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HISTOIRE DE LA PYROTECHNIE, DEPUIS L'ANTIQUITÉ JUSQU'A NOS JOURS

SECTION PREMIÈRE

L’art de composer des feux de diverses couleurs, de différentes formes, s’allumant avec ou sans détonation et brûlant dans l’eau, était connu des peuples anciens. Le phosphore, divers pyrophores, le feu grégeois, une composition semblable à la poudre à canon- et plusieurs autres matières pyriques étaient employés dans les cérémonies de l’initiation aux mystères égyptiens et grecs, pour frapper l’imagination des initiés et leur donner une haute idée de la puissance des hiérophantes. Nous verrons aussi qu’on s’en servit comme moyen d'attaque et de défense.

Un phosphore qui brille la nuit ; une pierre qui jette des flammes lorsqu’on l’asperge d’eau ou qu’on crache dessus ; un feu qui brûle dans l’eau ;

une détonation semblable à un coup de tonnerre et précédée d’un brillant éclair; un dragon embrasé qui traverse les airs avec grand bruit et laisse une pluie de feu sur son passage, tout cela devait plonger le vulgaire dans l’étonnement et le remplir de crainte ou d’admiration. Les collèges sacerdotaux, dépositaires de ces divers secrets, s’en servaient habilement pour établir et asseoir sur des bases solides leur redoutable puissance.

Ainsi, le premier Zoroastre paraissait dans les solennités nocturnes avec une ceinture flamboyante; les flammes de celte ceinture s’attachaient aux mains de ceux qui la touchaient, sans cependant les brûler. Les thaumaturges égyptiens traçaient sur les murs de leurs temples des caractères qui, dans l’obscurité, semblaient être en feu. — Les hommes réputés saints parmi les rabbins cabalistes, se présentaient en public le front ceint d’un bandeau de flammes. — Le magicien Simon se montra, de nuit, sur une tour avec un manteau enflammé; la moindre agitation de l’air multipliait les flammes, augmentait leur intensité, sans qu’il en fût nullement incommodé; et la foule, étourdie de ce prodige, le prenait pour un dieu. Qui ne reconnaît aujourd’hui, dans ces exemples, l’effet d’une lumière phosphorescente?

Il est hors de doute que les anciens tiraient leur phosphore de l’urine humaine, et l’alchimiste Brandt, qui en découvrit le procédé, ne fit que retrouver ce-’

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lui des anciens depuis longtemps perdu. — Aujourd’hui, on retire le phosphore des os ; on peut encore l’obtenir en mélangeant une dissolution de phosphate de soude avec une dissolution d’acétate de plomb, dans les proportions de quatre parties pour la première et d’une partie pour la seconde ; il se forme un précipité de phosphate de plomb qui, soumis à la distillation, donne du phosphore pur.

Les thaumaturges de l’Inde fabriquaient une pierre qui s’enflammait en la frottant ou en l’écrasant. Pausanias vit des mages mettre du bois sur un autel couvert d’une oendre jaunâtre, et, après avoir invoqué leurs dieux, le bois prit feu et brûla avec une flamme très-claire. Cette cendre jaunâtre était indubitablement un composé de soufre et de phosphore.

Yalère Maxime rapporte le trait d’une vestale qui, condamnée à mort pour avoir laissé éteindre le feu sacré, étendit son voile sur l’autel et le feu se ralluma soudain. Un grain de phosphore jeté sur les cendres chaudes fut très-probablement le moyen dont elle se servit pour se soustraire au supplice.

Le thaumaturge Maximus, environné de la foule, Invoquait Hécate, et les flambeaux que la déesse tenait dans chaque main s’allumaient spontanément.

Les prêtres d’Agrigente plaçaient sur l'autel de Jupiter des sarments qui s’embrasaient à leur voix. Nous n’en finirions pas si nous voulions rapporter tous tes faits analogues conservés par l’histoire ; il

nous suffira de dire que ces miracles d’autrefois sont aujourd’hui des tours de physique amusante.

Des pyrophores. — Le pyrophore était une composition, ayant la propriété de s’embraser à l’air humide ou lorsqu’on la plongeait dans l’eau; une fois allumé, il ne s’éteignait plus et brûlait jusqu’à entière combustion. On connaissait plusieurs espèces de pyrophores, dont les principaux ingrédients étaient du naphte, des résines, des bitutaes, réduits en pâte, avec incorporation d'huile grasse. Ces compositions, auxquelles le moyen âge a donné le nom de feu grégeois ou feu des Grecs, servirent parfaitement les desseins de ceux qui en possédaient le secret.

