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quables découvertes et l’habileté avec laquelle il les appliquait.
Les talents et l’adresse de Robertson lui acquirent une grande célébrité : il parcourut les diverses capitales de l’Europe, étonnant tout le monde par ses représentations fantasmagoriques. Il faisait, à volonté, descendre les anges du ciel et surgir du Tartare les divinités infernales. Selon les images gracieuses, les fantômes, les spectres hideux; selon les scènes agréables ou terribles qu’il déployait aux yeux des spectateurs, il provoquait la joie où la terreur, la crainte ou l’espoir. A l’exemple des magiciens de l’antiquité, il évoquait les ombres des morts et réussissait toujours dans ces sortes d’apparitions; d’abord, parce qu’il était excellent physionomiste et qu’il avait soin de n’opérer que devant des personnes d’une grande impressionnabilité; ensuite, parce qu’il renvoyait celles qu’il jugeait ne pas offrir cette condition. « J’ai perdu aujourd'hui ma puissance évocatrice, leur disait-il, je vous ferai prévenir lorsqu’elle me sera revenue. » Il racontait souvent à ses amis que, s’il avait voulu s’adonner spécialement à l’évocation des ombres, il aurait fait, en pe\i de temps, une grande fortune; car, il se voyait continuellement assiégé par une foule d’individus des deux sexes qui lui demandaient , les uns , de leur faire apparaître leurs maîtresses, leurs femmes, déeédées; les autres, leurs amants, leurs mayis.
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Robertson a écrit deux volumes de Mémoires dans lesquels il donne la description de plusieurs de ses procédés fantasmagoriques : on y trouve aussi la composition de plusieurs tableaux fantastiques du . plus grand effet et des scènes fort intéressantes, dont ' voici les titres :
Le Rêve ou Cauchemar. — Préparatifs et Départ pour le Sabbat. — Macbeth. — Tentation de saint Antoine. — Pétrarque et Laure. — Les Druides faisant un Sacrifice. — L’Ombre de Samuel et Saül. — Orphée reperdant Eurydice. — La Danse des Fées. — La Danse des Sorciers. — Les trois Grâces changées instantanément en squelettes. — Une Vénus qui veut vaincre un Hermite. — La Tête de Méduse et les effets qu’elle produit. — La Nonne Sanglante. — Les Euménides. — Les*Houris de Mahomet, etc. , etc.
Dans les fantasmagories ordinaires, les sujets restent immobiles ou se déplacent d’une seule pièce. Robertson conçut l’idée de les faire mouvoir, de les faire marcher, sauter, danser, et il y réussit à merveille. Les Euménides poursuivant un parricide, la Danse des Sorciers, tableaux composés de cinquante danseurs ou danseuses, plongèrent les spectateurs dans un muet étonnement. Le magicien français faisait promener dans la salle des spectres, des fantômes, des squelettes ; il faisait voltiger des hiboux, des chauves-souris et autres oiseaux des ténèbres. Beaucoup de personnes, en se retournant, se trouvaient
face à face avec un squelette ou un monstre, et se reculaient pâles de saisissement. C’étaient surtout les dames, effrayées d’une chauve-souris , d’un crapaud-volant voltigeant sur leur tête, qui poussaient des cris perçants et voulaient abandonner la place. Tout cela amusait beaucoup. Les figures que Robertson faisait mouvoir étaient d’une frappante vérité ; de plus, les scènes, les sujets se trouvaient variés et combinés de manière à exciter progressivement l’admiration des spectateurs. Robertson, en homme habile, avait soin, avant de commencer ses séances, de prononcer un petit discours propre à émotionner ses auditeurs :
« Messieurs, Mesdames, leur disait-il, ce qui va se passer sous vos yeux n’est point un spectacle frivole ; les personnes sérieuses y trouveront de graves enseignements. La terreur qu’inspirent les ombres, les fantômes et les travaux occultes de la magie noire, s’empare de presque tous les hommes dans leur jeunesse, et beaucoup l’éprouvent encore dans l’âge de la raison. L’amour du merveilleux suffit pour justifier la crédulité humaine. On va consulter le magicien parce que, entraîné par le rapide cours de la vie, chacun voit d’un œil inquiet et les flots qui le poussent et l’espace qu’il a déjà parcouru ; chacun veut interroger le miroir de l’avenir, pour y découvrir, d’un coup d’œil, la chaîne entière de son existence. Vous allez voir passer les ombres des grands
hommes, les Grâces, lès Fées, ètc., et pois, ne vous en effrayez point, les Euménides, la tête de Méduse, qui ne vous pétrifiera point. Ensuite, des figures grimaçantes, des spectres, des squelettes, des vampires, et successivement tout ce qui habite la tombe et les sombres bords »
Après ce préambule obligé pour préparer les imaginations, Robertson commençait ses séances, où se rendait, ainsi que nous l’avons déjà dit, la meilleure société de Paris : lés savants, les artistes, et même les mathématiciens !!! J’oubliais de dire qu'à ces représentations, lorsque le cas l’exigeait, la foudre, le vent, tous les bruits fougueux de l’ouragan étaient si parfaitement imités qu’on les croyait réels. Les prêtres de Memphis et d’Eleusis possédaient les mêmes moyens et en usaient dans les épreuves de l’initiation. Voyez, à ce sujet, notre ouvrage intitulé : les 'Nuits corinthiennes, où se trouve la description exacte des Mystères tC Ëlemis.
