LES CINQ SECTES DBS MÉDECINS. S
ce 11 existe cinq modei de Iraitcment, en d'aulrei tennei, cinq médecines {cinq espèces de traitement) ^ ou cinq arts, ou cinq facultéi, où cinq médecins. Chacune de ces cinq médecines, prise en soi, est capable dé
guérir toutes les maladies (1). » (LibelL proL , i, 1.)
(( I) ubord, si vous voulez être médecin, réfléchissez qu'il y a deux mé« (leciiies : la médecine du corps ou physique, et la médecine chirurgicale: non qu'ell(*s aient deux origines, mais en raison d'une division {au moim apparente); chacune n sa cause en olle-m(7me. La fiùvre, en effets et la poste (2;, quoique ayant la même origine^ sont cependant distinctes; uno partie produit la pourriture à l'intérieur, comme dans les fièvres, et rentre dans lu médecine du corps (médecine interne); l'autre se tourne m peste, c'est-à-dire qu elle va du centre vers le dehors. Toute affection qui \a du centre à la périphérie est du domaine du physicien [médecinY; i-elle qui va de la circonférence au centre est dans les attributions du chirurgien. » {Prolog., ï, 2.)
II semble que ces deux propositions devraient être justement reloui^nées, car la chirurgie s'occupe encore plus des aOections ({ui vont du centre à la circonférence que de celles qui suivent la route contraire. Mais, pour Paracelse, la chirurgie consiste particulièrement dans le traitement des blessures et des plaies; ov les blessures et les plaies se dirigent, en effet, de la circonférence au centre, tandis que les affections médicales se révèlent par les symptômes qui marchent du centre à la périphérie. L'auteur dit lui-même un peu plus bas : Ce qui va vers leti rmonctoircs naturels est médical, ce qui occupe les émonctoires non naturels est chirurgical ; tout ce qui est visible, eu égard à sa place, est lépulc vulnus (c'est-à-dire blessure et plaie) et chirur<,'ical ; tout ce qui est caché dans la profondeur des parties appartient au médecin (physicus).
(1) G'ost-tt-(Iirc ptis.'i'e pour gmirir ioxiic» los inuludios; car, ainsi qu'on va le voir, Paracelse n'admet pas les cinq sectes. An ProL 2, il est dit que les cinq genres de traitement répondent aux cinq genres de causes. — Vny. rcxplication, p. 392.
(2; Dans le traité De prsle ad civitatem Stt'rzi/igtfmejn, qui ligure, mais peut-être à tort, parmi les œuvres de Paracelse, on dislingue deux pestes : l'une (ce n'est pas la peste) est intérieure ; elle est combaUue par des moyens qui ne dilTèrent guert de ceux dont ou se moque; l'autre, la peste à bubons, contre laquelle on vante le crapaud (voyez p. li2U) et autres arcanes. La propliyluxie consiste moins dans 1«
purification de l'air que dans la confortation du corps. Les chances de salut sont calculées d'aprè> les astre».
3tS RAIACELSE.
« Quant aux sectes des médecins, la chose demande à être examinée avec beaucoup d'attention. Ils sont partagés en plusieurs ordres; mais les sectes sont au nombre de cinq, et par conséquent il existe cinq mé* thodes de traitement. 11 y a même, pour les causes de toutes les maladies, cinq origines; mais, à cet égard, il n'y a qu'une secte : c'est-à-dire que chaque secte prise isolément doit connaître ces cinq origines. Remarquons cependant que c'est seulement en raison du traitement que 1 on compte cinq sectes; quant à l'intelligence et à la connaissance des causesy il n'y a qu'une secte. » {Prolog, j I, 2.)
On voit qu'ici, à quelques pages de distance, Paracelse tient un langage assez différent sur Timpor tance des causes.
« On appelle naturels les médecins qui appartiennent à la première secte, parce qu'ils fondent leur traitement sur la nature des plantes, eu égard à la concordance harmonique de leurs vertus (opposition des con^ traires entre le remède et la maladie). Ainsi ils traitent le froid par le chaud, lliumide par le sec, la plénitude par la diète, l'inanition par la plénitude, selon que la nature leur apprend à combattre chaque chose par son contraire. Avicenne, Galien, Rhasès, leurs commentateurs et leurs parti* sans ont appartenu à cette secte. — Les médecins spécificiens forment la deuxième secte; on les appelle ainsi parce qu'ils traitent toutes les maladies par la forme ou par l'être spécifiques. De même que l'aimant attire le fer non par l'effet de ses qualités élémentaires, mais par une force spécifique, ainsi ces médecins guérissent toutes les maladies par la force spécifique des médicaments. Dans cette même classe sont compris les expérimentateurs que, par raillerie, quelques-uns appellent emptri^ue^Ci) ; on donne aussi cette épithète de spécificiens aux médecins naturels en ce qui concerne la purgation, car ils changent de secte en admettant la spécificité occulte de ces médicaments sur chaque humeur.
« La troisième secte se compose des caractéraux. Ils fondent leur traitement sur certains caractères qu'ils trouvent ou dans leurs livres, ou que le traitement lui-même apprend à connaître. Leur action peut s'expliquer par cette similitude : si l'on dit à une personne de courir et qu'elle coure, cette opération se fait par la parole ; de même aussi la cure par les caractères. Albert le Grand, les astrologues, les philosophes et d'autres en grand nombre ont été les auteurs et les praticiens de cette secte.