Longtemps avant Ninus , fondateur de l’empire d’Assyrie, les Indiens faisaient usage cC un feu qui brûle et pétillé au sein de l'onde, sous le nom de barawa. « Aux bords de l’Hyphasis, dit Ctésias, ôn composait une huile inflammable qui, étant lancée contre les ouvrages en bois ou contre les portes assiégées, les embrasait soudain d’une flamme inextinguible. Tout ce qu’on fabriquait de cette huile dangereuse devait être livré au roi , nul autre que lui n’avait le droit d’en conserver même une goutte. »

On sait positivement que les prêtres de Thessalie, longtemps avant le siège de Troie, cultivaient avec succès les sciences occultes; c’est pourquoi tous les faits extraordinaires et prodigieux des temps hé-

roïques ne doivent pas être regardés comme des fables. Parmi les hommes appelés Centaures, plusieurs étaient versés dans les arts et les sciences : Chiron s’occupait de médecine, dessus de chimie, Hippias de physique, etc. — La fin tragique d'IIercule, que beaucoup de modernes regardent comme fabuleuse, peut donc fort bien avoir eu lieu de la nanière dont le rapporte l’histoire de ces temps reculés. Nessus, voulant se venger d’un rival, trempe sa tunique dans un pyrophore ayant la propriété de s’enflammer à une température peu élevée. Hercule en est revêtu par Déjanire; au moment où il s’approche de l’autel pour sacrifier aux dieux, la chaleur du bûcher enflamme la tunique fatale; tous les moyens pour éteindre ce feu dévorant, tous les secours qu’on lui prodigue sont impuissants ; les douleurs qu’il éprouve sont atroces; pour les ■abréger , le héros se jette au milieu du bûcher et meurt consumé par les flammes. — Médée se servit d’un pyrophore à peu près semblable pour préparer la robe incendiaire qu’elle envoya à Créüse. A peine cette princesse infortunée se fut-elle approchée de l’autel , que sa robe s’enflamma soudain, et l’eau qu’on jeta en abondance pour éteindre les flammes ne servit qu’à les aviver.

Dans sa lutte contre les prophètes de Baal , Élie, ayant construit un autel, y plaça la victime et ordonna de jeter de l’eau sur le bûcher pour l’allumer.

Au contact de l'eau une décrépitation eut lieu, des Sara mes s’élancèrent, le bois et la victime furent consumés et les faux prophètes restèrent, dit-on, confondus. Ce bûcher recélait très-probablement une substance analogue an potassium ou au sodium qui s’enflamment au contact de l’eau. — La chimie moderne connaît des phosphures qui peuvent opérer de la même manière; une fois enflammés rien ne saurait s’opposer à leurs affreux ravages. Cadet-Gassicourt a démontré la possibilité de ce prodige ainsi qu’il suit : Sous l’autel existait un lit de chaux vive, au-dessus se trouvait une couche de soufre sublimé ou un mélange de soufre et de chlorate de potasse, ou encore une certaine quantité de phosphore. La chaux vive, arrosée d’eau, développa un degré de chaleur suffisant pour enflammer les matières pyriques. cachées sous le bois ; le feu se communiqua ensuite au bûcher qui fut consumé avec la victime.

Lorsque Alexandre pénétra dans les contrées qu’arrose le Gange, son armée souffrit beaucoup des traits enflammés que lançaient les Indiens. L’eau ne pouvait éteindre ces feux; l’huile, au contraire, semblait les arrêter.

Les prêtres étrusques, aussi, possédaient plusieurs pyrophores contre lesquels l’eau n’avait aucune action; ils s’en servirent avec succès pour sauver la ville de Narnia, sur le point de tomber au pouvoir des barbares. Les assiégeants furent tellement épou-

vantés de ces feux qu’ils ne pouvaient éteindre, qu’ils levèrent le siège et se retirèrent.

Vers l’an 186 de notre ère, on voit à Rome les nouveaux initiés se servir, dans leurs cérémonies, d’une composition pyrique inextinguible par l'eau. Pour exciter l’admiration du peuple, ils plongeaient leurs torches dans le Tibre sans les éteindre. L'alchimiste Porta pensait que ces flambeaux étaient composés d’un mélange de cire, de eamphre, de naphtq, de soufre et de chaux vive.