Pour tous les procédés employés par Robertson, nous renvoyons le lecteur h ses Mémoires; nous nous bornerons ici à la description du fantoscope, instrument au moyen duquel s’opèrent les diverses fantasmagories. »
Pour opérer avec succès, il faut une salle trèsspacieuse, dont un côté, séparé du public par un rideau, sert à la disposition des appareils ; l’autre éôté est la partie destinée aux spectateurs. Le rideau
de percale fine, sur lequel iront se réfléchir toutes les images fantasmagoriques, doit être bien tendu et enduit d’un vernis composé d'amidon et de gommo arabique, afin de lui donner une légère diaphanéitô.
Le principal appareil de la fantasmagorie est le fantoscope , caisse en bois de deux pieds carrés; l’intérieur doit être peint en blanc, l’extérieur en noir. On communique à l’intérieur par deux portes recouvertes de draperies noires, pour s’opposer à ce que la lumière soit aperçue au dehors, lorsqu’elles sont ouvertes. Le devant de la caisse est percé d’une ouverture circulaire de quatre pouces, à laquelle s’adapte un cylindre en bois de cinq pouces de diamètre sur neuf de longueur. Ce cylindre ne fait point corps avec la caisse ; il en est séparé de quelques lignes, et c’est dans cet espace qu’on introduit les objets transparents qui se peindront sur le rideau blanc dont nous venons de parler.
Un disque en verre, de quatre pouces de foyer et quatre pouces de diamètre est fixé au cylindre. L’objectif de ce cylindre doit avoir trois pouces de foyer et quinze lignes de diamètre ; il est fixé sur un diaphragme qu’on rend mobile en faisant tourner le bouton d’une crémaillère. Dans l’intérieur du fantoscope, on place une forte lumière munie d’un réflecteur parabolique. La cheminée du fantoscope est coudée, pour empêcher la lumière d’être visible au dehors. Un petit appareil en cuivre, composé do
deux lames mobiles et s’adaptant au bout du tuyau, est indispensable pour régulariser la lumière de l’objeclif. Les deux lames, réunies à leur axe, s’écartent l’une de l’autre, comme les branches d’un ciseau, et laissent passer plus ou moins de lumière, selon que l’image l’exige. Le fantoscope doit être placé sur une table dont les pieds s’engrènent dans les rainures de deux rails, afin qu’on puisse la faire avancer ou reculer à volonté. Il est très-important que l’opérateur fasse concorder les progrès de l’objectif avec le mouvement des deux lames.
Telle est la disposition de l’appareil fantoscopique pour les objets transparents; mais, lorsqu’on veut offrir aux spectateurs des objets opaques, tels qu’un buste, une statue, une personne vivante, il faut remplacer le tuyau du fantoscope par un tube de six pouces de diamètre, contenant deux verres achromatiques donnant ensemble huit à neuf fonces de foyer et portant cinq pouces de diamètre. 11 est aussi indispensable que le fond de la boîte soit garni de velours noir. La perfection de la réflexion des objets dépend toujours de l’intensité de la lumière.
La table sur laquelle est placé le fantoscope doit avoir trois pieds de hauteur ; son rapprochement et son éloignement du miroir, combinés avec le mouvement do l’objectif, produisent la petitesse et la grandeur des images. Ainsi, lorsque le fantoscope est à neuf ou dix pouces du rideau de percale, les images
sont les plus petites ; mais, quand on le recule de quinze à seize pieds, elles peuvent atteindre la hauteur de neuf à dix pieds.