« La quatrième est celle des spirituels. Cette dénomination vient de ce que ces médecins savent si bien maîtriser et contraindre les esprits des herbes etdes racines, qu'ils guérissent etsauvent la personne que ces esprits ont envahie et rendue malade ; comme le Juge qui a fait mettre quelqu un dans les fers est le seul médecin de ce captif, car les fers et les clefe sont
(1) C'est dans cette secte que se range Paracelse. *
i£S CINQ SECTES DES MÉDEGDIS. — LIS GIIIQ ftnBS. SIS
du ressort du Juge, et il les ou?re quand il veut. Ainsi les makdes, 116s .pour ainsi dire, sont délivrés par les esprits des herbes, si cenx-ei se putréfient ou sont consumés, ainsi qu'on le dira dans un livre spédal. Hippocratc et d'autres qu'on ne nomme pas firent partie de cette secte. » (Prolog., I, 3.)
Non, mille fois non, ce n'est pas Hippocraie, mais Paracelse qui fait partie de cette secte. Voici encore d'autres monstrueuses hérésies historiques :
« Quoiqu'on ne trouve rien dans vos livres qui s'accorde avec ce que J'ai avanc<^, sachez cependant qu'Hippocrate, bien qu'il ne le dise pas, penchait beaucoup plus vers la secie spirituelle que vers la secte naturelle, Galien aussi avait plus de goût pour la médecine carcictérique que pour la médecine naturelle. On peut en dire autant des autres. Ces facultés ou mystères sont vraiment les merveilles de Part, et cependant on les met sous le boisseau ; on prend la voie la plus longue, que ceux*ci mflchent et ruminent. » (ProL, II, 1.)
« On donne le nom de fidèles aux médecins de la cinquième secte (dans laquelle encore on doit ranger Paracelse), parce que c'est parla foi qu'ils expulsent et guérissent les maladies, comme la croyance à la vérité peut rendre la santé. Jésus-Christ et ses disciples ont mis ceci en pratique. Plus tard je ferai paraître, sur ces cinq sectes, cinq livres conclusionnels, et vous y trouverez les enseignements nécessaires pour les bien comprendre. » {Prol.y 1, 3.)
Ces livres n'ont pas été publiés, et nous n'y perdons sans doute pas grand'chose. Les idées que trois au moins de ces sectes représentent ont germé dans quelques cerveaux fêlés, mais jamais elles n'ont fait partie de la science régulière ; quant à l'emploi des spécifiques (deuxième secte), il est consacré dans la médecine galénique, comme dans celle qui l'a remplacée, mais seulement comme une fraction de la thérapeutique, et non pas à titre de secte spéciale, si ce n'est dans les mains de Paracelse ou des charlatans.
M Le livre des êtres. — Apprenez aussi qu'il existe cinq êtres {entia) par lesquels sont faites et produites toutes les maladies. Ces cinq êtres désignent cinq origines, il y a cinq origines d'où sort une certaine origine respective, laquelle a assez d'efficacité en soi pour la production de toutes les maladies passées, présentes ou futures. » {Prolog.y II, 2.)
En d'autres termes, chaque ens peut produire chaque maladie. Ainsi, il y a cinq pestes, cinq hydropisies, cinq jaunisses, cinq
SM PAEACBL8£.
fièvres, cinq cancers, et le reste, non en égard & leur genre, à ieur forme, à leur essence, à leur espèce, mais eu égard à leur origine ou dépendance de Tun ou raulre des cinq étres^ attendu que noire corps est soumis aux cinq êlres, et que chaque être contient toutes les maladies, ainsi que noire corps, sous sa domination. On verra plus loin que cette division quinquenaaire n*avance pas beaucoup la connaissance des caractères dilTérentiels des maladies et de leurs subdivisions, et qu*on en a tiré pour la thérapeutique les plus étranges conséquences. Mais poursuivons :
a L'ôtre (ens) est une cause ou une chose qui a le pouvoir de régir le corps Chaque être ist ainsi constitué, que toutes les maladies, sans exception, en dépendent. Des feux quintuples régissent notre corps ou le menacent, car il est constitué de manière qu'il peut être envahi et rendu malade tantôt par l'un, tantôt par l'autre. Ainsi, lorsqu'un médecin se trouve en présence d'un paralytique, il doit avant tout chercher par quel feu, par quel être est produite la paralysie (!). Le résultat prouvera Taveuglementdu médecin qui ne comprend pas ce qui vient d'être dit, puisque la guérison ne se trouve que là. » {Prolog., Il, 3.)
Bien aveugle en effet serait le médecin qui ne verrait pas clair dans ce gaUmatias !
« Notre premier traité du Paramire enseigne quelles sont Tessonce et la vertu des astres. Cette vertu agit sur notre corps de telle façon, qu'il est soumis à toutes leurs impressions ou actions. Cette vertu des astres s'appelle être des astres {ens astrorum, ou astrale); et c'est le premier de ceux qui nous régissent.— La deu\i(>mc vertu ou puissance qui nous remue violemment et nous jette dans la maladie, est VHre du poison {ens veneni), A propos de cet être, vous remarquerez que, quoique l'être astral luimême ait une influence salutaire sur nous, et qu'il ne nuise en rien au corps, cependant l'élre du poison peut nous être préjudiciable! Étant, en quelque sorte, sous sa dépendance, il nous faut subir son influence, et nous ne pouvons l'éviter. — Il y a une troisième vertu qui abat et affaiblit notre corp:*, quoique les êtres dont on a déjA parlé aient sur nous une influence salutaire et favorable. Cet être se nomme être naturel {em naturale), il se manifeste quand notre corps nous rend malades par son dérangement ou sa mauvaise complexion. C'est donc par lui que sont produites en grand nombre des maladies diverses; je dirai même, toutes les maladies sans exception, quoique les autres êtres soient bien disposés. •— Le quatrième être s'entend de Véire des fmissantt esprits {ens de poten-