Pendant les trois siècles suivants l’on n’entend plus parler de l’usage de ces feux; ce n’est qu’au septième siècle que l’ingénieur Callinicus, d’Héliopolis, découvrit une matière pyrique, supérieure peut-être aux anciens pyrophores. Cette matière s’obtenait en calcinant de l’alun à base de potasse avec un corps organique. — Constantin Pogonat ou le Barbu, se servit de ce pyrophore dans un combat naval qu’il livra aux Sarrasins; trente mille hommes périrent et la flotte ennemie fut presque entièrement consumée.

Constantin Porphyrogénètes fabriquait lui-même ses pyrophores de guerre et recommandait strictement à son fils de bien se garder d’en découvrir la composition aux barbares, parce que de ce secret dépendait le salut de l’empire.

Alexis et Manuel Comnène, empereurs de Constantinople, firent usage de ces feux avec un grand'

succès, le premier contre la flotte des Pisans, qu’il incendia ; le second, contre Roger, roi de Sicile, qui fut aussi battu.

C’est à partir de cette époque, du moyen âge, que le nom de feu grégeois ( foco griego), fut substitué à celui de pyrophore, par les peuples d’Italie et de Sicile qui en avaient éprouvé le terrible effet. Cette dénomination indiquait toute matière enflammée que l’eau ne pouvait éteindre.

Les Mahométans apprirent des Constantipopolitains le secret du feu grégeois, et s’en servirent pour anéantir les croisés dont les troupes innombrables menacèrent à diverses reprises l’empire des Sultans. Pendant la malheureuse croisade de saint Louis, le feu grégeois fit de grands ravages parmi les chrétiens. Le sire de Joinville rapporte que tous ceux qui en étaient atteints périssaient sans remède.

La composition du feu grégeois se perdit encore pendant plusieurs siècles, jusqu’à nos jours, où le célèbre artificier Ruggieri la retrouva et en donna la formule :

Quatre parties de salpêtre,

Deux parties de soufre,

Uue de naplite.

Le tout parfaitement combiné.

Mais, le pyrophore par excellence est, sans contre-

dit, le potassium, découvert en 1807 par le chimiste anglais Davy. L’avidité de ce métal pour l’oxygène est si grande, qu’un morceau jeté dans l’eau la décompose aussitôt, s’enflamme et brûle avec une vive lumière. Quand la flamme est éteinte, il reste un petit globule transparent qui disparaît bientôt en pétillant. Ce globule est de la potasse fondue.

Les diverses combinaisons du potassium avec le soufre et le charbon sont aussi de très-bons pyrophores qui s’enflamment à l’air humide, et, à plus forte raison, lorsqu’on les jette dans l’eau.

Plusieurs historiens, Pline, Théophraste, Élien, Dioscoride, parlent de certaines pierres, ducs à l’art magique, ayant la propriété de jeter des étincelles lorsqu’on les arrosait d’eau; d’autres pierres s’enflammaient subitement au contact de l’eau et s’éteignaient lorsqu’on les plongeait dans l'huile.

Parmi les nombreuses compositions pyriques de l’antiquité, les deux suivantes sont parvenues jusqu’à nous.

Huile de lin 3 livres

Huile d’œuf. 3 —

Chaux vive récente. . . 8 —

Mêlez parfaitement ces matières, pétrissez-les, et quand elles seront réduites en pâte, faites-les sécher au four. Il suffit, dit-on, de jeter de l’eau sur cette pâte durcie pour l’enflammer.

AUTRE i

Soofre et salpêtre, parties égales,

Camphre et chaux vire, parties égales.

Ajoutez un peu de colophane en poudre.

Broyez ces matières en les arrosant d’eau ardente, puis mettez ce mélange dans un creuset que tous luterez parfaitement. Cela étant fait, plongez le creuset dans une fournaise et retirez-le après une heure ; laissez ensuite refroidir à l’air. Les matières contenues ont été calcinées et forment une pierre noirâtre qui laisse sortir des étincelles lorsqu’on l’arrose d’eau.

Ces deux formules nous semblent avoir une grande analogie avec les recettes qu’ont laissées plusieurs alchimistes célèbres, tels que Wiérius, Agrippa, Rosellus, Albert, Porta, Raymond-Luile et Fallopius. On prétend qu’ils avaient des cannes dont la pomme, formée d’une pierre de leur composition, laissait échapper des flammes bleuâtres lorsqu’on crachait dessus. Nous ne saurions garantir la vérité do cette assertion,

SÉCTION II.