Robertson appliquait aussi au fantoscope un petit appareil fort ingénieux qui rendait les images gigantesques; les effets produits étaient surprenants et attiraient toujours un murmure d’admiration; il nommait cet appareil le mégascope animé ou la fantasmagorie vivante.
Il serait beaucoup trop long de décrire tous les appareils d’optique, d’acoustique et de mécanique • dont se composait le cabinet de Robertson : les boîtes magiques, les verres à siphon, vrais tonneaux des Danaïdes; les cylindres et autres instruments pour imiter la pluie, l’ouragan et le tonnerre, avec lesquels il opérait des prodiges bien supérieurs à ceux des anciens thaumaturges. Nous ne rapporterons que deux expériences, pour donner au lecteur une idée des accessoires dont il entourait ses apparitions fantasmagoriques.
La Nonne sanglante. — Le son d’une cloche lointaine se fait entendre. . . Au fond d’un cloître faiblement éclairé par les pâles rayons de la lune, apparaît une femme ensanglantée ayant dans une main une lanterne et dans l’autre un poignard; elle s’avance lentement, cherchant d’un œil inquiet l’objet de ses désirs. Elfe s’avance toujours et s’approche tellement des spectateurs que ceux-ci, trom-
pés par la vérité de l’apparition, ?e déplacent pow lui livrer passage.
Yoüng enterrant sa fillb. — On entend le son lugubre d’un beffroi... Vue d’un cimetière éclairé par la lune. — - Young porte le corps de sa fille adorée... il entre dans un souterrain où s’élèvent plusieurs tombeaux. Young frappe sur le premier : un squelette paraît I... Young recule. — Il revient et frappe sur le second tombeau, une ombre en sort et lui dit : — « Que me veux-tu ? » Young répond : — « Un tombeau pour ma fille. » — L’ombre lui cède le sien et le père infortuné y dépose son précieux fardeau. A peine le tombeau est-il recouvert que l'âme de sa fille en sort et s’envole au ciel. — Young se prosterne et, les mains jointes, reste les yeux fixés au ciel.
D’après ce court aperçu des moyens fantasmagoriques, on conçoit que le spectateur devait être vivement impressionné.
Un homme des plus remarquables par son génie d’invention, Robert Houdin, le plus habile de nos prestidigitateurs modernes, exécute des tours de phy>sique amüsante qui auraient pu, jadis, passer pour des miracles. Loin de se borner, comme ses confrères, aux tours de cartes, de gobelets et de passe-*passe, Houdin a su tirer parti de l’électricité et des électro-aimants ; l’heureuse application qu’il en fait donne à plusieurs de ses expériences le cachet dq mer-
villeux. — * Ses automates, chefs-d’œuvre de mécanique; — son coffre-fort scellé au sol, sans le secours d’aucune attache ; -r- son orgue qui joue à volonté les airs qu’on lui demande, attirent l’admiration de tout le monde. Mais ce qui agit le plus vivement sur les spectateurs et les pWhge dans un muet étonnement, c’est la bouteille inépuisable , avec laquelle Houdin verse, à qui veut, des vins, des liqueurs de toutes sortes et de toutes couleurs. Celte remarquable expérience offre quelque chose de prodigieux. Nous passons sous silence mille autres tours dont se composent les séances magiques de cet habile prestidigitateur.
Plusieurs des expériences de Robert Houdin, qui étonnent le vulgaire, offrent le plus grand intérêt au savant ; car ce dernier y admire les efforts de l’art unis à de profondes connaissances en mécanique. Houdin n’est pas seulement un homme adroit, c’est un esprit observateur, pénétrant, qui découvre, invente et fait tourner au proüt de son art les côtés merveilleux de la science. En un mot, c’est le génie de la physique amusante.
Nous terminons donc en concluant que la plupart des moyens employés par l’ancienne thaumaturgie étaient analogues, à peu de différence près, à ceux de la fantasmagorie et de la physique amusante. L’engastrimisme ou ventriloquie y jouait aussi un grand rôie. (Voyez, à ce sujet, le chapitre où nous
avons traité avec détails cette question de la ventriloquie et des ventriloques les plus célèbres, dans notre Histoire de l'Homme et de la Femme). C'est en frappant, en exaltant l'imagination des hommes, que les anciens thaumaturges étaient parvenus à faire croire à la divinité de leur art et à capter la vénération des peuples.' '