DE LA CHIROMANCIE
La chiromancie, ou l’art de prédire les choses futures, et mieux, la destinée de l’individu, par l’inspection des lignes de la main, se pratiquait chez les peuples de l’antiquité la plus reculée, et particulièrement chez les Chaldéens, les Assyriens et les Égyptiens. La peuplade juive posséda, dit-on, à elle seule, des milliers de chiromanciens. Job et Salomon parlent même de cet art comme s’étant perfectionné chez les Hébreux. Les Grecs et les Romains en, firent grand cas : l’empereur Auguste passait pour un chiromancien émérite.
Une foule d’auteurs ont écrit sur là chiromancie des choses aussi bizarres que puériles ; tous croyaient ou feignaient de croire à ce moyen divinatoire. Nous citerons entre autres : Démérite, Aristote, Artémidore d'Éphèse, Chalchindus, Albert le Grand, ScqR, le cardinal d’Ailly, Savonarole, Corneille Agrippa,
Cardan, Adamantins, J.-B. Porta, Avicenne, le p. Niquet, et beaucoup d’autres que nous signalerons plus loin.
La chiromancie offre des rapports intimes avec l’astrologie. En effet, la main est divisée en plusieurs régions, et chaque région subit l’influençe d’une pla-
nète :
Le pouce reconnaît l’influence de Vénus. L'index appartient à Jupiter.
Le médius — Saturne.
„ L'annulaire -r- Soleil.
L'auriculaire — Mercure ,
Les éminences thénaret/iypothénarh la Lune.
Le centre de la main, à Mars.
Dans la paume de la main, on voit le grand triangle, formé par la ligne de vie, la médiane et l’hépatique. Ces trois lignes règlent fatalement les fonctions physiques et intellectuelles de l’individu.
La ligne de vie , placée entre le pouce et l’indei, étant profondément creusée et marchant sans interruption, jusqu’à l’articulation métacarpienne, est up signe certain de longévité. Si le sillon de cette ligne est peu marqué, s’il s’interrompt dans sa course, hélas!... vous aurez le sort de la fleur éphémère, quj ne vit que quelques soleils. Mais, consolez- vous, cela veut dire quelques lustres.
La ligne hépatique qui forme un des grande côtés du triangle, selon sa profondeur et sa régularité, an-
nonce une âme élevée, un caractère franc et généreux. — Une interruption dans son trajet indique un caractère emporté, fougueux! — Son peu de profondeur est un indice de tristesse, d'humeur mélancolique.
La ligne médiane, qui sert de base au triangle, étant bien dessinée, on peut en augurer un caractère gai, doux, mais enclin aux plaisirs sensuels.
Le pouce est, d’après les plus habiles chiromanciens, le doigt préféré de Vénus. Savoir pourquoi? Ils ne vous le disent pas... Mais ils vous assurent que si les lignes y sont nombreuses, si elles forment des ellipses, des demi- cercles, vous serez adoré des femmes.— Ces lignes sont-elles circulaires, embrassentelles la totalité du pouce, pauvres amants, infortunés maris, tenez-vous sur vos gardes ; c’est le signe évident d’une trahison, d’une infidélité. Les cabalistes nomment ces lignes circulaires Vanneau de Gigès.
La chiromancie a eu ses docteurs, ses illustrations; depuis les Chaldéens, chez lesquels, dit-on, cet art prit naissance, jusqu’à nos jours, une multitude d’individus se sont exercés à lire l’avenir dans la main de leurs semblables ; mais n’est-il pas étonnant que bon nombre d’hommes éclairés aient consacré leur plume à l’enseignement de ces chimères? Parmi ces derniers, les plus remarquables sont :
Le prolixe Corvœus , auteur d’un ouvrage dans le-
quel il prouve qu'il existe cent soixante-dix espèces de mains ;
Patrice Tricassus, qui en reconnaît quatre-vingts; lsaac Kemkcr, qui en fournit soixante-dix;
* T aimé rus, quarante;
Inclagine, trente-sept ;
Le docte Jean Cirus, vingt;
Le sage Compostus, huit;
Perruchio, sept ;
Pamphilius, six ;
Et Jeun Belot, quatre seulement.
Ce qui fait quatre cent quarante-deux mains. Maintenant, si l’on ajoute à ce chiffre :
Neuf lignes principales,
Vingt-sept lignes secondaires,
Et soixante et onze lignes tertiaires,
On arrive au chiffre de cinq cent quarante-neuf mains ! élude obligée de tout bon chiromancien.
Lorsqu’on vous dit : tel chiromancien a fait plusieurs prédictions qui se sont réalisées et qui sont devenues historiques, répondez hardiment : — « Ce n’est pas sur les lignes delà main qu'ils ont basé leurs prédictions, mais bien sur la connaissance du passé et du présent. » Avec cette connaissance, on peut, jusqu’à un certain point, arriver à connaître l’avenir. Voyez, à ce sujet, nos Mystères du magnétisme, où cette question est sérieusement traitée et résolue. Indiquons maintenant ce qu’il peut y avoir de
rêfeVdahs la chlromàncië. Le véritable art de deviner les penchants des hommes se trouve dans la physionotniè : c’est dans la forme, le volume, la direction et la couleur qu’est cachée la vérité.
La forme et le volume de la main varient à l’infini, selon l’âge, le sexe, le tempérament, la profession et l’état de santé. Il est certain qu’on reconnaîtrait à l’inspection de la main une femme travestie en homme; un paysan sous l’habit du dandy et le citadin efféminé sous le sarreau de l’artisan. — La main d’un sujet bilieux diffère de celle du iymphatiquè: les veines sonttrès-développées chez le premier et presques effacées chez le second. — Les saillies tendineuses, les maculations et callosités, l’épaisseur, la force, la délicatesse de la main, feront reconnaître si l’individu est homme de travail manuel ou homme de cabinet C’est ce qui a fait dire que l’homme por- . tait dans ses mains le cachet de sa condition sociale. Ainsi, les mains épaisses, tendineuses, osseuses, dures et calleuses annoncent le travail physique; tandis que les mains délicates, effilées, à peau fine, sont un signe d’inaction de ces organes. — Les grosses mains, armées de doigts crochus, décèlent tantôt d’ignobles sentiments et tantôt une économie sordide; la grossièreté, la brutalité. — Les mains allongées, dont les doigts sont bien faits, se rencontrent communément chez les personnes d'esprit, douées d’un caractère aimable et facile. — Une main mignonne.
Dit
des doigts effilés, des ongles entretenus avec soin distioguent une personne bien élevée et font juger de la propreté générale de son corps. Des mains mal soignées, des ongles négligés font naître des idées contraires.
Dans ses mouvements, comme au repos, la main peut rendre une série d’expressions variées : sa position-tranquille annonce le calmé, ses flexions et contractions expriment les passions ; ses divers mouvements suivent les impulsions de l’âme; en un mot, le geste de la main est, après la voix, le signe le plus naturel et le plus ordinaire de nos affections.
Réduite aux proportions physiognomoniques, la chiromancie devient un art d’observation qui mérite créance, puisqu’il ne choque point la raison, Ici, les faits peuvent s'expliquer par la physiologie; tandis que là, on vous dit ; Ça est, parce que ça est. Mais, comme on veut, aujourd’hui,vériüer avant de croire, on rejette ce qui est absurde et on n’accepte que les choses possibles. L’inorédulité est la maladie du siècle, disent les apologistes du merveilleux; d'accord, mais avouez que cette maladie en évite de bien plus graves, de bien plus redoutables à l’humanité; je veux parler de celles que la crédulité traîne à sa suite ; les superstitions l