Poüurk a canoîc. — Non -seulement les Mages opéraient leurs prodiges avec le phosphore et divers pyrophores, ainsi que nous l'avons dit, mais ils possédaient, en outre, une composition pyrkjue analoguq

à celle de notre pondre à canon et ils s’en servaient, au dire d’Hérodote, dans certains sacrifices, pour embraser subitement le menu bois sur lequel ils plaçaient les victimes. Cette composition était connue des Indous même avant Zoroastre. Le code des Gentous défend positivement l’usage de la poudre et des armes à feu dans toute l’étendue de leur pays et ne le permet que contre les barbares ennemis. Dans ce code , sont distinguées les armes à feu tuant un homme et les armes à feu tuant cent hommes à la fois; ce qui serait l’équivalent de nos mousquets et de nos canons. Enfin, un commentaire des Védas (livres saints) attribue l’invention de la poudre à canon à Wiswacharma, ou artiste-dieu.

Philostrate, en parlant des Mages de l’Inde, dit : a Lorsqu’ils sont attaqués par des ennemis , ils ne sortent point de leurs murailles pour les combattre, mais ils lancent sur eux la foudre, et les mettent bientôt en fuite. Bacchus et Hercule, ajoute-t-il, ayant tenté de les attaquer, dans une petite citadelle ils s’étaient retranchés, furent tellement étourdis et maltraités par les coups de tonnerre que les Mages lançaient sur eux, qu’ils furent forcés de se retirer. »

Beaucoup de voyageurs qui ont exploré l’Inde s’accordent à dire que le nitrate de potasse (salpêtre) et lp soufre se rencontrent, dans certaines parties de eette vaste contrée, à un tel état de pureté, qu’il n’est point nécessaire de leur faire subir aucune prépara-

tion pour fabriquer la poudre à canon. On conçoit dès lors, qu’il a été facile aux savants de l’Inde d’amalgamer le salpêtre, le soufre et le charbon et d’obtenir une poudre plus ou moins bonne.

Pendant les mystères de l’initiation, les Egyptiens, qui tenaient leurs sciences des Mages, exécutaient, au moyen de compositions pyriques, des fulgurations, des inflammations spontanées accompagnées de détonations variées. Les initiés grecs emportèrent ccs secrets dans leur patrie, et nous voyons les prêtres de Delphes en tirer un immense avantage pour défendre leur pays de deux invasions, celle des Perses et celle des Gaulois. Selon le récit de Pausanias, des explosions épouvantables ébranlèrent la montagne de Delphes; des gouffres s’entr’ouvrirent, livrant passage à des tourbillons de fumée et de flammes; les rochers furent déracinés, lancés en l'air, et tombèrent en grêle de pierres sur les assaillants, qui furent presque tous écrasés, engloutis ou brûlés.

Plusieurs philosophes ont prétendu que Moïse connaissait la composition de la poudre à canon et le secret de soutirer l’électricité des nuages. Ils citent à l’appui de leur opinion , la mort instantanée des fils d’Aaron. Ces jeunes imprudents, ignorant que Moïse seul pouvait manier impunément la composition pyrique regardée par le peuple comme un feu sacré , voulurent l’enflammer eux-mêmes pour allumer leurs encensoirs ; mais, tout à coup, un brillan^ ••

éclair jaillit de l’autel et les fils du grand-prétre tombèrent morts au même instant.

Samuel se servit des mêmes moyens pour arrêter, par des explosions, les Philistins, qui étaient venus l’attaquer, la terre se fendit sous leurs pas, lança des flammes et les engloutit.

Les prêtres qui gardaient le tombeau de David et de Salomon, mirent le feu à une composition pyrique préparée à l’avance, lorsqu’Hérode voulut y descendre pour piller les trésors qu’on y croyait cachés. Une flamme impétueuse en sortit et deux gardes du roi furent brûlés.

L’historien Flavius Josèphe nous apprend qu’un roi de Juda fut puni de mort pour avoir voulu s’emparer des fonctions sacerdotales, malgré les protestations du grand-prêtre Azarias. A peine le téméraire eut-il porté la main à l’encensoir, qu’un violent coup de tonnerre ébranla les voûtes du temple et qu’il fut dévoré par une flamme sortie de l’autel.

