrai iné decin; ces qualités, il les refuse tout naturellement à ses confrères, présents, passés et même futurs. — Des colonnes nou< passons aux sectes de la médecine.
« Nous (1) nous attacherons d'abord au traitement des maladies .ivan! de chercher à connaître leurs causes, puisque le traitement nous montrt' ces causes comme avec le doigt. » (Libellas prologorum, l, i, 1.)
Hippocrate a dit que quelquefois le traitement démontrait la nature ou la cause de la maladie, mais ce n'est qu'un moyen accidentel de diagnostic et non pas l'application d'une règle générale de pathologie. D'ailleurs Paracelse est très-infidèlc à son principe, puisqu'il passe tout son temps à chercher les causes morbides dans le ciel et dans le sein de la terre : je veux dire dans son imagination.
et la inclaucolie, maladies cuntrc lesquollos irunt jamais rieu pu les droj^uos dts apothicaires, les cuisines des parfumeurs, doublement ânes, eux et leurs niaîlre«*. (P. 52.) — Ce qu'il dit sur les vertus qu'acquièrent les substances médicauiiMitoiist'H eu raison de leur changement de couleur (p. 51} est à peu près incomprélieiisiblc; ce qu'il ajoute sur la puissance des médicaments métalliques et sur la nécessité de les faire passer par le feu ne révèle pas non plus des connaissances chimiques bien avancées ni bien nettes. D'ailleurs, rieu de cela n'était nouveau. On pourra lirt*, pour avoir une idée complète de cette doctrine de la quintessence, le traité paraceltique intitulé Archidoxes.
(1) 1^8 extraits suivants, jusqu'à indication du contraire, sont tirés du Parumi^ rutn ; De medica industria (flpp,^ t. I, p. 1 ctsuiv.). Comme les chapitres sont courts dam ce livre, je n'ai pas indiqué les pages.