Lorsque l’empereur Julien voulut, contre les prophéties juives , relever le temple de Jérusalem, de violentes explosions eurent lieu , la terre s’ouvrit sur divers points, les constructions commencées s’écroulèrent et, du milieu des décombres, s'élança un feu qui brûla ou mit en fuite les travailleurs.

Dans les faits que nous venons de citer, il est facile de reconnaître l’explosion de mines, telles qu’on les pratique aujourd’hui avec de la poudre à canon.

En Chine, l'usage delà poudre est aussi très-ancien.

Les missionnaires qui ont fi'équenlé ce vaste empire s’accordent à dire que, depuis un temps immémorial, les Chinois so servent de la poudre à canon pour composer de magnifiques feux d’artifices. Au rapport des savants du pays, l’invention de la poudre serait due à un de leurs premiers rois, très-versé dans les arts magiques. De tout temps, les empereurs chinois se sont servis de chars à foudre , espèce d’artillerie dont les différentes pièces , en fer battu , étaient assujetties par des cercles de même métal et pouvaient se démonter et se rajuster. Ces chars à foudre, chargés de poudre et de divers projectiles, vomissaient la mort à de grandes distances ; ce sont eux qui très-probablement ont servi d’ébauche à notre artillerie. Les annales chinoises rapportent que vers l’an 3,600, c’est-à-dire plusieurs milliers de siècles avant notre ère, l’empereur Wit-Hey conduisit des chars à foudre contre les Tatars qui lui faisaient la guerre, et que cette artillerie lui assura une victoire complète. La conquête du Pégu par les Chinois fut faite à l’aide d’un moyen semblable.

Une foute d'historiens , nous en avons déjà cité plusieurs, avant et pendant les premiers siècles de notre ère, ont parlé d'une matière pyrique si parfaitement semblable à notre poudre à canon qu’il n’est pas possible de la méconnaître. Servius et Valérius Flaccua décrivent les étonnants effets d’une poudre -

dont l’inflammation subite simulait la foudre et dont la violente explosion imitait le bruit du tonnerre. Julius Africanus, au troisième siècle, indique les procédés qu’on employait de son temps, et antérieurement à lui,ponr la fabrication de cette composition fulgurante. Au cinquième siècle , Claudien donnait une description poétique des feux d’artifice et particulièrement des soleils tournants dont on amusait le peuple dans les grandes fêtes. Agatbias nous apprend qu’au sixième siècle, Anthelme de Tralles, architecte de l’église de Ste Sophie à Constantinople, pour se venger du rhéteur Zénon, contre lequel il avait des griefs, incendia sa maison avec des feux aussi prompts que l’éclair et accompagnés d’un bruit effrayant. Au neuvième siècle, Marcus Groecus, dans son livre des Feux pour brûler l'ennemi, donne la composition de la poudre, à peu près dans les mêmes proportions que celles usitées aujourd’hui. Au onzième siècle, elle fut employée par les Sarrasins et les Syriens contre les croisés ; les historiens arabes, de cette époque, font mention de traînées de poudre, de mines, de pétards et de fusées.

La connaissance de la poudre à canon est donc, comme on le voit, très-ancienne sur le globe; l’usage s’en serait répandu de l’Inde ou de la Chine chez les autres nations, soit par k Tartarie, soit par les Arabes qui trafiquaient sur les mers de l’Inde; par conséquent, l’invention de k poudre, attribuée au moine

allemand Schwartz, n’est pas un fait exact; ce moine voyageur tenait très-probablement cette composition des Turcs et des Arabes, et on ne doit le regarder que comme son importateur en Europe.

Les matières premières et le mode de fabrication de la poudre sont constamment restés les mêmes, sauf quelques améliorations dans la préparation du charbon et du grénage. A l’époque de la Convention, on essaya cependant de substituer au salpêtre le chlorate de potasse ; mais le moulin à poudre d’Essonne, où l’on tenta cet essai, ayant sauté, ce procédé fut abandonné comme trop dangereux; d’ailleurs, il fut constaté que la poudre au chlorate de potasse détériorait trop promptement les armes, et qu’elle deviendrait une source d’accidents funestes.

On compte trois espèces de poudres, quant à la qualité et au degré de force ; le tableau suivant donne les proportions des trois ingrédients :

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